‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 100 sur 152 · MALADIE · texte numérisé non relu

MALADIE

MâNES

sortir toute sorte d’objets (V. le cas raconté à l’article Voici encore deux procédés

de goète pour donner des maladies ou même la mort. On cache dans une corne (ihembé) un serpent. L’extérieur de la corne est frotté avec du lait ou de la graisse. Cette corne est mise ensuite dans la paille de la case de l’homme, qu’on veut faire mourir et qu’on déteste. L’autre moyen est, de faire manger par l’individu, sans qu’il le sache, de la chair de crocodille (ingona). Cette chair est imprégnée des plus terribles malédictions. La victime en meurt incontinent disent, les Warundi. (Y. jjMédeciné’% jj Amulette** j j^Goétie**).

Mânes.

La Nécrolatrie étant le fond de la religion des Warundi, la vénération des sépulcres, des mânes y occupe une large place. Tout se réduit aux mânes divins et humains. On adore les esprits des âmes humaines (jjspiritus animarum”) avec, i. e. associés, collés, soudés, pour ainsi dire, à leurs patrons spirituels, leurs esprits gardiens (possesseurs) mauvais, leurs démons familiers, dont quelques principaux portent isolément les noms de Imana (collectif), RyangombCy Rikiranga^ etc. Ces dieux- mânes sont à la fois familiaux, nationaux et même mondiaux {Imana- „plasmator**). Ces mânes sont exactement les Réphaim de la Bible et répondent aux véy.vaç de Manethon, d’EusèbePamphil.(Chron.), ce sont les urvagan (d’où-: ouragan) i. e. l’image extérieure, ombre, fantôme {siôcûÀTj) d’un homme. Dans la religion des Warundi, comme dans celle de tous les peuples anciens (et modernes) cet étrange amalgame de mânes divins et humains constitue un des problèmes les plus difficiles à résoudre. Toujours est-il, que cette alliance étroite, qui existe pendant la vie entre le patron spirituel (bon ou mauvais) et son client, constitue après la mort une telle solidarité, qu’on les dirait un seul et même être. Quoique problème, c’est bien là le fond de toute l’idolâtrie (selon presque tous les anciens Pères), ou du culte des morts et des ombres. Rohr bâcher (Hist.

р. Ile, § 6) dit: „ Ce sont les mânes ou âmes des hommes morts, qui, unies à leurs démons, ont fait partout le fond de l’idolâtrie.” cfr. St Pulgence. Le mot mythologie, mythe, fd^vOoç, que nous traduisons à tort par fable, vient du phénicien (Sanchoniaton) : mouth = mort, ,jSermo de mortuis**.. Quant aux Réphaim de la Bible, mot traduit par „gigantes**, il s’agit bien là de mânes, principalement humains., mais inséparables désormais de leurs démons, e. a. m. de damnés — ,^damnatV* , comme tra^* duit St Bernard, suivi par Cornelius-à-Lapide. (cfr. Isaïe c. XIV;: 9 seq. ; XXV :4; Prov.

с. II : 18; IX : 18; Psalm. LXXXVII : 11, etc.). La traduction adéquate de Réphaim serait :

damnés, renvoyés = remissi, des revenants!

Le passage connu d’Isaïe : „morientes non vivant, gigantes non resurganf* (c. XXVI : 14) ne laisse aucun doute à ce sujet. Cette prière

