ER 7 PRE
discutée: certains l'ont fait vivre 52 ans, d’autres 62, d'autres 72. Figard (, dans son étude sur Fernel, a exposé clairement la question : « Dans l'hypothèse où Fernel serait né en 1486, l'expression « immatura mors » qu'on retrouve dans quelques-unes de ses biographies, s'appliquerait assez mal à un vieillard de 72 ans.
De plus, il serait bien difficile d'expliquer les faits rapportés par Plautius. Celui-ci nous apprend que Fernel était « natu gam grandis » lorsqu'il partit pour Paris afin d'y étudier la philosophie. Comme il est sûr qu'il fut reçu maitre ès-arts en 1519, il a dû quitter sa famille en 1516 ou 1517, il aurait donc eu 30 ou 31 ans. Il serait fort extraordinaire qu'il fut resté si longtemps à apprendre la grammaire sous un maître d'école de village, et qu'il eut attendu la tren- {aine pour être enflammé de l'amour des lettres.
La date de 1506 n'est pas plus satisfaisante, et pour des raisons du même genre. Si on l'adopte, il faut admettre que Fernel est parti de Clermont pour Paris âgé de 10 ou 12 ans, ce qui est invraisemblable. T1 aurait été reçu maître ès-arts à 13 ans, aurait reçu à 14 ans la proposition d'enseigner la philosophie et aurait publié à 21 ans son premier livre de mathématiques.
Toutes ces circonstances, peu probables en soi;
sont d’ailleurs en contradiction avec le récit de Plau-
(1) FIGARD, Un médecin philosophe au XVIe siècle.
Asie
tius, d'après lequel ses études furent tardives. Il y a même une impossibilité manifeste : on ne pouvait être docteur avant 25 ans, et Fernel né en 1506 n’en aurait eu que 24 en 1530.
Si l’on admet qu'il était né en 1497, toutes les circonstances de la narration de Plancy s'expliquent très bien.
« Le père de Fernel, nous dit de Beauvillé (! exerçait avec sa femme la double profession de pelletier et d'aubergiste à l’enseigne du Kat Noir, dans le faubourg Becquerel, à Montdidier. En 1509, Laurent quitta cette ville pour s'établir à Clermont et tenir l’auberge du Cygne; cette circonstance a fait croire à Guillaume Plautius, son biographe, que Fernel était né à Clermont. »
Il est probable aussi qu'ils étaient plusieurs enfants dont Jean était l’aîné, en effet, comme ce dernier étudiant à Paris depuis plusieurs années n'était pas encore en état de se suffire, son père lui écrivit pour lui rappeler « qu’il avait d'autres enfants sur lesquels devaient également s'étendre ses soins paternels » (®).
Il reçut une éducation honnête sous les yeux de ses parents qui se bornèrent à lui faire apprendre la grammaire chez un maître qui tenait école dans la ville de Clermont. Mais ce n’était point assez pour lui ®., Comme il se sentait un goût ardent pour les
(1) DE BEAUVILLÉ, Hist. de la ville de Montdidier. (2) D'après BAYLE, oOuvr. cité.
(3\ D'après ELOY, Dict. hist. de la Médecine, 1778.
lettres qu'il n’avait pu encore satisfaire, quoiqu'il eut atteint sa dix-huitième année, il demanda à son père la permission d’aller à Paris y puiser les con- Laissances qui lui manquaient; il l'obtint et se rendit dans la capitale vers l’an 1516.
Il y avait alors à Paris, dans le collège Saïnte- Barbe, non seulement des maîtres très versés dans les arts libéraux, mais encore un grand nombre de jeunes gens fort instruits; leur capacité, leur zèle furent pour Ferne] un aiguillon qui l’anima puissamment à se formier et à se perfectionner dans les sciences alors en honneur. Comme il savait la langue latine, il étudia l'éloquence et la philosophie et se rendit en deux ans et demi si habile dans la dernière qu'il alla bien au delà de ce qu'on attendait de lui.
Il ne tarda point à être fait maître ès-arts, il chtint ce grade vers 1519, âgé de 22 ans, après avoir donné les preuves publiques de sa capacité. Aussitôt plusieurs Principaux lui offrirent à l'envi des conditions avantageuses pour l'engager à professer la dialectique dans leur collège. Il ne voulut point condescendre à leur demande sans avoir auparavant mieux approfondi la doctrine de Platon, d'Aristote et de Cicéron, et sans l'avoir enseignée dans des leçons particulières.
Dès qu'il eut commencé ce travail, il s'aperçut combien il s'était éloigné de la route qu'il aurait due tenir dans ses études. En effet, il n'avait appris dans les écoles de ses maîtres que des questions ridicules.
«€ On n'entendait parler, dit Ramus, que de sup-
ee re
positions, d’ampliations, de restrictions, d'ascensions, d'impossibles, d’insolubles et autres chimères pareilles aussi dépourvues de bon sens que la tête de ceux qui les avaient enfantées. On employait cependant un temps considérable à toutes ces niaiseries et on ne sentait pas qu'on le perdait (®, »
Il prit donc le parti de recommencer ses études, et pour y faire des progrès plus rapides, il renonça aux amusements, aux sociétés, aux plaisirs et s'occupa de la lecture des meilleurs écrivains latins, en vue de se défaire du langage barbare qu'il tenait de l'ignorance des maîtres de son siècle, Le goût qu'il prit bientôt pour les mathématiques, dont il avait senti tout le besoin dans le nouveau plan qu'il s'était formé, lengagea à partager le temps de ses exereices : le matin était employé aux mathématiques, Faprès-midi à la philosophie naturelle, la soirée à la lecture des écrivains latins et à des observations réfléchies sur le génie de leur langue.
Tandis que pour orner son esprit de connaissances, il se livrait avec trop d’ardeur à un travail excessif, il fut attaqué d’une fièvre quarte qui, après lavoir longtemps et cruellement tourmenté, le força d'interrompre le cours de ses études et d’aller respirer dans sa patrie un air plus pur et plus salubre.
Lorsque cette fièvre l’eut enfin quitté et qu'il eut
repris ses forces à la campagne, il revint à Paris
(1) GouJET, Hisl du Collège royal.