SYCOMORE
TATOUAGE
qu’il fournit par son écorce le vêtement (Jolia ficus'’) indispensable à toute la population. Enfin^ ridée de fruit, de réproduction, de délices, de toxiquant même, jointe à quelque chose de spirituel, se trouve sous Temblême du bois, de Tarbre, et du sycomore en particulier.
Tabac.
On cultive le tabac un peu partout dans rUrundi. A . côté de chaque hutte presque, dans la cour {uruyo) même parfois, on remarque quelques pieds de tabac (— itabi, ifarij itumuriva), Les Watwa également en plantent quelques pieds. Cette culture demande beaucoup de soins, mais les Warundi soignent assez mal leur tabac. On plante les semences (= uwusiyOj kuwiwa utuwutowuto tîv’ itabï)^ on sarcle de temps en temps le petit carré, et lorsque la plante est devenue grande, on ceuille les feuilles qu’on fait sécher au soleil. — Dans l’Uzige, on vend au marché un autre tabac qui vient de ru vira, et qui est meilleur. Les Wavira l’arrangent très proprement. Les feuilles, assez peu endommagées, sont roulées sur des bâtonnets, ou verges courtes ikihuri, ikihambo, itekêye: kutekera, umukômbàti). Un seul de ces bâtonnets se vendait dans le temps (1896) 2 „keti” au marché (Y. Fig. I3i).
Les Warundi ne l’arrangent pas de la sorte.
Ils font une sorte de corbeille avec des feuilles de bananier (= if 01 ! i, ivihuwahuwa, ivitoketoke), et la remplissent de leur tabac (— itu rif itabi) pour le conserver, ou pour le porter au marché. Le tabac est de bonne qualité et fort, mais il a mauvais aspect à cause de la manière imparfaite dont on l’arrange. (V. ,, Fumer’’, ^Priser”). — Les
Warundi attribuent au tabac une certaine force ou qualité spirituelle. Le mari souffte sur le corps de sa femme de la fumée de tabac (V. ,jMariage”). A quelqu’un qui tombe en pâmoison, on donne une prise. (V. , ^Médecine”). — On croit le tabac indigène en Afrique, et non importé de l’Amérique (comme le manioc). Or, il est curieux que les indigènes de l’Amérique, selon Romano Pane dans sa vie de Christophore Colombe, avaient des usages semblables à ceux des Warundi.
Ainsi, ils placèrent sur la tête de leurs idoles des plats, remplis avec la poudre enivrante cohoba, qu’on soufflait ensuite dans les deux narines de l’idole au moyen d’un roseau bifurqué, pour que les esprits l’inspirassent. Leurs prêtres, appelés pour guérir un malade, commencèrent par se mettre en communication avec les esprits en prisant la poudre cohoha, puis entrèrent en transe et parlèrent avec la mort Cemis (Kkemu égypt).
L’herbe (tabac), qui fournit cette poudre, était une herbe sainte, qui inspirait les voyants. — Les habitants de la Petite-Russie ont une singulière tradition sur l’origine du tabac, nommé „ l’herbe du diable” par les Raskolniks. Il y avait autrefois une sorcière payenne qui égarait les gens. Une
voix d’en haut ordonna de la mettre à mort. On l’enterra vivante. Son mari planta sur son tombeau une branche, qui en poussant se métamorphosa en plante de tabac.
Le peuple ramassa les feuilles, et apprit à les fumer. Tout en fumant, un beau jour, une terrible flamme sortit de cette fumée, et tous furent dévorés par ce feu. (Cfr. Gubernatis; La mythologie des ^plantes). — Certains peuples, comme nos Warundi, attribuent donc au tabac des vertus spéciales.
On sait, que dans plusieurs cultes nombre d’autres substances plus ou moins enivrantes et hallucinantes, ont été employées par leurs mages, leurs voyants, devins, etc., p. e. l’opium, le chanvre, le kavi, le homa, le soma, etc., etc. Tatouage.
