‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 116 sur 152 · PUNITION · texte numérisé non relu

PUNITION

RELIGION

îvanikira ku ^musozi) ordinairement nn condamné à mort. Celui-ci est conduit au dehors des habitations, dans un endroit inculte {= mw’ icyamba). Là on lui coupe les mains et les pieds (=:= vyakacya ivikomjo n* amaguru), et on le cloue (— kuwamha) sur la terre au moyen de quatre pieux (— imamho) avec lesquels on perce les bras et les pieds. Le coup de grâce est donné, en perçant d'un cinquième pieu la poitrine ou le ventre, et ce pieu est enfoncé également en terre (— kuwamha ku "mutimu ahwere). On le voit; c’est un vrai crucifiement. Fig. no. i2d. — Les Watwa ont le même procédé de punir. — L’adultère est punissable, et souvent puni. Une fille qui a conçu en dehors du mariage est punie aussi (V. „ Adultère'’)-, de même l’avortement tenté par une fille coupable, pourvu que le chef en ait connaissance. La pendaison (= kuniga, kuhwereyo : azanenukuryeyo 9) est en usage également. Les suicides emploient de préférence ce moyen, ou bien ils se noient dans une rivière ou dans le Tanganika.

Religion.

L’ensemble des croyances religieuses et des pratiques cultuelles des Warundi, et des Nègres en général, ne forme pas un corps db doctrine complet, rigoureux, fixe et rationel, ni un système clair, concis, précis, et logique. Comme toutes les pseudo-religions des infidèles, présentes et passées, le culte des Warundi offre l’image parfaite du désordre, de la désagrégration, de la contradiction, de la confusion, et du trouble. C’est un imbroglio inconcevable, un Babel incompréhensible, un caméléon perpétuel.

Il est excessivement difficile de connaître à fond, et complètement, les croyances et les pratiques cultuelles des peuples „ primitifs”. Il faut de longues années d’observation et de recherches patientes, dirigées dans un esprit sans idées préconçues. Sans cela, on risque de juger ces cultes superficiellement, et de les présenter sous un jour absolument faux, absurde même. Alors on débite de stupéfiantes niaiseries, affublées de mots sonores, qui sont une vraie honte pour la vraie science dite des „religions”. On ne prend pas au sérieux évidemment certains ^touristes” qui affirment avoir trouvé des peuplades „sans religion aucune”. Ce sont des aveugles. „ L’ethnologie ne connaît pas de peuple sans religion” (Prof. Dr. Ratzel).

Ce mot du célèbre professeur est devenu un axiome parmi les savants.

^11 y a plusieurs raisons pour lesquelles la connaissance des croyances et des pratiques religieuses des „Naturvolker” est difficile.

Les Nègres par exemple se méfient souvent des Blancs qui les interrogent sur leurs croyances. S’ils s’aperçoivent que le Mzungu est un sceptique, un rationaliste, ou même un semi-rationaliste goailleur, qui rit et se moque de toutes ces „ diableries nègres”, qui montre qu'à priori il n’y croit pas, alors ils le servent à souhait. Ils mentent carrément,

pour être débarrassés de ces questions niaises, sans but ni utilité, quoique au fond ils méprisent l’„impiété” de tels questionneurs.

Parfois aussi, ils s’amusent à leur tour, et racontent les choses les plus abracadabrantes et fantastiques, que le ^touriste” bénévole note gravement. Il faut du sérieux, éloigné également d’une trop grande crédulité, et d’un scepticisme outre mesure. Il faut, surtout, avoir la confiance des gens,' gu’ o n étudie au sujet de leurs plus intimes idées, croyances èt'"pi^E[tîques^ „sauva~g^ë^'he les communique pas au premier venu, pas plus qu’un paysan d’Europe ne racontera au citadin émancipé de toute croyance et pratique ses „ superstitions” à lui. Or, le Blanc reste longtemps un étranger pour le Nègre. Il n’y a guère que les con vertis qui sont décidés à tout dire. Lorsqu’on a gagné la confiance, il ne faut pas croire que tous les infidèles savent tout, ou que tous en savent autant! Les enfants Nègres (Warundi) savent peu de choses et encore sommairement, souvent d’une manière confuse. C’est naturel. Que sait, en Europe, un enfant, même après une instruction assez soignée, de la Religion? Une bien petite partie ! Pour ce qui regarde les adultes Nègres, leurs connaissances dans le sujet qui nous occupe, sont assez différentes et graduées.

C’est encore naturel. N’y a-t-il pas, en Europe, une énorme distance entre le^avoir (suffisant pourtant) en fait de Religion d’un bon paysan, et celui du roi des théologiens?

Parmi les adultes, tous ne sont pas au même degré initiés, pas même les awafumu. L’un en sait beaucoup plus que l’autre. Il y a chez eux une espèce de „disciplina arcani”.

Du reste, toute pseudo-religion est toujours, et a été toujours, pour une grande partie au moins, occulte et ténébreuse, puisque tout ne peut pas voir le jour! Ces „filii tenebrarum” craignent la lumière, tandisque dans la Religion tout peut être sue. Elle est la lumière même! Lorsqu’on a la chance de voir se convertir p. e. quelque umufumu ou kiranga initié et haut-gradué, on en saura beaucoup. Enfin, il est bien entendu, que pour comprendre les choses qui se rapportent aux croyances et aux pratiques des Nègres, y voir un peu clair, et pour en faire une étude raisonnée, il faut des connaissances préexistantes d’autres cultes anciens et modernes, afin de trouver des analogies et faire des comparaisons. Sans cela, les dires des Nègres, ou les choses observées, resteraient énigmatiques et feraient l’effet de formules algébriques débitées par un mathématicien devant un charbonnier.

Quoique Vétude de ces faux-cultes soit difficile, cela ne doit pas la faire négliger ou dédaigner. Au contraire ! Elle est très importante, et du plus haut intérêt. Aussi faut-il recueillir avec le plus grand soin tout ce qui regarde les cultes de ces pauvres infidèles. Les débris, si hétéroclites et bizarres qu’ils soient, de la religion primitive nau-

EOELIOION

EELTGION

fragée et déroutée (ad sinistram) avec ses siïperféties (super s tare), ses excroissances^ et ses parodies souvent ignobles^ de ces peuples jjdégénerés” (Virchow) et tombés (non primitifs!), méritent d’être connus du savant et surtout du Missionnaire. Le savant trouvera dans la mentalité religieuse de ces peuples de précieux éléments pour sa synthèse des pseudo -religions, et leur degré de déviation d’avec la seule unique vraie. Le Missionnaire, envoyé parmi ces peuples pour leur porter la lumière au milieu des ténèbres, et la vérité au milieu des erreurs, pour mettre l’ordre à la pla^e du désordre, y trouvera des points de contact et d’entrée en matière. En effet, ce serait une grave erreur de penser, qu’il faut tout démolir ou niveler, et faire table rase de toutes les croyances religieuses, et même de toutes les pratiques, qu’on trouve existantes chez les infidèles. Il y a sur ce terrain maintes pierres à ramasser, et à rétablir dans l’édifice primitif de la Religion, d’où elles furent arrachées, e. a. m. à recueillir maints dispersa membrà’’ de la Religion primitive et révélée. Assez souvent il suffit de redresser, de rectifier, d'authentiquer, de purifier, de restaurer des croyances, qui à travers les âges étaient souillées, profanées, travesties et contrefaites. Alors on n’a que „ changer les enseignes” (St. Franc, de Sal.), puisque tout dépend du: „cui vovetur” (St. Aug.), ce qui faisait dire au de Maistre: „Oui, le paganisme b. tout su, mais il a tout parodié et tout souillé”. Tout n’est donc pas à dédaigner, mais tout en portant la pleine et entière lumière à ces malheureux, on leur répète la parole de St. Rémis au roi Clovis. En étudiant, et en recueillant avec soin tout ce qui regarde la pseudo-religion des Noirs, je conseillerais de faire une étude spéciale des noms que portent en Afrique, parmi les Nègres, les innombrables divinités (esprits), et notamment celui de leur esprit supérieur (ou supérieurs). C’est une question très importante.

La pseudo-religion des Warundi n’est certainement pas élabot^ée, inventée ou trouvée naturellement par eux ou par leurs ancêtres ; elle n’est pas éclose dans leurs esprits sous l’action d’une évolution aveugle quelconque.

Affirmer ceci serait en flagrante contradiction avec les faits et la mentalité des „Naturvôlker”. Le Nègre est très positif , prosaïque, je dirais presque matériel pour les choses transcendantes. ,,Der Neger ist überhaupt kein Schwârmer.” Tel qu’il est, il est radicalement incapable de trouver, ou do créer des symboles quelconques, encore moins de composer tout un ordre de symboles et de mythes. Les „ beautés de la nature”, les „forces (naturelles, sic!) de la môme nature”, le laissent absolument froid. L’ensemble de ses croyances lui est traditionnellement (oretenus) transmis par ses parents, par ses ancêtres. Cet ensemble traditionnel, quoique ordinairement défiguré et travesti, était

révélé au début, reçu du dehors, communiqué d’en haut. Ceci n’empêche pas, que le fond primitif révélé et orthodoxe, de bonne heure détourné, volé et falsifié par- et au profit des esprits rebelles se substituant au vrai Dieu et aux bons anges, ré Bit été successivement, et à travers les âges, modifié par les intelligences humaines également en révolte, et ne soit augmenté, modifié ou falsifié par les mêmes diri et fures. Les peuples dont la dégénérescence est la plus prononcée, et dont la dégringolade est la plus profonde, sont ceux aussi, dont les croyances ont ordinairement le plus souffert; ceux qui ont le moins sauvé du naufrage primordial, mais qui ont rempli (ou laissé remplir) ces lacunes par des impostures ignobles, et dont, par conséquent, le démonisme est le plus accentué. Voilà pour l’origine. Les Nègres donc, et nos Warundi en particulier, ont des croyances et des pratiques, non pas inventées uniquement et imaginées, mais traditionnellement reçues. C’est la réponse invariable qu’on obtient, lorsqu’on leur en demande l’origine. „Nos pères, nos ascendants, nos „ ancêtres ont cru et ont fait comme cela ; ils „nous l’ont légué et nous faisons et nous cro- „yons comme eux. Nous sommes des enfants, „des imbéciles. Nos pères avaient bien plus de „sagesse (ubwenge). Ils en savaient bien plus „que nous, etc.” V oilà comment ces gens raisonnent. Ils sont assez bons philosophes en cela qu’ils jugent, que l’eau d’une rivière est d’autant plus pure qu’on s’approche davantage de sa source. Aussi, ils avouent assez volontiers, q\x' autrefois tout ce qui concerne leur culte était plus parfait (réminescence d’un âge d’or, etc ). Puisque tout document ou monument manque absolument chez eux, il est impossible de savoir quelque chose de plus précis à ce sujet. Les Warundi ont des traditions vagues, qu’autrefois, à différentes époques, des individus divins, sorte de zélateurs ou de prophètes (Balaam!) ont institué des rites, créé des ordres ou des corporations, modifié, rafraîchi le culte, augmenté ou diminué le „stock” des croyances, des quasi-dogmes, etc., etc. Des demi-dieux, des dieux même, auraient parcouru la terre et fondé le culte. Tout cela n’est guère précis, quoiqu’il est évident que cela peut se ramener en dernier lieu à Ham, à ses fils (surtout Kus/i et P h ut), et à ses petitsfils, dont les Nègres, tant Africains qu’Océanéens, sont les descendants; puisque nous savons positivement, que les anciens peuples (apostats) ont d’assez bonne heure divinisé leurs fondateurs (Nemrod, Hom, Djemschid, Derketo, Semiramis, Misraïm, etc.). — On parle parfois de religions autochtones, nées sur place, et de religions importées. Ainsi p. e., on veut établir que la religion grecque fut importée en grande partie d’Egypte ou de Phénécie et qu’elle fusionnait avec la religion primitive des Pélasges ! La science ne connaît ni peuples ni religions autochtones, à moins

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qu’on n’applique ce mot à la Basse-Chaldée.

