‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 21 sur 152 · Les Oromo-Ga Ma · texte numérisé non relu

Les Oromo-Ga Ma

Parmi les „Mischvôlker” de l’Afrique il n’y a peut-être pas de tribu plus intéressante que celle des Oromo ou Galla. Ils présentent les caractères ethniques les plus saillants au milieu d’un assez grand nombre de tribus, formant toutes une même race, non pas pure, mais mêlée de sang chamite et sémite, peuple hybride en somme, quoique à degrés variés. Cette race s’étend depuis l’Egypte jusqu’au sud du pays des Somali et des Galla (et des Massaï). Nos Wahinda-Wahuma-Watutsi de l’Urundi s’y rattachent manifestement. Les différentes tribus hybrides de l’ouest s’y rattachent également, comme nous venons de voir. M. de Quatrefages dit positivement (Introd. p. S92) que les Galla, les Somali, les Harari, etc., sont des métissés, le produit d’un croisement de Nègres et de Sémites blancs (ou rouges). Selon lui, il y a tantôt fusion, tantôt juxta-position.

Parmi les Galla proprement dits il y a encore des tribus à signaler. Les Wallaboii sont la tribu aînée des Oromo ou Galla. Leurs domaines sont compris entre le Nil-Bleu (N.), le Grand Nil (E.), l’Abyssinie (O.), le Baro-Sobat (S.). La tribu des Borana s’étend jusqu’à l’Equateur. C’est là leur foyer depuis 2000 ans. De là ils se lancèrent au XYI^ siècle pour battre en brèche l’antique empire d’Ethiopie. — „La race Galla, selon M. Kocher d’Héricourt,

„est la plus belle de l’Afrique Les Galla sont en général bien constitués. Ils ont une

„taille haute, le front large et élevé, le nez aquilin, la bouche bien coupée, le teint cuivré ^plutôt que noir. Leurs cheveux sont frisés, en petites nattes qui fiottent autour de la „tête.” Lorsque Hérodote en parlant des Ethiopiens, dit „ qu’ils sont les plus grands et „les plus beaux des hommes, à la peau luisante et brillante,” il a sans doute envue les Galla et les Wahinda. Isaïe (c. XVIIIj texte hébr.) s’écrie „Malheur au pays „au bruissement d’ailes. Allez messagers rapides vers la nation à la taille élancée, au visage luisant ”

Quant à l’histoire ancienne des Galla, je renvoie au superbe ouvrage du P. M. de Salviac: „Les GrfdZa” p. 2jf — 42, Relevons seulement que l’ancien empire noir comptait 40

royaumes tributaires. C’est beaucoup, mais il est intéressant quand même de savoir qu’Ortelius, en traçant les limites de cet empire, énumère parmi les pays dont l’empereur est maître e. a. Caffates, Fatujar, Angola^ Bani, Bo/«/ttanza, Adea, Vangua, Goiama, ubi

,^fbntGS Nlll, Aï)i(x) ctj BigcDiicdi ubj AiïxbcQ,^ VcigLiyictiSj Tigvcïiïcihoyif 'patvict TQgxïxtxB ScLhciB^

jjBarnegassits, Nubia ” Dès le XI Ve siècle les Musulmans enlevèrent à l’Empire les côtes

occidentales de la Mer Eouge et y fondèrent le royaume d’Adel. Vers 1551 ils s’emparèrent de Harar. En 1526 le farouche Mohammed Gragne envahit le royaume de Fatigar (pays des Itou-Galla et des Aroussi-Galla), et brûle trois bibliothèques où il y avait, selon L. ürreta, diæ millions cent mille volumes!

