‹ Un grand Médecin du XVIe siècleChapitre 10 sur 39 · EE SE · texte numérisé non relu

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Mais ce n’est point dans la pratique que Fernel se trouvait trop peu instruit, il prétendait manquer encore d’érudition littéraire. Il nous le dira luimême plus tard (1 : « On ne peut acquérir la science et la connaissance des choses de la médecine que par la conduite certaine de la démonstration et du bon raisonnement. Qui est-ce qui niera que les Mathématiques et la Dialectique ouvrent le chemin à icelle ? et que pour l’acquérir, la Rhétorique et la Grammaire sont aussi très fort nécessaires, sans lesquelles non seulement on ne peut pas parler poliment et abondamment, mais même aussi correctement; c’est pourquoi si elles sont nécessaires, et si elles apportent quelque aide et quelque assistance, et si elles servent de degrés et ouvrent le chemin de la Médecine, le médecin les apprendra toutes. Que personne ne tente de Faborder dès son premier commencement, qui ne sera pas auparavant bien soigneusement exercé dedans ces disciplines et qui n’en sera pas très parfaitement bien imbu. »

Aussi se consacra-t-il surtout à la lecture des auteurs anciens.

Il se ba avec un rhétoricien célèbre, Jacques Destrebay (1, Durant deux années, ils firent pour ainsi dire échange de leur savoir. Destrebay apprit de Fernel les mathématiques, et Fernel de Destrebay Îles finesses de la belle littérature; son goût s'épura sous

(1) FERNEL, Préface sur La Médecine en lèle de la Physiologie, (2) ELOY, ouvr. cité,

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ce maître, son élocution s'embellit et son style devint souple et majestueux.

Ce n’est pas une médiocre surprise pour le lecteur moderne que de voir quelle importance on attachait à cette époque à l’érudition. La part de linstruction pratique était presque nulle dans les examens. Encore en: plein xvui° siècle, Freind écrit : « Le médecin habile, et qu'il faut choisir entre tous, est celui qui aura de l’érudition et de l'expérience. Mais si l’une de ces deux qualités doit manquer, mieux vaut celui qui n'a point d'expérience que celui qui ignore la doctrine des anciens. Celui qui ne connaît pas les Lettres ou qui les connaît superficiellement ne mérite pas confiance et n’a aucune chance de se distinguer dans sa profession (!). »

Vers 1531, il épousa Magdeleine Tournebulle, fille d'un conseiller du Parlement de Paris. Peut-être comptait-il sur sa femme pour lui apporter quelque aide matérielle qui lui permettrait de continuer ses études mathématiques, au lieu de «€ perdre » beaucoup de temps à se faire une clientèle médicale et à s'en occuper. Son goût pour les sciences exactes était en effet devenu une véritable passion : « Ni la tendresse de sa femme, ni les caresses de ses enfants ne pouvaient l'y arracher, 11 s'était mis à faire construire des instruments astronomiques, et avait établi

chez lui un établi où des ouvriers travaillaient sous

(1) D’après FIGARD, ouvr, cité.

sa direction. Tout cela ne laissait pas de coûter fort cher, et non seulement Fernel, avec l’insouciance d’un vrai savant ne gagnait rien, mais encore il entamait la fortune de sa femme. Son beau-père essaya d’abord de le ramener à de meilleurs sentiments : il l’invitait à dîner et lui faisait entre les mathématiques et la médecine un parallèle qui ne manque pas d’originalité. Les mathématiques ont du bon, disait-il en substance, à condition qu'on n’en abuse pas; surtout lorsqu'on a atteint un certain âge; mais il ne convient pas à un homme sérieux et qui a de la famille de s’y attarder, comme celui qui s’endormirait nonchalamment sur le rocher des Sirènes. Excepté l'arithmétique et la géométrie, elles ne servent à rien. La médecine, au contraire, au point de vue de Putilité pratique, est certainement le plus excellent de tous les arts ! 4) » ;

Ces raisons peu banales laissaient Fernel tout à fait indifférent et il n'en continuait pas moins ses recherches astronomiques. Son beau-père finit par se facher. Fernel céda enfin, congédia ses ouvriers, vendit ses livres scientifiques el, dès cette époque, c'est-à-dire vers 1635, il se livra tout entier à la médecine. [1 avait 38 ans.

« C’est ainsi, lit-on dans la Grande Encyclopédie, que la France fut privée de travaux astronomiques dont l'importance eût sans doute été considérable. »

(1) FIGARD, ouvTr. Cilé.

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