Les tribus humaines, sorties d’un seul centre ou foyer, en occupant peu à peu et en d’innombrables étapes toute la terre, y ont évidemment toutes porté avec elles la religion primitive, bonne d’abord, mais difformée d’assez bonne heure. Ceci est clair. Mais tandisque le bon fond, si minime qu’il fût, restât partout le même naturellement, les différents peuples ont souvent adopté, changé, échangé, emprunté entre-eux certaines formes typiques, certains accessoires des pseudoreligions qui sont „legio”. Ainsi un peuple a reçu chez soi des divinités adorées chez son voisin. Des rites, des cérémonies, etc., se sont Infiltrés peu à peu au milieu de cultes nationaux, ou plutôt contribunaux, qui d’abord ne les possédaient pas. Les Romains finirent par adorer par milliers les dieux (esprits) de tous les peuples vaincus par eux. La même chose, sans doute, a eu lieu chez nos tribus nègres. Ainsi, chez les Warundi l’esprit Riyangombe passe pour un ancien fondateur de rites. L’ordre des Waswezi dans tout l’ünyamwezi est probablement importé du nord-ouest et du nord (Gitara?). Il est présumable, que le culte actuel des Warundi a subi l’influence des Kushito- Hamites-Watutsi venus du nord-est, quoiqu’il est bien difficile, si non impossible, de discerner ces différents éléments. Si donc aucune pseudo-religion payenne n’est autochtone dans le sens strict du mot, cela n’empêche pas, qu’à différents âges, et dans différents lieux, elles n’aient pris sur place d’autres formes. A tout temps et partout il y a eu des faux-prophètes, des imposteurs, des illuminés qui se disaient inspirés d’en haut (ou plutôt d’en bas, et qui l’étaient parfois!), qui par leurs révélations à eux créèrent d’autres formes de la sempiternelle pseudo-religion, en augmentant toujours la confusion chaotique. L’histoire fourmille de ces noms. Ces individus naissaient en chaque lieu aussi facilement qu’ils s’y importaient. Citons seulement Mahomet, Budha, Zoroastre, Manès, Thot, Simon Magus, Apollonius, etc., etc.

On peut y ajouter tous les faiseurs d’hérésies et de schismes!

Il n’y a pas chez les Warundi, à proprement parler, une instruction ou un enseignement religieux, officiellement imposé par des docteurs quelconques. Ce sont les parents, les pères et mères de famille, qui infusionnent et inculquent peu à peu, et imperceptiblement, à leurs enfants les idées et les coutumes cultuelles, par leurs conversations de chaque jour, et par leurs exemples.

Quoique tous les Warundi soient croyants et dévots à leur manière, il y a pourtant des familles, où la pratique et le sens religieux, pour m’exprimer ainsi, est plus accentué ou plus vif, et il est naturel que leur progéniture s’en ressent. En général les Warundi sont assez routiniers en fait des choses du culte, et quoiqu’on n’ait jamais rencontré

un Murundi se disant athée et ne croyant à rien de supranaturel, on rencontre des individus passablement indifférents. Toutefois, il ne faudrait pas conclure que, si dé tels gens portent p. e. de nombreuses amulettes, etc., tout cela soit extérieur. Il est clair, que dans les familles des awafumu de toute catégorie, la religion nationale soit le plus jalousement conservée. Il faut y ajouter les familles plus ou moins princières des chefs. Toute forme de la pseudo-religion est à son heure prouvée, confirmée, rafraîchie de temps en temps par des faits supranaturels ou simplement merveilleux. Sans cela aucune d’elles n’aurait duré vingt-quatre heures, et aucun fondateur n’aurait trouvé crédit. Le paradoxe : ,jPrimos in orbe deos fecit timof^ n’a pu être prononcé que par un matérialiste goailleur. (Le vers est de Statius: ThébaïSj III, 660, qui l’a emprunté à Petronius. La pensée revient souvent chez Lucrèce dans son: De rerum natura, p. e. I, 63; V, 73 et 1163 — 1240; VI, 50). Le genre humain tout entier l’a toujours démenti. Nos Warundi citent une foule de ces merveilleux passés et présents. Si tout n’aurait été, dans ces mwabilia^ que fantasmagorie, fausseté, abstraction creuse, ces individus avec leurs esprits n’auraient fait un seul prosélyte, mais ils seraient, selon le mot spirituel d’un auteur, „ remontés au plus vite, aux rires et aux huées de la multitude, dans leur Olympe incompris!” Sans théophanies, et sans manifestation supranaturelle, il n’y aurait jamais eu ni culte ni théologie. Il n’y a que les faits qui convertissent, et sans les faits l’Evangile même n’eut entraîné personne. Aussi, nos W arundi croy ent fermement à de semblables prodiges ; ils en sont persuadés. On se figure aisément que ces sauvages sont tous puérilement crédules! C’est parfaitement erroné.

Ils sont bons critiques à leur manière; ils sont même très rusés. Ils sont naturellement méfiants, et commencent par douter. Ils observent bien. Lorsqu’ils se rendent aux faits, ils le font à bon escient. Quant aux choses qu’ils admettent sur parole, ils n’y croient que lorsque la personne qui parle mérite confiance, et est digne de foi.

D'essence de la soi-disant religion des Warundi consiste dans la foi à-, et dans l’adoration et le culte des esprits mauvais, e. a. m. dans la démonolatrie. C’est du démonisme sans phrase. Il n’y a aucun doute la-dessus. Les Warundi eux-mêmes ne se fient pas à ceux parmi leurs esprits qu’ils appellent bons.

Leurs actes sont là pour le prouver. Malgré ce caractère nettement dessiné de leur culte, il se trouve parmi leurs croyances, et même parmi leurs pratiques, des réminiscences, des échos, des brindilles de la vraie religion primitive. — „I1 n’y a jamais eu qxx'une Religion sur la terre”, a dit le C^® de Maistre. C’est le court résumé du texte bien connu de St. Augustin (Retr. I, iS): „Res ipsa, guae „nunc Chris tiana Religio nuncupatur, erat apud

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y^antiquos, nec de fuit ah initio generis humani, fjquousque ipse Chr. veniret in carne ; undevera yjReligio, quae jam erat, coepit appellari Christiana'\ Le Chev. Drach dans son „ Harmonie entre la Synagoge et VEglise^% exprime la même vérité en plusieurs endroits, p. e. 1. 1. p. 245: „ la gentilité fut instruite par la tradi- „tion primitive, dont la lumière perce au ^travers des nuages fabuleux p. 257 :

„ la vraie Religion a toujours été la „même, depuis le commencement du monde „jusqu’à nos jours ....”; p. 259: „ la vraie „ Religion maintenant appelée Chrétienne, est , J aussi ancienne que le monde . . . etc.

Même des savants peu suspects, en se plaçant simplement sur le terrain de l’étude comparative des religions, affirment la même vérité. Ainsi le célèbre Max Müller dans ses Essays, t. I, préf. p. VIII s’exprime ainsi:

„I1 faut dire de la Religion, ce qu’on a ,jdit du langage: en elle aussi, tout ce qui ,j6st nouveau, est ancien, et tout ce qui est „ ancien nouveau; si bien que, depuis l’ori- „gine de l’histoire, il n’y a eu qu’une seule ^Religion, absolument nouvelle”. Le Gard.

Gousset, en ne choisissant qu’un point de comparaison, dit: „L’accord parfait entre „les croyances des gentils et des Chrétiens „sur le nombre et la distinction des bons „et des mauvais esprits, suppose que l’une „et l’autre ont une seule et même origine:

JJ ta révélation (Religion) primitive” . S’il n’y B. qu’ime seule vraie Religion, il n’y a, et il n’y a eu jamais, qu'une pseudo- ou antireligion, mais à mille formes, un vrai Protée ! Après la chute et par la chute dansTEden, théâtre du premier pacte avec l’enfer, pacte que quelqu’un a nommé le „ grand acte de zoolâtrie génésiaque”, la grande apostasie et la vraie infidélité a commencé sur la terre.

C’est bien le mot infidélité pris non pas dans le sens de mé-créance {non- credere, Unglaube), mais dans celui de manque de fidélité {fidelitaSj Ontrouw), qui convient le mieux aux différentes formes et degrés d’apostasie, et qui les caractérise le mieux. Il est, en effet, remarquable, que la Sainte- Ecriture, dans son langage énergique, désigne ordinairement la défection du culte de Jehova- Adonaï, en échange de celui des démons, par le mot de fornication ou d’adultère (fornicarij comme s’il s’agissait

d’une infidélité conjugale. La Religion estelle autre chose, qu’une union de foi, d’amour, de fidélité entre l’homme et le Créateur?

