FERNEL A LA COUR
Fernel occupait dans l'esprit du public un des premiers rangs et sa réputation était fort grande. Il. était déjà médecin du dauphin Henri depuis plusieurs années, poste purement honorifique qui n'avait aucun caractère officiel. Quand, subitement, un jour, il fut appelé à la Cour « par un ordre presque royal, pour une femme de qualité dangereusement malade © », vraisemblablement Diane de Poitiers, maitresse en titre du Dauphin, mais son biographe Plautius la désigne seulement par ces mots : « une femme très chérie du dauphin ».
Cette lacune a donné lieu à la légende qui veut que Fernel ait guéri la stérilité de Catherine de Médicis. Elle est rapportée par Scévole de Sainte- Marthe en 1598, cinquante-quatre ans après la naissance de François IT, le premier enfant de Catherine de Médicis.
« Aucun des écrivains sérieux de cette époque n’en fait mention, dit le D' Le Pileur ® et nous
(1) D'après BAYLE, Our. Cité.
(2) LE PILEUR, OUVT. Cité,
5-39 = sommes autorisés à croire que la stérilité d’une Dauphine, cessant tout à coup par ‘les conseils de soi médecin aurait ému la verve piquante ét gauloise de Brantôme qui, pourtant, ne se gène pas pour dire que c'était à Henri plutôt qu’à sa femme que la France devait s’en prendre.
« De Thou n'y fait allusion ni dans son Histoire, pi dans les quelques lignes consacrées par lui à l'éloge du grand médecin. Plautius, son élève, n’en parle pas non plus; on ne peut cependant pas supposer qu'il ait ignoré un fait de cette importanhce, et quant à l'avoir omis avec intention, c'est peu probable. La gloire de son maître aurait tiré de ce succès un nouvel éclat que le fidèle disciple n'aurait pas manqué de faire ressortir. Il ne s’est point gêné pour parler, sans la nommer, il est vrai, de Diane de Poitiers et de sa guérison par Fernel, quel scrupule l’aurait empêché de vanter une consultation à laquelle trois rois de France devaient la vie. »
Plautius dit simplement que Fernel fut appelé dan$ un cas grave auprès d’une très noble dame de ia Cour (1, et un peu plus loin que ce fut la cause de la faveur dont Fernel jouit par la suite auprès de Henri, car cette dame était très chère au roi ®..
On sait quelle affection Henri II eut toujours pour Diane de Poitiers, et le fait d’avoir sauvé la femme
(1) «In gravissimo mulieris nobilissimae casu ad aulicos quasi édicto regio rapitur, »
(2) « Prima haec causa fuit cur in pesterum Henrico, cui illa charissima erat, magno semper in pretio Fernelius babitus sit, »
Hi —
qui régnait absolument sur le cœur du prince, explique suffisamment la faveur dont le roi ne cessa de combler son médecin.
« Que Henri lui ait fait soigner sa femme légitime après lui avoir confié sa maîtresse, nous n’en disconvenons pas (; que Fernel ait même surveillé ses couches s’il n’y présida pas, cela est bien possible, mais la guérison de Diane de Poitiers reste pour nous la véritable cause de l'estime et de l’affection que le roi de France lui témoigna toujours, »
Les éditeurs ont inscrit en marge des premières éditions de l'ouvrage de Plautius : « Reginam curavit », Ce qui n'a pas peu contribué à perpétuer la légende, car, de l’avis également du D’ Cabanèés, c'est une légende © Henri offrit dès lors à Fernel la place de son premier médecin, mais celui-ci, qui préférait ses études à l'embarras de la Cour, n’accepta point cet emploi et se servit même d’artifices pour obtenir la permission de retourner à Paris.
Il prétextait qu'il n’était pas assez instruit pour qu'on lui confiât la santé des Princes ), mais que si on lui permettait de retourner à Paris, il emploïerait avec ardeur tous les moyens qu'il y trouverait de se rendre plus habile et plus digne de servir M. le Dauphin.Quand il vit que ces raisons ne le tiraient pas d'affaire, 1l feignit d'être malade et il fit dire à ce prince par un chirurgien qui lui parlait familière-
(1) LE PILLEUR, OUvT. cité.
