ROYAUTÉ 125 ROYAUTÉ
nymément: nyen* ingoma^ litt. celui du tambour^ puisque le tambour sacré (= akarienda) est le symbole du royaume et son palladium. On l’appelle encore: umviyeyi — père, générateur. Le nom: Mwezi ou Cyezi paraît un nom propre, ou plutôt collectif | comme celui de Pharaon. D’autres dénominations sont celles d’esprits, p. e. Nganzankiiru, etc. — Quant à l’origine purement humaine de la dynastie des rois de l’Urundi, on la rattache au célèbre Buhinda (= induy Hindu, indhu, V. ,^Dynastie'')j qui serait venu du nord, — Le roi de TUrundi, tout en ayant un caractère religieux et sacré, est d’une certaine façon seulement le chef suprême de la religion nationale, puisque son màne est un des plus grands, si non le plus grand; mais il n’est pas prêtre proprement dit pour cela, encore moins grand-prêtre. Il a un umufumu attitré (= iimutumu wh(7)iwamij awahima) qui demeure auprès de lui, pourqu’il puisse le consulter à tout moment. Il a aussi, comme chaque mutware subalterne, un hiérophante- attitré (= ikiranga Cl/ umwami), qiii réside près de sa capitale ou de son „kraal”. Certains de ces kiranga, espèce de mages ambulants, voyagent beaucoup, et se mettent à la disposition tantôt d’un chef, tantôt d’un autre (V. le récit d’un tel voyage pythagoricien à l’art. , ^Littérature’'), On les respecte on a même peur d’eux. Ne sont-ils pas, aux yeux des Warundi, des incarnations de V esprit Rikirang a! — Jusqu’à ce moment aucun Européen n’a encore vu le roi de l’Urundi Mwezi-Kisabo. Il se cache ; car il se figure qu’il doit mourir si un Blanc l’envisage. Le même sort l’attend, s’il a le malheur de voir le lac Tanganika. Pareille croyance était d’abord en honneur chez plusieurs rois Warundi, ou des pays limitrophes (Ruanda, Heru, Usui, etc.). Les rois d’Uyungu (Kihumbi) et d’Ushingo (Ntenderi) se sont montrés sans difficulté aux premiers Blancs qui y passaient. — Toits les Warundi racontent unanimement une singulière chose concernant la naissance du futur roi de l’Urundi. Ils disent donc, que le petit prince privilégié, qui doit un jour régner, vient au monde en tenant dans ses petites mains crispées toute sorte de grains des produits agricoles et des fruits du sol de l’Urundi (=umwami iv' iwurundi aravyarwa n’ imbuto zosej. On se le figure comme une espèce de Bacchus (Aiôvvaiog), d’enfant divin, de sauveur. Or, le salut pour le vulgaire matérialiste, c’est le boire et le manger, surtout le sorgho et la bière à défaut de pain et de vin, qui n’existent pas là. Il ne serait pas étonnant, qu’on dût voir dans ce dire une réminiscence d’une tradition très ancienne, et qui ferait allusion à un sauveur, qui ici — iri casu — serait simplement nationalisé. Tout le genre humain vivait dans cette attente avant le Christianisme, et depuis cette attente dure chez des peuples „ assis encore dans l’ombre de la mort”. Il va sans dire, que surtout cette
grande croyance de la religion primitive a été, à peu près partout et toujours, profanée et parodiée. Le même dire des Warundi, combiné avec leur croyance à la conception influencée de la reine, confirme encore cette opinion, tout en rendant la parodie plus odieuse; quoique nos Warundi n’en aient nullement conscience. Ne racontait-on pas la même chose d’Auguste et de sa mère ? — Les Warundi ajoutent, qu’aussitôt cet enfant prédestiné né, sa mère doit se sauver au loin dans un pays limitrophe (= kuhaiva kure), pour s’y cacher avec son fils (=^ kuhisha) jusqu’à la mort du roi! Dans l’antiquité tous les pseudo-sauveurs en étaient là (Hercule, Budha). Après la mort du roi, l’enfant s’en retourne, et fait tuer, ou chasse au moins, sa propre mère et ses frères (= kwicya in~ suti). Ce serait un digne fils d’un Jupiter quelconque! Voilà ce qu’on raconte couramment. Il est bien difficile de savoir ce qui se passe réellement. — La royauté est absolue et héréditaire, mais le vieux roi peut désigner un de ses nombreux fils pour lui succéder (— kusuvira ku 'ngoma), en lui remettant les insignes royaux (tambour sacré, lance, anneaux ou bracelets, etc.)^ I S’il ne le désigne pas, le fils aîné de la première femme (= ninamwezi , nmugabekazi,.
ninamurimo, ninantare — rahre du lion), doit succéder régulièrement. Mais souvent il y a dispute. Déjà pendant la vie du roi, le prince, qui paraît destiné au trône, soit par un signe quelconque, soit par la faveur spéciale et marquée du père, soit enfin par droit d’aînesse, s’en va au loin, de peur d’être tué par ses frères jaloux ou par les parents d’une branche différente. Lorsqu’il revient après la mort du roi son père, et qu’il est devenu roi à son tour, il se débarrasse de ses frères et de ses parents autant qu’il peut, ou bien il les relègue dans des provinces lointaines comme gouverneurs. Ce fut le cas, dit-on, de Kengereza, père de Rusabico et de Muzazye, relégué au delà du Ruvuvu, comme gouverneur de l’Uyogoma.
Voilà ce que disent certains Warundi. Mais pour savoir au juste ce qui se passe, et ce qui s’est passé, j’avoue que jusqu’ici on n’a pas de données positives et sûres. C’est le cas aussi de bien d’autres détails sur le roi, sa cour, la naissance, l’élection (onction), la mort et l’enterrement royal (V. néanmoins ^^Enterrement"), la succession au trône, etc. Plutard on en saura davantage.
Comme le roi possède des vaches sacrées, les Warundi du Mugéra disent, que l’esprit Rikiranga en personne possède en propre deux troupeaux de boeufs (vaches?), présidés chacun par un ingabe. Le même esprit toujours, a son fief immédiat, ou une montagne sacrée qui porte son nom: Lcwranga.
Ce fief est administré par la „ femme de Rikiranga” c.-à.-d. par une prêtresse ou vestale vierge. Elle jouit d’une grande autorité, et est exempte de toute redevance envers