‹ Un grand françaisChapitre 9 sur 11 · CHAPITRE I V · texte numérisé non relu

CHAPITRE I V

l'œuvre de défense religieuse

Le sceau du christianisme a, pour les desseins divins, frappé notre nation, dans son berceau, d'une marque ineffaçable, qui la distingue entre toutes les nations, et qu'elle a, durant quatorze siècles, portée sur tous les chemins de sa merveilleuse épopée, des champs de Tolbiac aux plaines de Patay, depuis la conversion d'Henri IV jusqu'à la grande réconciliation du Concordat, étonnant le monde au penchant des abîmes, par des sursauts libérateurs qui, toujours, quelles que fussent ses épreuves- ou ses fautes, la ramenaient, pleine de vie, vers ses destins providentiels.

Cela, c'est le miracle français (i).

C'est en 1907, à Bordeaux, en réponse à

(i) Combats d'hier et d' aujourd'hui (Lethiellcux) , t. II, p. 178.

un (Ji^scoiirs oii M. Clemenceau, à Aniicus, évoquait, apivs Renan, le miracle (jrec, qu'Albert de Mun prononçait ces paroles véritablement prophétiques. Depuis cinq ans, menacé d'une angine de poitrine, il avait du, sur l'ordre formel des médecins, renoncer à la parole publique et se condamner à un « dur, très dur » silence. C'était le moment où toutes les causes auxquelles il avait voué sa vie couraient les plus graves périls. 11 avait lutté, comme il aimait à le dire, a pour Dieu », (( pour la patrie », « pour le peuple ». Et voici que Ton se détournait des urgentes réformes sociales pour satisfaire d'odieuses passions politiques; voici que l'idée même de la patrie, attaquée et sapée de toutes parts, semblait sur le point de se dissoudre; voici que le christianisme subissait de la part de ses adversaires officiels le plus rude assaut qu'il eût peut-être soutenu depuis l'époque révolutionnaire. Obligé de quitter la tribune au moment où sa parole eût été le plus utile, Albert de Mun n'abandonna pas la lutte; il ne désespéra pas plus de lui-

même qu'il ne désespéra du pays qu*il voulait servir. D'orateur il se fît journaliste, et, sur ce nouveau terrain, il prépara de son mieux « les sursauts libérateurs » qu'il s'obstinait à prédire.

En pure perte, put-on croire longtemps.

C'est une douloureuse période de notre histoire intérieure que celle qui s'étend de 1898 à 191 1, et Ton voudrait bien, aujourd'hui surtout, pouvoir rayer d'un trait de plume ces quatorze années où les Français non seulement « ne s'aimaient pas », mais semblaient prendre plaisir à user dans les discordes civiles les énergies latentes qu'ils allaient bientôt avoir à utiliser contre l'éternel ennemi d'outre-Rhin. Jamais, en effet, « les deux Frances » ne s'étaient heurtées aussi violemment ; jamais ce que l'on a justement appelé « la troisièn>e France », la France laborieuse et silencieuse, qui est proprement la France éternelle, n'avait moins fait sentir sa survivance à l'étranger railleur ou inattentif... Je n'ai garde de vouloir réveiller de lointaines et fâcheuses querelles, et je n'y

insisterai pas plu» qu'il ne convient. Mais, (l'autre part, ce serait trahir la mémoire d'Albert de Mun que d'atîfeHjL^ier ou de dissimuler le rôle considérablt/'qifUl \ a délibérément jou(?,j

Disons tout cKabord queHsi, sur tel ou tel point de détail, i>H'i pu, connne il arrive à tous les polémistes,^ se tromper ou se méprendre, forcer la mesure et dépasser le but, son attitude dans Tensemble a été singulièrement généreuse, sag-e et clairvoyante. Les six ou huit volumes où il a recueilli ses campagnes de presse ne sont pas seulement un éloquent réquisitoire contre la politique sectaire où nous avons failli sombrer et qui a accumulé tant de ruines ; ils sont aussi un solennel avertissement patriotiqiic à ceux qui travaillaient imprudemment à désunir Tâme française en face d'ennemis toujours prêts à profiter de nos moindres fautes. S'il a si vaillamment soutenu le combat « inégal » « où l'honneur l'envisageait », c'est qu'il en voyait admirablement l'enjeu et la portée. « Ce combat, disait-il, ce n'est pas un choc

d'ambitions rivales, ce n'est pas une bataille de partis, ce nest pas seulement^ j'ose le dire, quelle que soit Vardeur de ma foi, une lutte religieuse : c'est la lutte pour la vie nationale (i). » L'avenir n'allait que trop lui donner raison,