(2) D. CABANES, Le cabinet secret de l'histoire, tome 4. (3) IPLANTIUS, OuvT. Cité.
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ment, qu'il avait une pleurésie que le chagrin rendrait infailliblement mortelle, et que ce chagrin procédait de ce qu'il se voyait séparé de ses livres, et de ses leçons et de sa famille, et engagé à une vie tumultueuse. Le Prince, ajoutant foi à ce mensonge, permit à Fernel de se retirer.
« Ne faut-il pas être bien amoureux de l'étude, dit Bayle, et de la vie philosophique, quand on emploie tant de machines pour n'être pas médecin de la Cour, c’est-à-dire pour n'avoir pas un emploi que d’autres tâchent d'obtenir par toutes sortes de voies !
Il obtint cette faveur sans diminution de la pension qui lui avait été promise (!, »
Fernel avait pourtant dit avec une entière franchise ce qu'il pensait de lui-même, fait remarquer Figard. « Il ne se jugeait pas assez habile dans son art et surtout pas assez expérimenté. Grande marque d'un esprit judicieux qui ne se fait pas d'illusion sur sa propre science. C'est que, à cette époque, l’instruction d'un étudiant nouvellement promu docteur consistait surtout à fait connaître parfaitement ce qu'avaient dit les anciens, à savoir argumenter en forme, à être capable de discuter pendant des heures contre tout venant dans ces fameuses thèses quodlibitaires qui étaient le triomphe de l’école.
« Chose vraiment croyable, la plupart des élèves arrivaient au baccalauréat sans jamais avoir vu un
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(1) Elle était de six cents livres (Bayle).
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seul malade. Alors seulement ils étaient supposés capables de le faire avec profit, Ils s’attachaient à un docteur qu'ils suivaient dans ses visites et qui les introduisait dans la clientèle, à peu près comme cela se pratiquait dans l’ancienne Rome. On voit d'ici l’incommodité, l'appareil pédantique et prétentieux de ces systèmes qui. transformaient souvent la chambre d’un patient en une salle de cours (!). »
Ayant achevé d'expliquer son livre, Kernel fut nécessairement sollicité d'expliquer queique autre chose; mais la multitude de malades qui l'appelait l'empêcha de s'y engager.'[l ne cessa pas cependant de se rendre utile au public autrement que par sa pratique. Il donna ses veilles à la composition de l'ouvrage « De abditis rerum causis » ou des Causes eceulles, qui fut suivi des sept livres de Pathologie, après quoi il travailla à la Thérapeutique.
I avait achevé l'ouvrage sur les Remèdes composés et il travaillait à celui des Remèdes simples dont il avait découvert plusicurs vertus inconnues aux anciens, Il n’en disait rien à personne, il voulait que le publie sût à qui l'honneur en serait dû; c'est pourquoi son dessein était de ne s’en ouvrir que quand il publierait son livre.
Sur ces entrefaites, Henri IT monta sur le trône et
demanda de nouveau à Fernel de devenir le premier
Médecin de la Cour, Fernel objecta que l'honneur
(1) L'après RAYNAUD, La médecine au temps de Molière.
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qu'on lui offrait était dû pour plusieurs raisons, el comme un droit héréditaire, au médecin du feu Roi, ct qu'il avait besoin d’un certain temps pour faire des expériences sur plusieurs choses qu'il découvrait dans l4 médecine. On lui accorda du délai, mais quand le médecin de François I: fut mort, il fallut que Fernel allät occuper sa place auprès de Henri IT.
Il lui arriva là tout le contraire de ce qu'il avait redouté, car il trouva plus de repos et plus de loisir à la Cour qu'il n'en avait eù à Paris ; et dans les vcyages que la reprise des armes fit faire à ce prince, son Médecin eut pu regarder la Cour comme une douce retraite. Il présida à plusieurs des accouchements de la reine et on lui octroyait libéralement
ajoute que ce présent lui fut fait quatre fois; or, il est
pour chacun dix mille écus, dit Louis d'Orléans ; sûr que les dix lenfants de Catherine de Médicis naquirent fous avant la mort de Fernel (1.