Les Warundi ne sont pas tatoués, généralement parlant. Les spécimens ci-joints, dus au crayon du Lt H. Ponck, n’appartiennent pas à des Warundi proprement dits, mais à des Wanyaruanda et à des Watwa de la région du lac Kivu, ou tout au plus à des Warundi influencés par des peuples limitrophes. On rencontre, par exception, dans rUzige des personnes tatouées (= uruwugu, imbugu : kucya imbugu, urucyibwa)^ et dans ce cas ce sont presque toujours des femmes ou des filles, qui ont une ceinture de triangles dessinée autour du corps {Fig. mK iSS).
Tout indique, que l’usage de se tatouer ainsi, est importé par- et imité des Wavira et Wabembe d’au delà du lac. Ceux, ou celles, qui sont tatoués ainsi, sont affiliés aux sociétés religieuses des peuples nommés.
Les Watwa dans l’Uzige, et dans le reste de l’Urundi, ne sont pas tatoués, autant que je sache. Au centre du pays, on se fait, sur le haut du bras, de petites brûlures (= kwotsay Voici le procédé. On prend un tout petit morceau d’écorce d’arbre (= impuzu), on mouille l’endroit du bras où l’on veut brûler, et on applique le petit chiffon, lequel est allumé. Même les enfants se tatouent ainsi euxmêmes. Le nombre des points du dessin paraît arbitraire, mais les points sont toujours dans l’alignement. Les Watwa n’ont pas cette pratique. Nom de ces brûlures:
imanzi, ou: inindi, urushingo, inshingo (Fig. WK 10). Les incisions qu’on fait sur le front (Fig, n'K ^2i ) ont plutôt un but médicinal. — A l’article ^Frisure” la remarque a été faite déjà, que le tatouage est une écriture hiéroglyphique sui generis par laquelle, dans une langue mystérieuse, des dogmes et des symboles religieux sont burinés sur la peau même des dévots affiliés. C’est une marque, un caractère indélébile d’affiliation. Qui déchiffra cette écriture? Les Warundi disent, que le sens de ces bizarres figures leur échappe, que certains awafumu le connaissent, mais qu’ils en gardent le secret avec jalousie. On remarque dans ces dessins des triangles, des cercles, des ovales, des croix, des spirales ou serpentines, des zigzags, des volutes, des croissants, etc. ; bref les emblèmes
TATOUAGE
TATOUAGE
ordinaires des cultes infidèles. Il est bien avérée que chez les payens le tatouage est ordinairement une pratique religieuse. Moïse, dans le Lévitique, interdit les tatouages, parceque „les anciens gravaient déjà sur eux-mêmes le nom de leurs dieux” (cfr.
Isaïe XLIV : 5). Paris, poursuivi par Ménélaus, se réfugie dans un temple de Hercule, et s’empresse de se faire tatouer, étant ainsi inviolable. Les Thraces regardaient comme un intrus, chacun qui ne portait pas leurs tatouages. Les femmes y étaient soumises aussi. Les prisonniers grecs et romains, ainsi que les déserteurs, étaient marqués au fer rouge, ou tatoués. Les anciens guerriers bretons se peignaient en bleu. Les peuplades du Pont-Euxin passaient leurs loisirs à se couvrir le corps de piqûres, de signes, et de toute espèce d’images. En France les forçats étaient notés du T. F., et en Angleterre les soldats indisciplinés des lettres: B. G. On sait, que les matelots aiment encore à se faire tatouer. Si en Europe le tatouage est parfois simplement profane, ailleurs, surtout en Afrique et en Polynésie, il présente quelquefois un caractère totémique ou autre, mais la plupart du temps il est religieux (Réville). Le tatouage-„fétiche” (!) est particuhèrement en usage parmi les Nègres de la Guinée, du Bénin, du Dahomey, etc. Les Australiens pratiquent le tatouage par scarification. Le „moko'' de la Nouvelle-Zélande a la valeur d’une sorte de décoration militaire. Aux îles Marquises, le tatouage, qui envahit le corps tout entier ^ consiste en un assemblage de dessins symétriques, „ formant comme une magnifique cuirasse damasquinée”. —Aux îles Carolines, le chef qui procède à l’opération, invoque d’abord la divinité en faveur de celui qui va être tatoué. Le démon consent par un sifflement, prétendent-ils.