Les Galla, comme tous les autres „Mischvôlker”, sont des métissés Sémito-Chamites. Il se peut que l’élément sémite chez eux prédomine sur l’élément chamite, ils nen comptent pas moins parmi les vrais Africains. Le P. Martial de Salviac tâche d’établir que les Oromo-Galla ne sont ni plus ni moins qu’une tribu gauloise, émigrée en Afrique dans la nuit des temps. La thèse est assez hardie et pas banale du tout. Il faut avouer que les arguments, apportés par le savant et brillant auteur ne sont pas à dédaigner et qu’ils ont réellement du poids. Il est sûr qu’il y a eu des colonies gauloises bien loin de la Gaule, colonies qui ont gardé dans leurs noms le souvenir de leur origine. Citons: la Galatie d’Asie, la Gaïicie d’Autriche, la Galicie d’Espagne, le pays de Galles en Angleterre, Sena- Gallia en Italie, Portugal fportus GaUiae), Sénégal! L’analogie est frappante, mais conclure de là que nos Galla africains sont des Gaulois^ il y a loin encore! Les raisons tirées de la religion plus épurée (monothéisme, horreur du polythéisme) ne peuvent pas me convaincre, puisque j’ai grand’ peine de croire à ces belles choses. Ce serait alors un peuple infidèle bien extraordinaire, dont on chercherait en vain un exemple. Le nom Galla peut n’être que chamite, ou même bantu, car les mots et les noms à racine-^arm (ou gcd/c) ne manquent pas (hugarrUf kugaranziirà, etc.). Je crois plutôt que l’élément galla est simplement le même que celui qui se trouve dans le célèbre Kitarra, Gitarra, le Kedara, de la Bible et des Arabes. Nos Wahinda aussi, nous l’avons dit plusieurs fois, se disent originaires de cette région. On sait que les lettres, t, d, g, k, kh, gk se confondent, et on n’a pas de peine à identifier le terme galla avec celui de Kitaro (Kitara — Gitara — Kitala = Kitalla — Ki~alla = Gi-aUh = Galla). Il est très bien possible que les Gaulois s’appelaient indistinctement: Galf Kelly Gaël, Galla. Le même mot peut parfaitement signifier: fort, brave (Kelf Gall, Kimher ; Gall = Garl = Garel Karel = Kaxdj y mais dans le cas où le mot africain galla aurait le même sens, que prouve cela? Le g et le k se confondent. Or, dans presque toutes les langues bantu le verbe kukaraj kukarra (= kugarra) signifie: être fort, raide, dur, etc. L’adjectif nikali, nikari, umukarra — umugarra a le même sens. Alors? j^Servius et Julius ^Firynicus, cités par le P. Grég. de Rostrenen dans sa préface-thèse, et un grand nombre „ d’autres auteurs, nous enseignent, que sous le nom de Kells, Galls, Celtes et Gaulois, „une de leurs colonies passa en Italie quelques années après la mort d’ Abraham, vers le

„ milieu de la vie d’Isaac Clavier croit qu’Axénas, fils aîné de Gomer, reçut le

„ surnom de Kell ou Gaël = fort. Callimaque et le Scoliaste grec affirment, que les Gaulois „sont les descendants de ces fameux Titans qui saccagèrent l’Orient + 2000 ans a Chr., et „ passèrent en Europe” (de Salviac).

Les traditions des Galla (e. a. des Borana, le coeur de la nation) portent que leurs ancêtres venaient de l’ouest ou de Voccident. Les vieillards Galla racontent que de ce côté (ouest) il y a une grande mer, plus grande que celle des Somâli, que c’est de ces rivages lointains qu’ils ont émigré. M. Ant. d’Abbadie dit que selon les mêmes Borana leur père était un homme blanc (Kintu des Waganda, le blanc Mw^ezi des Warundi!) venu du côté de la mer. Les missionnaires du XV1I^‘ siècle (o. a. P. Gilles de Loches et P. Césaire de Rosgoff) en 1626 et 1633 relèvent déjà les mêmes traditions (cfr. de Salviac: Les Galla, p. 350). Les peuples anciens ont beaucoup plus voyagé qu’on ne pense. Il n’est donc nullement impossible à la rigueur qu’une bande de Gaulois ou de Celtes se soit égarée par là. Strabon nous décrit l’importante navigation des Celtes sur la côte occidentale d’Afrique, aux îles fortunées (Canaries) et plus bas, où ne pouvaient les suivre les Grecs.

