LE MAL VÉNÉRIEN
Fernel a consacré un ouvrage spécial au « Mal vénérien » (!, el ce sujet est un de ceux qu'il a traités avec le plus de clairvoyance et le plus de précision.
DÉFINITION. — Le mal vénérien est une maladie générale, une maladie de toute la substance, occulte, contagieuse, se manifestant par des tubercules, des tâches, des ulcères et d’atroces douleurs. Il se contracte seulement par le coït ou par quelque autre contact impur. C'est un poison contagieux qui agit par contact. « Si ce poison tombe sur une peau intacte, il n’a pas d’effet, car l’épiderme épais et sain ne Jaisse pas pénétrer la substance de ces venins faibles et grossiers, à moins d’être fendu ou écorché. C'est ainsi que le venin laissé par certains animaux est introduit avec l'humeur qui lui sert de véhicule ; c'est ainsi que le venin des flèches empoisonnées, le virus de l’éléphantiasis ou celui du Mal Venerien s'étendent peu à peu dans tout le corps, non par la
(1) De luis venarae curatione perfectissima liber, (Traduction du D' LE PILEUR.
respiration, mais par un liquide déposé sur une partie quelconque privée d’épiderme. »
ORIGINE DU Ma. — Ce fut l'an de J.-C. 1493, d’autres disent 1492, que le Mal Vénérien fit son apparition devant Naples, d’abord dans l’armée française; de là les Français l’appelèrent Mal de Naples, et les Napolitains Mal Français.
« En réalité, Charles VII et son armée entrèrent en Ilialie en 1494, à Rome le 31 décembre de la même année. Du reste, d’après J. de Vigo, la syphilis n'aurait paru en Italie qu’en décembre 1494, c’est-à-dire au moment de l'entrée de Charles VII à Rome... Antorio Beniveni de Florence, dit que le Mal se répandit en Italie et dans toute l'Europe en 1496. Il est probable que les sources où Fernel a puisé sont les écrivains qui prirent la peste de Rome en 1492 pour le début de la syphilis (1). »
Les Théologiens, dit Fernel, crurent que ce mal était un effet de la colère de Dieu et enseignèrent publiquement que c'était une punition de nos maumaises mœurs, un supplice infligé aux libertins, Aussitôt les idées de superstition s’attachèrent à cette horrible maladie et les femmelettes ainsi que les hommes simples portèrent leurs vœux à je ne sais
quels saints et implorèrent leur secours. Il ne man-
(1) BASSEREAU, L'origine de lu Ssyphilis. Th. Paris, 1873. — En réalité, ce mal semble d'origine sud-américaine et paraît en relation avec l’expélition de Christophe Colomb.
qua pas non plus d’astrologues et d’interprètes des météores, qui recherchant plus haut les causes des maladies épidémiques, accusèrent une disposition insolite des astres et deux éclipses de soleil d’avoir répandu dans Flair certaines impuretés, et considérérent cette maladie comme épidémique, Leur opinion prévalut même dans la suite chez beaucoup de médecins. Quant à moi, je crois, ou que de quelque île d'Amérique dans lesquelles il est, dit-on, très commiun, le Mal fut apporté par les Espagnols dans l'armée française, ou qu'il à été contracté dans cette année de quelque femme publique d'une extrême malpropreté; que, par contagion, il se sera répandu ensuite dans toute l’Europe, l'Asie, l'Afrique et jusqu'aux confins de l’Inde, en un mot sur toutes les parties de la terre qui sont en rapport de commerce avec nous.
En effet, si, comme les maladies épidémiques, ce
‘fléau provient d’une certaine influence des astres,
comment n’a-t-il pas frappé un grand nombre de personnes en peu de jours et n’a-t-il pas disparu au bout de quelque temps, de même que cette peste anglaise (! qui a pris naissance dans ce siècle, a fait plusieurs apparitions et s’est complètement éteinte ; de même que toutes les maladies épidémiques décrites par Hippocrate, et les maladies exanthémateuses et pustuleuses qui ont une fin aussi bien qu'un com-
mencement,
(1) La suette miliaire qui éclata en Angleterre en 1686
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Mais le mal vénérien a tiré son origine, ou d'une seule personne ou d’un très petit nombre de gens au siège de Naples ; il s'est jusqu'à présent étendu en contagion de toutes parts et n’a pas cessé avec le temps. Aussi doit-on blàmer ici la crédulité de tant d'auteurs qui disent avoir vu souffrir de cette maladie beaucoup de jeunes filles étroitement cloitrées dans ies couvents,, sans avoir eu commerce avec les hommes ni aucun attouchement impur, et infectées seulement par la seule respiration de Pair.
Il ne faut pas moins condamner l'opinion de ceux qui prétendent que ce mal vient de la défectuosité et de la corruption des aliments; comme si auparavant il n'était jamais arrivé aux hommes de manger des viandes corrompues sans contracter le Mal Venerien eu comme si, n'atteignant jamais que les gens du peuple ou de basse condition, qui vivent la plupart du temps d’une mauvaise nourriture, ce mal avait épargné les Grands de la terre et les Rois eux-mêmes à qui l’on ne sert que les mets les plus choisis.
Beaucoup de gens ont écrit que ce Mal se modifie de jour en jour, qu'il décline et vieillit de manière à prendre fin bientôt. Ils disent en effet qu'à son début ce Mal était si horrible que celui d’à présent peut à peine passer pour être du même genre.
Les plaies étaient sans nombre, rugueuses, saillantes, comparables par la forme et la grandeur à des glands de chêne. Il s'en écoulait un liquide sanieux et il s’en exhalait une telle fétidité que celui