En Polynésie, selon Réville, pendant l’opération, le prêtre-opérateur et la famille entonnent des chants religieux. Les animaux qu’on dessine sur la peau, sont des signes totémiques ou des symboles de l’espritprotecteur (!) du tatoué {tiki). Celui-ci devient tabou =z dévoué à l’esprit (possédé). Chez les Abords, dit le P. Krick, le tatouage présente la forme d’une croix de Malte, parfaitement formée, de couleur noire ou bleue. Ces indigènes-là affirment, que c’est un signe divin. Les tatouages des îles Samoa, ainsi que des îles Sandwich, sont remarquables (cfr. Marquardt). Au Japon, il n’y a que les classes inférieures qui se tatouent. En Birmanie, le tatouage en noir est commun à tous; celui en rouge sert aux figures magiques. En Polynésie, et ailleurs, les missionnaires combattirent le tatouage, à cause des idées et des cérémonies payennes qui s’y associaient.
C’était le signe et le gage de l’appartenance à la divinité. Aussi un polynésien, parlant d’un homme converti de sa tribu, disait : „I1 ne se tatoue plus”. On pourrait continuer la ceuillette des exemples de tatouage à
travers le monde ancien et contemporain.
Jusqu’ici il manque une étude synthétique et d’ensemble du tatouage. Le sujet le mérite bien. Qu’on essaye surtout de déchiffrer cette écriture hiéroglyphique. (Cfr. de Brosses : Les dieux fétiches \ E. Verrier: Du tatouage en A frique\ Marquardt: Tatouages aux iles Samoa^ E. H. Man : Etudes sur les Mincopies ; J oest : Tàtouiren, Korperbemalen u. Narbenzeichen',, Nicolay: Croyancesj t. I. p. 53 — 58, etc.). M. Réville, prof, au collège de France, a bien raison de dire non seulement „que le tatouage est d’origine religieuse”, mais encore qu’il a été, et qu’il est encore, un mode de transmission, de tradition de la religion primitive et de ses symboles, mais qui sont bien dégradés chez les nations infidèles. On dirait, que les peuples étaient si jaloux de conserver et de transmettre intégralement leurs croyances, qu’au lieu de les consigner en écriture ordinaire et périssable, ils les gravaient dévotement dans leur propre chair. Ce qui frappe encore, c’est V universalité et V identité des signes tatoués chez des tribus tout à fait différentes quant à la langue, les usages ordinaires, etc., p. e. en Afrique chez les Oworo et les Basa, les Khoi-Khoi et San, les Tembu, Pondo, Zulu, Kafir, Ashanti, Fanti, etc. ; en Amérique chez les Pawnees et les Mandans, les Indiens Kiawa-Kaskaia, etc. C’est la même chose en Polynésie. Le totémisme, se donnant jour en animaux tatoués (serpent, etc.), n’est donc pas une simple „ déification des classes sociales”, mais une véritable zoolàtrie, c.-à.-d. une des formes, des faces de V infidélité générale. Malgré certaines apparences (hiéroglyphes d’Egypte, tatouage et totémisme très prononcé des Nègres tant Nigritiens que Bantu), l’Afrique, et encore moins son centre selon certains mythologues anglais, n’est pas le lieu d’origine ou le foyer de tous ces symboles; c’est évidemment l’Asie occidentale. Le tatouage est — et était — aussi répandu ailleurs qu’en Afrique. Ainsi, Hérodote en parlant des Pietés, mentionne leurs tatouages ,, représentant les formes des corps célestes et toute sorte de bêtes et d’oiseaux”. La grande Bretagne notamment, offrait le speci acle d’un totémisme effréné, qui, à lui seul, aurait pu inspirer (et former) la „ héraldique” des nations passées et futures! Le tatouage totémique n’est donc pas. exclusivement un signe de tribu, de caste, de famille. Il peut être cela aussi, mais alors encore il est un signe de ralliement religieux. Il n’est pas non plus un signe pur et simple de „matriarchat”, comme aux îles Fidji, où après la naissance du premier-né, la marque tatouée maternelle est inoculée sur le corps des parents ; car ici encore la raison en est toute autre. Le tatouage est une sorte dÜnitiationj d'affiliation, de baptême ou confirmation payenne, et lorsque l’époque de cette initiation coïncide avec celle de la puberté, il serait puéril de penser, que la cérémonie de tatouer alors n’est qu’une „ fête de puberté”.