De là le terme même de Religion = religare Deo, terme qui doit être réservé pour le seul vrai culte orthodoxe, et qui n’est appliquable aux pseudo-religions que dans ce sens, qu’elles relient l’homme avec le monde surnaturel créé de la gauche. De bonne heure donc commençait cet antagonisme entre la Religion, d’abord patriarchale anté-et postdiluvienne, représentée e. a. par Seth, Hénoch, Noë, Sem, Abraham, — concentrée depuis plus spécialement, mais non pas exclusive-

ment, dans la religion mosaïque et juive, se couronnant enfin dans la religion chrétienne („instaurare omnia in Christo”), — et entre la pseudo-religion ou Vinfidélité à mille noms dans la suite des âges, et représentée surtout par la race de Caïn, de Cham, de Kush, de Nemrod, etc. Toute l’Ecriture n’est que le tableau et la relation de la lutte formidable entre les deux forces, qui se partagent le monde, forces inégales, infiniment inégales même, puisque l’une est divinej l’autre créée, mais forces temporairement opposées l’une à l’autre, et dont les progrès rivaux pèsent constamment, en sens inverse, sur les destinées de la terre. Si le Logos divin ouvre la Génèse et si l’Apocalypse se clôture sous le cri de Jésus le Sauveur, il y a aussi le serpent homicide de l’Eden et le draco magnus foudroyé à la fin. La même lutte est la question-mère, le fond secret de l’histoire univei’selle, tellement le fond que dans toutes les mythologies payennes se trouvent les vestiges de ce dualisme du bien et du mal, du bon et du mauvais, mais horriblement et sacrilègement travesti, puisqu’elles font du mauvais un dieu égal („ascendam . . . .!”) Le monde surnaturel, en effet, est devenu, après la chute des anges et de l’homme, un monde à double partie séparé par un abîme, à une infinie distance, représenté par deux camps, deux étendards (St. Ign.), deux cités adverses. La Religion verra désormais à sa gauche l’hydre non pas à sept, mais à mille têtes, essayant de marcher de front avec elle, et même de l’anéantir ou de l’étouffer dans la boue de ses blasphèmes, jusqu’à ce qu’elle soit foudroyée finalement. Les dieux de l’infidélité, ce condisciple primitif du peuple saint, ont toujours et partout voulu se substituer au seul vrai Dieu Créateur, et aux Anges fidèles, pour se faire adorer furtivement à leurs places par les hommes, et ceux-ci ne le firent que trop, hélas! L’infidélité primordiale et subséquente fut une éclipse du Soleil de justice. Les esprits rebelles se mirent devant ce soleil, et interceptèrent la lumière divine, en enténébrant ainsi les humains qui les adorèrent à la place du vrai Dieu, tantôt en parfaite connaissance, tantôt d’assez bonne foi, par le sentiment instinctif de la bonne direction. Malgré les flots envahisseurs de cette infidélité j qui put paraître parfois quasi générale, jamais l’humanité fut livrée à ses diri, sans un contrepoids miséricordieux. Les Anges gardiens se retirent en pleurant de leurs demeures, mais ne se désintéressent pas de leurs pupilles, et restent autour. Ces protecteurs cachés sauvent non seulement les nations parfois malgré elles, mais encore les individus. Selon certains Pères les perizomata de la Génèse, „qui donnaient un singulier malaise au de Maistre, chaque fois qu’il y pensait”, désignaient simplement, dans le texte hébreu, cette garde miséricordieuse et protectrice.

KELIGION

KELIGION

Quoique le rejet d’une seule vérité essentielle^ l’infidélité sur un point notable commandé et imposé d’office^ suffise pour jeter hors la droite, il y a néanmoins des degrés d’éclipse. Dans certains cultes on voit transpirer un plus grand nombre de vérités peu ou point falsifiées^, parodiées, travesties^ singées, souillées. Ainsi, on admet que les mages chaldéens avaient au début un culte passablement orthodoxe. Selon quelquesuns les astrolatres sabéens vénéraient les bons Anges. Mais il faut avouer que la plupart des peuples descendirent bien bas, et que leur culte n’était souvent qu’une franche démonolatrie, se faisant jour dans une goétie non-officielle et dans une théurgie officielle, mais qui ne valait guère mieux. — Ce qu’on constate notamment chez les Nègres et chez nos Warundi, c’est ce dédale sans issue, cette confusion chaotique, ces contradictions fiagrantes, ce touffu inextricable dans les croyances et les dires des gens, comme aussi dans les histoires et les traditions des mêmes croyances. Il est vrai que ceci est naturel! Cela doit être, du moment qu’il s’agit d’esprits de désordre et de leurs oeuvres désordonnées. Le désordre c’est leur élément! Cela constaté, il est aisé de comprendre, qu’il est très difficile, si non impossible, de démêler tout cela, d’y voir clair, d’y mettre de l’ordre. Tout au plus peut- on saisir les points dominants, en procédant du connu à l’inconnu, en faisant des comparaisons, en trouvant des analogies. Mais l’essentiel est, de se bien remémorer les principes qui précèdent, et qui seuls donnent raison et expliquent V origine, V existence, la vie de tous les faux cultes. C’est la clef indispensable.' On a composé des milliers d’ouvrages sur les mythologies payennes, sur les innombrables grandes ou petites pseudoreligions. C’est désolant pour l’esprit humain (et même pour la science !) de constater, que la lumière n’est pas faite. Le chaos des explications est peut-être plus grand que celui des cultes mêmes étudiés! On patauge de système en système, sans arriver à des conclusions définitives; tout cela pour avoir jeté la bonne clef qui seule aurait pu ouvrir les portes de ces labyrinthes. Il est pourtant bien évident que, si l’on se place au bon point de vue, on embrasse facilement l’ensemble de cette masse grouillante à ses pieds, et on synthétise assez heureusement la foule de ces pseudo-cultes, si disparates qu’ils paraissent, en les ramenant au seul vrai dont ils sont déchus, et dont ils ne présentent que les hideuses contrefaçons.

On a imaginé bien de noms et de termes pour caractériser ïes différents cultes en particulier, et même en général. On pourrait facilement composer toute une litanie avec ces noms, souvent assez grotesques et absurdes à degré varié. Passons-en en revue quelques uns. — On a vu, que le mot infidélité seul caractérise bien les cultes en général, et

même en particulier. Les peuples assis dans l’ombre de la mort sont des infidèles, des fornicatores selon l’expression énergique de la Bible. Quoique le fond et les idées principales soient partout et toujours les mêmes, on constate néanmoins bien des fois quelque face saillante à ce Protée, quelque tendance marquée, ou quelque manifestation plus en évidence. Tantôt, par exemple, dans un culte on paraît avoir plus de dévotion pour les mânes (esprits des morts), tantôt pour les esprits recteurs des astres; tantôt pour les animaux sacrés (totems), et tantôt pour les esprits présidant aux différents domaines de la nature (fleuves, monts, arbres, etc.) Tout cela pourtant n’est qu’apparent. Si l’on voudrait préciser davantage, et caractériser plus spécialement le culte et les croyances des Warundi, on pourrait risquer le terme nécrolatrie, ou le culte des esprits ancestraux.

Il y a certains mythologues qui refusent une religion quelconque à un peuple primitif,, s’il na pas, selon eux, une doctrine révélée bien connue et précise, avec un rituel bien coordonné et un sacerdoce fortement organisé, mais s’il se contente d’un minimum (!) p. e. de la croyance dans des „ êtres spirituels” (Taylor), des „ êtres imaginaires” d’origine psychologique!! (Deniker), des ,, êtres supérieurs à l’homme” et à „un futur au delà de la tombe” (Quatrefages). La définition est manifestement erronnée, puisque cette spiritolâtrie est précisément le cardo questionis, et qu’on trouverait bien les accessoires aussi,, si l’on prenait la peine de scruter à fond ces petites pseudo-religions ! On ne nie pas,, que certains peuples très abrutis, très dégénérés et tombés très bas, n’aient conservé très peu de réminiscences de la religion, à laquelle un franc démonisme s’est substitué,, mais on renverse les idées, et on prétend que de tels peuples ne commencent qu’à C’est se moquer des faits et de l’histoire.

Alors, pour caractériser ces formes infimes et débutantes de religion, on a inventé les jolis mots d’„ animisme” (Taylor) et de „naturisme” (Naturreligion). On croit faire unedistinction sagace entre la anima et le spiritus.. Le sauvage se figure que le principe vital se dégage du corps, devient esprit, etc. ! Apercevant des influences, des forces dans la nature qui l’environne, il les personnifie, et finit par les adorer.

Un mot fort à la mode c’est celui de ^jAhnencultus” (Ancestryworship), ou de culta des mânes, principalement des ancêtres. Cette^ dénomination toutefois n’est pas assez adéquate et générique, quoiqu’il soit bien certain que cette face de l’infidélité est souvent le plus fortement dessinée et accentuée. L’adoration et la vénération des mortsunis à leurs esprits (des damnés) peut même être nommée une des premières étapes de l’infidélité constituée, lorsqu’elle fut un peu avancée. Il y a longtemps que le livre de la Sagesse (cap. XIV : 15—17) a décrit cette

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évolution! Aussi voit-on ce Ahnencultus très prononcé e. a. en Chine, à Rome et chez nos Nègres actuels, mais il n’est pas tout le culte. On a voulu spécifier ce culte des mânes, et on parle de ^Héroïsme”, „Euhémerisme”, „ Anthropomorphisme”, etc. C’est très partiel encore. Evidemment les héros, les hommes marquants, de célèbres rois, principalement les fondateurs et les pères de tribu et de nation, furent divinisés et adorés avec leurs patrons, dont on disait qu’ils étaient les organes et même les incarnations, mais il y avait plus! Euhémère avait raison et tort à la fois. Il avait raison, lorsqu’il montrait les tombeaux très matériels de ces dieux des nations (Jupiter à Crète), mais il avait grand tort lorsqu’il affirmait que ce n’étaient que des hommes!

On côtoie la vérité, mais on la tourne, parce qu’on ne veut pas la nommer ! Aussi St.

Eulgence a bien raison de nous dire : „ Toute l’idolâtrie (infidélité) nous vient des sépulcres.” On ferait bien de se rappeler, que le mot „ mythologie” vient tout simplement de f,ivdog = moût — mort, et qu’il signifie: sermo de mortuis (spiritibusj. Mais voilà! Le même mot, tout détorqué et anti-scientifique qu’il soit, fait fureur, pour ridiculiser les légendes plus ou moins poétiques, et idiotes en tout cas, même de ces fiers Romains, dont le culte des dii mânes était si formidablement organisé, et de se stupéfiant peuple chinois, ce colosse immuable, qui doit sa durée pendant des milliers d’années précisément au culte de ces fd.vdozo'noil Cela ne plaisante pas ! Les dieux (et même les déesses) anthropomorphes, si bien réussis par les Grecs et plutard par les Romains, ne furent jamais qu’une fantaisie artistique, du luxe si l’on veut, de l’accessoire en tout cas. La magna mater (Cybèle) était aussi bien vénérée dans la simple pierre noire (aérolithe) dePessinunte, que sous forme d’une exquise statue à la grecque. On adorait les esprits, dont les statues n’étaient que les images, quelquefois les „habitacula”, soit qu’ils fussent mânes — possesseurs d’humains d’autrefois, soit qu’ils fussent plus haut placés dans la hiérarchie •(esprits sidéraux, ^p^ectores tenebrarum harum"% y^nequitiae in coelestibus’^ = malices aéréennes, ^jelementa {aToiy^eïat) mundi^^), soit enfin qu’ils ne fussent que de très petits lutins et gnomes. Pas plus que l’humanité ne fût jamais assez sotte pour adorer un simple caïman, elle ne se prosternerait devant un simple bloc de marbre ou d’airain !

