‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 101 sur 152 · MARIAGE · texte numérisé non relu

MARIAGE

soiue^ et elle arrive rarement pure au mariage. Du reste^ il n’existe pas dans leur langue de mot pour désigner la virginité, ou même la chasteté^ et, lorsqu’il s’agit de se marier, on n’y attache guère d’importance. — En général, une fille n’est pas mariée contre son gré : elle doit consentir. Seulement elle dépend de la volonté de ses parents (de sa mère surtout), puisque ceux-ci en définitive stipulent le prix (la dot) à apporter par le garçon, et le contrat ne se conclut par sans leur consentement. Le rapt, même consenti par la fille, est très rare et considéré, en tout cas, comme un crime social, un vrai vol. Le père et la mère laissent leurs fils libres dans le choix d’une épouse, quoiqu’ils s’y opposent quelquefois, lorsque la personne, ou la famille de celle-ci, ne leur plaît pas pour u ne raison, ou une autre^Leg^r^n au reste a besoin lié l’IgFStflLêïïf de ses parents, parce que ceux-ci doivent lui procurer le prix ou la dot de sa future. Lors donc qu’un garçon a découvert dans son voisinage, ou même au loin quelquefois, une fille, qui lui plaît et qu’il aime, il lui fait des propositions de mariage. Si celle-ci, de son côté, l’agrée et consent, on décide de régler l’affaire avec les parents. Quelquefois il dure assez longtemps avant que tout soit réglé. En attendant ils se voient et se fréquentent quelquefois, mais pas souvent. Il n’est pas question en tout cas de cohabitation. Pour ouvrir les pourparlers du mariage, le garçon (ou le père pour le garçon) choisit un ami, ou voisin (= umureheshi) comme intermédiaire, et l’envoie avec une cruche de bière au père de la future, à la mère si le père est mort, à un proche parent si la fille est orpheline, afin de la demander en mariage (= kusabira umugenij kuresha, kuzamba 'mugeni). Si le père refuse, on en reste là et les deux jeunes gens sont obligés de renoncer à leur projet. S’ils passaient outre, la fille s’expose à de réels dangers. Devenue enceinte hors le mariage (— kutwara ishüsû) elle est désormais l’opprobre de tous les environs. Ainsi, elle ne peut pas aller puiser de l’eau à l’endroit où tout le monde puise, mais à l’écart. Elle est au ban de la société. On la punit, même de mort quelquefois. (V. ^Punition''), Quelquefois la famille déclare à l’envoyé que leur fille est déjà promise à un autre. — Si le père et la mère consentent, il est dit à l’envoyé de revenir pour traiter du prix d’achat. Ce prix, ou cette dot (= ivintu v\/ ukukwttj inkwanOj ivyuma vi/ ukutanga) diffère beaucoup. Autrefois, lorsque les Warundi avaient beaucoup de boeufs (avant l’épizootie de 1890), une fiancée était payée d’un à quatre boeufs et même davantage. Encore mainte- * nant les chefs (awativaré) et les princes (aivaganwa) ne donnent leur fille qu’à raison de dix à quinze boeufs quelquefois. En général le prix est modique, presque dérisoire et rarement inabordable comme dans l’Unyamvrezi et ailleurs.. Dans l’IIzige on donne

ordinairement quelques ^fundo” de perles „samsam” avec deux cruches de bière. Si les gens sont un peu hupjpés, on demande quelques chèvres ^t même un boeuf ou deux.

Dans l’intérieur de l’Urundi on paye en pioches ou en bétail. Les qualités de la fiancée font augmenter le prix. Si elle est particulièrement belle, si elle est bônne travailleuse, dégourdie, de bonne humeur, les parents l’escomptent. Qu’elle soit vierge ou non, ceci n’influence pas notablement le marché. Toutefois une divorcée se cède pour deux „fundo” et deux cruches de bière. Souvent les parents chicanent, et exigent encore un supplément lorsque le mariage est déjà conclu. La jeune femme, en connivence avec ses parents, se retire alors chez ceux-ci, et le mari est bien obligé de céder et de* payer. (V. „Dh’orce”). Quant au consentement des parents, la voix de la mère a quelquefois plus de poids que celle du père. Le père mort, elle décide seule. Si la fille est orpheline, mais si elle a des frères, l’amé de ceux-ci doit consentir.