du prophète nous rappelle les litanies du moyen-âge, où on disait: „des géants (revenants) délivrez -nous, Seigneur!” —r On sait, que Réphaim était le surnom des Hévoeens et des Chiuvim = serpents, dragons, parcequ’ils habitaient, à l’intar des serpents, les cavernes (Troglodytes) souterraines. Les enfers {inferi, la géhenne) pas saient pour la demeure des géants {coetus giganteus). Ces géants, ces mânes damnés et renvoyés sont partout accompagnés (cfr. Isaïe 1. c.) de vacarme, de tapage, de tumulte nocturne („turbo” de Job, spes à turbine = trombe = ouragan, etc.). C’est la croyance de toute l’antiquité. Origène (contr. Cels., 1. VII) la résume admirablement en ces mots: „L’âme des croyants et „des méchants, toute chargée de ses forfaits, „qui l’empêchent de remonter vers les deux, „reste ballottée sur la terre, tantôt vivante „autour des sépulcres, où nous voyons si „ souvent les fantômes de leurs ombres, „ tantôt en parcourant la terre, et présidant, „ comme il faut le croire, à ces maléfices et „à ces adjurations de tous les siècles.” Puis Origène continue et parle de visu. Néanmoins, il eut le tort (et fut justement condammé pour cela) de croire, que ces damnés fussent changés en démons. S’il eût dit, qu’ils revenaient quelquefois, assimulés et associés à leurs démons, il eût été dans le vrai, car telle a toujours été la croyance des fidèles. Les Warundi ont absolument les mêmes idées sur leurs mânes. Ils les vénèrent sans amour, avec effroi (comme partout sur la terre ces mânes ont été la terreur des peuples, à Rome, en Chine, au Japon), mais ils les vénèrent quand même, et voilà leur crime, car: „ . . . . propterea visitasti et contrivisti eos** , Isaïe c. XXVI: 14. La croyance aux mânes suppose la croyance à Vimmortalité de l’esprit de l’homme. Le mot kirundi umuzimu veut dire: vivant, bien portant = lima. Le vulgaire des Warundi croit, que l’esprit d’un mort prend la forme des vers (larves!) sortant du cadavre, ou toute autre forme de spectre, de fantôme, âfelôcùXri. Ces imizimu sont lares ou larves, bons(!) ou mauvais. Ces bons (xaxoôaificov) sont redoutés, presque autant que les mauvais. Les méchants (p. e. des assassins, des tyrans) sont particulièrement transformés en larves très malfaisantes et redoutab es.

Les Watwa, eux, confondent absolument les mânes avec leur Ryangombe {Imana), et ne paraissent (?) pas avoir un culte spécial pour eux. Dans leurs „ingo** (enceintes) on ne rencontre que rarement des maisonnettes (chapelles votives) dédiées aux mânes {ivigâbiro). Chez les W arundi et les W atutsi au contraire, ces maisonnettes foisonnent. Ils sont dévots à leur façon à leurs pénates {penes-nos-natus). Toutefois, chez les derniers aussi les esprits supérieurs sont confondus avec les mânes, ne font qu’wn avec eux.

Ainsi, Rikiranga est surnommé : umwami w* imizimu, ,litt : le roi des mânes (contre-partie de notre.: .... caput Angelorum), absolument

MâNES

MAKIAGE

comme Jupiter, chez les Romains, portait le nom de r f^summanus = summus nianium = Pluto. Du reste, chez ces derniers, des inscrip-' tiens sépulcrales comme celles-ci : „Düs manibus Plutoni et Proserpinae, sont fréquentes ; comme nos Warundi, en parlant de leurs ivigcibirôy diront: Twimana iwacyu. Si donc les Warundi prient leur Imana de les délivrer de leurs larves persécutrices (ab incursu gigantium, „ . . . . quisque suos patimur manesy Vwg.}, ils ne font autre chose, que de prier un démon plus grand de les délivrer des tracasseries d’un lutin méchant {ejicere dernonium in potestate Beëlzebub). Et puis, ils ne se fient jamais tout-à-fait à leur Imana, Ils ne savent pas si ce n’est pas lui qui leur en veut. Que faire alors? C’est le cas d’être fatalistes et ils le sont! — Si les âmes des simples Warundi se métamorphosent en simples vers (— inzoka, imizimu)^ celles des chefs, des rois surtout, se manifestent sous forme du serpent-python (= isato^ ikiyufuhe)y du lion (= intare) f du léopard (= ingwe), etc. Ces animaux fatidiques habitent dans- ou près des sépulcres, dans les bosquets sacrés nommés aussi imana. De là ils font des excursions dans le pays environnant. Les amasato familiaux visitent les huttes. Les mères de famille les nourrissent de lait, les appellent leurs „amis” (nagual), et les traitent comme tels, etc ! — Autant que je sache, les W arundi n’ont pas de fête annuelle, comme les Romains, les Chinois, etc., pour vénérer leurs mânes.

On sait qu’à Rome, trois fois par an, on soulevait la fameuse pierre manale en disaint: jj-mundus pateV\ pour laisser sortir les mânes des enfers. Après trois jours de réunion et de confraternisation, on les renfermait dans le fameux trou (manibus refutatis), et au besoin on les chassait à coups de pierres.

