‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 19 sur 152 · VI · texte numérisé non relu

VI

payer l’hospitalité en le réduisant en esclavage, avait embrassé l’islam. A son retour dans le pays il se conduisait en vrai fils de l’islam. — Edrisi, écrivant vers 1154, relate au long les relations des Arabes avec les Zindj. Ce qu’il écrit du sultan de Keish, une île dans le Golfe Persique en face de Mascate, est particulièrement intéressant. Cet individu avait une flotte de 50 bateaux, faits chacun d’une pièce de bois et pouvant contenir 200 personnes. Il avait en plus un grand nombre d’autres navires. Avec cette flottille il avait 1 habitude de croiser entre le Golfe Persique et la côte de Zanzibar pour la dévaster et en amener nombre d’esclaves (cfr. Am. Jaubert: Géogr. d’Ednsi, Paris, 1836, t. I, p. 59 et 15^2). Le même auteur dit que les Zindj avaient un grand respect et une grande vénération pour ces Arabes, et qu’ils permettaient facilement à ceux-ci d’amener leurs propres enfants dans des contrées même très distantes. C’est comme de nos jours î Inutile de l’esclavage. Tout le monde peut constater l’espèce d'engouement fatal et vraiment mystérieux des pauvres peuplades noires pour l’élément arabo-sémite. La triste race des „Wangwana” en est la preuve. Une fois que ces tribus primitives, naïves encore et bonnes au fond, ont absorbé le venin intellectuel et moral constituant la quintessence de l’islam, elles deviennent méconnaissables. Elles resteront Asiates et polythéistes, des

sectateurs enragés de l’élohim de Mahomet, et pour longtemps, si non à jamais, presque inaccessibles et irréductibles à nohre civilisation chrétienne d’Europe.

Il n'est donc pas étonnant que Vasco di Gama trouve en 1498 les Arabes établis partout sur la côte orientale. Ils avaient pénétré très loin dans l’intérieur. Le P. Gonçalo da Sylveira, en arrivant en 1569 à la cour du roi de Monomotapa, y trouva les prêcheurs du Coran déjà maîtres de la situation. Lorsque le grand Missionnaire eut converti et baptisé le roi avec un certain nombre de ses chefs subalternes {inkosï), les sectaires féroces réussirent à calomnier le grand homme, à exciter des frayeurs superstitieuses, et à le faire mourir à la fin.

Nous venons de nommer les Sirafiens. Siraf était le nom du principal port de la province de Fars de la Perse actuelle. Nous avons vu. que ce pays faisait partie, dès l’époque la plus reculée, du vrai foyer chamito-kushite (Susiana, etc.). C’était le foyer aussi des Négritos, qui y sont encore! Masoudi, nous venons de le voir, assure que ces Sirafiens croisèrent également jusqu’au pays des Zindj, Sofala, le pays des Wakwak, etc. Ces Perses adorateurs du feu ont laissé des' traces de leur culte sur la côte orientale. Plusieurs auteurs ont mentionné des ordalies au moyen du feu, dans le Zanguébar (Cfr. Missions Cath,, 1889, p, 44). Les Warotse ont également ce mode d’ordalie. Les Watonga les nomment pour cela les „bayanda m-ulilo" (cfr. le mot kirundi: kuwandwa, aivawandwa). Toutefois, ces ordalies, tout en étant d’origine chamite et même susienne si l’on veut, ne me paraissent pas importées récemment par les Perses. Cela n’empêche pas qu’il n’y ait eu très anciennement des relations entre les peuples de la Perse actuelle (Fars, etc.) et la côte orientale de l’Afrique. La régularité des moussons rend la navigation sur rOcéan-Indien tellement facile, qu’il serait très étonnant que ces Asiates eussent attendu le siècle de notre ère pour passer en Afrique!

Connaissance de l’Afrique du XV» au XVille siècle.

Si les classiques, grecs et romains, ainsi que les Arabes du moyen-âge avaient une connaissance assez complète du continent noir, connaissance qui a été très probablement beaucoup plus considérable que nous ne pensons, depuis l’époque romaine jusqu’au début du XVe siècle, ou tout au plus jusqu’à la moitié du XI Ve siècle, nous autres occidentaux ne savions à peu près rien de l’Afrique.

Au moyen-âge il y eut quelques rapports entre l’Europe et le nord de P Afrique (croisades, St. Louis). Léo Africanus (1492 — 1526), qui mérite tant ce nom pour nous avoir conservé tant de données sur l’Afrique et l’Egypte, pénètre comme député du Maroc

jusqu'à Tombouctou et au Boriiou. Les républiques de Venise et de Gênes entretenaient des relations commerciales avec la Barbarie, ainsi qu’avec TAbyssinie. Leurs cartographes Angelino Balirto (1825 et 1389), et fra Mauro (1459) ont recueilli des matériaux précieux. Ils confondent néanmoins le Nil avec le Niger. Le fameux voyageur Marco-Paolo (1256 — 1323) donne des récits sur Socotora, Zanzibar, Madagascar, etc., qui nous semblent assez fabuleux, mais qui n'en contiennent pas moins d'appréciables choses. Vers la fin du XIII*' siècle (1282) les Génois découvrent les îles Canaries. En 1351 les Azores sont marquées sur une carte italienne (la carte „Portolan” des Médicis). Pendant la deuxième moitié du XIVi- siècle (1355'?) des marins français de Dieppe partent avec trois vaisseaux, descendent le longdès côtes africaines et découvrent le Sénégal et la Hte Guinée, 40 ans avant les Portugais.

Reproduction photographique d’une partie de la carte de Guillaume de l’isle.

Ils y auraient fondé en 1364 des établissements commerciaux, mais (comme les Carthaginois jadis, Hanno!) ils auraient gardé le secret de leurs découvertes. Jean do Bethencourt et Gadifer de la Salle (1402) colonisent aux îles Fortunées (Canaries). Depuis ces îles figurent toujours sur les cartes. D’après un franciscain castillan anonyme, qui aurait Iraversé rAfri(/i(e de t’ouest à l’est au XlVe siècle (vers 1340), il y avait dans la région du Haut-Nil trois princes chrétiens (coptes): le roi de Nubie, l’empereur d'Ethiopie et l'empereur de Magdasor dont les états se trouvaient sur les bords du fleuve Géhon (Xote du It. P. ilesnage).

