Kuhindamuyaya
Amazi yo kw* iteka aseseke ntayo'tnve.
Amazi yavuye urusozwa (ubwato).
Il est difficile de savoir ce que signifient ces noms de vents ou d’esprits. Les Warundi disent de n’en rien savoir. Ndambamuyonga peut signifier: „je fais pousser l’herbe” ; hebasagara’: „qui tombe partout” (?); Kuhindamuyaga: „ lancer le vent, le tonnerre”. Les dernières lignes peuvent être rendues ainsi:
„que l’eau qui se trouve dans le iteka (bois sacré) ou iteke (dans les larges feuilles du fruit nommé iteke), se répande (= kuseseka\ qu’elle ne soit pas ramassée, puisée (= kuyora). L’eau est sortie du bassin, ou le bassin fait eau”. — En disant ces noms d’un ton flatteur (= kuhamagarra, kuvuba, kuhuha) engageant, suppliant, on fait signe des mains à la pluie de venir; on dit même formellement: mgô (viens!). — Après ce rite, la pluie
arrive le soir, ou, au plus-tard, dans les vingtquatre heures, à moins qu’elle ne tombe instantanément, comme il arrive assez souvent, au dire des Warundi. Si la pluie tarde à venir, on recommence la cérémonie. — Pour chasser la pluie (= ktviey' invura), on a deux poudres: umunembe et tmmnamira.
On en prend une (ou toutes les deux à la fois), pour se faire avec elle une ligne sur la tête, du front jusqu’à la nuque (= kwirdbba), et on souffle (=: kuhuha) les poudres dans l’air, en disant aux nuages qui arrivent : uknrikire awagenzi wakusitse — „ suivez les compagnes (nuages) qui vous ont dépassés”. — Les „pluviatores” sont bien payés (= kusorôm), s’ils amènent la pluie, qui est la grande préoccupation des Warundi agriculteurs, qui doivent subsister de leur récolte. Si la pluie manque, c’est la sécheresse, la famine, la mort même, puisqu’on ne garde pas des provisions de l’année précédente. En cas de réussite, le chef ordonne à tous ses sujetsd’apporter des cadeaux aux faiseurs de pluie qui se les divîvent. Malheur à eux s’ils échouent {= kunanirwa), et si la sécheresse continue! On les frappe, on voie leur bien, le chef les fait lier et tuer parfois (= kwicya, kumuhana). — Les Watwa ont la renommée d’être de très puissants, „pluviatores”. Ils se servent d’un „dawa’. nommé umuvuta, mêlé avec un autre: umugwaha. Oes substances sont mises dans un pot rempli d’eau On remue très vite (= kuvuruga), puis on en jette un peu dans l’air (— kutota), en appelant la pluie. Elle arrivera, au plus-tard, en deux jours, mais parfois elle arrive instantanément! Pour l’empêcher, ou la faire cesser, ils ont deux „dawa”: 1®. Le umugendakure (litt: qui va au loin). C’est le nom d’un arbre. On va au loin dans un endroit sauvage,' non fréquenté par les hommes {— icyamba), et on y brûle le „dawa” (= kwotsa). — 2®. Le umutatirenza. Il suffit de souffler cette poudre dans l’air et la pluie cesse! — Que faut-il penser de ce pouvoir singuliér? Les Warundi y croient sérieusement. Pour eux, ce n’est pas une vaine phantasmagorie. Ce peuple est bon philosophe et excellent observateur. La non-réussite, et la ruse à plus forte raison, est punie de mort. Un „pluviator” ne se hasarde pas en aveugle. Il est de bonne foi et persuadé de son pouvoir.
Toutefois, son „art” n’est pas infaillible, il n’agit qu’„ex opéré operantis”. L’esprit peut le trahir! L’escroquerie n’est pas non plus en cause. Ces individus sont de pauvres diables ordinairement. Il est vrai, que quelques chefs (= awatware) ont ce pouvoir. Ils ne se font pas payer, mais agissent par pure bienveillance pour leur peuple. Tous les Noirs croient que les Blancs ont au moins ce pouvoir, et ils s’adressent très sérieusement à eux, pour leur amener la pluie. Si on leur dit, que la pluie ne tombe que pour des raisons météorologiques, qu’elle n’obéit qu’à des forces athmosphériques, ils sont
„PLUVIATOR”
bien loin de considérer ces forces comme purement physiques, brutes, matérielles, mais ils les nomment les, génies de Tair (j^princeps ciëris^^). Selon eux, ces génies sont méchants pour la plupart. Il faut même se méfier de certains „fulguratores’’. En s'adressant à des génies franchement mauvais, ils lancent quelquefois sur une contrée une pluie accompagnée de tonnerre, de grêlons, qui détruit tout, pour se venger d’un chef ou d’un „pluviator” voisin et concurrant. Un jour, au Mugera, nous étions témoins d’un fait météorologique remarquable. Vis-à-vis de nous, à une heure de distance, au delà du Ruvironza, au Kisagara, un nuage très noir, limité sur une largeur de 5 à 6 kilomètres, s’abbattit sur la contrée. Le nuage paraissait toucher le sol. Une pluie torrentielle, accompagnée de grêle, en fut la suite. Très peu de temps après tout avait disparu. Le lendemain le chef du district vint se plaindre à la Mission du jjumuvurati'’ voisin, qui aurait lancé cet orage désastreux sur son pays. Quelques heures après le „pluviater” (ou „fulgurator”) vint se plaindre à son tour, parce qu’on l’accusait sans raison, qu’on voulait le tuer, etc. — On peut plaisanter sur ces croyances naïves, mais les intéressés citent des faits. Du reste, ces croyances ont existé de tout temps et partout. Les ultra- civilisés Romains y croyaient. Selon Guignault (Notes sur le ch. IV du 1. V de Creuzer), les Etrusques prétendaient, à l’aide d’un sacrifice à Jupiter Plmius, „ attirer” les pluies, dans lesquelles certaines pierres manales jouaient un grand rôle. Cette pratique se nommait aquilicium = soutirage de la pluie. C’est la traduction exacte du mot kirundi. Les prêtres (= awafumu) étrusques, étaient de terribles „fulguratores”. Ils évoquaient -la foudre. De leur ville Céré est dérivé, selon Vossius {Etym, 1. 1. p. 88), le mot cérémonie. Cette pratique se nommait aelicium — jjfulmen piare aut cogeré*\ On s’adressait à Jupiter Aelicius. Les esprits fulguraux en Etrurie étaient au nombre de neuf, composant la fameuse Ogdoade. Les foudres de ces neufs, s’appelaient les y, flèches de Jupiter^'. Ceci rappèle les y,sagittae Dominé de Ps. XVII : 16; CXLIII : 7 ; les „fulgura et voces'** de l’Apoc. XVI, le fulgurateur Moïse, la destruction de Sodome foudroyée, etc.
Le fameux Targès (cfr. Salverte) serait le rédacteur de ces rituels fulguraux. — Les anciens distinguaient parfaitement (commenos Warundi!) les orages eiles fulgura vana, hruta, dûs du hasard, d’avec les fatidiques, dûs à leurs thaumaturges. L’histoire ancienne mentionne une foule de faits singuliers de cet ordre. Pline {Hist. Nat. 26) parle de la féroce Volta de Volsinium, tuée par les foudres de Porsenna. Tite-Live (VII : 17) raconte les exploits des fulgurateurs de Tarquinie.
L’empereur Constantin-le- Grand (qui n’était pas un esprit faible) recommandait d’enregistrer soigneusement tous les coups de foudre avec toutes leurs circonstances. Zozime (Hist.