TATOUAGE
TEMPLE
On appelle le tatouage parfois „une sorte de vêtement pour le corps humain indiquant les signes de la puberté”. Parce que cette époque d’initiation coïncide encore avec le temps, que les jeunes gens commencent à se vêtir^ ce n’est qu’occasionnel. — Le tatouage est un ^dévouement” à un esprit quelconque. En Australie les incisions tatouées se nomment manha. Le Maori manaeka, ainsi que l’égyptien menkha, donnent l’idée de vêtement, paraît-il. Ce mot;, avec le sens de vêtement^ a trompé bien de mythologues^, qui ont pensé tout de suite au vêtement ordinaire. Tous les l^ègres emploient le terme: vêtir (= jjkuvaa^% ^^kuvaUC^ kwamhara, etc.), lorsqu’il s’agit de mettre un ornement, surtout un ornement symbolique, p. e. un bracelet, un anneau, une ceinture, un diadème, etc. Le même terme est usité encore pour le tatouage, les frisures, etc.
Nous autres parlons de: ,jinduere novvm hominem . . . . ., exuere veterem hondnenê\ Les infidèles en s’initiant, en endossant ces emblèmes, font la même chose, avec la radicale différence, qu’ils se consacrent davantage aux diri. Les mots manka, menkha confirment tout cela. La racine nk (nga) indique, qu’il faut sousentendre ici des gentium'' (V.
j^Esprif\ j^Dieu"). Or, ce n’est par la première fois, que l’esprit et son symbole se confondent et portent les mêmes noms. Le toupet de cheveux que les Maori portent sur le devant de la tête se nomme: ngou-ngou, et celui du sommet: ngoi, (V. JJ Frisure"^). De même en Egypte, la première ankh-iou&e coïncidait avec l’initiation. C’est encore la racine ng, nk! Parmi les Nègres, et lesWarundi en particulier, le port de bracelets, colliers, anneaux indique l’initiation. A l’âge de 8 à 10 ans on s’en revêt. Or, cet anneau, ce bracelet, s’appelle en kirundi: umuringa, ou : umurindaj en kasands : belingu ; en orungu alongOj ou: longa'j en basunde : nlunga'j en mimbona: nlünga, ou: nlungOj en kabenda:
lunga'j en nso: lingben \ en lubalo: lenke^ ou: wuanga'j en baseke: longa'j en nyombe:
nlunga ; en n’goalu : wanka ; en kisaina :
wuanka'j en pangela: owanga'j en songo:
nganga. On peut y ajouter l’égyptien: renka (= initiation), et peut-être l’européen : renk^ ring (chinois: ling). Les mots hindous: langi et Jangiam {= union) s’y rapportent encore peut-être. Il faut avouer, que cette persistance de la racine : ng, nk, qui partout en Afrique entre dans la. composition des noms propres des dieux, et qui ici est appliquée à l’emblème matériel et au rite d’initiation ou d’affiliation, est remarquable. Enfin, chez les Cafres la peau (tambour), qui sert à faire de la musique à l’occasion de l’initiation, sq nomme: nggongo (ingoma)j et la danse mimique et obscène qui l’accompagne: nggungga.
