FERNEL MÉDECIN
La médecine n'était pas pour Fernel chose nouvelle, puisque quelques années auparavant, il avait parcouru tout le cycle de ses études et avait acquis successivement les divers grades de bachelier, de licencié et de docteur. Il avait fait aux jeunes étudiants des leçons sur Hippocrate et sur Galien comme c'était alors la coutume.
Son esprit docile s'adapta sans hésitation à ce nouveau genre d'existence, avec la même ardeur et la même activité.
H fit trois parts de son temps : l'une consacrée à l'enseignement, une autre à la pratique, la troisième à ses travaux personnels.
Il expliqua publiquement Hippocrate et Galien au Collège de Cornouaiïlles; ses leçons attirèrent un grand nombre d'auditeurs, Initié à toutes les finesses de la langue latine, son érudition et son talent ne pouvaient manquer de séduire son auditoire, aussi sa réputation s’étendit-elle bien au delà des limites du Paris de son temps, et devint presque européenne. On Jui reprocha cependant d’être trop théorique. « En 1535, dit le père Daire (!, Sylvius enseignait au Col-
(1) DAIRE. — Tableau de la province de Picardie.
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lège de Tréguet, pendant que Fernel faisait des leçons à celui de Cornouailles; mais celui-ci n’avait que peu d’auditeurs pendant que Sylvius en avait quelquefois quatre à cinq cents. Cette différence venait de ce que Sylvius faisait des dissections, enseignait la préparation des remèdes et démontrait la botanique, ce que Fernel ne faisait pas. » Néanmoins, la plupart des auteurs s'accordent pour dire combien était déjà grande l'étendue de sa réputation.
Son enseignement dura six ans, mais l’augmentation de sa clientèle le força à l’interrompre tant étaient nombreux les malades qui venaïent le consulter., Or, comme rien n'était capable de faire cesser ses études de cabinet, il employa toutes les heures qu'il avait de reste à composer un ouvrage de médecine. Il travaillait avec acharnement. Levé dès quatre heures du matin, raconte son élève Plautius, il s’en allait étudier jusqu'à cé que le temps de faire leçon ou d'aller voir les malades approchât; alors il examinait les urines qu'on lui portait : c'était en effet la méthode de ce temps-là pour les petites gens qui n’appelaient point le médecin, mais lui envoyaient de l’urine. Il prescrivait alors des remèdes selon les conjectures qu'il pouvait former. Revenant au logis pour dîner, il s'enfermait avec ses livres jusqu'à ce qu'on l’appelât pour se mettre à table; il ne quittait son étude que pour les affaires qui l’appelaient hors du logis. Revenant le soir, il faisait comme à midi, il attendait sur les livres qu'on l’appelât pour souper.
Il les reprenait aussitôt après et ne les quittait qu’à
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onze heures pour se mettre au lit. Il ne se faisait point scrupule, quand il priait quelqu'un à manger. de le quitter dès que le repas était fini et de s’en aller retrouver ses livres.
Il trouvait plus de plaisir dans la vie active et dans l'exercice de sa profession que dans le repos. Il ne renvoyait jamais les malades qui venaient implorer son assistance quelque pauvres qu'ils fussent; et ii en venait en si grand nombre pendant l'été qu'il n'avait pas le loisir de s'asseoir à table : il dinait debout. Quand on l'exhortait à se donner quelque relâche :.« Longa quiscendi tempora fata debunt ». « La mort donnera assez de {emps pour se reposer », répondait-il,
C'est en 1542 que parut son premier ouvrage de médecine : la Physiologie . Son livre, dit Plautius, rouva des contradicteurs. Les Ecoliers le pressèrent si vivement de faire des leçons sur cet ouvrage qu'il y consentit et donna trois années à ces leçons. Pendant ce temps-là il avait entrepris un autre ouvrage qui parut en 1545. C'est son traité sur la Saignée & De vacuum ratione libri »; il continua à l'expliquer dans ses leçons.
(4) Le livre était intitulé : J. Fernelii ambianatis, de naturali parle medicinte lebri seplem, ad Henricum Francisci regis Galliae filium (Paris 1542).