PEAU 99 PÊCHERIE
Peau.
Les Warundi portent rarement des peaux de chèvre comme habits, mais ils aiment, dans certaines contrées, se vêtir de peaux de boeuf. Les Watwa, au contraire, préfèrent beaucoup les habits en peaux. Ils sont, du reste, très habiles à les préparer. Les Wanyaruanda appellent les Watwa, à cause de cela, awaharra — tanneurs, ceux qui préparent les peaux, de: kuharra. Peut-être ontils ce nom, parce qu’ils sont réellement poilus sur tout le corps (Dr. Emin Pacha, Dr. Stuhlmann). On pense ici aux „pilosi” d’Isaïe. — Les Warundi préparent les peaux de la même manière que les Watwa. D’abord, on a soin de bien enlever f— kuwaga, kutandura) la peau de l’animar (ou de la fauve), sans la gâter en y coupant des trous. Ensuite, elle est étendue parterre (= kuwamha^ kiikusanza) au soleil, et fortement maintenue par des piquets en bois (= imanbo, ishingo), passant dans autant de petits trous, pratiqués dans le .rebord de la peau à très petite distance, et enfoncés dans le sol. (Fig n<>. iOi). Pendant qu’elle est étendue ainsi, et lorsqu’elle commence à sécher un peu, on la mouille un tantinet (= kuwomhekajj et on la racle (= kuharra) avec un couteau (= ingota), ou une petite herminette f—imhazojj pour enlever les rugosités charnues (—ïnkürü).
Les poils, même de la queue, sont raclé, également (— kuharF uhwôya^ uwushenza).
Lorsqu’elle est bien sèche, on la foule aux pieds (— kukimbâgtrâ) pour la rendre bien souple. Puis, on enlève les piquets, et on la frotte entre les mains (—kunyuka, kuvugera) morceau par morceau, aussi longtemps qu’elle soit souple et molle tout-à-fait. Noms des peaux = urusatOj uruhuy umuriwatej umunyukwa. — Des vieilles peaux on fait des courroies (=kukeha urukoha^ urushiswa, ingeho, ukwamharwa), pour servir de bandoulières (de couteau), etc. — Les mères aiment beaucoup les peaux de chèvre ou de mouton, pour attacher l’enfant sur le dos (= impetso). On aime encore les peaux pour en faire des couchettes d’enfant, ou même de grandes personnes.
Pêcherie.
Les Warundi de l’intérieur ne mangent pas de poisson, et ne pêchent pas (= kuroha). Ceux qui habitent au Tanganika, au contraire, aiment le poisson à la folie, et s’appliquent avec ardeur à la pêche. Les Watwa mangent du poisson et pêchent dans l’intérieur du pays. Au Tanganika ils achètent le poisson aux Warundi. Ils se servent de préférence de hameçons (= igera, amagera) et peu de filets. — Il y a bien des procédés de pêche; passons-en en revue quelques uns.
1®. Les petits poissons akahuzoj ou: imhoga (+ 5 c.M. de long) sont pêchés la nuit, après une pluie surtout. C’est la pêche principale. On fabrique (= kuhanga) d’immenses torches ou fanaux (==ikimuri, ikiwingo), composées de roseaux secs (= iviwinguwingu) liés en-
semble par des bandes de fibres de bananier (= ivihmvahuwà). Un telle torche a de dix à vingt mètres de long et vingt à vingtcinq centimètres de grosseur. {Fig, i02).
Quelques pêcheurs usent trois de ces torches dans une nuit. A la nuit tombante on porte ces torches dans la pirogue (= kusakâra), où on les place dans le sens de la longueur de la barque. Une torche est allumée. Alors deux hommes prennent place dans la pirogue, l’un pour ramer (= kusoza) et entretenir la torche, l’autre pour pêcher {= kuterera). On s’éloigne du rivage de 300 à 800 M. On jette le filet (= kuterera) sous la lumière de la torche. Une lourde pierre,, fixée à une corde, sert d’ancre pour immobiliser la barque (= kudzjirika ubwato). Les petits poissons akahuzo, attirés par la lumière, s’approchent en masse. Le filet est retiré presque aussitôt (= kusamma) ; on verse {= kusuka) les poissons capturés dans la barque et on jette de nouveau le filet. — Cette pêche nocturne, avec ses innombrables feux voltigeant sur le lac, offre un spectacle inoubliable aux habitants du littoral de l’Urundi et de l’Uzige.
2®. Le filet urusenga, ou: uruhika. Il se compose d’un bâton (— umûtikâ) formant un cerceau ou rond (= amawaro) au bout. Le filet même, de forme conique (— urusenga rw' inkosso), pend à ce cerceau, mais sans y adhérer fixement, de la sorte qu’il glisse (= kuründürâ) sur le cerceau en bas, lorsqu’on retire le filet obliquement. Fig. iOS.