Au commencement du XVe siècle, le grand ère des découvertes africaines (retrouvailles!) commence, et ce sont les Portugais qui ont la gloire immortelle, d'avoir pris l’initiative de ces expéditions hardies. C'est surtout Henri duc de Visen (1394 — 1460), surnommé le Navigateur, fils de Jean I, qui est resté célèbre pour avoir donné le premier coup aux découvertes portugaises. La prise de Ceuta sur les Maures (1415) et son débarquement à Tanger (1437) paraissent lui avoir donné le goût des découvertes maritimes. En 1438 il fonde à Sagres une académie, qui devint bientôt le rendez-vous des savants et des géographes dont il était le protecteur. Le mathématicien Yuyo de Majorque était son professeur. Sous son inspiration les Portugais se fixèrent à Porto-Santo en 1418, à Madère en 1419, aux Azores (1432 — 1460). Gil Yanez double le cap Bojador en 1438 (ou 1434'?) et Nunao Tristrao le cap Blanc en 1440 (ou 1441?). En 1441 Antâo Gonçalvès atteint le cap Branco. Diniz Dias découvre l’embouchure du Sénégal en 1445, puis Lanzarotte en 1447. Dès 1445 on double le Cabo-Verde (Denis Fernandez), et Antonio di Noli, ainsi que le vénitien Ca’da Mosto, voient les îles du même Cap Vert. Le dernier (Mosto) arrive à la Cote d'Or en 1456. Petro de Cintra atteint en 1462 le cap Mesurado, et Joâs de Santarem en 1471 l’Equateur (cap S'a Catharina) et Fernando-Po. Entre les années 1482 et 1486 Diago Cào fait deux voyages. Au deuxième il arrive jusqu’aai cap Si^a Cruz. Diego Cam découvre en 1484 l’embouchure du Za'ire ou Congo. En 1486 Bartholomeo Diaz, envoyé par Jean II, arrive enfin au Cap des Tempêtes. Le rude marin dut revenir sans l'avoir doublé, mais douze ans après Vasco di Gaina, en 1497, le double, et lui donne le nom de Cap de Bonne Espérance. H descend la côte orientale, découvre Natal (25 déc. 1497), Mozambique, Mélinde, et Mombasa (1498). Il fait son premier voyage aux Indes et touche en revenant à Magdocho et Zanzibar, dont il s’empare en 1499. Il y fonde un couvent d’Augustins. Ceux-ci so fixèrent aussi à Pâté et à Mombasa. Les

Portugais perdirent Zanzibar en 1698. Ils en furent expulsés par les Arabes de Mascate. Ils tentèrent de s’en emparer de nouveau en 1728, mais sans succès. En 1759 Pombal, par sa politique désastreuse ruine tout. Diego Diaz découvre Madagascar en 1500, et Saldanha arrive en 1503 à Guardafui. En 1520 on atteint Massuah, et Suez en 1541.

Pendant un siècle les Portugais seuls exploitent les comptoirs commerciaux qu’ils erigent partout sur les côtes occidentales et orientales de l’Afrique. Peu à peu néanmoins on tenta de pénétrer dans l’intérieur des terres de ce mystérieux continent. Tout naturellement on tâcha de remonter les deux superbes fleuves, le Congo et le Zambèse (Monomotapa). On y colonisa fV. Infra). Ainsi, en 1499 les Portugais Covilham et Païva essayèrent de pénétrer, le long de la Mer-Rouge, dans le pays du ,jprestre Jean”, qu’on croyait être le roi d’Abyssinie. Covilham en effet atteignit la vallée de Choa où il fut couvert d’honneurs et de richesses. Les rois d’Abyssinie et du Portugal s’envoyèrent mutuellement des ambassades. Rodriguez de Lima parcourait, comme ambassadeur du Portugal, en 1520 les régions nilotiques. — Les Français se fixent au Sénégal en 1626, et les Hollandais en 1650 au Cap de Bonne Espérance et en 1682 à la Côte-d’Or. Le français André Brue monte le Sénégal et arrive jusqu’au lac Tchad. Il pénètre même jusqu’aux sources du Nil-Bleu. Du côté opposé Pedro Paez aurait visité en 1618 les sources du Nil, et Jérôme Lobo s. j. (supérieur de toutes les communautés religieuses de la vallée du Tigré sous le roi Segued) aurait vu en 1623 les sources du Nil-Bleu. En 1698 l’abbé Poncet voyagea, avec le jésuite E. V. Bredevent, en Nubie et au Sennaar. Il y guérit même le roi du pays. Sa mauvaise santé ne lui permit pas d’arriver jusq’aux sources du Nil. Il s en retourna vers l’Egypte (V. infra). — Pendant le XVIII® siècle on essaya sur plysieurs points de pénétrer davantage dans l’intérieur. En 1716 Compagnon arrive à Bambuk dans le Haut Sénégal. Andanson voyage de 1749—1754 en Sénégambie. De 1750 1754 Lacaille explore le Cap. L’anglais Bruce fait son célèbre voyage en Abyssinie

(1772—1779). Sparman et Thunberg voyagent à travers le pays des Hottentots entre 1772 1776, et Le vaillant (1780 — 1785) continue leur itinéraire. Gordon découvre la rivière

d’Orange en 1777. C. Niebuhr était arrivé en 1761 en Egypte. — Ce furent là les explorations et les expéditions les plus mémorables, tant pour la région côtière que pour l’intérieur depuis le XlIIe siècle jusqu’à 1788, année de la fondation de la célèbre African „ Association” de Londres qui pour l’exploration moderne de l’Afrique (XIX^ et XXe siècle) devint ce que l’Académie de Sagres d’Henri le Navigateur a été pour celle des Portugais et d’autres du XVe au XVIIlB siècle.

