ARBRES ARBRES
l’histoire de la chute (introduction de la mort dans le monde). Le premier homme et la première femme avaient défense de s’approcher d’un certain arbre dans lequel un mauvais (bon-nel~ya) habitait. La femme s’y approche ! De là la mort comme dans la Génèse. — Dans le paradis des Polynésiens pousse un arbre à pain tabu (défendu) ensemble avec un pommier sacré. — Dans les vieux temps les prêtres de Hawaii considérèrent le ^trouble” actuel dans l’homme et la mort comme la conséquence d’un fruit tabu {mwikOj umwiziro). Le premier couple (Kumu-honiia et Lalo-honua) est représenté dans leurs vieux chants comme mangeant du fruit, enfreignant ainsi la loi, et emmenant la mort sur eux et leur descendance. — La divinité Heitsi^Eibib des Hottentots dit à son fils (Urisip) de ne pas manger du fruit de certaine vigne de la vallée. Dr. Hahn trouve dans le nom même de cette divinité l’idée d’arbre (ifeitsi, ou heü, tmut^utsi?). La déesse s’identifie elle-même avec l’arbre (son esprit) en disant; „Je l’infecterai.” C’est l’esprit mauvais Moopela (mpela), ou du Moopela, qui tente le fils à manger le fruit de mort (Cfr. Dr. Hahn: T.nmi’Goam] Bleek:
Hottentot Fables). — L’arbre est censé rendre clair-voyant. Les mages perses étaient des hommes sages, des voyants. — La vertu toxicante de l’arbre est relevée. Selon Plutarque, les prêtres-rois avant Psammeticus, ne buvaient pas du vin (vigne), en souvenir de la chute. Les géants sont dits tombés à cause de l’usage du vin (considéré comme le sang de l’arbre de vie). Les prêtres des Devs (les kavi) de l’Inde boivent le soma. Mais ce sont des goètes. En ég. kefi ou kepi signifie; mystère de fermentation, d’illumination. Kep ou Sep c’est Tryphon et Siva.
L’arbre de science est connu en Egypte sous le nom de ka\ {iimuW) ou de kenX {ntu, wî7um^M) = figuier, emblème de fertilité, d’abondance. C’est le wall. gwydd, ou l’hébreu getz = l’arbre de l’Eden. L’élément t (tsi) se rencontre dans les mots: kedsi (nso), ketsi (n’ki), kodsi (kore), odsi (opanda, egbira, yala), ekedsi (boritsu), heitsi (bottent.), yetse (baseke), etze (param), itsi (okam), keti (mfut), musito (rotse), muæi (angola). Tous ces mots signifient; arbre.
Le culte des arbres fut, un peu partout, accompagné d’horreurs, flétries justement par les prophètes (Isaïe, LXVI : 17 : LVII ; 5 ; Jérém ., III : 6; Jos. IV : 13; Zach. IX : 7). Lorsque les Pères (o. a. Clém. d’Alex , Théodorétus, Arnobius) décrient les Eleusiens comme adorateurs du yoni, ce n’était pas là (à Eleusis) un foyer unique d’abominations. La hideuse Sekhet d’Eg. a toujours ses dévots sakteyas aux Indes, adorant la même chose sous des emblèmes soi-disant sacrés (arbre-pierrepilier-mont). Ce sont là des réminiscences et des imitations, plus ou moins voilées, du crime de l’Eden. — Ces emblèmes mentionnés s’entre-changent pour marquer la même idée
d’origine, de lieu de naissance. La Venus Paphienne était typefiée par un pilier conique en pierre, semblable à la pyramide d’Isis-Sothis. — Un pilier ou pierre conique, nommé Lovekaveka, était dédié à la déesse Pidjienne du même nom. La pierre était garnie d’un liku ou ceinture (Cfr. Lubbock: Origin of Civilis.j p. ^2^8, fig. 20). — Selon Laifiteau, les Natchèz de Louisiana adorèrent également une pierre conique. — Cybèle, la grande mère des dieux, possédait la fameuse pierre noire aérolithe de Pessinunte, dont Attalus de Phrygie fit cadeau aux Romains, ce qui fut un vrai événement (Cfr. Titus Liv. : Hist. Rom. XXIX : ii \ Arn. Adv. gentes). — L’arbre, le pilier (pierre), et même la croix, étaient tous les trois combinés dans Vasherah assyrienne. Les hiéroglyphes hittites en présentent une forme moins équivoque encore. — Dans un mythe grec, décrit par Pausanias, l’arbre, la hauteur (mont) et la corne, sont confondus. Le jardin de Aiovyaoç contient une sorte de mont Meru, qui ressemble à une corne, qui se nomme la corne hespérienne, et qui produit des pommes d’or et d’autres fruits délicieux de l’arbre de vie. Celui-ci était confondu avec le sommet ou le mont du monde, selon les traditions orientales. Selon Ibn-Ezza, pardes est un jardin, où une espèce d’arbre était plantée. C’était le blanc arbre hom selon les Iraniens, ou le jambu-acrhre à pommes roses, ou encore l’arbre-Zcam/ de l’Egypte. Celui-ci se trouvait dans le pôle de Perseus (annu). Le gôkard-*àxhre de la Bundahish (hom blanc) est un arbre guérisseur (remède umuti — bois). — L’arbre de vie est représenté sur les monuments de Niniveh avec les deu.r eaux découlant de lui. — Les insulaires de la Mer du Sud parlent d’un arbre kanayûki, grand comme Je sycomore, et d’une plante teve (ég- teve ou tef = papyrus ou roseau), — Les Bantu du Sud (Cafres) disent, qu’ils descendent du roseau. Cette croyance est tellement populaire parmi les Basuto (selon Casalis), qu’ils mettent un roseau sur leur hutte, lorsqu’un enfant vient de naître. — Les Indiens de l’Amérique du Nord conservent la tradition d’un arbre (ou vigne), qui leur a servi pour passer les eaux ; car ils se croyent originaires de l’ Atlantis submergée. — Les Chinois vénèrent deux arbres-types : un du ciel et l’autre de la terre. Leurs branches représentent les douze signes du zodiaque. — Les Indiens Lenni Lenape, qui ont douze grands Manitu, érigent douze arbres, ou potaux, en cercle au milieu de leur salle de conseil. Les pieux sont réunis en haut par leurs sommets. Dans cette maison à douze pieux, on roule douze pierres chaudes dédiées aux douze esprits, dont quatre sont les genii des quatre cornes du ciel (Cfr.
