‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 113 sur 152 · PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉ

on y chantait. Sur un signal brusque du président tout a été fini. On n’a pas pu continuer, paraît-il. Mes chrétiens affirmèrent, que tout ce qu’on venait de voir, n’était qu’une préparation ; qu’on tenait en réserve des serpents qui auraient évolué au milieu et au plus fort de la sarabande ; enfin, que le dernier acte, de la plus révoltante obscénité, était joué au fond des bois, au quel des serpents et toute sorte de bêtes (sic !) coopéraient. — Il est à croire, que ces sociétés de waswezi sont dans l’Unyamvrezi les derniers vestiges d’une religion ou d’un culte autrefois universel là aussi. En ce moment il y est encore à l’état sporadique, tandisque dans rUrundi ce culte se pratique encore au grand jour comme institution nationale et officielle. Ce sont ces ordres qui l’ont conservé dans son intégrité ; car même dans l’Urundi, tout le monde n’est pas au même degré initié, loin de là! Dans tout TUnyamwezi la langue rituelle est à fond kirundi (ou kimweri). Les Wanyamwezi actuels sont des Bantu immigrés du sttd, et leurs dialectes variés se sont superposés peu à peu à la langue primitive kirundi. Le peuple des Warundi a dominé autrefois bien plus loin que là où l’on le rencontre actuellement (Urundi, Uhha, Ruanda). Dans des temps récents encore, des rois Wahinda de l’Uhha gouvernèrent tout l’Usumbwa. Cette prépondérance politique de TUrundi est prouvée e. a. par le fait, que beaucoup de termes, se rapportant au gouvernement dans les langues kinyamwezi, sont du kirundi archaïque. Imana aussi est connu dans l’Unyamwezi.

Priser.

Les Warundi, surtout dans l’Uzige et dans rUyogoma, sont des prlseurs enragés. Ils ne prisent pas le tabac en poudre, mais aspirent par le nez le suc liquide des feuilles écrasées. C’est une façon originale, quoique fort malpropre. Les femmes prisent autant que les hommes. Les Watwa prisent de la même façon, et avec autant de passion. En guise de tabatière on a une petite corne de vache (r= ihemhey etc. Fig. w>. i32)^ qu’on suspend à l’habit à l’épaule. Un petit bâtonnet ou pilon sert à écraser les feuilles de tabac dans cette corne. Un autre ustensile, indispensable aux priseurs, est le pince-nez (— umunengo^ etc.j, pour comprimer les narines (= kumêngëkà) après avoir aspiré le tabac liquide. Ce pincenez consiste ordinairement en un bout de bois mince et fendu. On en voit de toutes les formes, même de très élégantes. Beaucoup se contentent d’un bout de grosse paille fendue; d’autres enfin n’en ont pas, et se servent des doigts pour pincer les narines (= kufâtïrà). Ce pince-nez est porté au cou, comme une lorgnette. Voici comment procèdent les priseurs. On remplit la corne (= kuwdmbëkà) avec des feuilles de tabac ; on ajoute un peu d’eau (= kusuk’’ amazi) et on écrase (~ kucyucgumaf kucyucifumislta) avec

le bâtonnet pour faire sortir le suc. Après avoir écrasé et pilé quelque temps, ou verse (= kusuka) ce suc verdâtre et abominable (composé de tabac, de cendre, d’eau) dans le creux de la main {== ikiganza, urushi), pour l’aspirer (= kusomera) ensuite voluptueusement par le nez. On le garde de cinq à dix minutes „m /oco”. Le patient en devient ivre, les larmes lui coulent des yeux (= kukorora amasozi), mais plus le tabac est fort mieux cela vaut. Pour empêcher l’écoulement, on ferme (= kufata) le nez avec les doigts ou le pince-nez. Enfin, on enlève le pince-nez, et on rejette le liquide en se mouchant (= kwimlra ^kisëru, kwimyiF itcibï) avec les doigts, bien entendu, qu’on nettoie au pilier (= kwihanâgürà ku *nkingi)l Si le priseur est forcé d’éternuer (= kwasâmü)% kukira) ayant le liquide fatal au nez, il enlève lestement son pince-nez ; sans cela on devine la suite ! On doit bénir (— kuhezagira: aramuhezagire) celui qui éternue, en disant: j^kira'" = guéris. L’éternueur doit répondre: tukirane, tukire twese — guérissons, soyons saufs tous ensemble (V. jjEternueF'). — Au marché, dans l’Uzige, ou vend des prises tout préparées (= kugura ^misomêro itabï). On y voit des hommes, ou des femmes, assis à côté d’une corne remplie de tabac liquide. Pour quelques perles on reçoit la main toute pleine.

Quelquefois l’acheteur, trouvant la quantité trop petite, rend la prise en versant dans la corne ce qu’on vient de lui donner. — Les Warundi n’ont pas d’autre manière de priser. Si quelques-uns le font, c’est qu’ils l’ont appris des étrangers. Quoique une prise ne se refuse jamais, les Warundi n’en donnent pas aux W atwa, ni en acceptent. Ceux-ci n’en présentent pas. — (V. ,,rafeac”, „ Fumer''). Propreté.

La propreté corporelle n’est pas une qualité prédominante chez les Warundi. Les mères tiennent propres leurs tout petits enfants, et les baignent souvent (= kwiyuhagïrâj kwoza), mais les enfants (garçons) sont sales. Les filles sont plus proprettes.

Les vieux et les vieilles aussi négligent les soins de la propreté. Toutefois, lorsqu’on a l’occasion de se baigner, p. e. au passage d’une rivière ou en allant puiser de l’eau, on en profite assez généralement. — Les W atwa sont encore plus malpropres que les W arundi, surtout ceux qui peuvent se payer le luxe de se frotter le corps avec de l’huile de palme. Tous les Warundi un peu huppés s’oignent le corps avec du beurre, auquel on mêle la poudre rouge d’une pierre (= akahamo). En général les femmes sont plus propres que les hommes. Ce que nous appelons propreté n’est que relatif, disent les Warundi. Eux jugent, qu’un corps ruisselant d’huile, de beurre ou de graisse, présente le maximum de propreté!

Propriété.

Le roi est seul propriétaire du sol (= nyene ikihuko). Les chefs {=aivatware) n’en possè-

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