S'explique-t-on maintenant pourquoi il est intervenu dans *< l'Affaire maudite », comme il l'appelait lui-même, avec l'éclat que l'on sait? Ce n'est point, comme on l'a prétendu, par une suite toute naturelle de l'affection très tendre qui l'unissait au Père du Lac. C'est tout simplement parce qu'à travers les polémiques passionnées de l'heure présente, il voyait venir ce qu'il eût voulu éviter à tout prix, <( les violences de la guerre religieuse ». Et en même temps, les abominables campagnes auxquelles il assistait contre l'armée lui faisaient craindre la désorganisation de notre puissance militaire au profit et, probablement, grâce aux « ressources » de nations rivales trop intéressées à notre déchéance.

(i) Combats dliier et d^ aujourd'hui, t. I, p. 179.

L*ŒUVRB DB Dl^FRNBB HKLIOIKt'SK J^

Sur ce dcM'nier article la lumière n'est pas faite encore. Mais n'est-il pas vrai que les événements récents éclairent singuliéremenl ceux d'autrefois? Si dans cette sorte de conspiration à peu prés unanime de Topinion européenne que nous avons alors tous sentie autour die nous, l'histoire future ne reconnaissait et ne dénonçait pas la main et les procédés habituels de l'Ailemagne, nous en serions prodigieusement surpris.

Faut-il également chercher l'influence allemande, — influence occulte et insoupçonnée de ceux qui la subissaient, — dans la longue campagne d'anticléricalisme qui a suivi « l'Affaire »? Il est possible, et Ton se souvient que l'influence bismarckienne n'a pas été entièrement étrangère aux premières luttes religieuses de la troisième République. S'il y a un de nos voisins auquel nous ayons, à nos dépens, appris à appliquer le is fecit cui prodest, c'est bien celui qui s'était promis de nous supplanter dans le monde. Quoi qu il en soit, il est incontestable que ces luttes fratricides, en

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nous désunissant, en nous affaiblissant à r intérieur, en détournant notre attention des événements du dehors, nous livraient pieds et poings liés aux tentatives de l'étranger, et que ceux qui ont tout mis en œuvre pour nous en épargner Tépreuve, ont très sagement rempli leur devoir d'excellents Français.

C'est ce qu'a fait avec sa générosité et son ardeur habituelles Albert de Mun. La loi sur les associations, dans laquelle il voyait trop justement une préface nécessaire à de prochaines persécutions religieuses, n'a pas eu d'adversaire plus résolu. Allant un jour au fond du débat avec une franchise passionnée, il montrait dans l'âpre conflit qui, durant tant d'années, devait mettre tant de Français aux prises, (( la lutte éternelle entre les ambitions de la raison et la nécessité de la foi ». « Cette lutte, ajoutait-il, est aussi vieille que le monde, elle durera autant que lui. » Et, affirmant « qu'im tel conflit ne se dénoue pas par des lois et ne s'apaise pas avec des mesures de police », il défendait fort habi-

lement ses coreligionnaires de caresser pareille ambition. « Mais non ! disait-il, en «'adressant à ses adversaires. L'(»nlreprise que vous méditez est au-dessus des forces de tous les partis, et da mien comme des autres, si jamaiSy parvenu au pouvoir et tenté par la logique de ses doctrines, il s y essayait, oublieux des leçons de l expérience. » Au nom môme de ce libéralisme, il revendiquait pour les âmes croyantes le droit « d'accomplir, par le don de soimême, la loi fondamentale du christianisme ». « Ne cherchez pas ailleurs, s'écriait-il dans un très beau mouvement, le secret de la vie religieuse : il est là, à des profondeurs où les lois et les gouvernements ne peuvent atteindre, oii s'alimente sa source intarissable et d'où s'élancent sans trêve, vers le monde tourmenté d'ambitions, de révoltes et de passions, vers le monde refroidi par l'égoïsme, labouré par la misère et la souffrance, ces hommes et ces femmes qui ont renoncé à lui demander ses joies pour lui donner leurs exemples de pauvreté volontaire, de

