‹ Un grand Médecin du XVIe siècleChapitre 27 sur 39 · DU · texte numérisé non relu

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qui l'avait sentie passait pour devoir être atteint du

Mal...

Tandis que, depuis lors et tel qu’on l’observe maintenant, le Mal présente peu de pustules et d’ulcères, seulement il se manifeste par des douleurs atroces qui déterminent des tubercules durs et si son aspect est moins hideux, les douleurs et les tortures qu'il cause sont plus terribles, Mais ce n’est pas un état de déclin du mal, c'est à un traitement malentendu qu'il faut attribuer cela. Fernel veut parler de l'abus du mercure. :

« À moins donc, dit-il, que Dieu dans sa clé-

mence, mette fin à ce fléau ou qu'il ne modère la

-luxure effrénée des hommes, cette maladie ne s’étein-

dra jamais et sera, je crois, pour toujours la compagne du genre humain.»

LA CAUSE EFFICIENTE DU MAL. -- Les opinions varient sur la cause du Mal. L’un l’attribue à une intempérie du foie très sèche et un peu trop chaude, d’origine contagieuse.

Tous les autres auteurs s’accordent à dire que le desséchement des quatre humeurs et une certaine humeur maligne sont la cause préexistente du Mal Vénérien, tant que celui-ci ne développe ni douleur ri pustule, et qu’ils en sont la cause conjointe, inhérente, quand ces accidents se sont déjà produits.

La cause efficiente est un principe occulte et venimeux, un poison pernicieux qui se contracte par la contagion et l’attouchement, qui, bien que très léger,

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vresque insaisissable, échappant à nos sens, n'est pourtant pas simple et isolé, mais réside dans une humeur ou tout autre corps qui lui sert de substratum ou de véhicule.

« Ce fut le médecin de Henri II, dit le D" Le Pileur (, qui 1e premier attribue la vérole à un prüncipe, à une qualité vénéneuse des humeurs; bien plus, cette force inappréciable, ou du moins ne tombant pas sous les sens, dont il parle à plusieurs reprises, et dont il n'est fait mention dans aucun écrivain antérieur à lui, donne une idée parfaite du virus et prouve à n’en pouvoir douter que, si ce terme avait existé dans lé langage médical de cette époque avec le sens que nous lui donnons, Fernel l'aurait certainement employé. »

LE MAL SE CONTRACTE PAR CONTAGION. — L'homme qui a des rapports avec une femme infectée, contracte le Mal par les parties honteuses: la nourrice dont un enfant souillé suce le lait le contracte par la mamelle; c'est la main qui est contaminée chez la sage-femme prêtant son secours à une femme en couches infectée: ce sont tantôt la bouche, tantôt les organes intérieurs chez l'enfant qui tète une nourrice malade; la peau et les parties superficielles se prennent chez Pindividu contagionné par la transpiration de son compagnon de lit; enfin celui que la salive d’un baiser lascif

(1) D' LE PILEUR, OUT. Cité.

a souillé est atteint à la bouche. Toutefois, la force de ce venin n'est pas assez grande pour sévir autrement que sur une partie nue et découverte, et celui qui est atteint de ce Mal ne contamine pas un autre individu par son haleine seule, mais par un liquide provenant de lui et qui touche chez l’autre une partie privée ü épiderme sur laquelle Je Mal prend commencement.

Si petit que soit le point où le Mal est introduit, 1i se développe une pustule, puis un petit ulcère, d’où cnsuite il gagne tout le reste.

« Les prédécesseurs de Fernel, fait remarquer le D’ Le Pileur, avaient constaté l'existence du chancre au point contaminé et non ailleurs, mais aucun i'avait encore groupé et énuméré avec cette netteté et cette assurance les modes aussi nombreux que variés de la contagion.

« Nous l'avons déjà dit, c'est ce talent d’exposition et de description, d’une sobriété de termes très grande, surtout en égard à la phraséologie de l’époque, qui distingue le traité de Fernel, en fait une œuvre didactique remarquable et le premier ouvrage réellement et uniquement scientifique sur la syphilis. »

Voilà, d’après lui, comment se ferait le mécanisme de l'infection.

Le poison une fois inoculé, il se développe d’abord des pustules, ensuite, une fois le sang infecté, le bubon apparaît à l’aîne, enfin les vaisseaux spermatiques et les reins étant infectés, la gonorrhée se produit.