Covley a dit „que tous les In-folio des anciens Missionnaires (du XVI® siècle, p. e. „ceux de Hazart), ne contiennent pas vingt petites pages de sérieuse science géographique!” Petermann aussi a ou le tort d’écrire l’énormité que voici: „Un seul voyageur allemand „(H. Barth) a fait plus pour la carte et la connaissance géographique de l’Afrique que „tous les Portugais ensemble, sans en excepter le gouvernement portugais, et que toutes „les Missions Catholiques depuis des siècles.” Oui, par exemple le P. Krump, franciscain bavarois (1700 — 1761), bien connu des savants qui s’occupent de l’Afrique, était allemand, mais Stanley, Speke, Burton, Cameron, Livingstone, Pinto ne l’étaient pas! Pourquoi ne pas donner suurn cuique! Que le gouvernement portugais conserve encore jalousement des pièces intéressantes dans ses archives secrètes à Lisbonne, ainsi que les Jésuites dans leurs archives de Lisbonne et de Madrid, ou la Propagande à Rome, c’est possible, mais ils n’en sont certes pas jaloux. La vérité est que les Jésuites notamment ont rendu d’immenses services à la science en ce qui concerne la géographie de l’Afrique, et que les mesures draconiennes et sauvages de Pombal contre eux ont été un malheur irréparable et une vraie catastrophe, non seulement pour l’iniérêt politique du Portugal et de l’Espagne, mais aussi pour la science que le sauvage Pombal a fait reculer ainsi de plusieurs siècles. Lorsqu’on a sous les yeux p. e. les cartes de Hondius, qui se trouvent dans le grand atlas de Jansonius, où l’on voit tout V intérieur de l’Afrique couvert de lacs, de rivières, de centaines de noms propres de peuples, de pays, etc., on ne peut se rendre à l’idée què tout cela soit de la fantaisie. Qu’il y ait des inexactitudes même grandes.

que les procédés cartographiques étaient rudimentaires encore, c'est vrai, niais on doit de la reconnaisance à ces hommes. Ce serait même une étude très intéressante d’examiner ces données, et de vérifier p. e. oes noms propres. On serait bien surpris. Certes, actuellement une carte de Habenicht est bien autre chose; cependant qui nous dit que dans 1000 ans, selon la remarque humoristique de Stanley, tout cela ne sera pas biffé et que l'on recommencera les cartes in blanro. On ne croira pas davantage peut-être aux cartes de Habenicht ou de R. Kiepert qu’à colles de Hondius, de Bimo, de Mercator ou

Croquis dune carte de Henr. Hondiu.s (1641) dans: „Theatrum Orhis terranun, Amÿterdmn, a}). J. Jansonium, 1666, t. V.’’

de Bruzen de la Martinière ! — Nous allons donc esquisser rapidement ce qu’on savait au XVIe siècle de l’Afrique et de son intérieur. Puisque, au jugement de Cameron, les travaux du XVIe siècle ne sont pas à dédaigner et qu’ils valent mieux en tout cas que les fantaisies des géographes de la fin du XVIIIe siècle, ils méritent vraiment d’être signalés.

De Barros, ce Livius portugais, avait, pour composer son immortel ouvrage l)a .l.siVf, ses renseignements des Portugais établis au Congo et à Sofala. Ceux-ci connaissaient l’intérieur qu'ils remontèrent au delà de Kassangi à l’ouest et de Zumbo à l’est. De Barros parle d’un lac immense, et d’un autre lac nommé liarcemi ( llahr-Sana ou lac Tmna) en Abyssinie d’où sort le Nil-Bleu! Dans le premier lac il y avait une île (l'hcreivc-?) dont le roi pouvait mettre 30.000 hommes sur pied. Ce lac était, selon les géographes les plus anciens, la source du Nil, du Zaïre (Congo) et du Zambèse. Les Portugais entendirent les noms Nyanza, Nyassa, Tanganika, Ukéréwé, Lualaba, et ils englobaient tout sous le nom d’mt lac /.enibre. Si de Barros avait parlé d’mic immense région lacustre au lieu d’un lac il eût été plus exact. Il avait bien raison de parler d’un lac immense, puisque le Muata équivaut en superficie à la Wesphalie, le Tanganika à celle du Hanovre, le Nyassa à celle de la Silésie et le Nyanza enfin à celle de la Bavière! La petite carte ci-jointe est une réduction très sommaire d’une magnifique carte de Henrico Hondius qui se trouve dans 1 Atlas de Jansonius (V. à Uc lin du Diclimumirc). On en trouve une pareille dans

de Cluverius, publiée après la mort de celui-ci (1623) par Bruzen de la Martinière en 1729. L édition de 1665 contenait de semblables cartes faites par Buno. On remarquera que le grand lac se nomme au nord Zaïre et Zembwe au sud. Le Zaïre avec Zaûan correspond assez bien au Muata-Nzige et au Nyanza, tandisque le Zembwe fait soupçonner le Tanganika avec le Banguélo. Le pays entre le Muata et le Tanganika contenant une si énorme population (Ruanda, Urundi ! ?) était probablement indiqué sur les anciennes cartes par Vile qui séparait le Zaïre du Zembre. Cette île marquée par Hondius serait la même que celle dont le roi^ selon de Barres, mettait sur pied 30.000 hommes. La rivière üelle a sa source un peu à l’ouest du Muata. Or, les anciennes cartes font sortir le Zaïre-Congo au nord-ouest de leur lac nilotique! Est-ce de pur hasard? — Le lac Aquilonda était mis en communication lui aussi avec le Congo. Le lac Sachaf correspond assez bien au lac Ngami ; la rivière Cuama au Zambèse et la Rio del Spirito Santo au Limpopo. Mais si ces anciennes cartes donnent quelque chose, les anciens récits des Portugais donnent davantage. A signaler surtout l’ouvrage de Pigafetta (Relazione, etc.) ouvrage qui eut une immense vogue et fut traduit en peu de temps dans toutes les langues européennes. Kircher dans son ouvrage: „i)e Onderaardse Weerelt, Amsterdam 168^2^^ donne une carte d’après Lopez-Pigafetta. Pigafetta composait son livre à Rome (1591) d’après les communications d’Edouard Lopez, un portugais qui s’était fixé en 1579 dans le royaume du Congo. Cet un grand homme, qui mérite toute confiance selon les auteurs les plus récents, était géographe (pour son temps). En 1586, il remplissait une mission au nom du roi du Congo en Europe et venait ainsi à Rome.