On croit avoir tout dit, lorsqu’on a caractérisé les cultes des étranges peuples de la Sibérie et de l’Amérique du Nord par le terme de „ shamanisme” ! En effet, il paraît que les prêtres de ces cultes-là se nomment shammanes (amman-ammon-imana). Il faut avouer que cette définition jette une fameuse lumière dans les bas-fonds des croyances et des pratiques de ces ancêtres de Magog ! On pourrait aussi bien définir les cultes des

Nègres-Bantu par le joli mot de mufumisme pour le placer e. a. à côté du derwichisme y du fakirisme, du chouannisme, etc. Ce serait une belle galerie, mais muette et peu renseignante !

Le mot „ fétichisme” a eu une immense vogue. C’est le président de Brosses, par son livre: culte des Dieux fétiches, 1760”, qui

l’a mis à la mode, mais qui ne l’a pas inventé, comme on croit ordinairement, puisque Bosmans dans son : „ Voyage de Guinée, ütrecht, 1705” l’employait déjà. Comte l’a étendu (!) c.-à.-d. restreint, puisque pour lui le terme correspond à l’animisme anglais de Taylor.

Le terme vient du mot portugais feitiço (lat. fado, factitiiis) d’où feiticeira, feiticeria, qui signifie: charme magique, objet ensorcelé.

Les marins portugais nommaient ainsi les dieux et les idoles des Nègres de la Guinée.

C’est un mot conventionnel qui dit quelque chose, mais qui est inepte pour désigner la quintessence des cultes noirs notamment. Cela n’empêche pas, qu’il sert toujours pour stigmatiser ainsi et les dieux et le culte des pauvres „ sauvages”. Lorsque ceux-ci ont reçu à la tête l’épithète de „ fétichistes”, tout est dit. Lorsqu’on veut dire par là, que les peuples de la Guinée attribuaient des influences, des forces {èvéQyeiai), même à des objets inanimés (idoles, amulettes, etc.), que selon eux ces objets étaient au moins hantés, si non possédés par leurs esprits, il ne paraissent pas plus dégradés que les dirdcà-policés Egyptiens par exemple, ou le très raffiné peuple grec, le moderne napolitain ou le ministre Cr. !

Il faut s’entendre. Toute l’humanité a été, ou est, fétichiste à son heure. Les mages chaldéens et les Sabéens, qu’on veut bien pourtant nommer très spiritualistes, croyaient les astres mus par des esprits, et ils adoraient ces derniers. Leurs fétiches étaient tout simplement plus grandioses. Fétichistes! Les rigides Musulmans, qui croiraient déplaire souverainement à leur allah, à leur élohim et à son médium Mahomet en adorant une statue antropomorphe en marbre, vénèrent avec frénésie la fameuse pierre de la Caabah de la Mecque. Fétichistes ! De cette façon le „sabéisme” et l’„astrolâtrie” de l’Asie rêveuse, le ,, totémisme” (nagualisme) de l’Amérique la fameuse „zoolâtrie” égyptienne et indienne, etc., se trouvent tous n’être qu’un fétichisme plus ou moins spécialisé. Tous ces termes ne sont faits que pour donner la change aux naïfs, et pour masquer la vérité formidable, terrible, et qui est celle-ci : qu’au fond de tout cela se trouve toujours, ne varietur, une forme plus ou moins franche de démonolatrie.

Pour ce qui regarde Spécialement la zoolâtrie et le totémisme (Schlangencultus, etc.) on ferait mieux de rélire le texte de Hildégarde {Lib. div. oper. pars III, vis. 8a p. 966, éd. Migne), que d’y chercher un symbolisme mirabolant. Ce texte seul fait mieux connaître les ,, profondeurs de Satan” que

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les cent dix mémoires académiques sur le môme sujet. Si S^« Hildégarde effraye^ on peut se renseigner aussi chez Jablonski (Panthéon égypt. 1. II^ c. VII où l’on cite Sam. Bochart)^ S. Clem. d’Alex. {Coh. 1. II)^ Boettiger {Sabina, t. I, p. 454), Suétone (Fito Aug. c. XCIV), etc. On fera bien de réfléchir aussi sur lés pourceaux possédés de Geraza, la lycanthropie de Nabuchodonosor, la louve de Romulus, et surtout sur ces abominations des thometh de l’Ecriture (cfr.

e. a. Lévit. XYII : 7), où les piIosi = seirim sont nommés en propres termes. Non, ces fétichismes n’étaient pas, et ne sont pas, aussi naïfs, aussi inoffensifs et seulement idiots ! Les prophètes ne tonnaient pas contre de pures métaphores! Ces crimes e. a., unis à une magie effrénée, étaient bien positivement l’immense raison de la dégénérescence générale à laquelle peu d’hommes („ pat/ci”, S. Hild.) échappèrent au moment du déluge. Depuis cette iniquité s’est continué surtout dans la descendance de Cham. Tous les Warundi sont persuadés, qu’à la suite de semblables crimes, et bestialités sataniques, les hommes changent en bêtes! On rit de cela, mais ne pourrait-on pas chercher dans cet ordre d’idées la cause mystérieuse de certains caractères somatologiques et anthropologiques de certaines races, que la science n’arrive pas à élucider?. . . . Tous les anciens historiens (Hérodoie, Plutarche, Strabo, Varron, etc., racontent avec le plus grand sérieux des faits pareils à ceux de nos Warundi. Ainsi, Diodore de Sicile dit quelque part (et ceci jette en même temps une singulière lumière sur l’héroïsme, l’euhémerisme e. a.), que „les „ dieux ont parcouru cet univers sous la „forme des animaux sac7-és (totems!), comme „ils l’ont fait tant de fois sous celle des „ hommes et des mortels (Jupiter visite „Philémon et Baucis, théophanies); et qu'il ^n'y a rien de fahiUeux en cela = minime fajjhulosum (donc il y avait déjà de la critique „à cette époque réculée !), puisqu’ils en ont „la faculté, comme présidant à toute géné- „ration (sic!).” Diodore représente ici toute l’opinion antique, mais il est vrai, qu’à son temps, ou à celui de Pausanias, il n’y avait pas di histoire, et qu’elle commence à Voltaire!

Le terme „ polythéisme” (par opposition à monothéisme) est encore un de ces mots qui donnent le change. Personne n’était jamais polythéiste, ou tout le monde le fut!

Il faut s’entendre. Si par ces deol on entend des dieux indépendants et créateurs, il n’y a jamais eu de polythéistes, puisque tous les peuples, même les plus dégénérés, admettent toujours une certaine gradation ou hiérarchie parmi luurs esprits. Même leur esprit plus on moins suprême (p. e. Imana chez les Warundi) est toujours, pensé et adoré comme une sorte d'organisatory ou yyplasmator", et non pas comme vrai (Îîréateur. Si par les différents „ dieux” (polythéisme) on entend simplement des esprits

(bons ou mauvais, Anges ou démons, des forces = elohim créées), tout le monde est polythéiste ; les infidèles, parceque selon l’Ecriture „omnes dii gentiuni daemonia" {eli~ liuiy Ps. XCV : 5), et les chrétiens, qui adorent le seul vrai Dieu Créateur, et vénèrent les bons Esprits et les Anges composant l’armée des deux (Dominas Deus SabaothJ, unie à celle des saints et des saintes provenant de la terre. Il y a donc une sorte de polythéisme orthodoxe et un autre très hétérodoxe et infidèle. La confusion vient de ce qu’on prend polythéisme pour jjidoldtrie", mot par lequel on désigne souvent tous les infidèles, mais qui n’a pas cette portée. Le terme vient de elôcoÀov qui primitivement signifiait: fantôme, spectre, image,, revenant. Depuis il désigne les adorateurs des idoles ou des images sculptées (statues) principalement humaines et animales.

Il est clair que le terme n’est pas assez générique, ni même exacte, puisqu’il y a p. e. très peu de Nègres qui ont des idoles, ce qui ne les empêche par d’être des infidèles, comme l’absence de statues anthropomorphes ou autres, n’empêche pas les musulmans d’être des infidèles quand même, et même davantage.

Il reste les mots „paganisme” (paiens = paganus = paysan et campagnard = „mshenzi"' = umimtu icyamba), et „gentilité” (gentiles,. gentes, nationes, ethnici, barbari). Ces termesétaient plausibles, il y a 2000 ans, temps où la généralité des peuples était plongée dansles ténèbres, et où le nom de gentil pouvait être synonyme d'infidèley mais ils énoncent des anachronismes de nos jours, où la lumière du vrai Dieu éclaire des groupements plus ou moins considérables d’hommes, répandus sur toute la surface du globe.

Comme il a été dit, il n’y a pas chez les Warundi, de corps de doctrine nettement défini et officiellement imposé, et l’écriture manquant, personne parmi eux a pu avoir eu l’idée d’écrire une théogonie à la Hésiode. A ce propos, il convient de remarquer, que,, pour avoir une connaissance complète et sérieuse de l’ensemble des croyances et des pratiques populaires ou vraiment du peuple, croyances et pratiques qui représentent le ,, stock” religieux (ou pseudo-religieux), des centaines de fois séculaire des sociétés humaines, lesquelles sont toujours et partout étrangement semblables, — il ne faut pas les chercher uniquement dans ce qu’un Hésiode quelconque, ou un poète, a consigné là-dessus par écrit, surtout si un tel auteur est imbu de malheureux préjugés. Avant Lucrèce il y avait déjà des rationalistes et des matérialistes. yyRari nantes in gurgite vaslo". Ces anomalies, et ces hypertrophies intellectuelles, peuvent devenir plus nombreuses à certaines époques, mais ces aveugles ne feront pas dévier l’axe du monde religieux.

Après toutes ces considérations générale»' sur le culte des Warundi, ou à propos de^

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lui^ il faudrait le voir en détail ; seulement^ la plus grande partie de cette matière a été traitée déjà dans les différentes notices éparpillées à travers ce dictionnaire. On ne les répétera pas ici ; mais il convient de grouper les sujets de ces notices sous quelques titres, pour avoir une idée de Tensemble^ et pour faciliter la recherche. Les titres des notices seront mis entre guillemets, au fur et à mesure qu’elles se présentent.

