‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 20 sur 152 · I. Migrations des Éthiopiens („Misch volker · texte numérisé non relu

I. Migrations des Éthiopiens („Misch volker

Au moyen-âge le nom Ethiopien était encore synonyme de Nègre. Nous avons vu que les Hébreux par leur mot de Kush et les Grecs (e. a. les Septante) par leur mot "'Atdio'iiJ désignaient réellement la descendance de Chain, et spécialement de Kush, e. a. m. la race noire tout entière. Actuellement le mot Éthiopien est restreint, et désigne les

peuples abyssins^ galla^ etc. Pour nous ce ne sont que des demi-Chamites^ parcequ’ils sont manifestement mêlés de sang sémite^ ce qui est admis aussi par M. de Quatrefages. Selon Hérodote les crânes des Éthiopiens ne présentaient pas de sutures crâniennes! Leur peau est souvent cuivrée sans être noire. Ce n’est pas seulement dans l’Abyssinie actuelle et la H Égypte qu’on trouve cette race métissée déjà, mais un peu partout en dehors des territoires nommés. Elle était très mêlée aux Égyptiens „pur sang”. Des crânes égyptiens trouvés dans des tombes de la dyn. (3001—2717) sont identiques à ceux des Ethiopiens de nos jours. Ce type bien caractérisé était très fréquent sous l’ancien-empire égyptien. Il remonte sûrement au delà de la IV® dyn. (mais pas beaucoup)! Dès le début du peuplement de l’Égypte on voit les deux types céphaliques co-exister. Nous avons vu que ce sont les Mizraïmites, pénétrés souvent de Sémites^ et les vrais Chamites ou Nègres^ métissés à leur tour. Ces deux types d’ici 5000 ans on les voit aujourdhui en Erythrée, dans rUrundi, le Kuanda, etc. Selon Soleillet les habitants de Choa (sud de l’Abyssinie) ressemblent à des Juifs de l’Orient! Ils ont les cheveux frisés sans avoir des cheveux vraiment nègres. Les Afar ou Danakil sont noirs, certes, mais ils ont les traits très beaux et essentiellement Nègres. C’est bien autre chose encore pour les Wahinda, les Wahuma, les Watutsi. etc. — Les Egyptiens voyageurs de la XVIII® dyn. (1645 — 1386), comme nous avons vu, rencontrèrent dans le royaume Pun (Punt, Guardafui) les deux types co- existants. Les uns n’étaient que peu négroïdes, les autres ressemblèrent parfaitement au Somâli et aux Ethiopiens actuels, selon le portrait qu’ils en ont fait.

J’ai nommé ces peuples du nord-est de l’Afrique des ,jMlschvôlkeP' ou Sémito- Chamites. Chamites et Sémites ont habité, sous les mêmes noms parfois (Saba!) le sud de l’Arabie des les temps les plus reculés et très proches de la grande et primordiale dispersion. Les deux éléments ont passé en Afrique par l’isthme de Suez, par mer, et surtout par le détroit de Bab-el-Mandeb. L’Abyssinie et les contrées avoisinantes ont été le grand centre et le foyer d’où ces deux éléments, mêlés déjà, se sont lancés sur le continent en poussées successives, à des époques impossibles à déterminer (dans la plupart des cas), des directions assez capricieuses, pour se mêler encore avec les races chamites restées jusqu’alors plus pures.

Tous les ethnologues qui se sont occupés de l’Afrique et des migrations de ces peuples (p. e. de Quatrefages, Hamy, Keane, Verneau, etc.), sont d’accord à dire qu’il y a eu et qu’il y a encore un mouvement migratoire qui se dirige de l’est à l’ouest directement, ayant l’Abyssinie pour foyer, et un autre qui se dirige au sud et au sud-ouest, toujours avec l’Abyssinie et les pays limitrophes pour centre ou foyer. Partout aussi ces peuples métissés, arrivés sur place, indiquent ce chemin d’arrivée, ou cette direction de migration ainsi que leurs traditions le montrent. Il y a à constater d’autres mouvements combinés avec ceux-ci ; il y a des mouvements de reflux. Ainsi, les Chamito-Berbères, arrivés au nord par l’Egypte et la Libye, refoulent les Nègres vers le sud. Quelques tribus bantu, avec peu de sang sémite dans les veines, ont assez d’initiative et de chance pour exercer des contre-poussées vers le nord et le nord-ouest. M. d’Eichtal croit, que l’élément qui s’est