chasteté héroïque, d'obéissance réfléchie, de dévouement sans récompense humaine, quelquefois payé par l'outrage et par le mépris, et qui font ainsi, dans le sacrifice de leur liberté, le dernier, le plus magnifique, le plus décisif usage de la liberté elle-même. » Mais comme des considérations de ce genre, si justes et si éloquentes qu'elles fassent, étaient trop métaphysiques ou trop mystiques pour agir sur une Chambre française, l'orateur, dévoilant toute sa pensée, faisait appel à un ordre de sentimenis et d'idées qui aurait dû emporter toiîtes les résistances :

Pour nous, — déclarait-il, — puisqu'on nous offre de nouveau le combat, nous y retournons avec une très ferme résolution, mais aussi avec une très grande tristesse. Et cette tristesse n'a pas seulement- pour objet des hommes et des choses qui nous sont chers et que vous menacez ; elle a d'autres causes^ et plus profondes encore : c'est une tristesse patriotique.

Au-dessus des disputes, des passions, si vous voulez, des excès de tous les partis, il y a un fait qui domine Thistoire de ces der^

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nîères années. Cest riintnensc, iuniverselle aspiratioti de ce pays vers Vapaisement tt la réconciliation, C*esi le désir impérieux de voir enfin les cœurs se rapprocher et les volontés s'unir dans le service" de la pairie, dans le commun dévouement à sa grandeur.

Au milieu de cette variété que j'ai dite, de» idées, des opinions, des croyances, qui divisent nos générations, il semble qu'à la place de l'unité des intelligences et des âmes, désormais brisées, qu'aucune force humaine ne peut rétablir, grandisse et se fortifie toujours davantage le sentiment, le besoin, la nécessité de la concorde patriotiqvie. Dans l'écroulement de toutes les institutions du passé, dans le déchirement des liens qu'elles avaient formés, l'idée de la patrie devient chaque jour plus puissante, et, par un secret instinct, la foule embrasse plus étroitement son image sacrée, comme la cité romaine le palladium antique, pour lui demander de rétablir entre les citoyens l'harmonie rompue : et c'est là, dans ce concours de tous au bien public que peut se rencontrer seulement cette unité morale que vous cherchez vainement dans les lois et dans les décrets (i).

(i) Discours et écrits divers, t. VÎI, p. 261, 241-252, 267-368.

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Hélas! ces nobles accents, s'ils provoquèrent des a applaudissements répétés », ne touchèrent ni les esprits, ni les cœurs. Après la loi sur les associations, ce fut toute la série des mesures, à la fois illégales et injustes, contre les congrégations religieuses ; ce fut ensuite tout ce qui prépara, accompagna et suivit la loi de séparation, douloureux épisodes d'une histoire qui ne nous est que trop présente, et dont je ne voudrais pas remuer ici les cendres mal éteintes. Puisse l'histoire de demain réparer une partie des ruines que nous avons imprudemment, de nos propres mains, accumulées sur notre sol ! Albert de Mun ne verra pas ces réparations nécessaires : il les aura du moins préparées par rexcellence des conseils et des avertissements qu'il nous aura prodigués ; surtout, il aura tout fait pour nous éviter l'amertume des déboires dont il prévoyait la longue succession.