I. Créateur et créatures. 1®. Les ^V^arundi n’ont pas d’idée bien nette sur le vrai „Dieu'’ Créateur. Le nom d^lmana e. a. est un nom propre d’esprit. Leur esprit suprême se présente avec le caractère d’un /amis = le pre-

mier ou le chef des mânes, le premier ancêtre. Quant à la nature et les a de cet esprit

supérieur, les Warundi sont peu renseignés là-dessus. Ils disent vaguement, <ivélmana fait tout, voit tout, peut tout; qu’il donne la vie, la santé, la mort, les biens de la terre, etc. Les Romains en disaient autant de leur Jupiter, comme les Egyptiens de leur esprit suprême. ■ — 2®. L’idée d’une ,jcréatio)i'' ex nihilo est tellement effacée, qu’on n’en trouve pas des traces. ImanUy comme les autres esprits supérieurs {Eikiranga, Riyangomhe)j est considère plutôt comme l’organisateur des choses existantes déjà, comme une sorte de plasmator (démiurge). — 3®. Parmi les choses créées les y, esprits’' occupent une large place. Ils en admettent des myriades; en mettent, ou en soupçonnent un peupartdfftT'îlB en peuplent le ciel et la terre, et font p. e. de Rikiranga-Imana un grand chef dans les milices célestes, un dieu fulgurateur (— tsabüy umwami wo hedzjuru, princeps aëris V. jyFoudre”)y • — aussi bien qu’ils en préposent aux fleuves, montagnes, forêts, lacs, sources, arbres, rochers, comme encore à la tête des pays, des provinces, des ingo mêmes, etc, — a. Parmi ces esprits une nombreuse catégorie est vénérée comme dieux yy-mànes” i. e. esprits des morts. Il paraît même, que leurs génii supérieurs ne dédaignent pas de se ranger dans ce nombre, puisque Imana est nommé umwami w’ imizimu. — h. Le roi de l’Urundi (V. jyRoyauté’% ^Dynastie”) est considéré comme un demidieu au moins, dont la naissance (la conception) est influencée. Les Warundi se figurent aussi tous les yjRlancs” comme membres d’une race supérieure, comme des yjfilii deV\ — 4®. On croit à l’immortalité de Vyyàme” humaine. Non seulement l’âme ne périt pas après la mort, mais les Warundi la divinisent (ou la démonisent !), puisqu’ils la font survivre unie et collée à son patron spirituel, son pénate (penes nos natus), se montrant parfois sous forme de spectre fluidique ou gazéiforme, de fantôme et de revenant. Du reste, le terme même umuzimu indique une survivance. L’homme est parfois changé en „ animal”, en punition .de grands crimes ( = kwih indura yawaye ikirerej ikikoko). Le goète (loup-garou!) se métamor-

phose ainsi à volonté ! Après la mort l’esprit de l’homme habite des formes animales (vers, serpent, hyène, lion, léopard, cr ocodille „ boeuf’, etc.). Les esprits plus strictement tares de chaque yyfamille’% sont spécialement vénérées, de peur surtout qu’ils ne se montrent de vraies larves malfaisantes, puisque tous les morts {et leurs esprits!) sont censés implicitement mauvais et méchants. Le père de famille est, pour ainsi dire, prêtre dans sa sphère, et le fils „amé” lui succède par une sorte d’initiation ou d’ordination. Le yy foyer”, comme centre de famille, est entouré d’un culte. — 5®. Parmi les autres créatures, les astres (V. yyAstronomie”)y et la jylune” en particulier, paraissent recevoir un culte. En tout cas, les Warundi vénèrent les yyelementa mundV^ {çToi^elai), vraie tourbe d’esprits, dont ils peuplent un peu toute la création.

TT. Personnes députées au culte. — 1®. Le personnage, auquel s’appliquent le mieux les caractères du pseudo-^prctrg”, c’est le kiranga. Il préside la cérémonie principale du culte, qui consiste dans l’adoration de la yylance” sacrée, cérémonie qui est entourée d’un grand cérémonial, et qu’on peut appeler ] e grand yyvite”. Ce prêtre érige aussi officiellement le ikitabo, qui est en même temps yytemple”, yyautel” et même lit (— accubare dio, cubare sub dio), en plantant solennellement l’arbre-ficus umumanda, arbre sacré (espèce de yysycomore”, Rrachystegia?) pendant une séance du grand rite. Autour de cet arbre on tapise en yyvond” le sol avec de Pherbe blanche. Là e. a. les malades viennent prier, là on offre des yysacriflces” (bière, polenta, etc.). Les sont plutôt

des chapelles votives, ou des temples familiaux, dédiés aux esprits mânes et lares.

D’autres lieux sacrés et de sacrifice ce sont les hauteurs (excelsajy couronnées ordinairement de yybois sacrés” ou de bosquets- imaria. — 2®. Parmi les autres fonctionnaires du culte, il faut nommer d’abord le yyguérisseur” {—umu~ fumu), qui est à considérer en même temps comme ,ymédecin”, puisque toutes les yymaladies” à peu près sont attribuées à des sorts, ou à des influences sinistres. Dans cette catégorie il y a certains yyspécialistes” y qui méritent peut-être davantage le nom de médecin. A mentionner encore les yydevins”, les yycharmeurs” de poisson et les faiseurs de pluie (yypluviatores”). — 3®. Chez les Warundi on distingue nettement cet étrange dualisme (apparent seulement), qui s’exhibe par une théurgie officielle et par une magie noire ou yygoétie”, exécrée et punie sévèrement.

Les derniers sont censés pactiser avec des

démons très méchants, et avec l’aide de ces

derniers ne faire que du mal aux humains.

III. Symboles et chosesy se rapportant au culte. — 1®. Les y, amulettes” jouent un grand rôle dans la vie d’un Murundi. Il croit qu’elles lui portent bonheur, et qu’elles éloignent tout }naly ou plutôt l’influence des mauvais (Tvov'yçôi). — 2®. U yyembellissement” du

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corps est réhaussé, croit-on, en y ajoutant toute sorte di\omements'" (anneaux). La „ceinture” rituelle ne manque jamais. La ^^chevelure'', par ses formes particulières, et les frisures" typiques parlent un langage sui generis, comme aussi parfois le ,jtatouage" de leur peau, et d’autres ^marques" sur leur corps. Les jjdents" limées des Watwa figurent une sorte d' initiation. — 3®. Parmi les autres choses plus ou moins symboliques, on peut ranger la forme ,jronde", les /es” pour lesquels

les Nègres ont une vraie prédilection, et autres figures (cônes, croissants, zigzags, serpentines, croix même, etc.), qui au fond, et primitivement au moins, ont eu un sens hiératique; le „ tambour" sacré, spécialement celui du roi (= akaryenda) ; l'^eau" lustrale (—utuzi tw' Imana) ; V ,jhuile" et le , ^beurre" uni aux j^parfums", avec lesquelles matières on fait des onctions rituelles; le tabac" au moyen duquel on fait des fumigations charmeuses (V. ^Priser", Eternuer")-., les ,, couleurs" quasi hiératiques, etc., etc.

IV. Pratiques et actions cultuelles. — Les Warundi sont en général (comme tous les Nègres) le contraire de gens indifférents en matière cultuelle. Non seulement qu’ils ont la foi robuste, qu’ils sont orthodoxes „à rébours”, qu’ils ,ymettent des diables partout”, même beaucoup trop, mais aussi — et en conséquence — leur vie toute entière n’est qu’une série d'actes et de pratiques cultuelles. Ils sont dévots à leur façon, quoiqu’on en doute parfois, parce qu’ils cachent ces pratiques devant les Blancs aussitôt qu’ils s’aperçoivent que ceux-ci s’en moquent et en rient. Ils se signent souvent avec la craie ingwa ; ils assistent souvent à la cérémonie de la lance ; ils sacrifient et s’occupent de leurs ivigabiro et de leurs ivitabo] ils consultent leurs awafumu-., ils se méfient des aivarogi (goètes) et tâchent de s’en préserver en se bardant le corps avec des amulettes, etc., etc. — 1°. Dès le début de la vie jusqu’à la mort la pseudo-religion intervient. La ^piaissance" (V. Accoucher") est entourée déjà de plusieurs actes très remarquables. Ainsi, la mère forme la tête de son enfant par un massage symbolique et initiatoire peut-être. La naissance des j,jumea.ux" est très fêtée. L’imposition d’un ,,nom", sans être (autant que je sais) une cérémonie importante, se fait néanmoins non sans une certaine solennité. Le „wariage" a ses rites particuliers; de même V enterrement" , et le ^ydeuil" qui le suit. Le jdestament" est assez significatif. — 2®. La vie privée est semée de ^^coutumes", et même de jjcérémonies" culiuelles. Ainsi, on observe certaines j^abstinences" . (V. j^Nourriture" , „ Viande") qui sans doute ont un but cultuel. Non seulement on croit aux présages, mais on évite soigneusement tout ce qui est de mauvais jjüugure". On sacrifie à l’esprit qui réside aux jjcarrefours" ; on félicite celui qui „éter- 7iae"^ etc., etc. — 3®. La vie publique a égale-

ment sa part. Les ^ordalies" sont en usage.

La ^guerre" ne se fait pas sans actes nombreux cultuels (envoûtement). On tâche de s’y rendre ,.,invulnérable" . La y^danse" et la jj-musique" J le „cJiant" et les ^chansons" entremêlés de la récitation de jy légendes" et d'yyhymnes" sacrées très archaïques, sont autant de manifestations, plus qu’occasionnaires, du sens pseudo-religieux.

V. Morale. — Si dans V mfidéli té, qui est la pseudo-religion et même la contre-religion, on trouve quand même les traces non équivoques d’une yymorale", et de principes moraux, dans les actes individuels et publics, c’est, pour ainsi dire, une inconséi[uence. Logiquement c’est un culte sans morale, car l’infidélité une fois admise, quelle moralité peut être exigée par des patrons foncièrement rebelles, incapables eux-mêmes d’aucun acte bon? On peut donc dire, que les actes et la morale des Warundi sont en général meilleurs que leurs dogmes fonciers, La loi naturelle et divine n’est pas éteinte dans leurs consciences. Ils agissent souvent inconsciemment d’après elle. Ensuite, ces pauvres infidèles égarés ne sont pas complètement laissés à leur sort. Leurs bons Anges, et ceux de leurs territoires, ne se désintéressent pas d’eux. — 1®. Quoique Véducatio7i" de l’enfant dans la famille est nulle, ou peut s’en faut, les parents lui inculquent quand même les grands traits de la morale, et les lois d’un certain décorum. — 2®. Les Warundi ont un assez grand nombre de yyproverbes" qui contiennent une bonne dose de sagesse antique et de principes moraux. — 3®. Les horreurs contre nature, qu’on constate chez certaines tribus très dégénérées et vraiment satanisées, ne s’observent pas chez nos Warundi. Ainsi, V anthropophagie" est non seulement inconnue, mais exécrée. Par contre> les yyjurons" plus ou moins yyblasphématoires" sont très usités.

VI. Enseignement cultuel. — Il n’y a pas d’instruction officielle en fait de croyances ou de pratiques. Tout se transmet-ore^e?^wspar tradition, et s’apprend par l’exemple.

On peut dire, qu’une bonne partie de la doctrine est emmagazinée dans un amas de contes, de légendes, de chants, qu’on peut appeler leur yylitté7''ature'f non écrite, et qui restent immuables et à peu près stéréotypement les mêmes pendant de longs siècles. C’est précisément la ténacité incroyable de ces croyances, les mêmes absolument à l’aube de l’histoire et de nos jours, qui étonne l’observateur, et qui restera toujours un problème radicalement insoluble pour celui, qui se place à un point de vue qui empêche toute vue!