St François Xavier raconte du Japon une cérémonie tout-à-fait semblable. Répétonsle: sur toute la surface de la terre parmi les infidèles, le culte des morts, des ombres, des damnés, mais unis à leur démons, a été, et est encore, le fond de la contre-religion. Ainsi la religion si compliquée de cet immense empire de la Chine n’est que cela ! Cfr. de Mirville, chap. XV pag. 274 seq. — (V. „Dieu'% jyEsprif*, „Religion^\ etc.).

Manioc.

On cultive peu de manioc. Il est mangé sous toutes les formes: vert et cru, cuit dans l’eau, séché au soleil. Réduit en farine, on en fait de la polenta. Dans l’Uzige on a une manière spéciale de le préparer. Les racines sont d’abord mises dans l’eau où elles fermentent pendant quinze jours. Puis, on enlève l’écorce des racines et on les réduit en farine sur la pierre à moudre. Cette farine est mêlée avec un peu d’eau. Avec la main on lui donne la forme d’un pain rond. Ce pain est cuit, et enfin enveloppé de feuilles de bananier, pour le garder frais. C’est un excellent mets. Le manioc sous cette forme se nomme =: ikiswage, — Les jeunes feuilles

de manioc, cuites dans l’huile de palme, f»donnent des épinards excellents.

Mariage.

On s’est demandé, si le mariage légitime et naturel existe parmi les Nègres (Warundi), tellement le lien matrimonial est relâché et le divorce fréquent. La vérité est toutefois, que le contrat matrimonial existe partout, et notamment chez les Warundi. C’est même un contrat en règle d’achat et de vente dans ce sens, que le règlement de la dot est pris très au sérieux, que la dot est considérée comme étant de la substance du mariage à leurs yeux, tellement, que le mariage n’est pas définitif si le prix d’achat (dot) n’est pas intégralement payé; sans quoi le contrat matrimonial est rescindible et le divorce permis. Le mariage donc est un acte sérieux et capital dans la vie d’un Murundi. Il est entouré de certaines cérémonies religieuses. Quoique de fait le mariage soit souvent entamé par le divorce, les Warundi sentent et disent volontiers, qu’il doit être indissoluble, qu’il est beau et idéal de rester jusqu’à la fin de ses jours avec la compagne de sa jeunesse, que le divorce est un malheur^ etc. On se marie relativement jeune, même à douze ans, les filles étant nubiles avant cet âge. Si le jeune homme attend à se marier, c’est qu’il ne possède pas de quoi payer la dot. Il est très rare, que quelqu’un de plein gré veut rester célibataire (= ikimaze: ararivaye ikimaze.) Cette espèce de virophobie est mal vue surtout chez les filles. On dit même, qu’une telle est punissable, et qu’on la tue quelquefois(?). A peu près partout dans l’antiquité, à Rome, dans la Grèce, à Sparte, dans l’Inde, etc., les célibataires étaient mal vus si non punis, à l’exception des prêtres bien entendu (Hiérophantes, Vestales, etc.) Le mariage est donc en honneur. En général, il n’y a qu’un petit nombre d’infirmes, d’estropiés, etc., qui pour cette raison ne parviennent pas au mariage. Ailleurs qu’en Urundi un grand nombre de jeunes gens est dans l’impossibilité de se marier régulièrement à cause de la fameuse dot; e. a.

m. parce qu’on n’a pas les moyens d’acheter une femme. C’est une source dHmmoralitéj un mal social très grave, puisqu’il favorise la dépopulation systématique. Il est très à désirer, que cet abus soit aboli progressivement par le Gouvernement. Dans l’Urundi ce prix, ou cette dot, est très peu élevé, presque dérisoire, et il y a peu de gens obligés à s’interdire le mariage pour cette raison. — Le mariage à essai n’existe pas, quoique les fils des chefs, et des personnes considérables, aient quelquefois provisoirement une concubine, en attendant le mariage en règle avec une fille de son rang, que ses parents lui cherchent dans les provinces voisines. — Quoique les mères Warundi gardent et surveillent mieux leurs filles que les Négresses ailleurs, la jeunesse payenne est assez dis-

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