En parlant des sources du Nil Lopez décrit deux lacs qui se trouvent l’un au-dessus de l’autre. Il place le premier à 12" latitude sud, et le second à l’équateur. C’est assez exact. Figurons-nous Zembre (S.)-Zaïre (N.) d’après le hollandais Dapper, non pas séparés par une île mais comme deux lacs. Le Zembre (à 12'") pourrait être de cette façon le Banguélo (c’est là que Livingstone découvrit en 1859 le lac) ou le Tanganika, ce qui est plus probable. Selon Lopez ,,les Monomugi habitent entre le Zembre et le Zaïre et sur la côte ,, orientale du premier lac. Ce peuple entretenait des relations d’amitié et de commerce avec ,jles sultans de Zanzibar et de Mombasa.” Ceci est excessivement intéressant. Ces sont très probablement les Wayiyamwezi de nos jours, ou même les WarundPWanyaruanda, puisque ces derniers sont les vrais habitants du pays de la lune (mwezi, ukwezi), et que le nom de Wanyamwezi a été donné à tort par les Wamrima aux habitants de l’Unyanyembé, etc. Ces Monomugi s’appellent aussi Nimeamaje ! C’est un autre nom qui n’est probablement qu’une transcription fautive de V\ anyamwezi. Bruzen de la Martinière dans son ,jDiction. géogr.'' donne les frontières des Monomugi. Elles concordent assez bien avec celles de l’Unyamwezi actuel. Lopez place des mines près du lac Zembre. Ce détail aussi est très frappant. Les côtes du Tanganika sont en effet riches en métaux précieux. Dans la zone visée on trouve de l’or partout: dans le Msalala, l’Usongo, le Butundwe, Irangi, Kishaki, etc. On a parlé de diamants à Ndala. Il y a du cuivre au sud-est d’Ujiji, et dans le

Katanga. On doit s’attendre à bien d’autres suprises Seulement Lopez assure que le

Nil sort de ce lac! Ce serait alors le Nyanza; mais dans ce cas encore les détails mentionnés se laissent vérifier, quoique moins bien. — Le Zcdre est placé par Pigafetta (Lopez) sur l’équateur. Ptolémée, on le sait, parle de deux lacs l’un à côté de l’autre, tandisque Lopez, les place l’un au dessus de l’autre. Si nous éloignons en esprit la séparation entre le Muata et le Nyanza, les deux opinions se laissent combiner. Le Zaïre de Lopez devient le Nyanza dans ce cas. Entre le Congo et le Zaïre (lac) il y avait, selon Lopez, des canibales! Ce sont les Wanyema, Wavira, Wabembe, etc. Selon Lopez encore, il y avait dans ces parages des commerçants qui savaient lire, écrire et compter, et qui se servaient de poids et de mesures. C’étaient peut-être des Arabes (?). Pigafetta donne d’autres détails encore. Il faut avouer que toutes ces choses sont assez remarquables.

L’embouchure du Congo fut découverte, on Ta vu, en 1484 par Diego Cam. Le roi d'Ambassa (plus tard San Salvador) envoyait un certain nombre de ses sujets au Portugal. Le 29 mars 1490 ils revenaient baptisés. Bientôt il y eut là de florissantes chrétientés. Un

siècle après, en 1595, le pape Clément YIII érige un évêché à San-Salvador capitale du royaume du Congo. Le deuxième évêque fut un prince nègre baptisé à Rome par le S. P. en personne. Le roi chrétien noir Alvarès III envoya en 1620 au pape Paul Y une brillante ambassade, etc. (Yoir chez Edm. Denys: Onafh. Congoland^ 1. 11^ c. XXIV p. 240 — 262 un résumé de Thistoire des anciennes chrétientés du Congo). Ce n’est qu’en 1877 que H. Stanley a établi le cours du Congo, mais au XYIe siècle on en avait une idée assez exacte. L’idée générale était, que le Congo, le Nil et le Zambèse sortaient d’un setd lac (de Barros). Selon Lopez Pigafetta le Congo reçoit de l’eau de trois lacs. Il sort d’on lac {Zembre, selon Dapper) à 12 ' lat. sud, Livingstone trouvait à cet endroit les sources du Lualaba. Ce Zembre est notre Tanganika-Banguelo. Le Tchamhesi entre à l’est dans le Banguelo et en sort à l’ouest, comme branche du Lualaba! L’autre lac Aquilonda n’e&tpus nommé par Lopez, mais celui-ci le décrit comme une nappe d’eau d’où sortent le Lolunda et le Coanza. Ailleurs il parle d’un lac-source du Coanza, et le nomme lui aussi Aquilonda . Il est curieux que dans ces régions habite le grand peuple des Walunda. Le troisième lac cède de l’eau au Nil. Du reste, les deux lacs Zembre et Zaïre sont mis par Lopez également en communication avec le Nil. Puisque le Zembre est déjà mentionné comme source du Congo, Lopez paraît viser ici le Zaire (Muata-Nyanza). Selon lui, il court une rivière du Muata au Congo. C’est peut-être l’Ahruwimi ou TUelle. Les cartographes d’il y a trois siècles donnaient au Congo une courbe, mais plus à l’ouest et moins au nord. Un globe découvert à la bibliothèque de Lyon, de 2 M. de diamètre, construit en 1701, donne assez exactement le Nil, le Zaïre, le Zambèse, avec tout un réseau de rivières, de lacs, et de montagnes! Selon Brucker (Etud. reL, i818y livr. févr.) le globe concorde assez bien avec les cartes de Mercator et de Hondius (éd. 1631). Les atlas de Hondius ont été très goûtés en France au XYII® siècle. A Lyon on possède dix éditions. — Lelewel reprodruit une carte de 1500 où le Congo, sous le nom de Rio de Padrâo, vient directement de l’est. Cameron au XIX« siècle le croyait encore! Le globe de Lyon donne déjà la courbe. — Petermann en 1862 reproduit encore le lac Aquilonda et le place à 7"45' lat. sud et 17^ long, est. Il y ajoute la mention que ce lac fut découvert en 1490 par des Congolais et des Portugais. Maffaeus raconte à quelle occasion on découvrit ce lac. Le peuple Mundequetes faisait une invasion dans le royaume du Congo. Ce peuple d’envahisseurs habitait près du lac Aquilonda sur ses rivages, ou sur les îles qui s’y trouvaient. Le roi du Congo suivi par des Portugais, organise une expédition contre ces sauvages. S’agit-il bien du lac Aquilonda? Maffaeus ne le nomme pas, mais il fait précéder son récit de l’expédition par la description du grand lac Zembre. L’expédition allait-elle donc aux grands lacs orientaux (Ruanda!). Probablement non; mais les Portugais ont pu le croire. Dans la description il est question des „îles fertiles et très peuplées” de ce lac. Selon Brucker l’expédition n’allait pas à l’Aquilonda, mais vers le Zaïre-Moyen. Les Mundequetes seraient identiques aux Bateke ou NHeka. De Barros fait couler six rivières dans le Congo, que Brucker croit retrouver dans celles de Stanley. Mais les cartes ne confirment pas cette opinion. Les récits parlent d’un „ingens lacus ad instar marisX Le lac vu par les Portugais en 1490 est donc probablement un autre que le Zembre (Aquilonda ou Nyanza?). Selon la carte Pigafetta- Lopez, PAquilonda est le lac-source du Zaïre, et le Coanza ainsi que le Lalunda en sortent. (Y. les sources alléguées par Hassenstein dans: Petermann' s Mitth. 1862). Cap. Cavazzi place Aquilonda à 7'^ 45' lat. sud, et De Mary d’Etournelle, qui aurait vogué dessus en 1795, le met à 9o lat. sud.