Auteurs à consulter sur les pseudo-religions des infidèles : Giraldi : De dus gentium varia et multiplex historia, Basel 1548: — Steuchus: Mythologiae , , . . libri X, Vénise

1568 (bon ouvrage); — Gerh. Joh. Vossius:

De Theologia Gentili .... libri TX, Amsterdam 1642, 1668, 1700 (excellent ouvrage); — Ath.

RELIGION

RITE

Kircher s. j.: Oedipus aegyptiacuSy ^ome (le P. Kircher fut un savant vraiment prodigieux);. — Dupuis: Origine de tons les cultes^ Paris 1795 (ouvrage érudit^ mais de partipris); — Dulaure: Hist. des différ. Cultes, Paris 1805; — Ch. de Brosses: Bu cidte des dieux fétiches.,.., Paris 1760; — Gorres:

Mythengeschichte der asiatischer Welt, Heidelberg 1810; — Creuzer: Symholik u. Mythologie, Leipzig 1837; éd. de Guigniaut: Les Beligions de V antiquité, Paris 1825 — 1851, 8 vol. (ouvrage très érudit et de valeur, mais entiché malheureusement de naturalisme symbolique); — Dôllinger: Heidenthum u.

Judenthum, Regensburg 1857 ; — M's de Mirville : Les Esprits, Paris 1863^ 8 vol. (ouvrage excellent); — Bunsen: ,jBie Einheit der

Beligionen, Berlin 1870; — H. Lüken: Die Traditionen des Menschengeschlechtes . .. . Münster 1869; — G. S. Faber: The Origin of pagan Idolatry, London 1816; — Dr. Karl W erner : Die Religionen u. Culte, Schaffhausen 1871 (bon ouvrage) ; — R. Gougenot des Mousseaux : Dieu et les dieux, Paris 1854 (ouvrage excellent et très érudit); — F. Nicolay : Croyances et superstitions, Paris

1900; — Prof. Schneider: Die Religionen der Afr. Naturvôlker, Münster 1891; — Yinson:

Hist. des Relig act.; — A. Réville: Histoire des Religions, Paris 1883 ; — A. Lang : Modem Mythology, London 1897; — R. P. Baudin:

Religion des Nègres de la Guinée, ou: Fétichisme ei Féticheurs (art. Missions Cath.), Lyon 1884; — Edw. Tylor: Primitive Culture, London 1871; — J. Lubbock: Origine of Civilisation, London 1874; — F. Schultze:

Der Fetichismus, Leipzig 1871; — A.Bastian:

Der Fetisch an der Küste Guineà*s, Berlin 1884; — idem: Controv., etc.: über Fetische, Berlin 1894; — Mgr. le Roy: Les Pygmées:

(Miss. Cath.), Lyon 1897; — Vacant: Diction, de Théol. art. Afrique, Paris 1900; — Chantepie de la Saussaye; Lehrbuch der Religionsgeschichte, Freiburg 1887 ; — Roskoff : Geschichte des Teufels, Leipzig 1869; — G. van den Gheijn S. J. : La Religion, son origine et sa définition, Ganà 1891; — A. Ross: Les Religions du monde . ... , Amsterdam 1669 ; — Tiele: Manuel de VHist. des Paris 1885; — Andrian: Der HôhencuUus, AVien 1891; — Lippert: Christ., Volksglaube u. Volksbrauch, Berlin 1882; — idem: Seelenkult . . . ., Berlin 1881; ■ — idem: Die Rel der Europ. Culturvôlker, Berlin 1881; — idem: Algem. Gesch.

des Priesterthums, Berlin 1883 — 84; — Meyer: Germ. Mythologie', — Grimm: Deutsche Mythol.', — Gruppe: Culte u. Mythe', — Manhardt: Baumencultus. (Quelques-uns de ces derniers ouvrages, e. a. ceux de Lippert, etc., ont beaucoup de valeur au point de vue de l’érudition, mais ils sont à consulter cum grano salis quant à certaines théories risquées et même erronnées).

Repas.

Quoique un certain nombre de Warundi ne mangent qu’une fois par jour, la plupart

mange dettx fois. Les Watwa également. Le repas de midi se nomme: uvwiriro, amariro, avwiriro, ou : muusindo', le souper du soir (vers le coucher du soleil): uivurariro, uwurarizo, ou: indariro. Les riches y ajoutent encore un petit déjeuner le matin: uvwisinduzi, uwutano, vyaivaradze(9j. Si l’on a de la bière, ou si l’on est invité à boire la bière ailleurs, on se passe facilement d’un repas, ou même des deux. Boire de la bière, c’est manger, disent les Warundi. — L’homme (le mari) mange ensemble avec sa femme, ou avec ses femmes (— kusângirà). Le Mutwa ne fait pas cela. Les Nègres généralement dédaignent de manger ensemble avec leurs femmes. L’usage contraire chez les Warundi prouve, que ce peuple leur est supérieur. — Les enfants mangent à part, La femme cuit pour tout le ménage. Avant de commencer à manger avec son mari, elle met de côté la part des enfants. On leur donne aussi les restes. Les enfants mangent et grignotent toute la journée, s’ils ont de quoi:p. e. des arachides, des bananes mûres, de la canne à sucre (—umusikati, umwoge).(^\X 2 ^'nL aux mets défendus dans certaines circonstances, p. e. aux femmes, V. „ Abstinence''. — On mange avec les doigts ; Fusage de cuillers est absolument inconnu. On s’assied par terre, ou plutôt sur la paille qui sert de tapis.

Les mets sont déposés ordinairement sur quelques feuilles vertes de bananier, bien propres, ou sur un plat tressé de paille.

Rite.

Le grand rite du culte officiel en Urundi, rite ou cérémonie qui est accompagné d’un sacrifice, et même d’une sorte de communion, consiste dans l’adoration de la lance sacrée de Kiranga (Jupiter Lancius), et se dit : kuwandwa. Les participants se nomment awawandwa. Ce terme est assez curieux.

(V. „Esp rit'\ SO^’). Il y a ici une allusion manifeste à une sorte d’incarnation payenne, qui se trouve dans tous les cultes infidèles. „ Mystère” d’iniquité ; parodie et singerie ; sacrilège épouvantable! La foi et la croyance au Rédempteur, promis après la chute, foi jalousement conservée par les vrais serviteurs de Dieu dans la seule vraie Re-

ligion, a été souillée et tramée dans la boue par les nations infidèles sur toute la terre à l’instigation des anges rebelles. Le culte de Kiranga dans l’Urundi ressemble à celui de Bacchus-Dyonisius (Bacchanalia), à celui de Horus, de Budha et de tant d’autres enfants divins du paganisme, de même que Ryangombe, d’abord medium-mâne-humain, prophète et simple thaumaturge, puis divinisé et devenu mâne-divin, est comparable p. e. à un Zoroastre, un Mahomet, etc. Il n’y a rien de nouveau: tout se répète. — Les Watwa ont le même rite de la lance. Au lieu de s’adresser à Kiranga, ils s’adressent à Indagarra, ou à Ryangombe en personne (V.

„Esprit", 3<^, 4(^). C’est une preuve, que et Kiranga se confondent avec Ryangombe et

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120 RITE

Indagarra^ ei ne font qu c.-à.-d. une col- devenir long, élancé, mince, et en zend :

lectivite d esprits mauvais plus ou moins croître. N’oublions pas la forme particulière,

verbe: kuwandwajle^ effilée et pointue de la lance de Kiranga, et Watwa emploient le terme: kuhomeka (hin- remémorons alors, que dans l’antiquité on dou: homa!). A propos de ce verbe: kuko~ dirigait ses adorations vers la pointe ou la

?ne^a, il est curieux de constater, que le cri: faite (=isimzu, de la pyramide

nhoma\ est répété avec une vraie de l’obilisque (ô^vÀog), du stèle, du jjhastilé'*

frénésie par les femmes dans certaines danses surmontant le candélabre, de la colonne,

rituelles, comnae réfrain à un claant, ou lin des cippes, du sceptre, du bâton de comman-

nymne, singulièrement suggestionnant. En dement, des monts et des arbres sacrés, enfin

sanscrit: hum est une exclamation usitée de tous les j,excelsa^* grands et petits, parce

dans un sacrifice, comme incantation magi- que, selon Zoéga (De Obilisc.), „le faîte seul

que. L égyptien: ham~ham signifie également: passait pour un dieu” (i. e. pour son emblème

hurlement, invocation avec une clameur ou son siège). La racine devient donc

religieuse. On connaît le culte de la fameuse assez claire. Si l’élément constitutif est huh,

plante (breuvage) hom (homa, soma), et tout ce on lui trouve également quelques analogies

qui s y rattache dans l’Inde. — La cérémonie en égyptien, et même en maori. D’abord hu à

de la lance se fait dans toutes les grandes Widah (ainsi que hou à Buduma) désigne

circonstances, ou dans celles qui sortent de un esprit, comme en égyptien. A Basunde

1 ordinaire, p. e. a la naissance d’un enfant hiiku signifie : grenouille (dragon), et l’égyp-

(de jumeaux), dans le cas d’une maladie tien huka veut dire : bière, vin, esprit (ser-

grave, à 1 occasion d’un mariage, ou comme pent — inzoga), tandisque heka est une déesse

signe d allégresse, etc. — La lance sacrée de à tête de grenouille, ou dénote encore un

Kiranga est formellement adorée pendant le charme ou un pouvoir magique. Enfin, en

rite. La lance des Warundi, qui a une forme maori hika signifie: une cérémonie avec incan-

bien caractéristique et toujours la môme tation magique, et hiki : un charme. Dans la

(Fig. 66 1<~>, S>, V. ,^Lancé^’), est en général même langue haka veut dire : danser, chanter le symbole matériel (plus ou moins sacré (ég. haka = fête, temps), et huka : angle bave,

et inhabité) de l’autorité paternelle et royale, écume(?) (ég. Aa A; — courbe, angle). Evidem-

des esprits-mânes; mais la lance sacrée de ment, il ne faudrait pas attacher trop de

Kiranga, ou d^Indagarra (Ryangombe, Imana), certitude à ces étymologies (souvent trom-

est censée être le réceptacle réel de cet penses), mais il est frappant, que le même

esprit. Il y réside sur la pointe! (Jupiter élément idéographique retourne constam-

Lancius). Cette fameuse lance a la forme ment dans les mots qui se rapportent aux

ordinaire, mais avec cette différence, qu’une esprits des payons et à leur culte. — Voici

des facettes (moitié) du fer est blanche et maintenant une déscription du fameux grand

l’autre noire, l’une luisante l’autre ternie. rite. Dans une dès circonstances citées, le

