‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 122 sur 152 · SUCCESSION · texte numérisé non relu

SUCCESSION

SYCOMOEE

prêtres égyptiens il s’était enfui en Ethiopie, pour faire de là le tour du monde. Il soumet les peuples, et à son retour il combat Typhon, le régent usurpateur, mais est mis à mort par celui-ci. Seulement, il renaît en apis, et les prêtres entonnent ce cri: „Osiris est retrouvé”. — Encore une fois, il est difficile de ne pas voir dans ces croyances des Warundi une réminiscence très antique. C’est un exemple de plus de cette étrange attente d’un sauveur^ qui a partout et toujours tourmenté les peuples, de cette croyance universelle qui, quoique souillée et dégradée souvent, somm^eille au fond des âmes infidèles qui, conscientes de leurs misères et de leurs malheurs, attendent le salut d’un sauveur. Tous ces dires des peuples, taxés souvent trop naïvement de fables, recèlent une réalité et une vérité d’une portée énorme.

Superstition.

Si l’on comprend sous le terme de superstition (souvent mal définie), non pas une pratique, ou une croyance religieuse vaine et idiote, ni même une superfétation du culte établi, mais un acte hétérodoxe quelconque, on peut y ranger évidemment tous les actes reliyieux des Warundi, ou à peu près. (V.

(jion'"'). On distingue parfois trop nettement (et bien naïvement!) entre religion et superstition chez les Nègres, et les infidèles en général. C’est tout un! Au fond leurs superstitions ne sont que de la religion .... fausse ; de même que les superstitions, qui se glissent dans la religion vraie et unique, ne sont que du .... paganisme au fond, — Aux articles „ Abstinence'''’ et „Augu7^e'" il a été déjà question de plusieurs pratiques ou croyances bizarres. Ainsi, il y a des animaux purs et impurs. Les premiers se mangent (= viribwa) ; on s’abstient rigoureusement des derniers {= küzïrâ, umU2Ï7’'ô, ivintu vwâzwâ). La chair du boeuf est permise à tous. Personne ne mange la viande de chèvre, de sanglier et de poule. Quelques uns mangent du mouton. Les Warundi ne mangent pas de poisson, excepté ceux du Tanganika; mais là encore les Watutsi s’en abstiennent (non pas les Watvra).

Cette abstinence „ superstitieuse”, propre aussi à d’autres Nègres, est certainement une relique d’une coutume rituelle très ancienne. Les anciens Egyptiens e. a. avaient le poisson en abomination. Les Somali n’en mangent pas. Les Cafres disent, que les poissons sont des serpents, etc. (V. „Nou7^ritu7'e”). — Une femme Murundi enceinte ne peut manger de la viande, des haricots, des „amateke”, des patates, mais elle doit se contenter de manioc cuit, de bananes mûres, de canne à sucre et d’arachides. Elle mange surtout de la „polenta” de maïs très chaude. Le sel lui est également défendu, ou bien elle en prend très peu. Elle peut boire de la bière fraîche (= umutote, ou : umutobé), ou bien le suc exprimé de bananes mûres (= 7imufûngürô). La bière fermentée lui est interdite. Aucuns disent, que c^est pour des

