‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 120 sur 152 · SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ

gira ^so gir^ iwanyu !, Le fils répond: Ishosho-sho eehL — h. Le mari dit à sa femme:

Isho-sho-sho gira ^mugabo !. Si la femme a des enfants il ajoute: awana!. La femme

répond: Isho-sho-sho eehî. — c. Un homme dit à son chef (= umiitware), ou à son semblable (ami): Isho-sho-sho gir* inka !. L^autre répond : Eeh ! eeh !. — d. Deux hommes, un vieux, et un autre qui n’a plus son père, se disent: le vieux: Isho-sho amasho sabiva!’ le jeune: Isho-sho eeh! isho-sho eeh !. Le vieux ajoute: Isho-sho giE inkal] le jeune: Ishosho eeh /. — e. Deux hommes, un vieux, et un autre qui a encore son père, se disent:

le vieux: Isho-sho amasho gira sol; le

jeune: Eeh! eeh!. Le vieux ajoute: Isho-sho amasho giE iwanyu!\ le jeune: Eeh! eeh!. — f. Deux femmes, une vieille et une jeune se disent: la vieille: Isho-sho giE umugabo!; la jeune : Isho-sho giE awana !. — Ce salut (par: isho . . . .) est très curieux. Il est propre aux Warundi, et aux Watutsi surtout; il est adopté même par les Watwa, mais il est inconnu aux autres Nègres. Il est probablement importé par les conquérants Watutsi (Wahinda-Wahuma), qui sont des Hamites, ou mieux des Cushito -Hamites, venus du nord ou nord-est. C’est une race essentiellement pastorale, qui a un vrai culte, passablement idolâtrique pour les boeufs. Ceux-ci font partie de la famille, l’emportent en importance sur la femme et les enfants, aux yeux des W aiutsi. Le boeuf (surtout le ingabe) est pour eux, si non une divinité, au moins occupé et possédé par un esprit, par Imana même (bos Apis !). Si donc tous les saluts sont religieusement faits, c’est le cas surtout de celui-ci. On remarque cela au serieux extrême, à la dévotion, dirai- je, avec laquelle ils font ce salut. C’est donc probablement une sorte de prière, dHnvocation, de conjuration peut-être, adressée à leur divinité favorite et symbolisée dans l’espèce bovine en général et dans certains boeufs en particulier mijabe). Le salut aurait le but de souhaiter, par ce dieu, toute espèce de bonheur aux personnes, qui se saluent réciproquement.

En effet, le mot isho, plur. amasho signifie: troupeau de boeufs (isho ry’ infcaj, et on voit <][ue ce mot est répété sans cesse dans les formules citées. La forme verbale gira (kira), de: kngira (kukira) a évidemment le même :sens, que dans la formule royale (giE umwami), c.-à.-d. de salut = santé, guérison, paix, bénédiction. Rugira veut dire ausssi:

^voir, posséder, comme si l’on disait: aie, possède en paix, en bonne santé et longtemps encore, conserve, ou: que dieu te conserve ta famille, ton chez-toi, ta maison ('=

= kuwan’ iwawo = insuti), ton mari umugabo), tes enfants (= awana), tes boeufs (—inka), ton père (—so), etc. Toutefois, le premier sens est plus probable. — La réponse : eeh ! eeh ! est une simple acquiescement (= kwitabira) joint à un désir exprimé: eh!

^ui, amen, ainsi soit-il ! L’expression : sabwa.

n’est pas claire. Très probablement elle est une forme passive du verbe: fewsa 6a = demander, comme si le saluant souhaite à l’homme sans père, de trouver un père adoptif: sois adopté, cherché par quelqu’un qui soit pour toi un père adoptif f= wsa6îcc, awandi wakusabe). — Une autre forme de saluer, et qui est employée pour honorer les grands (chefs), c’est l’offrande de paille (= „stroohulde”, kukura ubwatsi: turakuyeubwatsi, kutaramura(f) ). Je ne l’ai vu employé nulle part ailleurs qu’en Urundi. C’est une marque de vénération, d’honneur, de soumission, de remerciement, de respect (et de peur!) L’herbe ubwatsi) est symbole ici du sol même. Ainsi kuhabw' ubwatsi signifie: obtenir un domaine, un terrain pour bâtir, et pour cultiver. Elle symbolise donc la propriété, le sol, le pays. Celui qui offre de l’herbe proclame par ce fait, qu’il proclame roi celui à qui il l’offre, comme, au contraire, le fait de poser sa lance par terre, et de sauter pardessus marque la défection, la rébellion. On offre ainsi de l’herbe dans les grandes circonstances, au roi, aux chefs, aux personnages de marque. Alors cela devient une vraie manifestation. Ainsi du 16 — 20 juillet 1896 une vraie montagne de paille, offerte par des milliers de Warundi, s’élevait devant notre tente de campement. On nous prenait peut-être pour le Mv^ezi fabuleux disparu autrefois, et dont on attend toujours le retour ! — Le baiser n’est pas employé comme façon de se saluer (V. „BaiseE% et „Grammaire') pag. 15 — 18).

Société.

Les rapports de société sont amicaux entre Watutsi et Wahutu f== kuvukana, kumenyerana). Parfois ils se marient entre eux, mais assez rarement. Il est inoui, qu’un Muhutu, et encore moins un Mututsi, se marie avec une femme Mutwa, ou qu’une fille Mututsi ou Muhutu soit cédée par ses parents à un Muiwa. Les Watwa (Pygmées, Négrilles) forment une classe de vrais „parias”. Ils sont méprisés. On les a en horreur. On dit qu’ils ne sont pas des hommes, mais des bêtes. Bref, une vraie malédiction pèse sur eux. On les exècre comme une race de magiciens, de satyrs, de caïnitt^s, des gens dont au moins les ancêtres ont commis quelque énorme crime. On parle parfois du croisement et du mélange de ces races pygmées avec d’autres races bantu. Je ne sais pas ce qui se passe ailleurs, mais ce fait, pour ne pas dire cette possibilité, est absolument exclu en Urundi; car jamais ils ne se. marient entre eux. — Ces Watwa n’ont pas de chefs à eux dans l’Urundi. (Dans le Kuanda, toutefois, ils ont des chefs indépendants, paraît-il). Ils sont gouvernés par des chefs Warundi, qui sont presque tous Watutsi. Ils n’ont pas de rapports avec les Watutsi et les Wahutu (— kunënânâ), si ce n’est comme awafumu, ou fabricants de poterie. Ils se saluent, mais ne se donnent

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