mêlé à l’élément nègre (chamite) n’est pas sémite mais malais. Il prétend p. e., que les habitants du Darfour et les Foula sont d’origine malaise; que ce sont même des immigrés de l’archipel indien. Un groupe aurait abordé à Madagascar il y a sept à huit siècles (Hovas), un autre aurait passé directement en Afrique. D’autres font peupler la grande île de Madagascar par de vrais Nègres océaniens, parlant océanien et qui auraient précédé les Nègres africains. L’île ne contiendrait ainsi qu’un ramassis de races océaniennes, mêlées depuis avec des éléments juifs, perses, indiens, chinois! Les habitants des environs du lac Tchad et du Wadaï „avec leurs membres grêles” seraient tout simplement des Malais! D’autres, il est vrai, font passer les Wahum a -Watutsi „avec leurs longues jambes” dans le Madagascar, et donner naissance aux Hovas! Quant aux Peul, Fellatah, M. d’Eichtal en fait aussi des Malais, qui à leur tour descendent des Polynésiens. C’est bien improbable. On croit avoir découvert des influences papuasiennes en Afrique (Congo), selon Frobenius: pourquoi ne verrait-on pas des traces malaises à l’est et au nord-est du continent, si

réellement ces peaux jaunes y ont passé? Les San ont la peau jaunâtre. U est vrai, on parle de leur oeil mongolique, on a voulu en faire des Chinois déchus. On ne peut donc rien prouver, et il ne faut pas trop vite crier à l’absurde. Mais l’opinion qui attribue ces métissages à des influences sémites (arabico-sémites ou autres) est de beaucoup la plus probable, pour ne pas dire la seule tenable.

Sous la dénomination d’Ethiopiens on fait entrer fraternellement les Galla, les Wahuma, les Zoulous (selon quelques-uns), les Niamniam, les Fan ou Pahouins, les Fulbe ou Fulla, les Tibbu, et bien d’autres. Nous parlerons à part des migrations des Galla. Quant aux migrations des peuples de l’Afrique australe, on ne peut pas aborder ce sujet et le traiter en quelques lignes. Plusieurs points de cette question ont été déjà touchés ailleurs dans les Notices, etc. (cfr. ,jPygmées-Watwa'\ ^^Wahindn'^). L’étude du Dr. Barthel mérite d’être lue à ce sujet, ainsi que l’ouvrage du Dr. Stuhlmann. Disons ici quelque chose seulement des Fulbe et tutti quanti. Ce peuple énigmatique a reçu les noms les plus variés. On les nomme: Peut, Poul, Poullo, PouUar, Foui, Foulah, FouUan (en arabe), Foulbe, Foulfoulde^ Fellalah (en kanori), Fellan, Fellanï ( en hausa), Fellatris, Feloups, etc. D’où viennent-ils? La fable dit que ce sont les descendants des soldats d’une légion romaine égarés dans le désert! D’autres y voient une branche de l’antique nation égyptienne, dont elle se rapproche par le teint cuivré. Le nom Fouta ou Fout de ces peuples du Sénégal et de Gambie, serait simplement le même que Phuth, le nom du troisième fils de Cham. C’est très probable. On peut même très bien tenir cette opinion pour la seule vraie. Ce sont des métis de Sémites et de Chamites (Nègres purs). Leurs habitudes pastorales, leur industrie, leur monnaie de coquillages, leurs castes par métiers et professions indiquent, selon M. Dubois, une origine au moins demi-sémite. Barth y voit les fils des Pyrrhi Aethiopes de Ptolémée. Il les regarde comme ayant formé autrefois la population principale du célèbre et mystérieux royaume du Ghanata qui florissait il y a quelques siècles à l’ouest de Tombouktou. Selon leurs propres traditions ils sont venus de Vest avant le XI siècle. A cette époque ils étaient encore en mouvement de l’est à l’ouest, en suivant les plaines herbeuses du Chari, de la Benouë, de Djolibah et du Sénégal, coupant au milieu entre le Sahara désert et les forêts équatoriales. Les uns seraient restés en route, et les autres auraient atteint le littoral occidental à la fin du siècle. Ceux-ci

subissent depuis lors un mouvement de reflux. Barth les fait arriver bien plustôt au Sénégal, et il a raison. Selon lui ils retournent déjà au XIV^^ siècle de l’ouest à l’est! Les Fellani forment, selon M. Dubois, avec les Wolof et les Mandingo, le principal élément de la population du bassin df^s deux fleuves Sénégal et Niger. Ces Mandingo, selon quelques-uns, auraient fondé entre le XIII^ siècle et le milieu du XV« le royaume Mellé, d’où sort le

puissant peuple Songhay qui, à la fin du XVI<^ siècle (1591), succombe au Maroc. Les métis Bornas seraient le fruit de cette fusion. A l’est du Soudan il y avait, selon Ahmed