Loskiel: Ind. of N. Am. I, p. 42). — L’inscription de Nabonidus, roi de Babylone, est trouvée sur quatre cylinders en terra cotta aux quatre angles du temple de la lune, à
ARBRES
ARBRES
Mugheir^, le ,^Ur Chaldaeomm” (?), et qui est nommé le temple „du grand arbre’’. — L’arbre pippala est planté dans les districts hindous^ comme l’arbre sacré du village {chaitya-taru), ou l’arbre de l’enclos (sorte d’arbre de Mai). — Lorsque les Khonds fondent un nouveau village, ils plantent d’abord l’arbre à coton sacré comme indice centrale. Sous cet arbre est placée la pierre de la divinité, l’image de la montagne.
L'umumcmda sacré des Warundi forme également le centre de l’enclos (urugo).
Les arbres, comme indices des frontières {dii fermmi), sont en usage partout, même parmi les Nègres. Ces arbres en particulier reçoivent souvent un culte (Y. „ Guerre’’). Ils étaient fréquents en Angleterre. Les vieilles chartes en mentionnent souvent. Le grand chêne Shire se trouvait à l’endroit de l’assemblée des trois comtés d’York, de Nottingham et de Derby. — Quelques uns étaient nommés arbres de Freya (Frigedaeges-Tréow).
On les marquait de croix.
La colline, ou le monticule, et l’arbre étaient fréquemment le siège, ou l’endroit, où se rendaient les jugements. On connaît le chêne populaire de Vincennes de St. Louis. En Angleterre on rendait également des jugements sous un arbre, et bienavant en Egypte. Sur une tablette, il est question d’un certain Tahtmes, un fonctionnaire de Memphis sous la dix-huitième dynastie, et d’un jugement rendu sous les arbres de vie.
L’arbre du ciel (en Eg.) était au centre d’un ^ercle comme le pin d’Eridu, et comme le nmumanda de Vikitabo (temple-autel) dans l’ürundi. Le chêne près de Weedon en Warwickshire, était censé occuper juste le rentre de l’Angleterre.
Comme les Chinois, les Egyptiens avaient deux arbres sacrés; il en est question dans le rituel („sous les deux sycomores du ciel et de la terre”). — Lê’tre suprême des Hindu (Skambha) est représenté par ttn arbre, dont les branches figurent les autres dieux.
Ce Skambha (arbre bifurqué) peut être assimulé au skhen ég., i. e. une sorte de fourche (kir.: m/cingi), qui figure avec ses deux bras le dieu humanisé Shu. Ce Skhen ou skhem se retrouve dans le zikum accadéen. Skhem est le sycomore de Hathor. Le skhen (fourche) et le skhem ont tous les deux la forme d’une sorte de croix. — Les Mangaiens ont également un double arbre ; l’un (mauke) est planté à l’est, l’autre (atiu) à l’ouest. Dans leur mythologie, on parle aussi d’un trou (abîme) nommé anaoa] c’est peut-être la vallée annw des Egyptiens, le han-mum des Chinois, le hinnom des Hébreux. Ces deux arbres sont le dédoublement de Tane^ qui chez les Polynésiens et les Maori répond à Shambha.
Le symbolisme des chiffres n’est pas étranger à ce fameux arbre-type chez les différents peuples. Ainsi, l’arbre un^ tout seul, marque la mère primordiale, la vie.
L’arbre d\iaJisle, bifurqué, signifie les deux
principes (ciel et terre). L’arbre triple (trident) est l’emblème d’une espèce de triade paienne. Quadruple^ il désigne les quatre quartiers, les quatre points cardinaux, les quatre faces du mont Meru, etc, C’est l’arbre tat de Ptah, l’arbre à quatre branches montré à Z oroastre {Zarathustra), compilateur du Zend-Avesta.
L’arbre septuple (à sept branches) est le symbole des septs grands esprits (Cabirés), des sept grandes planètes, ou encore des sept constellations, des sept cieux, etc. La vigne à sept branches se remarque parmi les constellations d’une planisphère égyptienne, avec ses racines tournées vers le Sud et le sommet vers le Nord. L’arbre à sept branches, accompagné du serpent et du premier couple humain, se trouve sur un cylindre babylonien (Lajard: Culte de Mithra^ pl. fd, fig. 4). Le nombre sept est aussi un facteur fondamental dans l’arbre asherah assyrien.