Les Maori ont pour la même danse rituelle le même mot : ngangahu. Dans les mots kirundi, désignant le tatouage: im6ugu, mmnzi, imndi, on trouve les racines caractéristiques
mentionnées plusieurs fois déjà (wag, wuk, nz, ndaj. Bref, il faut être bien naïf, pour ne voir dans ces tatouages et autres signes d’initiation, ^it’une marque de puberté, ou dans ces danses simplement des fêtes de puberté. Un tel symbolisme naturaliste est absurde, et démenti par les faits, ainsi que par la croyance générale des peuples.
Temple.
Les Warundi n’ont pas des /es proprement dits, selon nos idées; surtout si l’on entend sous ce mot une enceinte couverte.
Ils en ont l’équivalent. De la prétendue absence de temples chez les Nègres en général, on a voulu conclure à l’absence de religion ou de culte praeternaturel chez eux. C’est inepte. Quoiqu’il n’y ait pas eu toujours, et qu’il n’y ait pas encore partout, de temple officiel (pas plus que des mairies !)j garni de guirlandes, de tentures, de dais et d’estrades, de dorures, de fleurs et de chants, le temple, considéré comme lieu d’adoration, de prières, de sacrifices, de consultation, etc., a toujours existé partout chez tous les peuples, et se retrouve partout. C’est sur la terre nue, ou sur une motte de gazon, que les mages de la Perse disposaient leurs sacrifices; c’est sur les ondes mobiles qu’y procédaient les prêtresses cimmériennes- du Danemark. Les modestes laraires et les sacraires payens qui recevaient en secret les offrandes, destinées aux dieux domestiques; les vulgaires scrobicules, simples trous à libation creusés dans le sol; les rochers naturels ou pierres brutes mais ointes et tenant lieu d’autel, dans les races sémitiques surtout ; ou encore la nappe consacré e (l’antimense), que les prêtres grecs portaient dans les plis de leurs vêtements: tout cela, et bien d’autre chose, tenait lieu de temple et d’autel (Nicolaij T, 54). — Montfaucon dit, que le mot temple est dérivé du verbe templare, contemplari = contempler. En effet.
Moïse avait com temple sur la montagne le modèle cosmique, qui lui était montré par Jéhovah. L’augure payen, appelé à prononcer sur l’emplacement du temple, regay'dait longtemps le ciel, avant d’indiquer, ^au moyen de son litiius ou baguette divinatoire (lance sacrée du Kiranga^ V, infra)j la volonté des dieux. — Le temple-autel est aussi ancien que le genre humain. Dom Calmet nie sans raison suffisante le temple antédiluvien. Cette opinion est soutenable peut-être, si l’on désire à tout prix, pour avoir un temple, une enceinte couverte, un bâtiment. Le Chev. Gougenot de Mousseaux dit „que les hauts lieux (jjexcelsa') itaba) et les bois (arbres, chêne des Druides, jjarbores sacrivi’% umumanda) furent les premiers temples, où les hommes élevèrent les premiers autels, pierre (Bethel, etc.) ou gazon.” Puisque „jamais le monde ne fut sans culte constitué”, le temple-autel antédiluvien doit avoir existé. L’Ecriture mentionne le sacrifice de Caïn et d’Abel au début de l’humanité. On admet générale-
TEMPLE
TEMPLE
ment, que les Sethites sous Enos avaient un culte public et régulier, ce qui n’empêche pas, que le culte privé et familial ne fut la ré^/c, même après le déluge. Sans tenir un trop grand compte de la tradition juive, qui attribue à Kénan fils d’Enos la construction d’une ville immense (les Caïnites édifiant leur première Hénochie), entourée de murailles, sur une montagne d’une des îles de l’Inde, on se demande comment un tel culte public pouvait se passer d’au+els et de temples. — La religion étant révélée, il est tout naturel, que partout et toujours l’histoire, sainte et profane, nous parle de templesautels révélés, c.