Les sources du Nil, on le sait, ont intrigué tous les siècles. Mais il faut remarquer que c’étaient presque toujours des non-africains qui voulaient résoudre ce problème. Les Egyptiens eux-mêmes, surtout les plus anciens, les connaissaient parfaitement. Cambyse, en arrivant en Egypte, voulut savoir à tout prix où commençait le Nil. La première question d’Alexandre-le-Grand à l’oracle de Jupiter Ammon concernait les sources du Nil. Son successeur Ptolémée, roi d’Egypte, guerroyait contre les Ethiopiens exprès pour pénétrer jusque dans ces régions (Urundi-Ruanda). Selon Lucain Jules César aurait renoncé à la guerre civile, s’il avait pu connaître ce secret. Néron y envoyait des légions, etc. Il n’est

donc pas étonnant que les voyageurs du XVIe siècle voulurent en savoir davantage. Mais il paraît que les anciens (e. a. Ptolémée) en savaient bien plus long que Barros ou Lopez Le célèbre géographe-astronome d’Alexandrie a positivement connu le Nyanza et l’Albert- Edouard (cfr. Lelewel et Cellarius : Notitme orbis antiquaej. Selon lui le ,Nil sortait de deux lacs placés l’un à côté de l’autre à 6'^ lat. sud. Celui de l’ouest est nommé dans quelques éditions: to)v yiazaçayczMv Il y a en effet dans les affluents de ce lac beaucoup de

cataractes. Le lac oriental est nommé ^ zcùv %Qo%oôétÀo}v C’est le Nyanza! Ces lacs

selon Ptolémée, reçoivent leurs eaux „des montagnes de la lune"" = montes lunae. On sait maintenant, que le Nil a ses sources partielles dans les montagnes de l’ürundi-Ruanda, le vrai ,jMivezi-Jand'% et dans le massif du Ruwenzori, couvert de neige. Il n’y a qu’une erreur de 6'^ ce qui certes est bien excusable. Les Portugais du XVIe siècle découvrent le Congo (Zaïre) et le Zambèse; iis entendent parler d'un grand lac intérieur où naissent et le Nil et les autres fleuves. Ils connaissent les lacs de Ptolémée. Ils les conservent donc à la même latitude. Seulement ils les font plus grands. C’est ainsi que Hondius (Judocus D’Hondt van Wacken 1543—1611), Gérard Mercator (de Rupelmonde 1512—1594), Samson, Buno, JDapper, Ortelius, e. a. ont raisonné en construisant leurs cartes. Lopez ne fut pas cru. Il plaçait ses lacs l’un au-dessus l’autre et changeait la latitude, puisqu’il avait eii vue des lacs plus méridionaux que ceux de Ptolémée. Celui-ci ne marque (?) que le Nyanza et l’Albert-Edouard. Les géographes du XVIe siècle font penser par leur premier lac au Nyanza et à l’Alb.-Edouard, et par le. second au Tanganika et au Banguelo. Lopez, en somme, est plus exact et plus près de la réalité en ce qui concerne la latitude. M. Major a découvert dans Pigafetta un détail assez curieux. Il croit que le nom même d'Ukerewe se retrouve dans le lac Colue de Pigafetta. Selon celui-ci, il sort de ce lac un

fleuve du même nom qui coule vers le nord. Ce fleuve se joint au Nil(?) au-dessus de

l’équateur. Selon d’autres le lac Colue serait le Sobat!

1j’ A bavi ou Nil-Blanc fut une autre source de confusion. Les Abyssins le nommèrent le Nil tout court. Il vient du lac Tsana. Les Abyssins, convertis au III^ siècle, devenus Jacobites au IX^^, furent en grande partie reconvertis au XVIe siècle par les Jésuites (cfr. Lettres édif., t. //, p. SU). Ces derniers croyaient que le lac nilotique devait être un lac abyssin. Ils le reculèrent très au sud, èt le mirent au 20^ lat. sud. C’est par là qu’ils

cherchèrent une route pour arriver dans leur mission abyssine par le sud et par Vouest

(Zaïre-Congo). Ainsi le P. Mariano reçut au XVII® siècle l’ordre d’explorer le Vi/assa (qu’on connaissait) pour trouver là une route, puisque à cette époque la route du nord était fermée par les musulmans. Les Portugais voulaient, de leur côté, une route commerciale pour atteindre directement l'Abyssinie par le Congo. C’est ainsi qu’on perdit de vue les lacs de Ptolémée qu’on plaçait à tort dans l’Abyssinie. Le P. Lobo néanmoins affirmait que le lac Zaflan n’appartenait pas à l’Abyssinie mais au „Galla-land”. — Le P. Paez, portugais (né en 1564, arrivé en Abyss. en 1608 et mort en 1622) a eu l’honneur d’avoir

découvert le lac Tsayia en 1618. Il le place à 12o lat. nord. C’est la source du Nil-Bleu.

James Bruce arrive en 1700 au même lac et prétend l’avoir découvert le premier. On croyait donc que c’était là la vraie source du Nil, sise par conséquent beaucoup plus au nord que Ptolémée ne l’avait mise. Depuis on rejetait tout. Ainsi Bruzen de la Martinière taxe de rêves tout ce que Cluverius avait écrit sur le Nil ! Il ne veut plus entendre parler de sources du Nil ou de lacs. Il n’y a plus que le Tsana. Après lui on a fait mieux

encore. On a tout biffé, et on a laissé la carte de l’Afrique en blanc!

On voit donc que les géographes, et les auteurs du XVI® siècle en particulier, avaient une connaissance assez sérieuse des grands lacs, du cours du Congo et de celui du Nil. Pour les parties australes de l’Afrique, et notamment pour le cours du Zambèse et pour les lacs qui l’alimentent, leur connaissance était encore plus grande. Il en sera parlé dans l’article sur Monomotapa.