Une curieuse légende indienne veut, que l’arbre sacré asivatha soit touché seulement un dimanche, ou un samedi = septième jour ; car ce jour porte bonheur, comme se rapportant à la naissance de Lakshmi déesse de la bonne fortune! Hept (ég.) est le nom pour le nombre sept; il signifie: bonne fortune. Dans les écritures perses l’arbre de la heptanomisj ou ciel primordial à sept divisions, est figuré par sept branches. ~ L’arbre à neuf branches figure sur les pierres écossaises, avec deux figures humaines, au-dessous, portées par deux serpents. Un semblable arbre à neuf branches a été découvert sur un monument de Singanfu. Dans un temple de Birma on a trouvé un Budha en bronze, représenté sous un arbre à trois branches, qui se subdivisent en trois, et forment ainsi neuf branches. Selon les légendes indiennes Gautama Budha était réincarné sous l’arbre dans la neuvième incarnation de wishnu ! — L’arbre à douze branches figure les douze signes du zodiaque, les douze mois, les douze patriarches, etc. — Enfin, il y a l’arbre à 72 branches des cabalistes, dont traite le P. Kircher s. j. (1602 — 1680). — Puisque, selon Zoéga (De Obil.)^ on n’adorait jamais que le faite (sommet) des arbres, piliers, pyramides, obélisques, etc., cette particularité n’était pas exclusive à l’Egypte, la Syrie, ou la Grèce. Ainsi, les Guarani (Amér. du Sud) espèrent bien se rencontrer un jour au sommet de leur arbre du ciel avec Tamoi, qui paraît être leur Adam {Atum^ Tum). — Les Algonkins, de leur côté, ont un arbre de mort, mais qui, comme un tronc ou un bloc de bois branlant, est jété sur l’abîme, pour leur permettre de passer ce même abîme. — Les traditions mexicaines racontent, que Montezuma (1390 — 1464), ou un ancêtre de lui(?), planta un arbre à l’énvers à Pecos, en enjoignant à son peuple de le garder, et d’entretenir le feu sacré auprès de lui, jusqu’à ce qu’il tomberait de vétusté. Alors il retournerait avec une race blanche (Quatzalcoatl, Mwezi I) pour détruire tous leurs ennemis.
ARBRES
HISTOIRE
L’arbre de vie est tel à cause de Vkuile qui en découle^ d’après les croyances de plusieurs peuples^ e. a. des Egyptiens.
Cet arbre était encore l’emblème d’une renaissance, symbolisée par l’oiseau phoenix. Pour cette cause cet oiseau se trouve représenté parfois sur le sommet de l’arbre de vie. La perche où reposait l’oiseau perse se nommait: simurgh roc, sinamrUj kamrosy saêna, sin. Cette perche (arbre) était le Aorn-arbuste, contenant tous les grains de vie et d’immortalité (imbuto zosé).
Arrêtons ici la série de ces sparsa, se rapportant au culte du bois ou de l’arbre, ainsi qu’à celui des hauteurs et de la pierre. On voit, que l’idée d’un arbre de mort et de salut a tourmenté les peuples passés, et occupe encore les infidèles jusqu’à nos j mrs. Il faudrait être aveugle, pour ne pas voir dans cette uniformité et cette universalité des jjAnklânge” avec nos vérités historiques et dogmatiques, e. a. les deux arbres du Paradis, la chute, le salut enfin venu par l’arbre de la Croix. (Cfr. Andrian: Der Hôhencultus asiatischer u. afrikanischer Vôlker, Wien 1891; Manhardt: Baumcultus, etc.).
Histoire (suite).
Les Egyptiens ayant eu des relations incontestables avec les Nègres, tant Ban tu que Nigritiens, de l’ouest et du sud, on se demande s’ils ont connu positivement les pays où se trouvent les sources réelles du Nil, c.-à-d. l’Urundi et le Ruanda. Quoique les preuves péremptoires, p. e. des textes ou des monuments écrits, manquent, il faut l’avouer, on peut l’admettre à priori sans mériter de reproche. Dans l’absence de preuves rigoureuses, il est certes permis d’en apporter d’autres, qui sont du moins d’une probabilité sérieuse. Les preuves (?) tirées du domaine philologique, ne sont guère goûtées, je le sais, par certaines écoles. C’est à tort, je crois, et l’avenir montrera de plus en plus, qu’elles ne sont pas à dédaigner; surtout si elles se combinent avec des preuves anthropologiques, ethnologiques, et surtout historiques. — Aux mots ^.Administration'', j^Dynastie" , ,jHistoire" , y^Royaaté" , on a donné déjà quelques aperçus sur le passé problématique du pays de l’Urundi, et celui du Ruanda. Dans ce qui va suivre, on apportera encore quelques sparsa qui, sans être des preuves, seront au moins des curiosa, et peuvent peut-être jeter une certaine lueur dans le passé insondable de cette intéressante tribu africaine, qui habite autour des sources du Nil {caput NUI).
Flavius Josephus {Antiq. Jtid. ï. I, c. ^), parle de stèles qu’il attribue à Seth. Platon dans son Timaeus mentionne également des colonnes anté-diluviennes en Syrie. Stobaeus (V siècle), parmi les „ fragments de Hermès”, en parle encore. On est convenu de les placer en Syrie, pays qui se nomme Karua, en ég.
Seulement, il y avait deux Karua, Tun du Nord (Syrie), l’autre du Sud et celui-ci s’iden-
tifiait avec la contrée kushite ou éthiopienne. L’égyptien Taht (Sut) de Manethon peut être le Seth de Josephus; car ce Taht précisément figure, chez lui, comme le scribe des dieux. Le fait est, que les Karua-niens figurent sur les monuments comme un peuple noir. Ces peuples de Karua sont placés aux environs des „ trois vases d’eau”, trois réservoirs = lacs = sources du Nil. Rua signifie en ég., paraît-il, précisément lac, ou source, et Ruanta voudrait dire: montagne, sortie, gorge (vallée) d’une rivière. Or, cet élément se trouve, d’une monière frappante, dans le nom du Husinda, et même dans celui de rUruwdi. L’élément ru (uru) se rapporte, en bantu, à lac, rivière, eau. En ég. aùr pu ara {Akanyaru !) signifie: rivière. Le nom „Nil" en est dérivé (nairu), puisque les Egyptiens, n’ont pas de lettre I, pas plus que les Warundi. Quant à l’élément ndi, nda, il a été signalé plusieurs fois déjà, et on a essayé de le combinér avec les mots: WahinàsL, Hindu, Smdhu, umuf\u, miu, umuntu (= hommes), etc. Il est assez curieux, que le signe hiéroglyphique des trois vases de l’inondation (sources du Nil) a été lu: Sheni ou Kheni(V. Birch. : Diction., p. 548), mot qui signifie aussi : le vrai pays de Knsh, la vraie Ethiopie africaine (khent?). Le karua (= lac) ég. se rapproche de: kharr (= rivière, bengal.), corr (irland.), goor (— eau salée, erroob), kaling (wiradurei), garra (— rivière, ho), gur (= eau coulante, accad.), goro (— riv., chepang), goila (= eau fraîche, redscar), ghurr (= ruisseau, arab.), kharr (—riv., uraon), gouer (= ruisseau, corn.), coora (juri), kell (= source, angl.).