Si elle est unique enfant, elle se marie comme elle l’entend, mais il se trouve ordinairement un parent (p. e. un oncle) pour réclamer au moins un semblant de prix d’achat. — Lorsqu’on est d’accord sur le prix, le garçon envoie quelqu’un pour porter les objets qui constituent le prix, en totalité ou en grande partie au moins. Cet envoyé amènera aussi la fiancée. Si celle-ci a des soeurs, c’est l’aînée qui la conduira au demeure du mari. Cette tradition (— fettshingürà ^mugore) se fait sans grande cérémonie. Une groupe d’amies etde compagnes escortent toutefois la jeune épouse (= awaherekezi). Au logis de l’époux il y a fête de famille. On apporte des cadeaux de noces (= kushikana ivyero^ kwisig^ ivyero, kutwiku-^ rürâ, izimano). Ce repas et ces cadeaux étaient usités dans toute l’antiquité, e. a. chez les Grecs et les Romains {Nicolay^ III, 256). Pendant qu’on boit la bière ensemble, la mère du mari nettoie la case. Cette case est souvent neuve et expressément bâtie. Le mari est obligé de faire de minuscules cadeaux à la soeur de sa femme d’abord, aux parents de celle-ci, aux filles d’honneur, etc., pour cimenter l’alliance des deux familles (= wereranye ^mitimaj wakundané). Après avoir installé l’époux avec sa femme dans la nouvelle case, tous se retirent, et rentrent chez eux. La jeune femme doit feindre la douleur, bouder, se fâcher et refuser de parler à son mari. Elle se voile la tête (= kwitwlkïrà impuzii). Le mari alors doit l’amadouer, lui donner de petits cadeaux, des habits (= aramuhorora imporano, amuhe icyïro avugé). Que signifie cette feinte, cette douleur ? Ne pourrait- on pas songer ici à la punition d’Eve : „m dolore paries fllios^^ ? Dans l’ürundi les jeunes époux doivent passer une huit de Tobie ou plusieurs même# Toutefois cêt usage singulier ne paraît pas général. Ori-

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gine? Ils doivent encore jeûner le premier jour. UHaque fois que la jeune mariée sort de là case^ elle doit avoir la tête voilée.

Un simple morceau d’habit en écorce (= itmutamnna) sert de voile. Ce voile, attribut de Héra, était portée aussi par la j’eune Grecque. La Romaine en portait un rouge (Nie., III, 253, 257). Ce n’est qu’après la naissance de son premier-né, qu’elle est dispensée de porter ce voile, mais en tout temps elle doit se voiler pour entrer dans la case de son père. Celui-ci n’entre jamais dans la case de sa fille mariée. Quelle est l’origine, la raison de cet usage? Est-ce la pudeur, ou faut-il penser au crime de Cham ? — Les W arundi sont prolifiques et tiennent à avoir beaucoup d’enfants. Pour en obtenir ils employeni même des „remèdes” ou moyens (amulettes) religieux, nommés e. a. : unmhongôro, umurama, umutobatoba, umukaba (divers bois). Lorsque la femme a conçu, et pour empêcher qu’un goète quelconque ne maléficie le fruit, ou simplement pour éloigner toute infiüence mauvaise de lui, on appelle le ^umufumu^\ Celui délivre à la femme quelques amulettes, qu’elle porte in muliebribus. Cet acte sert en même temps pour honorer l’esprit de la génération, une Junon quelconque. Dans le même but (c.-à.-d. pour écarter les maléfices, les noueurs d’aiguillette, les philtres, etc), le mari doit de temps en temps souffler de. la fumée de tabac sur le corps de sa femme (= kutumura umosi). On se rappelle ici involontairement le passage du livre de Tobie, où Ik fumée du coeur et du foie d’un poisson est employée pour chasser le démon Asmodée (Tob. Vî : 5 ; VIII : 2, 3). — Chez les "Watwa les fiancées ne s’achètent et ne se vendent pas. Les filles se marient librement avec celui de leur tribu qui leur plaît. Peu de cérémonies accompagnent le mariage.