3®. Les tout petits poissons umushicya, ou umuyanzara sont capturés de la même manière et en même temps que les akahuzo.
Vraiment microscopiques (+ 1 millimètre), on en prend par milliers ou, pour mieux dire, par millions.
4®. Les grands poissons amasangaraga^ ou ikirongorongo, invwru, amasaryej etc., sont pêchés de différentes manières, mais surtout avec le umahungOy ingozi (-= zetkoord, Fig. n'\ i04). C’est une très longue corde (— ikirere), garnie d’espace en espace de courtes ficelles (= ivikumbiro), pourvues d’un hameçon {= igera, amahetana). Quelques unes de ces lignes ont 50 jusqu’à 100 hameçons, auxquels sont fixés, comme appât, de petits poissons akahuza (— kwigera icyambo). On porte la ligne au loin dans l’eau (= kutega), et on tient les deux bouts sur le bord du lac, ou bien dans une barque. Au bout d’un certain temps deux hommes commencent à tirer à eux doucement la ligne, chacun par un bout (— kunza : warunza), et recueillent les poissons au fur et à mesure qu’ils se présentent. Quelquefois on fixe un filet traînant (= ikisesero) au fond (au milieu) de cette corde ikirere.
5®. Un autre filet c’est le itanda, ou urushiswa, Fig, n'K i05. Il est fixé à un cerceau (= amawarro), auquel sont attachées deux longues cordes (= ivirere) avec lesquelles on porte le filet au loin dans le lac (= kutega), et avec lesquelles on le retire aussi.
PÊCHERIE mo
Trois pierre sont fixées au eerceau, et une est mise au fond du filet, pour qu’il enfonce bien (= kuf iwugé). Il est souvent garni de deux ailes. En se traînant, il ramasse toute espèce de poissons.
6®, La nasse — umugonOf nmutiko^ faite avec de petits bois .(= uwuharara)^ sert pour prendre des poissons moyens: ivisero, amasesa^ ivizjori, ingegej etc. L’ouverture (= id-ijicyo) est pratiquée de telle sort, que les poissons entrés ne puissent plus en sortir.
Au fond est placé un peu d’appât. On place ces nasses le soir, et on les retire après deux jours. Le propriétaire reste quelquefois à côté, au bord du lac, dans une petite maisonnette (= uruw-anda) construite ad hoc, pourqu’on ne vole pas le poisson pris ou même les nasses! Fig. wk i06.
7®. La pêche à la ligne est très en usage, et le passe-temps favori des petits garçons, qui, bravant les crocodiiles, restent quelquefois des journées entières dans l’eau, jusqu’à la poitrine, près du rivage. Les Watwa se servent de préférence de ce procédé de pêche. Iis y sont passés maîtres. Les enfants font eux-mêmes leurs hameçons avec un bout de fil de cuivre ou de fer, courbé et affilé en le frottant sur une pièrre. Pour prendre les ivizjori, irumbu, ingege, ils ont un roseau d’une longueur de (= isanga, itungo-
tungo), au bout duquel est fixé (= kuwoha) une ficelle de fibres de bananier (= ikitsisura, ou: akahungo, impungo). Vers l’extrémité de cette ligne sont attachés deux, trois ou quatre hameçons (= igera, ihstana). Fig. n'\ iOl.
Un peu au-dessus des hameçons flotte sur l’eau un petit bout de roseau = akabu, nruwaro, akarerembo, qui plonge {= kwibira) lorsque le poisson mord (= kiinja, kuf ata). Comme appât, on a de tout petits poissons ou des vers (= kutungera ^mishïcyà, umuyanzara). On jette sa ligne (— kuterera), et aussitôt que le poisson mord en la tire (= kucyibura ku ^musozi) en tournant très lestement (— kuzunguriza) le roseau, de la sorte que la ligne avec le poisson, en décrivant plusieurs cercles, s’enroule autour du roseau. Sans cela, le hameçon, n’ayant pas de crochet, laisserait échapper le poisson. Fig, iOl.
8®. Les petits poissons sont encore pris au moyen d’une très longue ligne, tressée d’herbe fine, ou de fibres de „ raphia” = uruhivu, irapivu, urutamurwa, au bout de laquelle se trouvent 20 à 40 hameçons (= kukuwira ^magera) avec autant de utuhuzo, imishïcyâ (appât). A l’extrémité est ficelée une pierre (= induda, kuduga). On monte une pirogue et on jette les hameçons avec la ligne; en s’éloignant on traîne la ligne par l’eau, et après un certain temps, on la retire pour ramasser les poissons pris. Puis on recommence. Fig. 108.
9®. Uuwuzegu, ou uwunanda est un petit appareil à pêche, fait kufundika uwuzegu) de fibres de palmier (= inshingà). Il présente quatre faces avec deux ouvertures rondes