raisons hygiéniques. La femme Mutwa, se trouvant dans le même état, peut boire de la bière ordinaire, et manger les choses défendues à la femme Murundi (V. „ Abstinence''). — Lorsque le père de famille est mort, la femme et les enfants s’abstiennent de sel jusqu’à la fin du deuil (= ikigandara), sans quoi la mère, ou un enfant, mourrait sûrement. Les autres membres de la famille peuvent en manger. — On ne coupe pas tout à fait les cheveux des petits enfants. On les laisse à la nuque {= urukbiga), pourque les enfants grandissent vite (z= %vakii7'é), dit-on! — Personne n’osera s’asseoir sur une ingatta (== coussinet à porter sur la tête). C’est la mort (— kufa) pour l’individu, ou pour son père (= kuv)ü)'‘â se akafa). Aussi, on préfère s’asseoir sur la terre nue, ce qu’on évite pourtant autant qu’on peut. — Un enfant, qui possède encore son père, et qui s’asseyerait sur une telle ingatta, s’il n’en meurt pas, ne grandira pas en tout cas, à moins qu’il ne prenne la précaution de cracher d’abord sur ce coussinet (= kHcyî)^ amate), afin de neutraliser et d’éluder le sort ou le „ fatum”. — Si l’on lance un de ces fatidiques coussinets à la tête d’un individu, celui-ci gagnera une grave maladie. Pour l’éviter, il lui reste la ressource de cracher d’abord sur V ingatta, et après de le jeter au loin. C’est du reste le procédé ordinaire de neutraliser les maléfices (= /cwî’rogôra tiwurozi] V. „Augu7'e"). — Les femmes Warundi ont soin, de ne jamais user toute l’eau qu’elles ont à la case. Elles en laissent toujours un peu le soir au fond d’une cruche. Cette eau s’appelle: „amazi y' Ima7ia, ou: utuzi tw' Imana". Lorsqu’elles donnent à boire à leurs enfants, elles ont bien soin de leur dire: „Usikaze (kusikaza) utuzi tw' Tmana — laissez un peu d’eau pour Imana". On jette également le soir un peu de cette eau sur le feu du foyer. Tout cela se fait pour honorer les Mànes-pénates-Imana pour qu’ils favorisent (bénissent!) la famille (= kuhezagi7'a 'wantu =r kuhoi'osha : a7^awahoroshye), et spécialement les enfants {=kuwu7m(9) 'wana: a7^awura = kutuka?) Le matin on se lave la bouche et tout le corps avec cette eau. On en boit aussi. S’il en reste beaucoup, on s’en sert comme à l’ordinaire. (V, „Eau"). — On pourrait encore glaner beaucoup de ces „ superstitions”. Y. les notices citées. — Tous ces usages et croyances, si bizarres qu’ils paraissent, recèlent souvent de la réalité et la de vérité, mais déformée, tronquée, si non souillée.

Sycomore.

Dans tous les centres habités de l’Urundi, ainsi qu’aux lieux qui furent habités jadis, on remarque des arbres qui, sans être des s.i/comores proprement dits, appartiennent à l’espèce des arbres-,, (Brachystegia). La fréquence de ce végétal contraste avec le déboisement presque complet du pays. Ces bouquets toujours verts d’arbres, joints aux vertes

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bananeries, qui émaillent le pays, et émergent partout du sol accidenté et couvert d’herbe, donnent un cachet très pittoresque et délicieux à TUrundi (V. ,,dr6re”). —

Ces arbres- s” ont d’abord un but utilitaire et pratique^ puisque leur écorce fournit le costume national (V. „Habif'), et qu’ils abritent d’une ombre toujours fraîche les demeures des habitants. Aussi, on plante exprès ces imimanda (= kutera umumandaj , on les conserve, on en a soin. Dans plusieurs pays nègres il est défendu, pour des motifs religieux, de planter des arbres ; ou bien ce droit est réservé au roi. Ceci explique le peu d’empressement, et le peu d’initiative des Nègres pour planter des arbres utiles (fruitiers). On laisse les espèces forestières végéter et se multiplier comme elles l’entendent! Dans rUrundi cette défense tacite (~ iimûzïrô) paraît exister aussi. Il n’y a d’exception de plantation d’arbres vulgaires que pour les arbres- et pour les arbustes qui clôturent les „kraals” ou les champs. — Voilà pour le but vulgaire et banal des arbres. Mais les Warundi ont un culte positif pour les arbres en général ou le bois (V.

Amulette’’) J et pour l’arbre- (Sycomore) en particulier. Celui-ci est pour eux un arbre sacré; ils l’appellent: umuti lu’ Imana. On plante avec cérémonie un umumandasycomore au ynilieti à.e\’ikitaho (Y , ^^Temple”). On en plante autour des tombes des défunts, principalement des chefs, des princes et des rois. Ces arbres-là sont religieusement et dévotement respectés. On n’en coupe par une branche. S’ils disparaissent, c’est par vétusté. Ces arbres, plusieurs fois séculaires et souvent énormes de certains bosquets sacrés-Imana, sont simplement de ces „arbores sacrivi” ^ reliques d’anciens ivitabo, tombes et „kraals”. — Ce „Baumkultus” chez les Warundi n’est évidemment qu’une pièce de leur culte, mais ce détail n’en est pas moins très intéressant. Ce culte d’arbres sacrés a été toujours, et l’est encore, vraiment universel sur la terre chez les nations. Dans la lignée gauche ce culte et son sens, ont été à peu près toujours souillés, parodiés; mais cela n’empêche pas, que ce détail encore n’illustre et ne corrobore maint point de /aEeligionvraie: arbres du paradis, — folia ficus”, — „arbor décora et fulgida” , etc. etc. — Là où il y a de la fausse monnaie, il y a de la bonne.