(Fig. no. i^4). Cette couleur dualiste est déjà ÆTirangra-hiérophante du district est invité à

très remarquable. Le nom de la lance ne présider la cérémonie, et à pontifier. Celui-ci

l’est pas moins. On la nomme: uruhuka, ou: apporte la lance sacrée, dont il a toujours la

uruhuga, plur. : impuka, ou encore: urugabo- garde. Arrivent aussi ses deux ou trois

gaho, urumito. Le dernier nom. (ut'ugabogabo), assistants ou assistantes ordinaires (hommes

mot employé surtout par les Vratwa, s’ ex- ou femmes), nommés: ivisyego (V. jjPrêtre’%

plique assez bien. Le redoublement, puis le j^Esprif\ 5d'^). Il paraît que, lorsque le ÆTîmngra

préfixe: uru, indiquent qu’on adore: l’/iomme est un homme (c’était le cas à Uzumbura)

(virum) par excellence (ipsissimum virum), ces acolytes sont des femmes, tandisque,

incarné, divinisé, le grand ancêtre, Cham; au contraire, le kiranga étant une femme

ou, plus exactement encore: la virilité, le (à l’intérieur de l’Urundi?) les assistants

principe viril, Priape, le phallus en fin de sont des hommes. L’individu (ou la famille)

compte.^ — Le sens du mot uruhuka est moins qui fait célébrer le grand rite chez lui, p. e.,

clair. Disons d’abord, que ce terme ressemble afin de prier (I) pour un malade et le guérir

passablement au mot kinyamwezi : ou : invite ses parents (—insutl), ses amis, ses

uluka = ph 2 iUvLs, et que les Wanyamwezi du voisins et voisines. Tous les participants

nord (Wasukuma) vénèrent précisément un entrent dans la case. Le kiranga s’assied au

esprit Priape nommé: Mluka. Je suis incer- milieu, la lance sacrée dressée au poing. Ses

tain, si la racine du nom uruhuka est: huk, ivisyego se placent à sa droite et à sa gauche

ou bien: uk (ug) ou wuk. L’élément uk (= (reines du sabbat médiéval!) Les autres par-

unk, anky ng\ tant de fois signalé dans les ticipants, ou participantes, se mettent à droite

noms des divinités payennes africaines, s’y ou à gauche, formant ainsi un demi-cercle

laisse apercevoir sans peine. Or ukh en (croissant). Uikisyego à la droite du hiéro-

égyptien signifie : colonne, ainsi que uka. Ce phante se nomme Ruhanga, celui (ou celle !)

mot veut dire aussi: fête et paresseux (?). à sa gauche Ruwambo (V. ,jEsprif\ iSn, f8f>).

Dans la même langue akhu signifie: esprit. Le rôle (et le sexe!) de ces acolytes, qui

mâne, blanc, et ukkah: la nuit; tandisque ont leurs homonymes dans le panthéon

ukhs se traduit par : créer, former (p/asmare^. kirundi, n’est pas bien fixé. Tandisque les

Le même mot ukhs en sanscrit veut dire: uns affirment que la gauchière représente

RITE

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la femme (Buwambo) de Kir a ng a- esprit et le droitier l’homme (?) Ruhanga, des autres disent que Ruwambo est le beau-père de Kiranga, et que la droitière joue le rôle de la fille de Ruwambo^ femme de Kiranga. Le hiérophante (ou hiérophantide) porte sur la tête une sorte de diadème ou bonnet, fait des longs poils d’une peau de chat-tigre (?), et dont la queue lui retombe jusqu’au milieu du dos. Les Watwa ont un semblable bonnet ou diadème, mais mieux travaillé. Il s’appèle: intutUy ou: inkomo. Les Waswezi de rUnyamwezi en portent de semblables (V.

Fig, WK i36 et „Prètre''), Les autres participants portent tous à la main des branches fourchues (bidents), sur les extrémités desquelles s’enfilent de toutes petites calebasses creuses, remplies de grains durs qui font du bruit lorsqu’on les remue. Ces crécelles se nomment: umujehe, ikigehe. Fig. n'K i25. Au centre du pays on se sert d’autres crécelles, nommées : urunyagarra, ou : uruyako. Ce sont de simples petites calebasses, souvent ornées de dessins, remplies de grains ou de petites pierres, et garnies d’un petit manche. Fig.

n'>. 25, i'ij 2'^, 4'*. C’est l’orchestre et la

sonnerie de l’office! On débute par faire du bruit à l’aide de ces crécelles (= kuvuza inkimba). Toute l’assistance les remue en cadence parfaite, avec un rythme, et dans une mesure „sui generis”. Ensuite on entonne (■= kuririmba) gravement V hymne étrange: „Haij yéyé . . . (Y. „HymnF'). Elle est chantée sur un ton singulièrement impressionnant. On la chante très dévotement.

Comme tous les chants rituels payons (p. e.

ceux des Muselmans), elle produit une mélancolie indicible, qui fait mal au coeur et qui donne le frisson. . . . Pendant ce chant diabolique d’incantation ou d’évocation, qui ressemble à ceux de certains occultistes d’Europe (V. de la Rive), chacun (et chacune) à son tour ramasse un peu de paille, va s’incliner (= kunama) devant la lance sacrée (= kusenga Rikiranga = vrai acte d’adoration), offre la paille, frappe les mains l’une contre l’autre, et demande à l’esprit Lancius (Rikiranga), qui est censé résider sur la pointe de la lance, différentes grâces. Ainsi on dit :

.fjUrantunge, umwami iwurundiP' i. e. „fais moi riche, ou: favorise moi, o! toi roi de rUrundi!” On dit encore: mnviyeiji

nzimana'* = toi, mon père (litt. générator), j’offre mes hommages”. Cette prière est fort singulière. Alors Imana- Rikiranga serait roi de rUrundi, et Kisabo ne serait que son lieutenant, ou mieux: l’incarnation d’un esprit quelconque du panthéon! Rappelonsnous, que les Warundi en sont encore aux dynasties-mânes des anciens Egyptiens, dynasties qui sont une grande croix pour bien de mythologues. En tout cas, cette prière-ci en est une frappante illustration contemporaine ! Lorsque la famille fait faire le grand rite pour la guérisson d’un malade, chaque offrant demande à Rikiranga-Lancius : „ Umuhe

amagarra, akomereF = „donne-lui la santé, qu’ii soit fort (bien portant)!” Parfois les dévots formulent pour eux-mêmes des demandes de grâces pratiques, comme celles-ci p. e. ^ y^Umpe umugore rC awana /” = „donne-moi une femme et des enfants !” ou : ,, Umpe urugo .... /” — ,.)Untunger — „donne-moi un „kraal” ....

fais-moi riche!” etc. — Les Watwa, eux, adressent à la lance des demandes fort significatives. Ainsi ils disent: ,JJratukimhagize, umugabo wa marna T litt.: ,, fais-nous riches, o! toi mari de ma grande-mère (ou de ma mère)!” Le verbe archaïque: kukimbagiza a le même sens que : kutunga = enrichir, favoriser. L’expression s’adresse aussi, pour flat^ ter, au roi, à un chef, ou à un seigneur. Elle paraît drôle ici, et même inconvenante, car la prière s’adresse à un esprit. Mais il ne faut pas oublier que ces esprits méchants ont tous les caractères et les audaces de vrais Satyres (incubi). Une autre formule de prière des Watvra est celle-ci:

,jRugabo rw’’ iviheko, uratutawâyer litt.:

„o! toi l’homme (le mari!) des amulettes (charmes, remèdes) protège-nous (viens à notre secours)!” Ce titre encore est bien curieux. Il est honorifique et flatteur, puisqu’on le donne également aux chefs. Rikiranga paraît ici être considéré plus spécialement comme guérisseur, comme une sorte d’Esculape. Si ces titres divins sont appliqués aussi aux grands de la terre (rois, chefs), et même aux Blancs, c’est qu’on les considère un peu comme d’une race supérieure, comme des ,,/î/ii dei”, ou comme des demi-dieux au moins ! — Lorsque tout le monde a adoré de la sorte, et formulé ses demandes, tous sortent ensemble de la case tout en chantant, et se dirigent vers le ikitabo (nommé aussi = ikiseserwa de: kusesera (ubwatsi) — tapiser avec de la paille, Fig. n^^. 127), qui se trouve dans chaque „kraal”. Cet ikitabo est en même temps autel-lit-temple familial dédié aux mânes (Imana) des ancêtres (V.

„AuteV% ^Temple''). On s’assied sur la paille de Vikitabo ou à côté, et après un certain temps de repos en silence et de méditation (=: kuhezagira 'mizimu), on rentre dans la case. Ce repos, cette dormitio (accubare deo) sur l’autel-lit ikitabo rappelle ce qui se pratiquait ailleurs dans l’antiquité. L’apostat Julien, le hiérophante couronné, atteste „qu’on dormait sur la cime des obilisques renversés pour obtenir des songes”. Philon de Bibles dit: „Par ces ouvrages (toute sorte de bamoth, chama’nim, de „fana”, de terrasses, Ôcûf^a, etc.), les hommes ont trouvé le moyen de monter jusqu’aux dieux ou de faire descendre les dieux jusqu’à eux”.

(Zoéga: De Obilisc). De là la défense biblique: „Vous ne mangerez par sur vos toits élevés (doigta, bemoth, excelsa) avec les démons auxquels vous vous êtes liés par la fornication'\ Tout cela se rapportait à V évocation des esprits, des âmes ou des mânes. A Babylon, en Assyrie, en Egypte, à Rome, etc., il y

RITE

ROND

avait sur les temples et les monuments des chapelles votives avec des lecta strata (= iviseserwa ). — Après la rentrée dans la case^ une des ivisyego (ivinegoŸJ — JRmvambo 'prend un van (— -arutarOy itruwungo, Fig. n<^56j^le tient avec le fond bombé en haut et y verse de l’eau (Fig. rv\ iW). Lorsque le van est bien mouillé et imbibé d’eau, elle le frappe avec la main et les gouttelettes d’eau en tombant aspergent (— kutota, kumidzjoj toute l’assistance silencieuse. Pendant cette aspersion rituelle, tous murmurent dévotement en bourdonnant (= kuhiiriraj des prières à leur dieu qui les bénit ainsi (= kuheiagira wakomere). Le van bombé représente la voûte céleste ou le ciel, d’où Vikisyego (Vestale ou Isis) fait descendre la bénédiction avec le „bénit” dont ces pauvres infidèles attendent la descente ou la venue. Il faut avouer, que ce „rora^e” payen en action est bien saisissant. Après cette aspersion mystérieuse, on apporte une grande cruche de bière de sacrifice inzoga if ukuterekëraj. Ce sont les agapes, sorte de communion. Chacun (chacune) en boit à son tour sans quitter sa place. Si le hiérophante en boit, un autre tient un instant sa lance, qu’il n’a pas quittée un moment pendant toute la durée de la cérémonie. Lorsque tous ont bu, l’assemblée est licenciée. C’est fini. Le kiranga reçoit dans l’Üzige, comme honoraire, un „fundo” de perles et une natte (— urava). — C’est ainsi que le grand rite se pratique, à part de petits détails, sur toute la surface de l’Urundi, du Ruanda, de rUhha et au delà peut-être. — Que dire de cette messe payenne? Le Marquis de Mirville dit (Mém. voL 4, pag. ^74 — 278J à propos de celle des Grecs et des Romains, réconstituée par du Boulay : „ Similitude parfaite, depuis l’aspersion de l’eau bénite jusqu’à Vite missa est., mais antagonisme complet dans le célébrant et dans le dieu que l’on célèbre”. C’est très vrai. Toutes les messes noires de tous les temps (mystères, sabbats, etc.) des deux hémisphères se ressemblent, même celle de l’ürundi. Mais quel antagonisme radical au lieu des fameux „ emprunts” Oui, St. Clément d’Alexandrie peut parler des jjShniîlima aenigmata Aegyptiorum ac JudaeorunV (cfr. Tertull. : De Praescr. haeret. c. XL, St. Justin: Apol. IJ, Î18) ; St. Léon a pu écrire: jjSacramentum generis hurnani in nulla antiquitate cessavit” ; les Espagnols ont pu trouver au Mexique un pape payen (V.