Revenu de l’expédition de Calais, où il avait accompagné Henri IT, il fit venir sa femme à Fontainebleau, mais elle fut si triste d’être ainsi séparée de sa famille qu’elle tomba malade et mourut dans peu de temps. Fernel en fut si affligé qu'il tomba malade à son tour douze jours après les obsèques de son épouse et qu'il mourut le dix-huitième jour de sa maladie.
Bayle nous donne de celte mort une explication
fantaisiste : € On peut dire, affirme-t-il, que diverses
(1) D'après BYLE, Ouvr. cité.
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causes concoururent à faire mourir Fernel Il avait la rate en mauvais état : le chagrin venant là-dessus empira cette mauvaise disposition, d'où naquit une fièvre continue. Il ne serait point mort si tôt ni avec son mal de rate sans le chagrin, ni avec son chagrin sans le mal de rate. Il est même vrai que son chagrin ne venail même pas tout de la perte de sa femme. 3ien d’autres choses l’affligeaient avant cela très violemment. » |
Ces préoccupations ne pouvaient être que scientifiques. Il déplorait de n'avoir pu terminer sa Thérapeulique dont il confia l'ébauche à son élève Plautius, et sans doute avait-il encore d’autres projets.
La date de sa mort, conime celle de sa naissance, est discutée. II mourut vraisemblablement au mois d'avril 1558. L'année, à cette époque, se comptait à partir de Pâques, et Pâques tombant cette année-là le 10 avril, Fernel mourut le 26 du même mois, à l’âge de 62 ans.
Plusieurs auteurs n'en ont pas moins soutenu qu'il n'avait à sa mort que 52 ans. Guy Patin entre autre, qui fut doyen cent ans plus tard, écrit à l'éditeur : « Puisqu’on imprime chez vous le Fernel (), je veux vous prier d'une chose qui est de faire corriger une faute que ceux d’Utrecht ont faite à leur impression lorsqu'ils disent dans sa vie qu'il avait
72 ans quand il mourut, ce qui est très faux, car je
(1) Guy PATN, Lettres (1658).
vous assure qu'il n'en avait que 52, ce que J'ai oui dire à feu M. de Villcroi, maitre des Requêtes, fils d'une fille de Fernel, laquelle n'est morte qu’en 1642. Mais sans la tradition, Jen ai deux preuves certaines : l’une est tirée des registres de nôtre Faculté que j'ai eus entre les mains tandis que j'ai été Doyen, où il est expressément marqué que Fernel mourut le 26 avril 1558 anno aetatis 52; l’autre preuve est dans son épitaphe à Saint-Jacques-de-laloucherie, où il est encore marqué quil mourut à l'âge de 52 ans. »
Son épitaphe porte : anno aetatis LIL. Bayle dit avec juste raison que le graveur peut avoir oublié deux X, et à plus forte raison un X.
Enfin cet âge de 62 ans est le plus vraisemblable et concilic tout. II est venu à Paris à 18 ou 19 ans, il est maître ès-arts à 22, docteur à 33. Il se marie peu après ef commence à exercer la médecine à 37 ans environ, fl y consacre ses années de maturité et est
surpris par une mort prématurée.
Son Portrait
Il nous est resté peu de chose du physique de l'ernel, De Beauvillé nous le dépeint en quelques bgnes 0 : « Fernel, dit-il, était de haute taille, d'une constitution robuste, mais il souffrait du foie, et
comme toutes les personnes atteintes de cette affec-
1) DE BEAUVILLÉ, Hist. de Là ville de Montdtidier 1857.
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tion, il avait le teint livide et plombé. Sa barbe et ses cheveux étaient noirs et touffus, son visage grave, sévère et sombre. »
Ses divers portraits rendent bien cette physionomie. À la rosace sud de la cathédrale de Beauvais on distingue, assure-t-il, le portrait de Fernel représenté sous les traits de l’apôtre saint Luc.
La numismatique a voulu aussi lui payer son tribut. En 1798, Gatteaux exécuta une médaille représentant Fernel et Ambroise Paré; la médecine et la chirurgie glorifiées dans leurs plus célèbres inter-
pyrètes, On lit en exergue en bas :
LA MÉDECINE A SON UNITÉ PRIMITIVE DÉCRET DU 14 FRIMAIRE ANCITÉSDE LA R. Fr 02
Sur le revers, on voit l'intérieur de la cour de l'Ecole de Médecine de Paris.