-à.-d. érigés sur l’ordre manifesté soit du vrai Dieu, soit des esprits immondes. Il suffit de nommer les grandes figures de Noé, Abraham, Melchisédech, Jacob, Moïse, Josué, etc. L’arche d’alliance, et plustard le temple, furent construits d’après les indications positives reçues d’en haut. — Le rudiment du temple-autel, réduit à sa plus simple expression, fut toujours (et est encore) la pierre-Bethel = maison de dieu (Bethyles). Conjointement à elle (la pierre), ce fut l’arbre sacré, principalement le chêne (arbores sacrivi, V. ^Sycomore'*). On pense ici au chêne de Mambre d’ Abraham, et à la pierre {= Betheï) érigée en autel-temple par Jacob à Bethel. — On a écrit des livres tout entiers sur le culte de la pierre et des arbres (bois sacrés) chez les différents peuples anciens et modernes. Le thème n’est pas épuisé. En effet, le globe est couvert de monuments en pierres anté-et post-diluviens, de toute forme et de dimensions souvent colossales (monuments cyclopéens). On les rencontre sous toutes les latitudes. Les voyageurs modernes les signalent dans toutes les îles océaniennes. Après avoir remarqué, qu’à Tonga, Tahiti et dans les autres îles polynéséennes, les sépulcres sont en même temps des temples, Mahler (Archiv intern. d'Ethnogr. T. XI, suppl. p. 57 — 59) dit: „ Dans beaucoup d’îles les sépulcres se présentent sous forme de pyramides en pierre. Souvent une pierre grossièrement taillée, ou un poteau en bois.
indique la tombe”. Parkinson remarquait des colonnes coniques en pierre à Ongtong (Java); Wilkes de semblables à Tutuila; Ellis à Hawaï; Williams à Vitilevu; Codrigton dans plusieurs îles mélanésiennes. Tuitokelau, le dieu national des habitants de l’archipel Tokélau, habitait dans un bloc de pierre, entourée d’une haie sacrée. Forster compare les pierres de Tahiti aux colonnes totémiques du nord-ouest de l’Amérique. Seemann y a remarqué la représentation des „ principes générateurs”, et les compare justement aux figures phalliques des temples indiens, romains, etc. — Les cavernes pierreuses, découvertes sous toutes les latitudes, sont encore à envisager sous le même point de vue. — Tout le monde connaît les étranges et stupéfiants monuments de l’ancien Mexique (Aztèques, Inka). Ses téocalli, à la forme
pyramidale, étaient les maisons-temples du soleil. Il faut y assimuler les Nur-hag de la Sardaigne (nur-gal veut dire = monceau de pierres du feu, nur-hagim = feux ardents, Galgala), les alesch-cala des Perses, les talatot des îles Baléares, les tours rondes en pierres de l’Irlande, les des Grecs. Les „ame
Baalim‘*\ les chamamim (Kham = homme du feu, Hammon — dieu du feu), les hamamim (harnm = feu, chaleur, Imana), les bamoth (fana), etc., de l’Ecriture S^^, contre lesquels tonnaient les prophètes, doivent être rangés dans la même catégorie de templesautels (pierres, bois). Confer II Par. XXXIV : 4; Lévit. XXVI : 30, Si; puis les livres des Rois. — Tout le monde convient maintenant, que de la simple pierre Beth~el, orthodoxe d’abord, mais devenue de bonne heure Beth~ aven, sont nés la cippa, le menhir, le dolmen, puis la colonne, V obélisque, la pyramide, etc. Il importe peu, que ces pierres ou ces monolithes, fussent des momments isolés (menhirs) ou rangés en groupe (cromlechs), formant une enceinte ronde ou ovale, et décrivant parfois des replis serpentaires énormes. Il y a peu de pays où ne se voient pas de ces monuments des âges passées. La petite île de Malte a son célèbre temple de Krendi et celui d^Esmun (Esculape), et l’île voisine Gozzo l’étrange Gigantea. Ces dracontia atteignent parfois des proportions énormes.