La jeune femme est conduite à la maison de soin mari et tout est fini. Chez eux la femme seule doit jeûner un jour. Si un Mutwa soupçonne sa femme d’infidélité, ou s’il a peur qu’elle se sauve, il emploie une amulette (philtre) = umushïngirô pour se faire aimer d’elle, ou en tout cas pour l’empêcher de se sauver. Cette amulette est cachée quelque part dans la case. — Les Warundi (et les W atutsi et les W atwa) paraissent connaître des remèdes aphrodisiaques et anaphrodisiaques. — Les WarUndi ne se marient pas entre parents consanguins, même éloignés, de la ligne directe et collatérale. C’est un vrai crime à leurs yeux. Quant à l’affinité simple ils n’y regardent pas de si près. On dit, que certains nobles Watutsi, et surtout les Wahinda, contractent des mariages incestueux. Ces derniers surtout, qui se disent venus du nord, pourraient en cela continuer l’usage égyptien. On sait, que certains Pharaons mariaient leur propre soeur. De même que les unions illicites plus ou moins inoestueü^s, l’inceste lui-même est inconnu paripi les Warundi. teur juron- ordinaire,

: très fréquent, tout vilain qu’il est (nsivere marna, usioere noko” , etc.) montre précisément l’impossibilité, ou tout au moins la monstruosité de ce crime (V. „ luron''). — Les Watwa ne contractent pas non plus des mariages entre proches parents ; seulement, étant peu nombreux, ils y sont forcés un peu ; toujours néanmoins dans les degrés éloignés de parenté.

Marque.

; Souvent les Wâruiidi, pour guérir, éloigner un danger, chasser la peur, ou simplement par dévotion se signent. Quelquefois c’est en forme de ... . croix, mais le plus souvent le urûkâgÔ ou: umurasangano (= kwisig' urükâgo), consiste dans une ligne verticale, qui part du front et court le milieu du crâne pour atteindre la nuque.

On la trace avec une poudre magique (— umuti w' urukago) achetée chez le umafumu.

On se signe aussi sur d’autres parties du corps: la poitrine, le dos, la plante du pied (= mu 'kirengé). Talon d’Achille ! Ceci rappelle le texte bien connu : „ne forte offendas ad lapi~ dem pedem tuam", avec la radicale différence, que nos pauvres Warundi demandent ainsi le secours de leurs méchants esprits. Les pères de famille se signent aussi le matin en se levant. Après s’être signés eux-mêmes, ils signent leur femme et leurs enfants, pour qu’ils n’aient pas de malheur pendant le jour. C’est la contre-partie de notre signe de croix avec de l’eau bénite le matin. Chez nos Warundi, c’est très probablement une bien touchante réminiscence patriarchale, mais détournée à travers les âges par les esprits mauvais {— fures) à leur profit. Tout dépend vovetur" (St. Aug.) — Si les simples Warundi se signent ainsi souvent, on comprend, que leurs pseudo-prêtres: awafumu de tous les ordres se signent plus souvent avec des poudres magiques, ou simplement avec de la craie = ingwa. — Ce signe (= urukâgô) est encore employé en certaines circonstances spéciales. Ainsi, lorsque quelqu’un arrive pour la première fois à une rivière, surtout s’il doit la traverser, il prend de la boue du rivage, et s’en fait une marque sur le front, afin de se prémunir contre les crocodiles, ou les esprits (nymphes) qui les possèdent, et éviter un malheur, p.

e. que la barque ne chavire pas en traversant la rivière (= kwikangura.) S’il est accompagné de sa femme ou de ses enfants, il les signe de même. Les Watwa ont la même pratique, qui est évidemment un sacrifice implicite, un hommage aux divinités (incumbens aquis.) — Quelquefois, pour se rendre beaux (!) ou effrayants (à la guerre), les Warundi dessinent avec de la boue ou de Vingwa (= ktvirabb' ingwa) des cercles autour des yeux et des dessins fantastiques sur tout le corps. Les enfants surtout aiment à s’enlaidir ainsi. Les Watwa n’ont pas cette coutume. Les membres des sociétés secrètes ou corporations (= „atvastvezi” = awawandwa) se barbouillent également quelquefois de cette

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