Celle-ci a préexisté — naturellement — , celle-ci est une, tandisque les autres sont multiples et venues après. — On pourrait réellement remplir un volume, rien qu’en glanant sur la surface de la terre chez tous les peuples le principal de ce qui se rapporte au culte (et aux croyances servant de base) du bois, des arbres sacrés, du bois cruciforme, etc. Au mot „Amulette” il a été dit, que chez les Warundi presque toutes les amulettes sont en bois (puis en cornes, ongles), tellement que le mot: bois et arbre (= umuti) soit synonyme avec celui de remède, amulette, e. a. m.

avec celui de santé, salut, guérison. — Eemémorons encore ici, qu’en Egypte le sycomore (— „mpela”, „ mpira” des Wanyamwezi, le „moopela” de Heitsi-Eibib des Hottentots) était dédié et sacré à /fai/îor, la Venus égyptienne, nommée pour cette raison à Maturea „la maîtresse du sycomore”. Dans le fameux rituel magique le dieu solaire est dit sortir du milieu d’un sycomore à couleur rougecuivre (c’est la couleur des imimanda, lorsqu’on les a défait de leur écorce). Le sycomore était donc en Egypte le type de la genitrix payenne, ou bien de naissance, d’origine. Maturea viendrait, selon quelques uns de mat, ancien nom àe an (annu) = \ieM de naissance. Il me semble qu’on peut y voir la racine du mot: arbre, bois = mti, muti,, umuti. Un autre nom de Hathor était Meri,.

d’où meri ou „muberry-fig” (mûrier), qui anjourdhui encore est vénéré à Maturea par les femmes arabes. Donc, en Egypte le sycomore était le principal symbole de Varbre de vie, dont Hathor, la „magna mater” verse le breuvage divin. Or, sous cette forme végétale, Hathor était le sekheyn sacré (— écrin, cassette), en hébreu : sa^ama/i. L’égyptien sekh ou tekh (le S et le t s’entre-changent) et sukh signifie: liquide, vin, boire. En kirundi inzoga signifie: bière, boisson fermentée, inzôga, ou: inzoka: serpent!, et inzu:;. maison („Aw?cm” = enfanter, lieu où l’on engendre). On pourrait ajouter ici le latin r sugo, et le surnom de Junon: Zugia ; l’anglais: suck\ le français: suc, sucer', le ^erm. : zuigen, saugen; le chinois: sok; le sanscrit: siô; legrec: avaî], avytov, avytofuo^ata d’ où sycomore,. etc. La racine: zug, sukh, ou sakh fsaÂ’/7?0 encore en égyptien: fermentation, esprit.

Sekht (surnom de Pekh) était le dieu de l’ivresse. On a vu, que inzôga, ou inzoka, signifie: bière et serpent. La même racine entre dans les noms de beaucoup de divinités, ou de démons africains, p. e. : Tshuka (lb\x), Dsuku (Isoama et Mbofia), Soko (Basa, Nupe, Esitako),. Seakoa (Puka), Sogei (Kise-Kise), Sokwo (Nufi),. Suge (Susu), Tsoka (Maravv^i), Lisaku (Tonga),. Sakuf?) (Senna), Xaku (Karanga), Lisoka (Yao),. Næoka (Mozambique), Isangu (Dualla), Suku (Bihe), etc. La même lettre t, ts (tz), unie à k et g (ng, nk), se rencontre en plusieurs langues africaines pour désigner l’arbre, le boissymbole. Ainsi, on a en Gugu: tsimo (tzimo)'y en Ebe : tugma] en Esitako : tzugma ; en Nupe : dzigma (tsigma)', en Kupa: tsigmo (tzigmo).lje fameux sekhem {= coffre = lieu fermé de Hathor) se retrouve peut-être dans les nomsethnographiques Wasukuma, Wasumbwa, etc.

En gura Saguma — corps signifie aussi : hutte comme lieu de génération. Il paraît bien identique au zikum accadéen, et il survit dans l’a/zakkum (arbre de science de TEden) du Coran. Si, selon Norden, le sycomore („ ficus sycomorus”) est le vrai arbre de vie pour l’Egypte et pour l’intérieur de l’Afrique, où il est trèsfréquent, à cause de ses propriétés physiques^ il l’est aussi pour l’Urundi dans ce sens,.

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