Parmi les plus célèbres comptent ceux de Stone-Henge et de Carnac (Morbihan). Les anciens les attribuent aux géants, et les nomment chior-gaur (cor = danse, gaur = géants), c.-à.-d. le ballet des géants ! Certains de ces mégalithes atteignent une hauteur de 40 pieds et pèsent 500,000 K. G.! — Les monuments égyptiens (obélisques, etc.) sont connus. Dans le reste de l’Afrique ces singulières pierres ne font pas defaut. Richardson et Barth étaient bien étonnés de les retrouver dans le Sahara. Dans l’Afrique australe on montre les ruines de Zimbabye. Une exploration plus minutieuse de l’Afrique en découvrira bien d’autres. Dans l’Est-Afrique allemand, on rencontre souvent des blocs de pierres (granitiques), tellement singuliers, qu’on se demande si la main de l’homme n’a pas passé par là. — Chez les Nègres de cette région de l’Afrique, on remarque un peu partout des traces du culte de la pierre. Certains monolithes sont hantés ou habités par les mizimu, disent les Nègres. Souvent on choisit une plate-bande granitique pour offrir des sacrifices. Le long des routes, dans les forêts même, on remarque des monceaux de pierres, des „tumuli”, dédiés aux mêmes mizimu.
Chaque passant y ajoute une pierre et sacrifie ainsi. Dans le royaume de Msalala.(ünyamwezi) à Itobo, résidence de Msekera, il y a une pierre sacrée, dit-on, sur laquelle les rois de ce pays sont placés pendant leur sacre. Ceci rappelle la pierre liafail de Westminster qui, selon Cambry, ne parlait jamais que pour désigner le roi (d’Ecosse) qu’il fallait
TEMPIÆ
TEMPLE
choisir. Une légende qui a cours dans l’Uzige, porte, que dans le „ Hinterland” de kwa Eumonge il y a un rocher d’où sortent les rois de rUrundi. A la mort du roi, ce rocher se fend, pour laisser sortir le nouveau roi ou son esprit! — Après ces préliminaires un peu longs, voyons ce qu’on possède en Urundi en fait de temples-autels. La première chose qui se présente dans ce genre, c’est le ikitabo. (Fig. w*. F21). Ce mot vient probablement du verbe kutaba — offrir, sacrifier. Certains sommets de monts (j^excelsa'*) se nomment aussa itaha, k'iF itaba. Ce sont des lieux de sacrifice auprès des bosquets miana. Les Watwa, qui érigent aussi des ivitabo, les nomment: ikiseserwaj ou : ikiseswa, du verbe : kusezera = étendre de la paille comme on fait pour un lit. Comme on le verra dans la suite, Vikitabo est en même temps: temple, autel et lit (lectum stratum). Il y a peu de ingo (cours, enceintes) où Vikitabo manque. C’est donc avant tout un autel familial^ privé. Il y en a de publiques. On peut considérer comme tel celui qu’on érige à l’endroit où la foudre est tombée (V. ce mot). On le nomme ikitabo cy' imvura, kusenga ikitabo. Eien de plus primitif qu’un tel temple- autel, et il ressemble assez au gazon des mages de la Perse. Il se compose donc d’un rond, d’un cercle tracé sur le sol, d’un diamètre de 2 à 3 M. Au milieu est planté un umumanda (arbre ficus) ou: ikitwe (litt. tête, caput, faîte) comme disent les Watwa. On borde ce cercle (au moins dans l’Uzige) en y plantant des tiges de manioc, ou des branches du même arbre.
Sur ce rond on étend bien proprement de l’herbe fine et blanche (kusezera ishinge), absolument comme on dresse un lit. Cet ikitabo est le véritable temple-autel de l’esprit Imana-Bikiranga-Ryangombe, et non des mânes — imizimu comme tels. Les Watwa le considèrent comme l’habitat de Ryangombe ; cet esprit est cru par eux y résider. Pendant la cérémonie de la lance (V. „Ei^e”), on va s’y reposer. Les malades vont s’y asseoir, s’y reposer; y dormir même pour trouver la guérison (= ivicyare mu "mana, wakire : kuhezagirwa), absolument comme les malades de l’antiquité allèrent dormir dans les temples d’Esculape, afin de guérir. Ceci rappelle encore la couche de la prêtresse sur le haut des pyramides (bamoth), on sait dans quel but. La vestale était également enfermée dans le temple de Vesta pour y dormir.
