LXXXVIII
description de Cheab-ed-Din, et de la géographie de Chams-ed-Din Abou Abd-Allah Mohammed eà-Bimav.hgué (1256—1336). Ces extraits méritent d’être lus. On y parle d’un lac Likouri qui pourrait bien être le Nyanza, comme aussi le lac de Zindj, Le pays d'Uzindzja touche en effet au Nyanza.
Lorsqu’on lit ces auteurs arabes, on sourit parfois des détails fantastiques dont ils ornent leurs récits géographiques, etc., mais on reçoit quand même la conviction que ces hommes ont su beaucoup de choses sur l’Afrique et les peuples qui l’habitent. Masoudi par exemple avait croisé longtemps entre l’Arabie et la côte orientale. Il était donc bien en état de recueillir des informations sur nos Nègres-Bantu, ou Zindj comme il les appelle ordinairement, suivi en ceci par les autres auteurs arabes. Ce Masoudi a dans ses j^Prairies^ d’Or” un passage intéressant (Vol IJI, p. 25, trad. B. de Meynard) sur l’origine de nos Nègres-Bantu et les Chamites en général. ^Lorsque la postérité de Noé commença à se ^répandre sur la terre, les fils de Kush, fils de Kanaan (Cham), prenaient une direction „ occidentale et traversaient le Nil. Ici ils formaient deux groupes. Quelques-uns d’eux, les „Nubiens, les Bedja et les Zindj prirent à droite (? gauche) entre Pest et l’ouest; les autres „qui étaient nombreux, se tournèrent à l’ouest, dans la direction de Zagawah, Kanem, „Markah, Ghanah, d’autres parties du pays des Noirs, enfin du Bendemeh. Ceux qui ^avaient pris à droite (gauche) en allant entre l’est et l’ouest, se séparèrent bientôt de ^nouveau, créant ainsi plusieurs tribus de Zindj comme les Makir (Mex, Meska), les Maskar „(Miktar, Meshku, Mashku, Saka, Seka), les Marira et autres.” Il dit encore „ Comme nous avons vu, les Zindj, avec d’autres tribus abyssines, s’étendirent à la droite du Nil, en „bas jusqu’à l’extrémité de la mer d'Abyssinie. De toutes les tribus abyssines, les Zindj „étaient les seuls qui passassent le canal qui vient du H*. Nil (Juba-E. ?) Ils s’établirent „dans cette' contrée et s’étendirent au loin jusqu’à Sofala, ville qui se trouve sur la merdes ,jZindjj jusqu’à la limite la plus lointaine où atteignent les voiliers de Oman et Siraf. „Comme la Mer de Chine finit au pays de Süci (Japon ou Corée), ainsi les limites de la „mer des Zindj sont près du pays de Sofala et celui des Wakwak (Hottentots et Bosjesmans), jjContrée qui produit de l’or en abondance avec d’autres merveilles. Là les Zindj bâtirent „leur capitale; puis ils élurent un roi qu’ils nommèrent Fcdime {ou Wafalinie), Ce nom a. été
,,de tout temps le nom de leur souverain Le Falime a sous lui tous les autres rois
^jZindjiens, et commande sur 300.000 hommes armés. Les Zindj emploient le boeuf comme „bête de somme; car dans leur pays il n’y a ni chevaux, ni mules, ni chameaux; ils ne „ connaissent même pas ces animaux. Il y en a parmi ces tribus qui ont les dents très „ effilées et qui sont cannibales. Le territoire occupé par les Zindj commence au canal qui „vient du Haut-Nil, et il s’étend jusqu’au pays de Sofala et celui des Wakwak.” — On avouera que cette description, qui date de 943, est remarquable. L’auteur a manifestement en vue la masse des tribus nègres-hantu depuis la région des Galla jusqu’au Cap. Masoudi les nomme Zindj (éléments: zi, za et nd, cfr. le supplément). Ce mot paraît avoir le même sens que celui de ,^BaniuV (awantu) ou de Nègre comme celui de „Soudan”. Le mot Falime ou Falimo (roi) s’est conservé dans le mot swahili mfalme. Il paraît être le même que celui de malimu qui signifie: chef au Mozambique (de A:aùma = cultiver. V. „Esprit”). LesWatuta- Wangoni nomment leur roi: rndimo, ou mdimi du même verbe (kurinia ou kulima), ou peut-être de kudima — ^aiive, garder le l>étail = rois parteurs! Le P. Torrend croit en plus le mot Falime synonyme de mzirno — esprit de mort, mâne. Tous les autres détails fournis par Masoudi concordent parfaitement avec l’état actuel de choses. Le nom Sofala ne doit pas être pris seulement pour l’étroite bande côtiere, mais il comprenait tout le pays entre le Limpopo et le Eovuma. Chez de Barros (Da A sia, dec. I, l. X, C. i), Sofala ou Cefala est synonyme du royaume de Monomotapa. C’est bien là aussi qu’il faut placer le siège du puissant monarque des Zindj. Au temps d’Edrisi et d’Aboul-Féda (avant le siècle) la capitale de Sofala se nommait : Siguna, Selon le P. Torrend c’est le „Mashonaland” ou la contrée Senna. Selon le même auteur savant les ruines de Zimbabye seraient d’origine non pas sabéenne ou phénicienne mais zindjienne. Ces constructions seraient l’oeuvre des indigènes Nègres. Il faut avouer que le mot même plaide un peu pour
cette opinion. Encore actuellement il y a dans ces parages des tribus nommées: Zindja, Ba~nyai, Ma-shona, etc. Néanmoins Topinion contraire, qui attribue ces ruines aux Sabéens est bien plus probable. Quoiqu'il en soit du site de la fameuse capitale des Zindj, la peinture de Masoudi est réellement frappante d’exactitude. En parlant de la langue des Zindj, il dit (vol. III, p. 30) „qu’ils s’expriment avec élégance, et qu’ils ne manquent pas d’orateurs.” Tous ceux qui connaissent les langues bantu, et qui ont entendu perorer les Nègres, surtout dans les circonstances solennelles (conseil des rois) attesteront bien la parfaite exactitude de ce détail.