Khent était le nom d’une partie inconnue (!) de l’Egypte; mais on dé.signait par ce mot vaguement le Sud, le chemin de l’inondation annuelle, celui des sources, etc. Horus est nommé le „ Seigneur de Khent". Dans les Annales de Ramsès III, le roi dit dans une adresse à Ammon (Irnana): „Je te bâtis une grande maison dans le pays de Khent". L’expression „ Prince de l’Ethiopie” constituait un des titres de Repa (Ra), Shu était roi d’Ethiopie {Kùsh) et seigneur de Nubie. Seb, son fils, est le véritable Repa (prince) des dieux. Il est originaire de l’Ethiopie, et en vient comme un sauveur. Ailleurs on parle d’un prince „ gouverneur de kush (khentu).
Sut-Typhon est dit avoir possédé tout le pays de khentu, ou le Sud. Ce Sut est nommé le dieu adoré par les Nahsi, nom sous lequel les Egyptiens désignent les Nègres en général et ceux du Sud (Pygmées, Bantu) en particulier.
Les Wahinda de l’Urundi, et des autres pays limitrophes, se disent originaires d’un pays, ou plutôt d’une montagne sacrée et fabuleuse, nommé Tgitara . ou Ikitara. C’est peut-être le Kedara des anciens et de la Bible. Actuellement plusieurs monts (ou contrées, puisque le mot umusozi désigne si bien l’un que l’autre) sont désignés par ce nom. Toro en maori signifie: consulter par divination.
HISTOIRE
WATWA”
Teru en ég. veut dire; adorer^ invoquer, demander, interroger, questionner. Tara en fidjien veut dire : demander, invoquer, deviner ; tara est un magicien. Puisque la montagne Igitara est habitée par des magiciens, qu’elle passe pour la contrée par excellence de la sagesse, il se peut qu’il y a là un point de repère (?). Le nom du lac Kivu (ou ivi/’w, KibfUf kufa — mourir, mort) se retrouve, selon quelques uns, dans le Kefa-Typhon- Siva {Khepty Kheft^ Kheht)j\o> dieu noir des noirs Nahsi, le grand ennemi d’Osiris, le dieu plus national des vrais Egyptiens. On connaît leurs fameuses luttes contres les peuples noirs du Sud, qui plusieurs fois s’imposèrent comme souverains de l’Egypte (dynasties noires, kushites). Sans beaucoup de vraisemblance, on a voulu faire dériver le nom Ethi~opia (nom qui paraît bien grec pourtant) de A7îe/Yi-opia, le pays de Khepsh (hébr. Kùsh).
Dans l’inscription de Seti I à Rhedesieh une source des deux eaux de Hapi-Mu est nommée: r„abîme de Karti”, localisé dans l’île d’ivoire (Eléphantine). L’eau sort de la montagne sainte à deux sommets (Ruwenzorü? V. Dr. Stuhlmann et Stanley). La source ou le pôle de Ma-Shu (cfr. isho- 'masho)j est-il dit encore, sort d’une montagne ou d’un rocher. Faut-il voir ici une allusion au massif montagneux d’où sortent e. a. les trois rivières Nyavirongo, Ruvuvu, Akanyaru, qui forment ensuite le Kagera, puis, à travers le Nyanza, le Nil?
Khebta-Khentu était l’Egypte totale (nord et sud), constituée en nomes (Jieptanomis).
Khebta ne désigne pas nécessairement (et géographiquement) le nord (la Basse-Egypte) ni khenlu le sud, puisque Khepsh (Kush = Habesh — ancien nom de l’Abyssinie) était bien aussi le sud, c.-à.-d. l’endroit des eaux (sources du Nil), des ténèbres et des noirs {Nahshi), e. a. m. l’Afrique équatoriale. Il faut avouer, en plus, que de Hapta-Hendu (ou Sapta‘Sindhu)j le pays des sept fleuves des Indiens (Pahlavi Vendidad), ressemble beaucoup au Khebta-Khentu. Ou serait-ce du pur hasard! N’oublions pas, que dans le „Z\vischen-Seen-Gebiet” ces étranges dynasties de lyohinda {Wahuma-Watutsi-Wahima) sont toujours debout, notamment dans le Rwanda, où la lignée royale, ainsi que le „Hirten-Adel”, présente encore des spécimens „de vrais fils d’Enac, que notre XX^ siècle est bien étonné de trouver là” (C>^ de Gôtzen).
Le mont Meru joue un grand rôle dans la mythologie de l’Inde et de l’Egypte.