En 1822, Depaulis a gravé une autre médaille de Fernel pour la collection connue sous 1é nom « Galerie métallique des grands hommes français ».
Dans la fresque historique qui décore le grand amphithétre de la Faculté, Fernel se trouve également dans la partie droite de l'image, derrière
Ambroise Paré, assis entre Fallopio et Baïilloud ®.
(1) Le fac-sinili de cette médaille se trouve dans l'important ouvrage dé M. de Beauvillé, à l'article Fernel. (@) Voir la réduction de cette fresque à la Bibliothèq te.
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La Faculté possède également dans une de ses
salles de Thèses, un portrait de lillustre médecin.
Sa réputation et le jugement de ses successeurs
Ses biographes ne tarissent pas en éloges sur lui et s’inclinent devant cet esprit de premier ordre que tous ont tenu en très haute estime.
« La ville d'Amiens, dit Scévole de Saint-Marthe qui avait donné naissance à Sylvius et à Tagault son maître, fut celle-là même qui fit éclore dans la médecine cette troisième lumière, mais beaucoup plus éclatante que les autres. Je parle ici de M. Jean Fernel, homme rare et presque divin.
Ce grand et admirable génie eut un avantage qui depuis plusieurs siècles n'est arrivé ce me semble à pas un homme au monde pour docte et pour célèbre qu'il ait été : c'est que de son vivant, et en sa présence même, il vit lire dans les écoles les divers traités qu'il avait composés sur toute la médecine. Ft son autorité s'y rendit aussi considérable et eut autant de poids auprès de ceux qui faisaient profession d'enseigner et d'apprendre cette belle et noble science, que la fuite du temps en donne aux anciens
auteurs. »
IT avait un génie qui lui était propre et des con-
(1) SCIVOLE DE SAINTE-MARTHE, Hisl. des hommes illustres France.
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naissances bien supérieures à ceiles de ses contemporains (, Sa réputation était très grande, ses confrères avaient pour lui une déférence sans bornes ; dans les écoles, on expliquait et on commentait ses cuvrages comme ceux d'Hippocrate et de Galien. l'admiration qu’il avait excitée comme praticien et comme écrivain ne passa point avec Jui. On peut voir dans l'ouvrage de Blount : « Censora celebriorum authorum » l'estime que des savants de premier crdre professaient pour lui.
Guy Patin ne cite son nom qu'avec respect et le regarde comme le plus habile médecin qui ait paru depuis Galien. La Faculté de Paris l’appelait encore dans le siècle dernier, l'ornement de son Ecole. Tous ses biographes anciens et modernes rendent justice à l'étendue de son savoir.
Cabanis dit de Fernel qu'il était un génie capable de systématiser les connaissances les plus vastes et de les présenter dans un style tout à la fois très philosophique et très brillant.
La Faculté de Paris possède 24 volumes de commentaires manuscrits qui renferment toute son Histoire depuis 1325 jusqu'en 1786. Chaque Doyen y a mentionné les événements arrivés sous son décanat. Antoine Dufour, qui était Doyen en 1538 indiqua
sur le registre ® la mort de Fernel, mais sans faire
(1) D’après DE BEAUVILLÉ, ouvr. Cité.
(2) CorLIEU, L'ancienne Faculté de Médecine de Paris. (3) Registre n° 7,
ADS
mention de son âge, En 1558 il arrêta le compte rendu de sa gestion sur le recto d’une feuille dont le verso resta en blanc.
En 1650, Guy Patin ayant en qualité de Doyen le registre à sa disposition, comme il professait une vive admiration pour Fernel, se crut en droit de profiter de cette page blanche ; il y écrivit un éloge funèbre célébrant la mémoire du disparu, et de sa propre autorité le fit mourir à 52 ans. Le fait d’avoir retouché un des registres antérieurs fut vivement eri-
üqué et Astruc le lui reprocha vivement ‘.