Julien affirme „qu’on dormait sur 1-a cime des obélisques (renversés) pour obtenir des songes.” A ce propos Zoéga remarque, qu’on n’adorait jamais que la faite, absolument comme l’intention de nos Warundi va à la cime de V umumanda. — Dans la bonne lignée on peut voir quelque chose de semblable dans la veillée d'armes, passée dans l’eglise, par nos chevaliers du moyen-âge. — Assez souvent les moribonds sont portés dehors et placés sur le ikitabo, pour qu’on récite sur eux les ^prières (les mots) de Vikitabo".
Dans ces ^prières” on formule simplement les soupçons qu’on a sur la cause ou l’auteur de la maladie dont souffre le malade, et dont il va mourir. On soupçonne un larve malfaisant, un cynocéphale quelconque, qui par l’entremise d’un goète, ou directement, a causé ce mal. Les dieux-mânes et les esprits supérieurs (Imana, Ryangombe) sont ici manifestement confondus. Voici trois de ces formules: 1®. Nyuko yoba (= inkeka) umuzimu wa se ukamukoreza (kukoreza — kuzana indwara), c.-à.-d. peut-être est-ce l’esprit (larve) de son père qui lui occasionne cette maladie. — 2®. Nyuko yoba umuryango w" iwawo womuvuïna (kuvuma = imprécation, kumwandukirâ ~ kuwona indwara), c.-à.-d. peut-être est-ce la famille d’eux (l’esprit ancestral) qui se venge sur lui. — 3®. Aw' iwawo wamuwarira :
ntiyoshika hai^ya akafiraho, c -à.-d. les leurs lui disent: il n’arrivera pas là, il (y) meurt (mourra). Le sens de cette dernière formule ne m’est pas bien clair. — L’érection d’un tel temple-autel est accompagnée de certains rites. Comme pour toute chose importante, on commence par la céremv>nie de la lance. Vers la fin de cette messe païenne, on sort de la case, et le kiranga = hiérophante plante solennellement un jeune arbre ficus, au milieu du rond tracé d’avance (= kutera umumanda). On voit que ce végétal est de l’essence même de Vikitabo — templeautel. (V. jjRite", „ Sycomore"). — A part le ikitabo, les Warundi ont encore des* huttes ou chapelles votives, dédiées plus spécialement aux imidzimu, ou: mânes proprement dits. Les Warundi les appellent ivigabiro, du verbe : kugabira = donner, faire un cadeau, une offrande, sacrifier; donc littéralement: l’endroit où l’on sacrifie aux mânes.
Les Watwa, qui ont peu de ces huttes votives, les nomment: iviwiva, ou: ikikasoro. Le sens de ces mots m’échappe, à moins que ce soit :
ivivumusorye ~ espèce de bois ou d’arbre, employé de préférence dans la construction de ces petites huttes. Un tel ikigabiro (Fig, n'K 130), a la forme d’une case ordinaire en style kirundi, mais à dimensions minuscules.
Le diamètre varie de 1 M. à 0.50 c.M. Un peu de paille et quelques branches suffisent pour la construction (kuwakka ikigabiro). On les construit assez négligemment. Chose assez curieuse, on y fait (au moins dans l’Uzige).
deux portes minuscules. Dans l’intérieur du pays on y remarque une porte seulement.
Dans un tel ikigabiro on dépose comme meubles: un morceau de bois imanga, ou:
umuziranyenzi, ivinyegenyege(f) = bois sacré, servant d'ikiheko (amulette). Dans l’Uzige (et ailleurs?), on y dépose en plus: un pot ou vase rituel (intango) à deux ouvertures, et une pipe rituelle à deux têtes (inkoni y' itabi, ou: inyungu y' ukuterekera, Fig. n<>. 128,129). Dans l’intérieur du pays, on y dépose ordinairement une calebasse, et un pot à un trou. — Cet ikigabiro est le vrai lararium de nos Warundi. C’est la chapelle-autel de leurs
TEMPLE