Un mot encore des caries qui ont été faites dans la période dont nous parlons. Celles des anciens classiques et des arabes sont mentionnées déjà. On vient de parler de celles de Hondius^ de Mercator, e. a. On sait qu’au XVB et au XVII^ siècle les cartographes

néerlandais étaient les premiers du monde. Les presses d’Amsterdam, de Leyde et d’Anvers ont donné de magnifiques oeuvres. Au XVIIIe les Français tenaient la tête (Eicard, Lahire, Deslille, d’Anville, etc.). Ils furent supplantés par les Anglais. En ce moment les Allemands sont les maîtres incontestables dans ce genre, — En 1508 paraît (400 ans après celle d’Edrisi) une carte dite „de la Margarita Philisophica'\ Elle donne les inévitables .^montes lunae’' et les trois réservoirs, mais elle est bien moins exacte que celle d’Edrisi. — Toutefois en 1508 paraît la carte de Jean Ruysch qui est déjà meilleure. Elle n’a que les deux lacs de Ptolémée, placés l’un à côté de l’autre et mis bien plus au sud. Le troisième est reporté plus au nord. — En 1511 paraît une autre carte, de Sylvanus cette fois-ci. Tandis que la précédente donnait assez exactement le contour de l’Afrique, celle-ci l’a bien modifié! Les trois lacs se sont rapprochés l’un de l’autre. Les ^montes lunae'' entre les deux lacs prennent forme et rang. — L’an 1529 voit paraître la carte de Yerrazano. Le contour est rectifié, et le Nil vient en droite ligne de deux lacs alimentés chacun par trois ou quatre rivières. — La carte de Séb. Chabot du XVIe siècle n’a pas encore profité des découvertes portugaises. Les trois lacs sont remis en ligne et les montagnes de la Lune se groupent pittoresquement à la source de chaque cours d’eau. Le cartographe paraît avoir lu Marco- Paolo. Il place sur sa carie des éléphants, des crocodiles, de grands empereurs et des pygmées ou plutôt des nains. On peut voir les cinq cartes précédentes reproduites en miniature chez H. Stanley: Dans les ténèb. de VAfr., t. II, p. 274 — 216, 3e éd. Paris {Hachette), Le célèbre explorateur donne encore une autre (ibid. p. 211) d’après les géographes des XVI« et XVIIe siècles. Elle ressemble un peu à celle de Hondius, mais les auteurs n’ont utilisé qu’imparfaitement les données de de Barros, de Pigafetta, de Lopez, Cavazzi, etc. Les fameuses „Montagnes de la Lune” y figurent toujours, et deux immenses lacs y sont représentés. — Il faut citer encore la carte de Joh. Math. Hase de 1737 et celle de Bourguignon d’Anville de 1749. — M. Stanley reproduit, comme curiosité, une carte de Constable, publiée à Edimbourg en 1819. On y a balayé tout ce que le vieil Homère et les géographes du XYI« siècle y avaient mis, même les lacs. Les Montes Lunae sont reportées du 5'^ au 10> au nord de l’équateur, et s’étendent du 20^^ longitude au golfe d’Aden. Elle est un véritable recul, et le grand explorateur n’a pas tort de s’en plaindre ironiquement. Il cite ensuite un extrait de Hugh Murray: Historique des découv. et voyag. en Afr., 1818, et un semblable du P. Lobo, édité par le Prieur de Neuville-les-Dames et de Prevessin, qui tous les deux méritent d’être lus (l. c. p. 218 — 28d).

XYI.

Zimbabye. — Monomotapa.

Ce n’était pas une petite surprise pour les savants, lorsque en 1871 les ruines de Zimbabye dans le Mashona-land furent découvertes ou plutôt retrouvées par Mauch, et M. Merensky pouvait justement écrire au Dr. Petermann: „L’ancien Monomotapa donnera „matière de recherches pour de longues années aux voyageurs et aux savants.” M. Th. Bent les a explorées et décrites en 1891. Yoici ce que le Times du 10 août 1891 en disait: „Les ruines de Zimbabye, que M. Bent vient d’explorer, comptent parmi les plus „ intéressantes du monde. L’enclos muré, 250 yards en rond et qui contient maint emblème „phallique, est considéré avoir été un temple phallique” (Chamite, Siva!). Les remparts „dans quelques endroits avaient 16 pieds de grosseur et 40 pieds de hauteur. Deux essais „ont été faits pour ouvrir la grande tour, qui est très solide et qui paraît ne pas avoir „une ouverture en haut. Il y a des ruines sur une colline tout près, du même âge et „du même style. Celles-ci consistent en des remparts nombreux, des escaliers, des arceaux „et des cavités blindées. Il y a des indications que trois personnes occupèrent ces grottes. „ Les constructeurs paraissent avoir été des Arabes phéniciens (I). Les indigènes ont trouvé „un autel phallique sculpté, avec des oiseaux et de grandes coupes, et garni d’une frize „qui représente une scène de chasse. Il y a quatre pièces où un homme jette un javelot

„tandisqu’il tient un chien en Hesse. Par derrière il y a deux éléphants. On a trouvé „ aussi de la poterie bleue et verte persique, et une lame en cuivre incrustée d’or, mais „point d’inscriptions.” Qui a bâti ces monuments actuellement ruinés? On n’est nullement d’accord sur ce sujet. Beaucoup les attribuent à des colons du sud de l’Arabie, et leur assignent un âge de 2000 ans. Bent les attribue aux Sahéens. Peut-être sont-ils à attribuer aux plus anciens Minéens. On sait que tous les deux sont membres de la famille sémite himyarite. De semblables ruines se trouvent aussi sur les collines Beningwa et ailleurs dans le pays des Matébélés. De Barros {Asia, 1ère déc., I, 1, Lisboa, 1777) pense, que les ruines sont antérieures aux Portugais et aux Arabes musulmans. Faut-il les attribuer aux Himyarites ou aux Axumites de l’Abyssinie? Ceux-ci avaient bien un port de mer à Adidis^ l’entrée du Golfe Arabique, mais ils étaient Chrétiens et les emblèmes des ruines

sont païens et franchement chamites et orduriers! — M. Mauch a simplement retrouvé ces ruines en 1871, puisque tous les anciens livres en parlent. Quoique les Portugais ne paraissent pas les avoir vues, de Barros en tout cas et les historiens de la mission cafre

(e. a. P. dos Sanctos o. p.) en parlent, et prétendent que cet endroit ainsi que les monts Fiira livraient de l’or pour la reine de Saba. Bruzen de la Martinière émet l’opinion que le pays d’Ophir se trouvait là.