Ces déplacements par mer expliqueraient la présence et la création des noms comme: Sénégal, Portugal^ .Sena-GaUla (de la tribu des Sénones Gaulois). On ne voit pas pourquoi une tribu gauloise n’aurait pu faire une traversée de TAtlantique au Nil comme le colonel Marchand Ta faite. Hérodote et d’autres auteurs nous font connaître la route que suivaient^ 600 ans avant J. C., les Numides pour se rendre des bords de l’Atlantique jusque dans les Indes. Strabon nomme un roi d’Egypte^, un roi d’Assyrie, enfin Téarcon, empereur d’Ethiopie, qui, franchissant la Libye et la Mauritanie, portèrent leurs armes jusqu’en Ibérie à demi conquise par les Celtes. Il serait étonnant que Téarcon n’en eût ramené à sa solde des régiments gaulois, alors que tous les princes d’Asie et d’Afrique, même Alexandre le Grand, briguaient leur alliance. Une vieille chronique abyssine relate que des blancs d’Europe furent jadis mercenaires des rois d’Ethiopie. Les Adal (sur l’Awâche) seraient leurs rejetons. — Heeren décrit la route qui allait du Maroc par l’Afrique jusqu’à Pékin. On la suivait il y a 2500 ans! Une colonne de Francs vint s’y jeter en 277 p. C. — 4000 Gaulois en garnison à Memphis complotent contre Ptolémée Philadelphe. — Carthage comptait pour un tiers de Gaulois dans son armée. De Carthage, et surtout de Memphis, par le Nil aux Wallabou, et aux Borana-Galla, n’était pour eux qu’une agréable excursion. Ils ont voyagé bien plus loin. De pareils faits et de bien d’autres qu’on peut lire l. c. p. 345 — 379, le P. de Salviac conclut, que les Galla actuels descendent réellement des Gaulois japhétides (Gomaristes). La thèse n’est pas banale, mais il est bien difficile à dire ce que ces anciens peuples vigoureux et énergiques n’auraient pas pu faire.

Les animaux domestiques de l’Afrique.

L’espèce des animaux domestiques, l’époque et le mode (voie) de leur importation constituent un facteur dont la connaissance n’est pas à dédaigner pour établir des faits ethnologiques. Par cette étude on arrive parfois à déterminer la parenté, la filiation, le foyer, etc., de certaines tribus. On ne doit pas abuser de cette étude ou la mener trop exclusivement, mais lorsqu’elle est jointe à d’autres données fournies par des sciencessoeurs, ces résultats ont vraiment de la valeur. C'est dans le même but qu’on s’applique à l’étude comparative des armes, des ustensiles (outils), de V ,yOrnamentik'% de l’agriculture, de l’art de travailler le fer, etc.

Généralement parlant, les animaux domestiques actuels de l’Afrique sont importés, et sont d’origine asiatique. C’est l’opinion commune parmi les savants. Chacun voit que ce fait est d’une importance capitale pour ce qui regarde l’origine de nos populations d’Afrique, leurs migrations et leur foyer primitif. Car les animaux domestiques ne voyagent pas seuls. Ils accompagnent partout l’homme émigrant. D’une façon générale on pourrait peut-être proposer cette importation graduée, ou cette immigration, des animaux domestiques de la manière suiyante: le Négrille (Chamite, premier occupant et non autochtone) arrive avec le chien] le Hottentot, ainsi que le Soudanais et le Bantu avec la poule, le boeuf, le

mouton, la chèvre] le Libyen (Ethiopien-Abyssin) avec le cheval] l’Arabe avec le chameau]

l’Européen avec le porc, (Mgr-, le Boy).

Les animaux domestiques de l’ancienne Egypte sont d’origine asiatique, selon

Maspéro. Quelques Egyptologues ont follement hasardé qu'ils sont (en partie au moins)

de race africaine. Ainsi de Mortillet signale des animaux domestiques d’origine africaine sur les inonuments de l’ancien empire ; p. e. Vâne, la gazelle, le chien, le chat, le canard y sont figurés. Zàborowski croit à l’origine asiatique de la civilisation égyptienne, et Pietrément signale sur les monuments des dessins d’animaux domestiques qui sont sûrement d’origine asiatique. Sur des bas-reliefs de la IV^ dyn. (3001 — 2717) on voit représentés des moutons, des chèvres et des boeufs à cornes formidables (en lyre) comme on en voit encore de nos jours dans l’Urundi, le Ruanda et ailleurs. Ainsi, sur le bas-relief de la

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