Brasseur de Bourbourg) comme le P. Hue au Thibet, etc., etc.; tout cela montre qu’il y a eu toujours la Religion et l’anti-religion vraiment ^vQiavof.ia, à mille faces, vrai Protée, parodie sacrilège et singerie grotesque.

Rond.

Le cercle, et la forme ronde en général, se voit beaucoup et même un peu partout dans les pays nègres, et chez les Warundi en particulier. Ils affectent cette forme, la tracent avec une certaine prédilection, quoique ma-

chinalement, inconsciemment, instinctivement. La ligne droite et le carré s’observent beaucoup moins. On peut dire presque, que les Nègres ont la ligne droite en horreur.

Ceci s’entend de la vie pratique, des choses purement matérielles; car dans leur „Ornementik” et dans leur symbo isme (religieux) on voit des traces du carré, du triangle, etc. Ainsi, la nacelle divinatrice du de\in(mfumu) des Wanyamwezi est carrée (les quatre cornes, faces, points cardinaux du mont Meru, des pyramides, des obélisques, etc.) Fig. n^. iS4. Le „tembe” d’une partie des Wanyamwezi (Watakama), des Wagogo, etc., est carré ou oblong. La „banda” des Wanyem a est carrée aussi. L'inkeka des Wazige a ceci de particulier, qu’elle est carrée en bas et ronde en haut. On pourrait multiplier ces exemples. — La hutte des Warundi (et de la plupart des Nègres) a la forme (plan)

ronde et plus ou moins conique. Un isunzu (toupet), à forme indubitablement phallique, la domine et la couronne invariablement (= kusagiraj. Ceci rappelle la pointé des pyramides, des obélisques, des stèles, etc. Dans rUnyamwezi (Msalala et ailleurs) on remarque souvent sur le sommet de la hutte où demeure la reine (ou les principales femmes du chef), un oeuf d'autruche. Ceci est très remarquable. Remarquons encore quelques autres cas où le cercle, ou le rond, est significativement employé par les Warundi. A l’article „GuérisseuF- il est dit, que le devin emploie un tesson de pot rond (ou supposé rond) sur lequel il trace une croix. On sait que le cercle et la croix furent partout et toujours inséparables. Le ikitabo (V. „Temple"'} est un cercle, tapissé de paille, et au milieu duquel se trouve un arbre sacré (:=umu- 7nanda ), où les femmes malades vont dormir et prier les esprits. Fig. w>. i^7. Cet ikitabo^ est en même temps : temple, autel, lit. (lectuni stratum, comme sur les pyramides et sur les plates formes du temple de Belus!) Le bouclier des Warundi (— ingawo, Fig. n*>. 18) est rond avec quatre croissants. Les tatouages, et surtout les frisures (V. les gravures), affectent manifestement la forme circulaire. On y voit des cercles, des croissants, des serpentines^ toute sorte de volutes. Les triangles n’y font pas défaut non plus, ni les ùgives (cteis), ni le tau, etc. heumuhoro oü couperet (Fig. na.BO)^ qui pourtant est un outil très banal, a la forme du croissant. Maintenant est- ce du hasard tout cela? Mais non, puisque ces emblèmes couvrent la terre, qu’ils sont universels, et qu’en tout temps et en tout lieu les peuples y ont attaché un sens religieux. Un mythologue anglais a dit: „The Pagan imagery was not even taken intelligently, it was only inherited ignorantly.” Il y a du vrai dans cette boutade,, mais elle pèche par la fin. In cauda venenum ! Elle est héritée, acceptée et pratiquée par tradition, ce qui n’empêche pas, qu’elle soit rafraîchie par des inspirations (révélations)' renouvelées et répétées dans différents lieux

ROND

ROND

et à différentes époques^ mais non pasinintelligemment quoique d’une manière confuse.

Quant à V origine du symbolisme du cercle (ainsi que du carré, du triangle, de la croix, etc.), il est absolument sûr, qu’il n’est pas mventé ou acquis „évolutivement” par l’homme ,,«6 initid*\ Il faut admettre que ces choses ont été révélées, et l’humanité toute entière l’a toujours dit et répété. Comme la religion, son symbolisme fut un et orthodoxe au début Après-et à cause de la chute, la bifurcation, ou mieux V ^infidélité'' , commençait sur la terre. La lignée de gauche, infidèle et maudite, peu à peu corrompait, souillait, parodiait towï', dogmes, symboles, etc. Tout ce qui primitivement était vrai, bon, beau, sublime, fut dégradé, profané par l’homme infidèle,vcï 2 ÀB, ne l’oublions pas, il le fut en bonne partie par l’instigation des mauvais esprits et à leur profit (=r fures, singes de Dieu). Voilà pour l’origine. Cueillons quelques analogies, avec ce qu’on constate chez les Warundi en fait de symbolisme du cercle et de sa signification, chez d’autres peuples et à d’autres époques. Pour toute la philosophie antique il y avait dans le cercle quelque chose de mystérieux et de divin. Mercure Trismégiste aurait dit: „Dieu est un cercle intelligent, dont le centre est partout et la circonférence nulle part beau mot bien trop naturalisé par Pascal. AppHqué a,u seul vrai Dieu Créateur, le cercle signifie l'éternité. Le nimbe et l’auréole autour des têtes des Anges et des Saints en représente une participation subordonnée. Mais les infidèles placèrent le cercle sur la tête de presque toutes leurs statues de dieux et de déesses.

Selon Platon Osôg vient de deZv = courir, planare, d’où: planètes et les dieux planétaires se mouvant en cercle. „ Deus enim et circulus est," disait Phérécide (Hymne de Jupiter).

Pythagore prescrivait (et c’était selon la doctrine hermétique), d’adorer Dieu en se prosternant de manière à approcher le plus possible d’un cercle parfait. C’est plus ou moins la pose du dévot Murundi qui s’étend en prières sur le ikitabo. Selon Pierius Val. Numa préscrivait la même coutume, et Pline dit à son tour: „En adorant, nous roulons pour üinsi dire tout notre corps, totum corpus circumagimur" . On pense ici au Chap.

•d’Ezéchiel, au tourbillon (ventus turbinis) qui se roule dans la flamme (ignis involvens), Æiux roues terribles et pleines d’yeux, aux quatre animaux et aux quatre faces des roues, -et puis au: „quasi sit rota in medio rotae, enfin et surtout à l’expression : Spiritus enim xitae erat in rôtis. (V. Corn, à Lap. in h. L). De son côté, l’Ecclésiaste dit (C. 1:6) en parlant du soleil et de son esprit: „ Sol gy rat per meridieyn ; . . . . in circuitu pergit Spiritus." On le voit, les deux symbolismes vont de pair; mais tandis que dans l’un tout est dans y ordre, dans l’autre (celui de gauche) il y a le désordre, puisque les infidèles (payens) adoraient ces dieux planétaires comme ^souverains, soit qu’ils fussent bons (Anges)' soit

(ce qui arrivait la plupart du temps) qu’ils fussent mauvais (démons qui s'interposaient). Les anciens considéraient le mouvement circulaire des astres, comme contraire à la loi des graves, imprimé par une volonté, de même que le rhombe chaldéen et la toupie babylonienne, selon eux, étaient mus par un esprit tout follet et petit qu’il fût. Le parallélisme (antagonisme) est constant, puisque l’Ecriture aussi représente toujours le démon comme tournant autour ou décrivant un cercle („circumambulans terram", „circuit quaerens . . . Le même symbole a été toujours mis en acte, pour ainsi dire, par les dévots à ces élilim ou déastres, p. e. par les mouvements rotatoires et les dansea circulaires ou giratoires des saliens, des corybantes, comme des derwiches tourneurs, des Hindus modernes ou des waswezi africains; enfin de tous les convulsionnaires du monde.

La danse des Warundi particulièrement est remarquable à cet égard. Rien n’y manque, pas même le croisement du cercle. Toutes les planètes croisent le cercle. Les Druides < inonumentalisaient, d’une façon gigantesque, la même idée dans leurs „dracontia”, énormes ronds, ovales, ou serpentines en pierres (ballet des géants). Dans tous les temps et dans tous les lieux, le génie de la divination en particulier a affecté ce mouvement de rotation. Tout le monde connaît le cercle magique de Puységur. Les cylindres de l’Assyrie, de l’Egypte (Isis) et de la Chine, les boules d’Hécate, les fuseaux tournants des mages chaldéens, le rhombe de bronze de la sorcière Simoetha, la toupie des Grecs, les calebasses tournantes de l’île de Cuba (de Brosses) qui rappellent la calebasse de la sorcière Murundi (V. „Devin"), les bâtons surmontés d’une noix de coco mobile de Ceylon, les jarres tournantes des femmes arabes de l’Egypte moderne (Mariette) ou les coupes de Djemschid de la Perse, les lampes des Indiens (anatrica) circulant autour de la tête des idoles, les perches tournées par les lamas thibétains, les chaudières magiques des anciens chamans (V. „Charmeur"), etc., etc-, tout cela servait à deviner et à vénérer, en les symbolisant, les „ dieux des nations”, principalement les dieux planétaires (cfr. de Mirville, 2e Mém. C XI, § III, 1, 2). — Partout, si non pour le vulgaire au moins pour les initiés, le cercle était le signe de l’éternité, de la perfection, de la vie, du repos, mais aussi du temps (cycle) et du mouvement.

Il était figuré par la constellation des sept étoiles. On le rapportait à la création, qui se fit, selon les anciens, par-, dans-, et comme un cercle (VII étoiles). Ainsi les Chinois.

Leur signe idéographique Tae-Keih signifiait la grande limite. Les Indiens ont leur montagne sainte Meru, qu’on se figurait ronde (quoique à quatre faces ou cornes!), et qu’on identifiait avec l’Eden, le pôle, etc. Yima, le Noé du Vendidad, reçoit l’ordre de fabriquer un cercle à quatre faces. La remarque

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