Tous les anciens auteurs parlent de Monomotapa comme d’un g’rand royaume qui s étendait jusqu au Cap. On 1 a depuis biffé de la carte. Pour M. Keane ce royaume n’a jamais existe! C est un mythe! Selon lui les Mashona et W^akalaka (Nègres) actuels sont les descendants directs des natifs dont le grand chef se nommait Mofiotyiotcipct := uiwclïici tapa ^ seigneur des mines ou des mineurs! Ce chef régnait sur le Manika c.-à-d. sur toutes

les régions aurifères environnantes, lors de l’apparition des Portugais à Sofala en 1499. Ce chef aurait été confondu avec la monarchie, qui comprenait tout le pays au sud du Zambèse. Quoiqu en disent les modernes, il est absolument sûr que ce voyauwiB nègre a existé. Il se trouvait là où habitent maintenant les Matébélés. La capitale de Monomotapa n éiait pas loin de Zumbo au Zambèse. Bruzen de la Martinière circonscrit ainsi le fameux royaume: „I1 renferme toute la terre ferme qui se trouve entre la rivière Magnïce et le j^Cuama, en commençant a leur source jusqu’à leur embouchure dans la mer, excepté la „côte de Sofala. En comprenant cette côte il est comme une île arrosée par l’eau de tous „ côtés. Il poursuit: „Les États de Monomotapa sont bornés au nord par le Zambèse ou ,,le Cuama\ a l’est par la mer; au sud par le Laurenço-Marquès ; à l’ouest en partie par le jjCuama^ et en partie par le Laurenzo-Marques”. Ceci correspond assez bien au Matébélé-land qui se trouve entre lè Zambèse, le Limpopo et la côte de Sofala. Le P. Godinho dans le 2^ livre de sa Vita, etc. (V. infra) donne beaucoup de détails sur le fameux royaume,

détails qui concordent avec ceux fournis par de Barros et par dos Sanctos. L’empereur de Monomotapa pouvait rassembler en un instant 100.000 hommes armés. Sa garde de corps se composait de 30 000 guerriers. De son côté Bachiene {Volkom. geoyr. v. Htibner, Kuilenb., il 56) dit sur Monomotapa: „La capitale de tout le pays se trouve sur la rivière ,jRio-dl-Spirito-Sanlo. Dans les autres villes les maisons sont des cases en terre, mais cette „ capitale est merveilleuse. Les maisons y sont en pierre et même à deux étages.' Il y a „deux forts. Le vieux a de fortes tours et des remparts. Le nouveau contient des meubles „très précieux venant de Perse et de Chine.” Bachiene y attache Zimbaoe. — Il le connaissait donc avant Mauch et Bent! ,, Zimbaoe se trouve dans le sud, dans le „royaume Quiteve. C’est une belle forteresse carrée. Au milieu il y a un palais, garni de „tapis, de candélabres en ivoire qui pendent à des chaînes en or”. Ensuite il parle de Sophala ou Zophala, où les Portugais ont une forte garnison pour contenir la population. „Aux environs de cette ville il y a beaucoup de mines d’or. Les rivières y contiennent „beaucoup d’or. C’est le plus beau pays du monde. On y trouve aussi de bon ambre gris „et de bel ivoire.” Selon Bachiene le pays d’Ophir est là et nulle part ailleurs. Selon les Portugais du XVI^ siècle, malgré ces constructions en pierres, les Nègres et le roi lui-même habitaient dans des cases en terre! Comment combiner tout cela? Selon Mauch aussi, il s’agit simplement des Wakalaka^ qui formaient, il y a 300 ans, un puissant royaume.

Leur roi ou Mambo régnait entre le Zambèse et le Limpopo. Depuis leur puissance fut détruite par une autre tribu. Les anciens récits mentionnent beaucoup de montagnes, de rivières, de tribus. Ces récits paraissent écrits aujourdhui. On connaissait au XV!*^ siècle parfaitement les mines d’or du Transvaal actuel.

La Mission du Monomotapa fut fondée par le P. Gonz. Sylveria qui fut martyr dans la suite. C’est le P. Godinho qui a écrit sa vie (Vita P. G. Sylveria, Lyon, i6'P2). Buno, dans son éd. de VIntrod, de Cluverius, le mentionne. La mission commence en 1560. Sylveria remonte le Zambèse jusqu’à Senna, puis jusqu’à Tete. Il dépasse Zumbo, arrive à Mabata (actuellement Mpata) et se fixe à Bamba (maintenant Mamba). Le nom de Monomotapa ne se trouve pas sur son croquis de voyage. Avec le temps les Missionnaires y eurent beaucoup de succès (cfr. Brucker: Etudes relig., 1887, l. c.). Le P. Barth. Manasse écrivait une grammaire et un dictionnaire de la langue des Cafres en Monomotapa. En un mot tout ce qu’on sait de ces pays^ de leur géographie, de ces peuples, etc. on le doit en très grande partie aux missionnaires jésuites et dominicains. Mais ils ont eu le tort, paraît-il, d’en parler et d’en donner trop de renseignements. On rejette tout en bloc. Il .n’existe plus de Monomotapa! C’est un singulier procédé scientifique. On peut lire dans Cafrerie'' de Mgr. Kichards d’intéressants extraits sur le Monomotapa et le P. Sylveira^ tirés du récit du P. Du Jarric, ainsi que de la vie du P. Sylveira par Alegambe.