Fernel médecin et professeur
Chose ctrange, la pratique qui paraissait avoir pour lui moins d’attrait que les travaux de cabinet, lui réussit au delà de ses désirs; sa réputation devint immense, ses succès à la Cour laugmentant encore si cela avait été possible. |
Mais aussi, si l'on en croit ses biographes ®, il avait par excellence les qualités du médecin accomph. D'un caractère doux et affable, il recevait également bien le riche et le pauvre; sa figure grave et pensive, mais bonne, contentait le malade; très instruit, ou pour mieux dire encyclopédiste, autant qu'on pouvait l'être à cette époque, il était à même
de causer avec chacun de son métier et de ses occu-
(1) ASTRUC, Maladies des femmes, tome 6.
(2) LE PILEUR, ouvr. cité.
der
pations. Cette réputation immense n'a donc rien qui doive nous surprendre, et certainement elle était due à l’homme au moins autant qu'au savant.
Sa volonté était opiniâtre, et ce fut à la persistance de son travail, contrarié par l'opposition de ses parents, qu’il dût d'atteindre le premier rang.
Tous les dons semblaient lui être échus. Il brilla aussi bien comme professeur que comme praticien. « Fernel, dit Bordeu (), parut comme l'éclair qui perce les nuages les plus épais. Il naquit dans l'Ecole et s’éleva bientôt jusqu'aux cieux. Jamais orateur si élégant n'orna nos chaires, jamais génie si aisé ni si agréable ne traita notre médecine. Tout le monde lui a donné un rang distingué parmi les médecins. Je le place à côté de Celse, d’Avicenne, presque de niveau avec Galien et un peu plus bas qu'Asclépiade et qu'Hippocrate. »
Fernel, cependant, n’a pas fait exception à la règle qui veut qu'à côté des admirateurs, les plus grands génies aient aussi des jaloux et des détracteurs.
Un médecin rival, Flesselles, dont le nom serait tombé dans l'oubli s’il ne s'était attaché à calomnier Fernel, le fit passer pour un homme qui courait après l'argent et qui était presque aussi avare que Silvius (®. Le prétexte de ces horreurs fut que Fernel n’aimait
(1) T. ne BoRDEU, Recherches sur l'histoire de la Médecine. (2) On reprochait à Silvius son avarice parce qu'il faisait payer les auditeurs de ses Cours,
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pas à prodiguer le sang, au lieu que Flesselles voulait beaucoup saigner.
Cette querelle avait pris naissance à la suite du traité de la saignée, dans lequel Fernel réagit contre l'abus de cette pratique /.
Fernel figura aussi dans la littérature du temps. Plusieurs années après sa mort, Beroald de Verville, le rhapsode qui composa le « Moyen de Parvenir », le mit en scène dans son Banquel Comique :
« Georgius. — Croyez-moi que jen ris de bon foie !
Fernel. — Pourquoi d'aussi bon foie ?
Georgius. — Pour ce que, selon votre doctrine, au
lieu « De abditis rerum causis », vous devriez mettre effectis, d'autant que vous ne parlez aucunement des causes mais des effets. »
Nombreux furent les poètes qui mêlèrent son nom à leurs écrits. Nous ne citerons que l'éloge que René Gervais fait de lui en deux vers :
« Hippocrates moriens, arcanum credidit artis
« Fernelio : huic fama par fuit et ingenio. »
Ses ouvrages n'eurent pas de prime abord un très gros succès; on lui reprocha son excès de rhétorique, mais après sa mort ils furent traduits dans toutes les langues. « [Lest peu d'auteurs, nous dit Goulin ® dont les ouvrages aient été aussi souvent imprimés. Trente
imprimeurs ont employé leurs presses à répandre le
(1) D'après BORDEU, ouvr. cité.
(2) GOULIN, Mémoires littéraires, Paris 17%,
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fruit des veilles utiles de Fernel; et ces presses étaient placées à de grandes distances les unes des autres, c’est-à-dire à Paris, à Lyon, à Francfort, à Anvers, à Londres, à Gênes, à Turin, à Venise, à Hanau, à Beyde;-a Utrecht. »
Goulin cite jusqu’à 87 éditions des œuvres de
Fernel, et encore croit-il ne pas les connaître toutes.