‹ Un grand Médecin du XVIe siècleChapitre 8 sur 39 · SR REP · texte numérisé non relu

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pour y délibérer avec ses amis sur l’état qu’il devait embrasser. Il délibérait de la sorte lorsqu'il reçut une lettre de son père lui reprochant les dépenses trop considérables que lui avaient coûté les études dun seul de ses enfants ; il devait revenir chez lui cu trouver les moyens de se procurer de quoi vivre honnêtement et à son aise.

Sans être abattu ni décontenancé de cette rigueur, Fernel demeura ferme dans son ancien projet ; il résolut d’ensiegner publiquement la philosophie dans le Collège Sainte-Barbe et d'en faire un cours complet.

La lecture de Cicéron lui avait prouvé cet avantage que les leçons qu'il donna sur des matières philosophiques furent aussi éloquentes que celles des autres maîtres étaient barbares en ce temps-là (!.

Son ouvrage intitulé : Monalosphaerium est daté de ce collège le 4 février 1526. Il est dédié au principal du collège Sainte-Barbe, Ce livre a pour sujet la construction des cadrans solaires et l’exposition d'une méthode pour représenter la sphère entière au moyen d'un seul dessin plan; on y trouve malheureusement des digressions astrologico-chirurgicales.

C'est alors que Fernel se mit à étudier la médecine et à la mener de rang avec la philosophie et les mathématiques. Peut-être l'idée lui en vint-elle au cours de sa maladie, peut-être quelqu'un de ses amis

l’entraîna de ce côté, peut-être son esprit curieux de

(1) D'après BAYLE, OuvT. cité,

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toutes choses vit-il dans l’art médical un terrain propre à satisfaire ses goûts et un moyen de se faire une situation, ses ressources étant assez précaires.

I] se mit au travail avec une ardeur nouvelle, obtint en 1528 son grade de bachelier, se distingua ensuite pendant deux années dans les exercices habituels de l’école, discussions et leçons publiques. Il fut licencié en 1530 et obtint le deuxième rang. Il aurait certainement obtenu le premier, dit Plautius, s'il avait eu une fortune égale à son talent.

Ramus affirme en effet « que le premier lieu de la licence était en quelque sorte mis aux enchères ct accordé à celui des candidats qui semait l’argent le plus libéralement autour de lui. »

Il obtint quelques semaines après le grade de docteur, il avait alors vraisemblablement 33 ans.

Quoi qu’il en soit, son titre de docteur ne le détermina pas encore à exercer la médecine ©. Il est remarquable que cet homme, qui devait se placer au premier rang des médecins de son temps, et qui. devint après sa mort l’oracle de la science médicale, ne s’engageât dans la carrière qu'après toutes sortes d'hésitations et comme contraint et forcé. Son goût pour la philosophie, et surtout pour les mathématiques, paraît avoir primé longtemps sa vocation médicale. Ce qui le prouve, c'est que pendant le temps même qu'il se préparait au doctorat il avait publié deux ouvrages de mathématiques. L'un, le

(1) GOUJET, OUVT. Cité.

(8) FIGARD, OUVT. Cilé.

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« De proportionibus » n'offre que peu d'intérêt; il n'en est pas de même de l’autre qui est une théorie du monde : « Cosmotheoria ». Il s’y trouva beaucoup de rêveries astrologiques étrangement mêlées à des notions scientifiques très exactes ; mais le livre mérite surtout d’être mentionné parce que c'est là que se trouve rapportée l'expérience célèbre que réalisa Fernel en essayant de déterminer directement la longueur d'un degré du méridien.

« Je commençai, dit-il 1, par assembler des règles conformément, ou peu s’en faut, à la figure que Ptolémée décrit dans son V* livre de l’Almageste. Elles formaient un triangle rectangle dont le plus petit côté représentant le talon d’un quadrant ou le rayon d’un cercle avait huit pieds. La règle qui formait l’hypothénuse ou cercle du quadrant, maintenue dans une position fixe, était divisée soigneusement en degrés et en minutes pour donner plus d’exactitude aux opérations. Une branche mobile munie d’une double mire était fixée à l'angle droit du triangle de manière à jouer sur l’hypothénuse.

Ayant choisi un beau jour (c'était le 25 août), je calculai au moyen de mes règles, qu’à Paris, l’élévation du soleil à midi était de 49° 13°. Comme ce jour-là le soleil occupait le onzième degré de la Vierge, dont la déclinaison boréale est de 7° 51’, je jugeai que l'élévation de léquateur contenait 41° 22”, par conséquent, que la latitude de Paris était de 48° 38’. Avant de me mettre en route, j’observai de plus, d’après les tables de déclinaison, que le lendemain 26, sous la latitude de 49° 38 de la région plus septentrionale d’un degré que Paris, lélévation du soleil, à midi, devait être de 47° 51, différence

(1) ICOSMOTHEORIA, Lib. I., trad. empruntée à la « Revue Chanteclair », déc. 23.

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