‹ Un grand françaisChapitre 8 sur 11 · I. CKUVRK SOCIALK ^ I · texte numérisé non relu

I. CKUVRK SOCIALK ^ I

nisme sans ses npi^licalions pratiques, et peu d'hommes ont plus profondément médité et pris plus constamment pour devise le Misereor saper tarbam. El, d'autre part, il souhaitait passionnément que son jjays donnât au monde le grand exemple de la pacification sociale : il voulait une France plus unie, parce qu'il voidait une France plus forte, plus respectée et plus chrétienne. Un jour, à la Chambre, dans une de ces trop rares séances où, à propos d'une loi sur le travail des enfants et des femmes, il eut la joie émue de se trouver d'accord avec des radicaux et des socialistes, il laissa là-dessus échapper toute sa pensée (i) :

Pour moi, disait-il, je n'apporte dans ces débats ni la science d'un économiste, ni l'expérience d'un homme du métier; je n'y entre, vous me permettrez de le dire, — votre bienveillance m'a habitué à penser tout haut devant vous, — je n'y entre que pour accomplir ce que je regarde comme mon devoir de

(i) Discours, tome IV, p. 80-8 1.

chrétien... J'y entre parce que j* entends au fond de mon âme comme un appel incessant, comme une voix pressante, qui m^oblige à tourner vers les déshérités de la vie toutes les leçons, tous les principes, toutes les espérances de ma foi.

Souvent, bien souvent, j'ai pensé, — ohl je sais bien que vous allez sourire, — j'ai pensé qu*au fond des revendications de la foule et dans ce rêve de justice qui hante, comme la poursuite d'un idéal, Tesprit des travailleurs, il y avait une inconsciente aspiration vers le christianisme oublié, (Mouvements divers).

Et, chrétien, je salue comme des jours heureux ceux 011 de tels sentiments nous rapprochent, parce qu'ils préparent, dans ma convictioiK k seul terrain où nos discordes puissent s'apaiser. Ils sont rares, messieurs, ils sont trop rares les jours où nous pouvons un moment oublier nos luttes politiques, pour unir dans une même pensée nos coeurs et nos votes. Quand il s'agit de la patrie, quand le nom de la France est en jeu avec son honneur et sa dignité, personne n'hésite alors; et chacun sort d'ici fortifié par le sentiment du devoir accompli, par la satisfaction d'un patrioliRrpe supérieur à tous les partis. (Vifs applaiidissemens) .

i/ry.uvnE sooiai.e ^3

MessiourB, ce»! quelque chose do seniblaMr qu'une grande loi sociale; c'est aussi la patrie qui est en cause, c'est quelque chose où s'agilent la vie, la sécurité de ses enfants, l'honneur, le nom, les destinées, la grandeur de leurs foyers, la dignité de leurs familles.

^e vous conjure, messieurs, de vous unir sur ce terrain, en face du peuple qui vous attimd et vous écoute.

Je me garderai bien de commenter cette superbe page, d'une si simple et si émouvante éloquence. Elle peint Thomme et elle éclaire son oeuvre. Deux années auparavant à Liège, au Congrès des œuvres sociales, après un vibrant discours qu'avait prononcé Albert de Mun, dans Témotion générale, un auditeur enthousiasmé se leva pour remercier et féliciter Torateur : « Il est, s'écriait-il, le cœur noble qui sait se dévouer, il est le chevalier et, je le répète, le Pierre TErmite des temps modernes. » Il nous plaît aujourd'hui, plus que jamais, de rappeler ce mot d'un évêque de diocèse allemand sur ce grand Français.

Page 1