Meh-ru (=urua) signifie: eau, lac. Il y a (en Eg.) une déesse Meru. Merops passe pour un roi des Kushites. Kùsh (ég. Khepsh) serait le grec Kôs. Faut-il y rapporter la Méropée de Théopompe? Il y a encore un lac Meroe en Abyssinie, et les anciens prêtres égyptiens prétendirent justement, que leur sacerdoce et leur religion étaient originaires de cette contrée, et bien avant (par ce chemin) de Vlnde,
le vrai Khentii ou pays des Kushites, c.-à.-d. de la Susiana. Khentu (mtu !) est peut-être la forme première des noms: India, Rendu, Sindha. Virgile (Georg. IV : 288) laisse couler le Nil dans VInde! C’est tout simplement \e Khentu ou pays des Kushites. Nos Wahinda viennent manifestement de l’Asie sud-occidentale par le chemin des pays de l’Abyssinie et celui des Galla; tandis que les Kushito-Hamites de l’Egypte, en suivant le même chemin, se sont tournés vers le nord. Quoique rien ne le prouve, rien n’empêche non plus d’admettre, que nos Wahinda soient aussi anciens dans leur pays des lacs, que les Egyptiens dans le leur! Khentu^ chez les Egyptiens postérieurs désignait vaguement le Sud, l’intérieur, la région des lacs, mais au début ce mot désignait l’Inde. Camoens désigne encore le peuple de l’Inde par le mot Gentoos {Khentu), et non par celui de Hindu. Le nom du pays f7(/anda ne doit pas être négligé. On y remarque toujours le même élément (and, nt).
Le très remarquable peuple de ce pays avait une forte organisation politique, et sa dynastie remonte à cet étrange personnage (? ou race) Kintu, qu’on est tout naturellement tenté de mettre en connexion avec le Khentu des Egyptiens (Jïmrf/iw-Kushites).
Il a été question de l’étymologie du nom Tanganika. Ce lac n’a rien à faire avec le Nil ; mais certaines rivières qui l’alimentent (par le Rusissi, etc.) ne sortent pas moins des mêmes montagnes {imisozi ya Mwezi — Tmbo, Mugamba, etc.) qui donnent naissance au Nil. Si la terminaison nyika ou nika se rapporte à eau, marais, de son côté ^anga est le mot typique pour désigner une montagne, p. e. dans le Haut-Sudan près de Busma. [Intango en kir. {intanga !) signifie vase d’eau]. Les Wahinda prétendent venir, ou l’a dit déjà, de la source de la montagne Igitara. C’est leur „mons Meru'\ Ishtar de la légende assyrienne descend, elle aussi, d’une haute montagne. Le mont Gunung Danka (O. Java) est identifié par les indigènes avec le paradis terrestre. Les Wallabu -Galla ont leur mont sacré Wallal, et leur „vieux de la montagne”. Même les insulaires de la Mer du Sud parlent d’un „ ancien”, nommé (selon Cook) Kolla-foutanga. Enfin, il y a un Tanga à la côte orientale d’Afrique! Tout cela pourra plustard mettre sur la trace de quelque chose.
Avec un peu d’imagination, on pourrait trouver l’équivalent de Igitara (le I manque en kir.) dans les Atalantes de la Libye, décrits par Hérodote {l. IV, 184). De là à la fameuse Atlantis submergée de Platon, il n’y a qu’un pas! Talan signifie: l’intérieur, l’ouest, ou le lieu d’origine, dans certaines langues africaines, p. e. en bulom, timme, et aku. Au nord-ouest du Sudan, parmi les Mandingo il a le groupe des Toronka.
„Watwa”, „Wahutu”, „Watutsr’, „Wahinda’^
A Particle ^Aborigène** il a été question des trois races d’hommes, races bien dis-
„WATWA” 165 „WATWA”
tinctes et bien nettement tranchées, qui constituent la population actuelle du royaume de rUrundi. Tous sont des Nègres c.-à-d.
des Noirs, mais il y a entre eux, en ce moment, une différence somatologique {stricte anthropologique) considérable. Sont-ils tous des Hamites, ou au moins des Kushites?
La couleur n’y fait rien, dit-on, puisqu’on voit des Sémites noirs (Juifs) aux Indes, qu’il y avait des Hamites blancs en Palestine et en Egypte e. a., qu’on voit des pygmées jaunes en Afrique {San), et que le Prof.
Sergi découvre de pygmées blancs en Sicile (Japhétides?)! — A propos des trois (ou quatre) races de l’Urundi, essayons si leurs noms actuels ne se laissent pas presser, de telle sorte qu’il en sorte quelque lueur pour entre- voir leur origine.
I. Le nom de H atwa (sing. : Umuty^a., plur. : Awaiv/a.) est dérivé sûrement, je le crois désormais, du verbe: /cu-^a, ou passif: /cw-twa, qui dans la plupart des langues bantu signifie: jeter, rejeter, par extension : mépriser. Littéralement donc les Awatwa sont les rejetés = rejecli. Ils sont en effet méprisés, comme de vrais parias, par le reste de la population. Les noms Batwa, Batua, Baroa (?) sont identiques (F. infra) Notons, que les Pygmées eux-mêmes ne se donnent pas ce nom. Il leur est appliqué par leurs frères noirs. Ils se nomment „les fils de la pierre** ! (V. „ Aborigène**). Ce sont bien là les descendants les plus directs, par Cham, de Caïn le „rejectus a fade Doniini**. La science contemporaine est en train d’établir, que dans des temps très anciens, soi-disant pré-historiques, un peuple de pygmées de petite stature a occupé tout le globe, à côté (?, ou avant, ou après!) d’une autre race de haute stature, d’hommes passablement gigantesques. Quant au passé, on trouve, en ce momemt, leurs restes un peu partout, et on est bien obligé de redonner un peu de crédit aux vieux auteurs (Homère, Hérodote, Aristote, Pline, etc.), dont les informations à ce sujet se confirment chaque jour davantage.