C’est cette erreur d'observation qui a beaucoup

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contribué à embrouiller pendant longtemps toute la pathologie vénérienne.

Les SiGxEs. —- Il n'y à pas de différence, mais des degrés dans le Mal Vénérien,

Le degré le plus bénin est celui qui fait tomber les cheveux et la barbe sans autrement troubler le corps. Un autre degré est celui qui couvre toute la peau de tâches innombrables et non saillantes ; elles sont petites, lenticulaires, tantôt rouges, tantôt fauves.

Le troisième degré est plus grave. Ici on voit des pustules rouges où fauves se produire sur le visage et sur le corps et peu à peu elles s'ulcerent.

Le quatrième degré succède au précédent quand lc Mal ayant envahi les parties solides gagne les os, les tendons, les muscles et les nerfs. La douleur siège au milieu des membres et non aux articulations comme dans la goutte.

LE TRAITEMENT. — On employa d'abord les caustiques pour guérir les ulcérations, puis on traita l’ensemble des lésions cutanées par le vif-argent en usage chez Îles Arabes : « le mêlant à certaines huiles et poudres pour en faire un onguent, ils en frottaient les jointures deux, trois et même quatre fois par jour. “Après avoir frictionné le malade on le couchait sur un lit et à force de vêtements dont on le couvrait on le faisait suer.

« Dès Te deuxième ou troisième jour, le malade commence à s’affaiblir, le médicament repousse le

Mal à l’intérieur dans l'estomac et la poitrine, d’où par la continuité des parties il peut gagner la gorge ct la bouche avec une si grande violence que les dents s ébranlent chez tous les malades et chez quelquesuns noircissent et tombent. Ils présentent en même temps de violentes coliques. |

La salive coule de la bouche sans interruption, fétide au delà de toute idée et l’intérieur de la bouche s’ulcère. Les malades peuvent à peine boire, la langue balbutie, la surdité survient. »

N'est-ce pas là un tableau de l’intoxication mercurielle ?

Fernel n’est pas partisan de ce traitement. Dans la plupart des cas, dit-il, il y a récidive sous une autre forme, car bien que la fureur et la violence du Mal soient diminuées, la racine n’est pas arrachée. Avec le temps il se réveille et réapparaît après un laps de temps de vingt ou même de trente années.

Nous pouvons dire ici aussi avec le D' Le Pileur :

« Voilà encore un passage où le grand médecin se révèle, Son esprit logique acceptait sans difficultés un enchaînement d'accidents différents entre eux et n'ayant pourtant qu'une seule et même origine. »

Ce traitement était l'apanage des chirurgiens barbiers et des barbiers qui l’appliquaient d’une façon inconsidérée; et si quelque accident survenait on l’attribuait non pas au traitement mais à la malignité de la maladie et on continuait de plus belle.

« On en voit mourir pendant le traitement, dit

Fernel, pendant que leurs bourreaux les tiennent

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enfermés dans des étuves d'une chaleur excessive, où lie désir d’une guérison qu’ils espèrent ainsi obtenir les fait rester patiemment, jusqu'à ce que la violence äe la chaleur dissolvant les esprits, et le cœur venant à défaillir, ils meurent sans s’en douter.

J'en ai vu mourir d’autres étouffés parce que le sonflement de a gorge au niveau du gosier empêchait la sortie de l'air et de la sanie, quelques-uns parce qu'ils ne pouvaient uriner, d’autres de fièvre ou de

dysenterie causée par le remède. »

LE JUGEMENT DES ANCIENS ET L'OPINION DE FERNEL. — Dioscoride dit que l’hydrargyre détermine de violentes coliques, qu’il ronge et ulcère les parties internes, supprime les urines, fait enfler Le corps et donne à la peau un teint plombé.

Galien redoutait son usage suspect.

Les Arabes prétendent qu'il est rendu intégraleinenñt sans attaquer les tissus.

Pour Fernel, il est d'un bon secours à l'extérieur, mais ne doit pas être employé à l'intérieur.

Appliqué au dehors, il apaise l'inflammation du sang, les démangeaisons causées par la bile; il guérit les ulcères qui en sont la suite et donne un bon résultat dans les affections cutanées rebelles aux autres traitements.

Mais pour le traitement du Mal Vénérien, Fernel considère l'hydrargyre comme un médicament néfaste qui doit être rejeté par tous les médecins instruits.

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