Masoudi dit, que les Zindj n’occupèrent d’abord en Afrique que les parties orientale, ajUstrale entre le Haut-Nil et l’Océan, et méridionale au pays de Sofala. Les tribus noires, qui occupèrent dès le début les parties occidentales du continent, semblent bien être aussi des Kushites, mais avoir constitué un groupe à part. On remarque en effet à l’ouest des tribus qui sont difficilement à classer parmi les Bantu, et qui vivent là soit isolées, soit mêlées avec les Bantu. Les premiers occupants du Damaraland, de Benguela, d’Angola, du Congo et en général de toute la partie de l’Afrique du Sud, qui se trouve à l’ouest du méridien des Chutes- Victoria, ne seraient pas des Bantu proprement dits. Ces Chamites-là n’auraient été compénétrés par les peuples noirs bantu (Jinga, Zinga, Zindj) que dans des temps relativement récents, et qui ne remontent pas au delà de l’ère chrétienne. Dr. Keane remarque la prédominance du nom Nzamhi pour désigner un être suprême à Vouest du continent, et de celui de Mulungu à Vest. Ce détail, réellement curieux, mais dont il ne faudrait pas exagérer l’importance, corrobore l’opinion qu’on vient de relater. Les premiers Pères de l’Eglise considèrent Phuth (Put, Puth), troisième fils de Cham, comme l’ancêtre des premiers habitants de l’Afrique occidentale. Les noms mhunda, ponda, puta, mbundu signifient: Vouest, selon le P. Torrend, et les peuples seraient ainsi des descendants
de Phuth et non pas de Kush, comme Masoudi paraît l’affirmer. Je crois plutôt, que la racine nd, t dans les mots cités, doit être mise à côté de celle mentionnée tant à l’heure déjà (cfr. Supplém., art. ,,/mana”, „Wahinda'% etc.). Les langues des peuples Wambunda gardent encore des traces de mots archaïques sâu-khoï. Somme toute, le mélange de ces peuples, à la suite d’entre-croisements répétés tant de fois, restera bien à jamais couvert d’un voile impénétrable.
Quelques auteurs croient, que pendant la durée de hempire romain, les Arabes auraient renoncé à leurs courses le long de la côte orientale. Elles n’ont jamais cessé, et on cite bien a tort Cosmas Indicopleustes pour prouver cette cessation. Il est vrai néanmoins, que l’islam a donné une impulsion nouvelle à la dispersion de l’élément arabo-sémite à travers le continent africain. C’est vrai en particulier pour l’Afrique sud-orientale. Au Ville siècle un certain nombre d’Arabes, en se séparant des successeurs de Mahomet, vont chercher sous la conduite de Zaïd, grand-fils d’Ali, la liberté, en face de la persécution religieuse, au sud de l’Afrique. Ils s’établissent dans les parties septentrionales de l’Est- Africain. D’autres dissidents les suivent, et ainsi se fondent les villes de Brava et de Magadoxo. En gardant ces villes comme centres de rayonnement, ils occupent successivement les petites îles le long de la côte orientale jusqu’à la baie Delagoa. Selon Masoudi ils s’établissent dans l’île de Kambalu (Comores ou Madagascar?) vers l’époque de la conquête de Crète par les musulmans (730). Tous les habitants Zindj sont réduits en esclavage et musulmanisés de force, mais les conquérents adoptent la langue bantu- chamite, comme ils font de nos jours dans l’Est-Africain. On a remarqué déjà la grande assimilabilité des langues sémites et chamites. Masoudi ajoute, que de son temps (900 — 945) le commerce de la côte orientale se trouvait entre les mains des Siraflens de la Perse et des Arabes d’Oman de la tribu de Azd, La limite de leurs voyages dans la Mer des Zindj était le pays de Sofala et celui des Wakwak, dans les parties les plus australes de la même mer. Lui-même assure avoir fait ce voyage assez longtemps entre la capitale d’Oman, Sendjar et l’île de Kambalu. Ce voyage durait de un à trois mois, et un mois selon Ibn Batoutah. — Dans le livre „Les merveilles de VInde’% écrit vers 960, nous voyons, que des navires croisèrent régulièrement entre Oman et Sofala, et que le roi de cette contrée, à qui les Arabes avaient brutalement fait