Ainsi, les anthropologues ont à enrégistrer déjà d’importantes trouvailles de restes (squelettes, crânes, etc.) de pygmées européens. On en a trouvé en Allemagne: entre Breslau et Zobten (Silésie), et à EgrisAeim près de Worms ; en Suisse : à Schweizerbild (Cfr. Dr. J. Kollman: Der Mensch vom Schweizerbild, Zürich, 1901); en France: à Cave^aux^Fées près de Brueil (Seine-et-Oise); à Chdlons-sur-Marne (3 stations); à Crécy -sur- Morin', h> Béamnes- Chaudes, etc. On trouvera bien mieux. Autant qu’on a pu juger, d’après les matériaux disponibles, ces pygmées présentent des caractères négroïdes étonnants. On veut les classer vers l’époque néolithique, ou, on tout cas, en faire des pré-historiques! C’est prématuré. La question pourrait être posée s’ils sont des victimes du déluge ou des antédiluviens. Peut-être même sont-ils des hom-
mes beaucoup plus récents! C’est fort probable. Entre 1600 et 1700 on constatait positivement en Europe deux grandes variétés d’hommes. Quant aux pygmées d’Europe, ils ne sont même pas éteints de nos jours, puisque le Prof. Sergi en trouve vivant en Sicile près de Girgenti. Dans la Russie méridionale on en signale aussi (V.
Dr. Kollmann, et infra). — En Asie, en Afrique et en Océanie, on n’a pas découvert encore de semblables restes de pygmées; on ne manquera pas de le faire. En attendant, en croit avoir été plus heureux en Amérique. Signalons: le crâne de Mechi, trouvé dans un banc de corailles au golfe de Reloncavi (Chili du Sud); un semblable crâne provenant des anciennes tombes araukaniennes; un crâne d’autochtone (?) à l’ouest du golfe de Venezuéla sur la presqu’île de Goajira; des individus (vivants) parmi les indigènes de Nevada, Pahaute (Utah) ; un crâne des ruines de Pachacamaé (Péru) et d’Ancon; selon Haliburton des individus, mesurant quatre pieds seulement, vivant au Honduras britan. ; de semblables hommes dans le Yucatan; plusieurs légendes, e. a. à üsmal, où une construction anté-espagnole se nomme: „la maison des pygmées” ; davantage vers le sud aux lacs de Uraguay et aux sources du fleuve La Plata; enfin au sud du Brésil. Dans l’intérieur des terres d’Argentinie vivent des sauvages, qui habitent sur les arbres, et que de tristes Européens chassent et tuent comme des singes (P. Cyprien). Sont-ils des pygmées?
Voilà donc des pygmées anciens et modernes; car, selon Ehrenreich, il s’en trouve encore de vivants, comme en Sicile, parmi les Bajocudes, Toutefois, on devra se garder de faire (sans bonnes preuves) ces pygmées, plus ou moins typhoniens, trop anciens et plus anciens qu’ils ne sont réellement, pour être à l’abri de méprises très possibles. Ainsi, le Dr. Uhle a beau découvrir les restes d’indigènes sûrement plus anciens que les Inca ou les Toltèques, on n’toubUera pas les migrations des Papuas et leur abordage en Amérique (Californie). M. de Quatrefages, et tout le monde avec lui, admet parfaitement ses migrations ; il en trace même la carte. Donc, ces crânes préhistoriques peuvent fort bien n’être que ceux, relativement très recents, de Papuas!
Il n’y a donc que quelques années, qu’on retrouve ces pygmées fabuleux. On est bien obligé de les réintégrer dans la „science”.
On est obligé aussi d’avouer, non sans un peu de honte, que les savants du I'"'' siècle (p. O.), et surtout ceux plus anciens encore, avaient des connaissances beaucoup» plus étendues sur cet étrange peuple que nous autres, 2000 à 2500 ans après! On s’aperçoit même, que le Moyen-Age ne radotait par complètement, lorsqu’il nous parlait de nains, etc. (F. m/ra).
Il n’est pas sans intérêt de remémorer brièvement ce que les „ anciens” racontent
,,WATWA”
des TVa^w^a-pygmées. Les Egyptiens connaissaient, et étaient en relations avec les pygmées, e. a. avec les Akkas de Schweinfurth.
Ceux-ci leur étaient connus sous le même nom, Mariette a lu ce nom sculpté à côté d’un nain (Nem-Hotep) sur un monument à Beni-Hassan^ et qui appartient à l’ancien empire {Sakkara ou Sagara). D’autres croient néanmoins, que ce Nem-Hotep n’était pas un vrai pygmée^ mais simplement un nain. Il est fait mention de pygmées dans le „ Rituel de la mort”. Il y en avait à la cour des Pharaons (en qualité di awafximuf), à une époque qui remonte peut-être à la YI« dynastie (2499 — 2801).
Ces Pharaons envoyaient des expéditions, pour capturer des D«nga (Tanka) dans ,,1’île du double”, région fabuleuse du pays de l’ombre (Punt) où ces pygmées errèrent.
Le premier dont il est fait mention, venait de la région du Nil-Blanc, et fut amené au roi Assa par un officier nommé Baurtet.
Soixante-dix ans plus tard, Heru-Khufj un autre officier, était envoyé par Pepi II pour capturer des pygmées vivants, dans le pays „aux grands arbres”, situé au sud. D’après une inscription de Kartrak, les Dang a y ena.ier\i positivemenx du sud. D’après une inscription mentionnée par le Dr. Caze, il y avait à la cour d’un Pharaon un nain nommé Denga, „qui dansait divinement”!
L’Ecriture S**^ elle-même parle des pygmées. Le prophète Ezéchiel (c. XXVII : H) montre des archers pygmées sur les murs de la ville de Tyr, pour la défendre. La Yulgate a décidément traduit le mot hébreu gammadim par: pygmées, tandisque les Septante le traduisent par custodes, et que la version chaldéenne le remplace par: Capadoces! Calmet, Cornelius-à-Lapide, Menochius et Carrière sont bien gênés par ce nom de Pygmaei, puisque à leur époque ils n’existaient pas!