Mais les Portugais connaissaient encore autre chose de l’Afrique australe que le ,, mythe” de Monomotapa. D’abord quel est le lac d’où de Barros fait venir le Magnice (Limpopo) et le Cuama (Zambèse)? Selon Lopez (témoin oculaire d’après Pigafetta) il n’y a qu’un seul lac entre Angola et Monomotapa, qui est différent de celui d’où sortent le Nil et le Zaïre. Lopez ne nomme pas ce lac, mais à l’endroit visé par Lopez les anciennes cartes mettent le lac Sachaf, identique au lac Ngami, découvert en 1849 par Livingstone. Aussi Petermann pouvait-il écrire en 1855, que ce lac (Ngami) figurait déjà sur une carte de 1508. Néanmoins il le considérait comme le fruit de l’imagination, tandisqu’il est sûr que le Ngami était le Sachaf, puisque le Sachaf et le Ngami se couvrent sur la carte. Puis surtout, Lopez parlait de visu. D’autres tiennent le lac Sachaf pour le Nyassa. En effet, dans la description il est dit, que Sachaf sé trouve dans le pays des Monomugi qui habitent près de la côte orientale. Le lac Nyassa, quoique connu, ne se trouve pas sur les anciennes cartes. On pourrait peut-être étendre le territoire des Monomugi plus vers le sud et l’ouest, comme le proposent quelques auteurs, mais (à mon avis) certainement pas jusqu’au lac Ngami ! Bruzen appelle celui-ci Goyame, et il paraît parfaitement connu au XVI« siècle. La rivière Magnice sort du Ngami-Sachaf et se divise en deux après sa sortie selon les anciens géographes. La branche du nord est le Cuama, celle du sud le Magnice proprement dit. D’après notre petite carte (de Cluverius) le Cuama n’est pas uni au Magnice (ou Bio di Spirito Santo) et c’est en cela qu’elle diffère des carte des Hondius. Le Magnice est bien le Limpopo (ou Manhissa!) ou le Laurenço-Marquès. Autrefois il se nommait aussi Bio dos Lagos à cause de son origine du Ngami. En 1645 on le nomme Bio di Spirilo Santo. Or, le Zambèse et le Limpopo se rencontrent près du Ngami.

Donc le lac Sachaf et les rivières Cuama et Magnice ne sont pas une fiction! Que le Sachaf aurait été plus grand autrefois qu’il ne l’est aujourdhui, ceci ne prouve rien. Le lac Bukwa s’est desséché, et diminue encore sous nos yeux. Ainsi, on connaissait parfaitement les frontières de l’empire Monomotapa, et on peut mettre les noms actuels à la place des noms anciens. On a le même territoire.

Le Nyassa ne figure pas sur les cartes de Mercator et de Hondius, ce qui est assez étrange, puisqu’il était sûrement connu. Des cartes plus récentes, longtemps avant Livingstone

(1859), le donnent. En 1627 parurent à Rome les „Leitere annue 1620 — 1024’' des

jésuites, sorte de rapport sur leurs différentes missions en Afrique, en Amérique et en Asie. Dans ces Lettere, se trouve une lettre du P. Mariano, qui parle exclusivement de ce lac. Puisque les ports sur la Mer-Rouge étaient fermés par les Turcs, les jésuites voulaient pénétrer dans leur mission, d’abord par la route des Galla, puis par celle des Grands-Lacs en prenant l’embouchure du Zambèse pour point de départ. On voit que

c’était un plan vraiment génial. En ce moment (août 1903) nos missionnaires suivent effectivement cette route (Zambèse, Shire, Nyassa, Tanganika) pour aborder dans leur mission. Sans le chemin-de-fer de Mombasa au Nyanza^ c’était la route tout indiquée pour arriver, non seulement sur les rives du Tanganika, mais bien au delà viâ Rusissi, Kivu, etc., dans TUganda et dans tous ses territoires nilotiques. Le seul énoncé donc de ce plan des jésuites prouve, qu’on savait à cette époque qu'il y avait à l’intérieur des lacs échelonnés. — Le P. Mariano reçut donc l’injonction d’aller voir si le long du Nyassa (nommé Maravi alors) il y aurait une route pour atteindre l’Abyssinie. Son rapport de 1620 roule tout entier là-dessus. Lui-même toutefois ne vit pas le lac, mais tout prouve qu on le connaissait. Selon le P. Mariano, les eaux du Mevavi se déversent par la rivière Cherim dans le Zambèse. C’est le Shwé actuel! Les jésuites renoncèrent à leur plan, ce qui est certes bien dommage. Livingstone a donc simplement retrouvé le Nyassa.

Il ressort donc de ce qui vient d’être dit sur Monomotapa et sur le Congo, le Nil et les Crands-Lacs (V . art. precéd.) que dans les et N VTT^ siècles et même avant

on avait des notions sérieuses sur la géographie africaine. Tout cela ne diminue pas, évidemment, la gloire des explorateurs du XIXe siècle, d’avoir retrouvé le Nyanza (S. Speke en 1858, N. Speke et Grant en 1861), le Tanganika (Burton et Speke, 1858), le Ngami (Livingstone, 1849), le Nyassa (Livingstone, 1849), le Congo (Stanley, 1877, 1880), etc. Un petit résumé chronologique de ces découvertes au XlXt^ siècle en Afrique serait même à sa place ici pour faire suite aux découvertes partugaises. J’y renonce, par ce qu’on trouve cela dans tous les livres. Ainsi le „Konversationslexikon” de Brockhaus en donne un excellent à l’article „ Afrique”. Il suffit de dire, que l’Association Africaine fondée à Londres en 1788 a donné le branle à ce grand mouvement d’exploration de ce grand continent malheureux. Déjà en 1805 Mungo-Park explore le Niger-Moyen; Ondney, Denham, Clapperton la Tripolitaine et la région du Tchad de 1822 à 1824; Barth le Soudan entre 1850 et 1855; René Caillé Tombouctou (1827—1828); Nachtigall le Soudan oriental (Wadaï, Darfour de 1869 à 1874), etc. N’oublions pas, parmi tant de courageux explorateurs, de nommer dans cette liste l’énergique hollandaise Ml'e Alexandrine Tinne qui, d’abord avec sa mère puis seule, fit d’aussi périlleux voyages dans la H te Egypte, à Khartoum, et dans le Sahara, et qui fut lâchement massacrée par les Touaregs à l’ouest de Mourzouk le 1 sept. 1871. Elle était née à la Haye le 17 mars 1835. Son père était marié avec la fille de l’amiral Van Capellen, qui bombarda Alger le 29 sept. 1816 ensemble avec Lord Exmouth.

Migrations différentes des races africaines.

Selon la remarque de M. de Quatrefages (Introd. c, XII, p. Slij on se tromperait fort si l’on croyait que le bloc noir des peuples africains est resté toujours Le contraire

est vrai. Il n’y a peut-être pas de continent où la population ait été mêlée et vraiment brassée davantage à la suite d’innombrables croisements et entrecroisements, et cela depuis les époques les plus reculées impossibles à déterminer. Dans ce qui suit, nous allons parler très succinctement de quelques-unes de ces migrations dont on possède quelques documents historiques. Il est naturellement impossible de parler de toutes, ou simplement de les mentionner toutes.

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