Quand on vient de lire la suite des quelques rares discours ou allocutions, et surtout des innombrables articles qu'il a in-

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titulce Combats dkier et d'aajonrdliui, on reste énicrveillé de tout ce qu'il a dépensé Ih (réloquencc, de verve, d'iiabilelé dialectique, de ferme bon sens, de justes pressentiments, d'ironie vengeresse. Ses adversaires ont la force pour eux ; mais lui, il a la raison, Téquité, une partie croissante de Topinion, — et l'avenir. Il sait bien qu'il sera, — provisoirement, — vaincu ; mais il se bat pour l'honneur, pour libérer son âme et toutes celles qui vibrent à l'unisson de la sienne, pour agir sur certains esprits non prévenus et sur certaines consciences ; il se bat enfin j « pour Dieu » et (( pour la France » ; et les coups qu'il porte, si quelques-uns s'égarent parfois dans le vide, font souvent de rudes blessures. Blessures tout idéales, dira-t-on : oui, peut-être, à en juger par Teffet immédiat ; mais sait-on jamais l'influence exacte qu'exerce toute parole sincère, même sur ceux qui l'ont tout d abord repoussée ? En tout cas, à le voir défendre pied à pied, la plume à la main, ses positions avec une vigueur, un sang-froid,

une maîtrise qu'ils pouvaient lui envier, les contradicteurs d'Albert de Mun ont dû plus d'une fois se féliciter que la tribune lui fût interdite : ils auraient sans doute triomphé quand même, mais peut-être moins aisément, et tel de leurs triomphes aurait fort bien pu paraître, aux yeux mêmes de leurs amis, assez peu glorieux. Ce vaillant lutteur n'a jamais connu le découragement, mais il a plus d'une fois connu l'amertume. Si bien trempé que l'on soit, on se lasse de toujours combattre, et d'échouer toujours, ou tout au moins de ne jamais toucher du doigt les résultats de son effort. Un jour, — c'était le i^ janvier 1908, — jetant un rapide coup d'œil sur l'année écoidée, il se livrait à un « examen de conscience » mélancolique. La loi de séparation avait développé ses premières conséquences. « L'écroulement de l'antique édifice où s'abritait l'Église de France » n'était pas pour lui « la pire des douleurs ». « Qu'il ait pu s'accomplir, avouait-il, dans la froide indifférence d'une nation subjuguée, voilà

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la tristesse indicible... c'est le grand deuil et riunnillation dernière. Je n'ai point, depuis M(^tz, rprouvo plus amèrement la honte d'une défaite sans gloire (i). » Et certes, celle tristesse est infiniment respectable. Mais l'expression n'en est-elle pas un peu excessive ? Ne révèle-l-ellc pas de la part de son auteur, avec une certaine puissance d'illusion, un-^ disposition d'esprit insuffisamment réaliste ? Admirable chrétien, d'une fidélité et d'une docilité spirituelles à toute épreuve, Albert de Mun avait quelque peine à se dégager de certaines formes consacrées par un long usage. 11 prenait son mot d'ordre à Rome, et il s'y tenait avec une énergie sans défaillance. Il avait toujours été ainsi. Il nous raconte que tout jeune, au moment des discussions sur linfaillibilité .pontificale, il avait échappé à l'influence de Mgr Dupanloup, alors dominante dans sa famille. « Je me sentais, par tendance naturelle, nous dit-il, et peut-être par habi-

(i) Combats d'hier et d'aujourd'hui, t. III, p. 7 et 8.

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tude de la discipline militaire, plus porté vers la simple obéissance (i). » Plus tard, quand Léon XIll lui demanda le sacrifice de ses idées royalistes, et plus tard encore, quand le même Léon XIII Tinvita a assez vivement » à renoncer à son projet d'organiser un parti catholique, il s'empressa de déférer à ces invitations, « ayant, disait-il, envers le Pape, l'obéissance facile et joyeuse (2) ». Rien assurément de plus légitime. Mais avouons, d'autre part, que cette disposition, poussée un peu loin, n'est pas très concilia ble avec le goût des initiatives et des essais d'adaptation. Bref, à la foi d'Albert de Mun, il manquait un peu de cette inquiétude qui est, dans l'ordre intellectuel et religieux, ce qu'est le scrupule dans l'ordre moral, et qui, si elle a ses périls, a bien aussi son charme et sa puissance. Et peut-être aussi n'a-t-il

(i) Ma vocation sociale, p. 6.

(2) Combats d'hier et (VaujourdUiui, supplément à la i*^ série, p. 265-266. Albert de Mun avoue pourtant ailleurs (Combats, i. V, p. 169), que, dans le second cas, « ce fut un coup très rude ». Ce le fut aussi dand le premier.