On sait, que le mot Uvy{A.aiog est d’origine grecque. A Chypre il devenait: Pumaion^ chez les Phénicéens Pumai et Paam.
Il est probable que l’Egyptologie pourra un jour nous signaler encore d’autres indices concernant ces pygmées. L’assyriologie, à son tour, nous réserve encore des surprises à ce sujet. Déjà M. Dieulafoy (Y.
Tour du Monde, 1880) en a trouvé dans la vallée de l’Euphrate, dans l’ancien Elam, et on en trouve quatre groupes depuis Disfui en Perse jusqu’au dédroit d’Ormusz.
En attendant, ce seront les auteurs grecs, et après eux les latins, qui nous renseigneront sur cette intéressante race.
Le vieil Homère (900 — 800) ouvre la liste.
Dans son Iliade {III, S, trad, Bareste) il chante : („Les grues) portent aux hommes appelés pyg- „mées le carnage et la mort; et du haut des „airs elles leur livrent de terribles combats”. Le roi des poètes leur assigne ici la Libye comme leur , patrie.
Hésiode (YIII'' siècle) en parle également. — - Le père de l’histoire Hérodote (490 — 425), qui voyaga en Egypte vers l’année 450, et qui
166 „WATWA”
remontait le Nil jusqu’à Eléphantine, a eu probablement sous les yeux des pygmées.
Son récit des cinq Nasamons {Hist. II, 32; trad. Miot t. T, p. 246) est remarquable. Il tenait ce récit .de quelques pélérins de Cyréne, qui à leur tour l’avaient d'Etéargue, roi des Ammoniens. Ces Nasamons explorèrent les déserts de Lybie, et mentionnent un grand fleuve qui coulait de l’ouest à l’est, et qui est le Mgrer très probablement. Près de ce fleuve il y avait une ville peuplée de Noirs. On penserait à Tumbuktu, mais cette ville est fondée, selon l’annaliste Ahmed Baba, vers 1100 p. C. par les Touaregs, arrivés là récemment. Il est vrai, que ces Noirs et ces pygmées ont pu être refoulés depuis vers le sud, ce qui est généralement admis, du reste. Ces pygmées d’Hérodote étaient „ d’une stature fort inférieure à la taille moyenne.”
Yers 470 a C l’amiral carthaginois Hanno partit avec une flotte de 60 vaisseaux pour fonder de nouvelles colonies, et fit son fameux „periplus Hannonis^'. Plusieurs savants pensent qu’il a contourné l’Afrique, mais il a sûrement abordé Sierra-Leone. Là ses matelots trouvèrent des ^hommes sauvages*% que les interprètes nommèrent: gorillaslN^tsiienii^s pas des pygmées ? Selon Pline, leur peaux (de singes!) se conservèrent dans le temple de Junon à Carthage.
Le grec Ctésias (vers 486—885), dans son Histoire de VInde (dont les extraits par Photius sont placés à la fin de la trad. d’Hérodote par Larcher, t. YI, § 11), a un passage fort intéressant sur les pygmées asiatiques. ,,I1 „y a au milieu de l’Inde des hommes noirs, „qu’on appelle pygmées. Ils parlent la même „ langue que les Indiens, et sont très petits. „Les plus grands n’ont que deux coudées „(0fi^.924 ou 0'”.900) .... Leur chevelure est „très longue; elle descend jusqu’aux genoux, „et même plus bas. Ils ont la barbe plus
„ grande que tous les autres hommes
„ Quand leur chevelure a pris toute sa ,. croissance, ils ne se servent plus de vête- „ments; leurs cheveux et leur barbe leur
„en tiennent lieu Ils sont camus et
„ laids Ils sont habiles à tirer de l’arc ”
M. Rousselet a trouvé au coeur de l’Inde, dans les monts Yindhyas, la tribu des Bandra- Loks (mot qui signifie, paraît-il, hommessinges), qui sont de véritables Nègres de fort petite taille.
Aristote (885—822), dans son Hist. anim-., 1. YIII, c. II (trad. Camus, p. 485, Paris 1785), paraît viser nos Watwa du Ruanda et de rUrundi. „Les grues voyagent jusqu’aux lacs „au delà de l’Egypte, d’où vient le Nil. Là „habitent les (des) pygmées, et ceci n’est „nullernent une fable, mais véritable. Hom- „mes et chevaux (?) y sont, comme on raconte, „petits et demeurent dans des grottes”. Le Cie Gôtzen dans son beau livre: Durch Afrika vom Ost nach IX est, pag* 285 (note), donne ce passage, et ajoute, que Kahese son guidepygmée „invoquait les invisibles pygmées
^WATWA'’
qui dormaient là” dans des grottes sur les flancs du volcan Kirunga*
Le géographe Strabo (66 a.— 24 p. C.) parle des pygmées dans plusieurs endroits {l. 11^ e. 9; l. X, c. /, 51 ;l. XVII, 2, i). — Pline V Ancien (23 a.— 79 p. C.), dans son Eist, nat., e. a. l. VIII, c. 2 (trad. Littré, 1. 1, p. 191, etc.) signale des pygmées à quatre endroits différents. Il en place en Thrace, non loin de la côte du Pont-Euxin; en Asie mineure, à l’intérieur de la Carie ; à deux reprises dans rinde; enfin en Afrique, lorsqu’il parle des peuples qui habitent à,V extrémité de l’Ethiopie. „Des auteurs ont aussi rapporté que la nation „des Pygmées était entre les marais (lacs?) „qui seraient l’origine du NiV\
Pomponius Mêla (I®*’ siècle p. C.) place au delà du Golfe Arabique, au fond d’un petit enfoncement de la Mer-Rouge (baie Moscha ou de Tadjura, Harar?), les Panchiens, surnommés Ophiophages, Il ajoute (V. Collection d’auteurs latins de Nisard, p. 658): „Dans „ l’intérieur des terres on vit autrefois des „pygmées, race d’hommes d’une très petite „ stature, qui s’éteignit dans les guerres, „qu’elle eut à soutenir contre les grues, „pour la conservation de ses fruits.” Il se peut, que cette race ne s’éteignit pas du tout, mais qu’elle fut depuis simplement rejetée vers le sud, et qu’elle soit apparentée avec les Waherikimos (lisez: Wambili-kimo) ou Cincallès (lisez : Sân-GalJa), que le P. Léon des Avanchers a trouvé un peu au nord de l’équateur, ou avec les Tumtu, Watta, Kamta (sing. üTamm), Malas ou Maze-Malas de d’Abbadie. — Voilà, en résumé, les données que les auteurs classiques nous fournissent sur les pygmées.