Baba, dès le Xl IIe siècle de puissants états. A la fin du XVe et au commencement du XVIg siècle un roi Nègre pur sang, Hadj Mohammed Askia étendit ses conquêtes depuis le Hausa jusqu’à l’Atlantique et du Mossi au Touat! ~ Il y a au moins cinq siècles les Arabico-Sémites ^ arrivèrent à Wadaï. — Les Tibbu au nord-est du Soudan se mêlent aux Berbères (et aux anciens Grecs de Cyrène?). Ces Berbères, selon quelques auteurs, occupent déjà dès le VII^ siècle la Nigritie occidentale, et bâtissent Tombouktou vers l’année 1100. Enfin, il y a là, dans cet immense bloc du nord-ouest-africain un inextricable mélange de peuples. Ces migrations et ces compénétrations, à l’oeuvre depuis des milliers d’années, n’ont nullement cessé. Ainsi bien près de nous, au début du XlXt^ siècle, les Fulbe fondent les royaumes de Gando, de Sokoto, puis Massina, Kaarta et F^e^«-Djalon. Les Ashanti à leur tour disent que leurs ancêtres habitèrent jadis au loin dans l’intérieur. En 1641 ils formèrent un état puissant. Les Dahoméens se disent venus aussi du nord de la Guinée. Ils commencèrent leur conquête en 1625. Il y a deux siècles les Kru vinrent eux aussi du Nord. Bref „toutes les migrations viennent de l’intérieur mystérieux pour aboutir à „la mer” (Quatrefages). — Les Baya ou Nderes, le ^peuple rouge’’ de Clozel, dont les Bonjo seraient une branche, étaient jadis un grand peuple, occupant le bassin du Sangha et

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l’espace contenu entre le 3^ et le 30' latitude N. et entre le 14'^ et le 17» longitude E. Eux aussi se disent venus de l’cs^ à une époque inconnue, suivant ce „grand mouvement ^migratoire, qui pousse les Africains continuellement vers l’ouest” (Keane). — Les tribus Fan ou Pahouins, Mpongive^ O^Shyehas, etc., doivent être mentionnées spécialement. Ces cannibales étranges arrivent de Vesi aussi, ou plutôt du nord-est. Dès 1819 Rowdich les compare aux Caucasiens! Ne faudrait-il pas rattacher les Fan aux terribles Jagas (Djagga), qui vers la fin du XV® siècle (1480?), mirent comme de vrais Huns noirs, la terreur dans toute l’Afrique du Sud. Bathel dut suivre pendant 16 mois ces hordes sauvages. Leur chef ZimbOy sorte d’Attila noir, sortit à la tête de ses gens d’une contrée mal déterminée, qu’on place vaguement au nord du Congo, ou dans une chaîne de montagnes à l’est de Sierra-Leon e! Ces Jagga massacrèrent et ravagèrent tout sur leur passage, e, a. le royaume du Congo et les pays voisins. Zimbo envoie un de ses lieutenanis jusqu’au Zambèse, un autre (selon Lopez) jusqu’en Abyssinie. Lui-même se dirige directement vers l’est en traversant le continent tout entier. Il atteint les bords de la mer, s’empare de Mombasa et arrive jusqu’à Mélinde. Là il est arrêté et battu. Il divise alors ses hordes. Personnellement, il se dirige au sud, arrive au Cap, puis remonte au Benguela. Là il rassemble bientôt une nouvelle armée, et l’Alexandre noir veut recommencer ses expéditions, lorsqu’il meurt tout d’un coup. Ses lieutenants, comme les généraux d’Alexandre, se partagent les différentes contrées. L’un d’eux laisse une fille nommée Temha Ndumha qui, après la mort de son père, devient l’idole des chefs guerriers. C’est elle qui aurait composé le code des Jagga. Leurs camps de guerre se nommaient Chilombo, Leur reine Zingha^ après avoir suivi un temps l’exemple de la féroce Temba Ndumba, devient chrétienne en 1677. — De tels faits ont dû se passer souvent dans la vie séculaire des peuples africains. Alors on se figure assez bien, comment ces malheureux peuples ont été réellement mélangés à outrance.

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