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pas 8enli aussi foiienieiil qn (jn îiiirait pu le soiihailer celle merveilleuse facullé d'évolution que possède l'Ef^lisc et par laquelle, sans jamais cesser d*eti*e ellemôme, elle se plie de siècle en siècle aux circonstances les plus diverses, s'accommode des régimes les plus opposés et poursuit inlassablement son œuvre d'apostolat.

Des réllexions de celle nature, si elles avaient été plus familières à l'esprit d'Albert de Mun, auraient-elles suffi à lui faire atténuer la violence un peu intransigeante des anathèmes qu*il a prononcés contre la loi de séparation et contre ceux qui l'ont trop facilement acceptée ? Je ne sais. Mais comme il n'était pas l'homme des longues imprécations stériles, il se ressaisissait bien vite, et à l'indifférence religieuse générale qu'il avait si douloureusement constatée, et qui semble l'avoir surpris plus que de raison, il s'empressa de chercher un remède. Négligeant d'ailleurs, comme à son ordinaire, le côté intellectuel du problème, il en envisagea avec

une virile loyauté le côté social. Il se retrouvait là sur son terrain, il y rencontrait d'actifs et dévoués collaborateurs. L'un d'eux, Mgr Gibier, le généreux évêque de Versailles, avait dit : « Le peuple ne connaît pas le clergé... Quand le clergé comprendra-t-il qu'il ne lui serait pas difficile de gagner le cœur du peuple, s'il le voulait sérieusement ? » Albert de Mun commentait avec chaleur ces trop justes paroles qui faisaient écho à des idées qu'il avait souvent exprimées lui-même : <( Je voudrais voir, s'écriait-il dès 1892, je voudrais voir dans tous les diocèses de France un certain nombre de prêtres choisis, jeunes, actifs, intelligents, étudiant les questions sociales et se préparant à pouvoir les traiter devant vin auditoire populaire, étudiant les questions agricoles et pouvant en entretenir les paysans, étudiant les questions économiques et pouvant fonder des sociétés de crédit, des associations ouvrières, n'étant pourvus ni de cures, ni de vicariats, ne recevant pas de traitement de l'État, et libres ainsi de tous liens avec

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radminislrtalion, monlanl droit au jxmiple pour le réconcilier avec TÉglise (i). » A cette réconciliation, dont il ne voulait pas désespérer, « n'aimant point, disait-il, à s'asseoir longtemps sur les ruines », Albert de Mun a travaillé jusqu'au bout avec un beau courage. Ne pouvant plus collaborer par ses discours aux lois sociales qui venaient en discussion à la Chambre, il y collaborait par ses articles, soutenant et légitimant les réformes heureuses, les provoquant souvent, tâchant d'y intéresser l'opinion, mettant au service de tous les hommes de bonne volonté son autorité et son expérience. 11 était plus écouté qu'il ne l'avait jamais été. Les ironies ou les injures dont on l'avait accablé jadis se faisaient plus rares. On finissait par rendre justice, même dans certains milieux qui lui avaient été longtemps hostiles, non seulement à l'élévation et au désintéressement, mais encore à la justesse de quelques-unes au moins de ses idées. Cest

(i) Discours et écrits divers, t. V, p. i29-i5o.

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qu'il n'était plus un isolé comme il l'avait été à ses débuts. A la longue, son action s'était fait sentir, même à ses adversaires ; ses doctrines, approuvées d'ailleurs et adoptées par la plus haute autorité morale qui soit au monde, avaient recruté d'ardents prosélytes. Il avait derrière lui, et avec lui, toute une jeunesse de « chrétiens sociaux », — celle-là même qui organisait les Semaines sociales, — qui suivait librement ses inspirations et se i^lamait de son exemple. Grâce en partie à lui, il devenait de plus en plus difficile d^ dire et de croire que TEglise se désintéressait du peuple, « Et vraiment, disait-il un jour, moi qui rêve pour mon pays le retour complet à la foi chrétienne, et qui, dans ma carrière, ne me suis attaché fortement qu'à cette seule idée (i)... » Si ce noble rêve doit se réaliser un jour, par son œuvre sociale, Albert de Mun en aura hâté Tavènement.

(i) Discours et écrits divers^ t. VU, p. 586.

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