Les Orientaux, dans leurs Vies des SS. Jude et Simon, font aussi mention de pygmées très sauvages et cruels, et les décrivent comme „des individus nus, petits, noirs ou „ bruns, avec des vilaines têtes grosses et „ frisées, aussi larges que leurs épaules, qui „se cachaient dans des endroits sombres, „des marais, des vieilles ruines, et comme „sous terre.” L’habitat de ceux-ci serait la Perse, les environs de Babylone, l’Arabie et même l’Afrique, puisque la même tradition veut, que S. Jude au moins aurait visité la Hte Egypte, jusqu’,, aux montagnes de la lune d’où sort le Nil.” Par là, à la cour d’un roi indigène, il y avait, chose remarquable, des hommes noirs, et d’autres bruns ou rouges, ce qui ferait penser à des Wahinda-Wahuma, (Cfr. A. C. Em. Brentano, éd. Paris 1864, t. III, p. 590, 595, 625 — 626; éd. Ratisbonne 1860, t. III, p. 585—589).
Le monde romain, non seulement connaissait les Pygmées, mais aimait à représenter dans ses oeuvres d’art ces singuliers personnages. Il existe une foule de mosaïques, de bas-réliefs, de frises, de vases, etc., où ils sont figurés. A Pompeï e. a. on a exhumé de semblables représentations.
St. Augustin (De Civ. Dei, L XVI, 8) se
167 „WATWA”
fait l’écho de ces traditions. — Au VI^ siècle l’empereur Justinien charge un byzantin, nommé Nonnosus, d’une expédition au sud.
Celui-ci voit et décrit de vrais pygmées dans une île voisine de la côte orientale d’Afrique. Sa déscription est très exacte et mérite tout intérêt. Quelle était cette île?
Sokotora, Pemba, Zanzibar? (Cfr. Photius dans la Bibl. Migne (Patrolog. Grecque).
Chez les auteurs ai ab es la tradition sur les pygmées de l’Afrique spécialement, n’a jamais été perdue. Leurs géographes mettaient leur ^rivière aux pygmées’^ au sud de l’Abyssinie et des „Galla-Lànder”. Le P. Léon des Avanchers met cette même rivière aux monts Anko, un peu au nord de l’équateur.
Buffon, comme on sait (V. Oeuvres, éd.
Eichard, t. XIX, p. 337) prenait les „homraessinges” si célèbres des anciens, pour de véritables pygmées. Ainsi, les nains que combattit Hercule en Libye et en Ethiopie, et qu’il enveloppe dans la peau du lion tué de Némée, ont été peut-être de très réels pygmées. C’était l’opinion des mosaïstes et des verriers romains et de tout le Moyen-Age, e. a. d’Albert-le-Grand (1200 — 1280), de Cardan (1501—1576), d’Aldrovandi (1522 — 1606) et de Scaliger (1484 — 1558). Roulin place les pygmées au pôle (Eskimos?). On vint sans doute à cette idée, parce qu’on croyait avoir découvert le vrai aire des pygmées en Thrace et en Scythie (Huns?).
Mac Ritchie a recueilli plusieurs données relatives à des pygmées en Amérique. Ainsi, le capitaine anglais Foxe (1631) vit des tombes indigènes aux petites îles des régions arctiques. Une de ces îles se trouve au nordouest de Southampton-Island. Ces inhumés mesuraient 1 >t^i. 219 et au-dessous. On supppse ces pygmées de Foxe de la même race que les homunculi ou skraelinger, dont parlent les voyageurs du nord du Xlf siècle. Rafn (Antiq. Amer., Copenhag., i837) les identifie aux Eskimos. — Olaus Magnus (1493 — 1552) décrit les Groenlandais orientaux, et les nomme „pygmaei vulgo screlinger dictV\ Les Eskimos actuels sont leurs descendants, mêlés au 18e et 19e siècle avec du sang danois. — Des commercants de Flessiiigue, qui en 1656 visitèrent les Davis-Straits, y trouvèrent deux races d’hommes dont l’une était composée de pêcheurs de stature beaucoup plus petite que les individus de l’autre race. Ils avaient des jambes courtes, et leur teint était couleur d’olive. (Cfr. Eist. nat. deL.de Poincy, Rotterdam, 1681, p. 210). — Tout ce qui précède se rapporte à l’Amérique du Nord. Quant à l’Amérique du Sud, Cl. Markhams (Joiirn. Anthrop., 1875) cite ilcimrî (1639), von Spix (1820), Castelman (1847) et Penna (1853), qui assurent tous que les Guayazis et les Cananas de la région de l’Amazone étaient deux tribus de pygmées. V. Spix en aurait vu un à Para en 1820.
Dans le Globus (T. LXXXII, n'\ 7, 1902) on trouve un recueil de quelques données