‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 34 sur 152 · BANANE · texte numérisé non relu

BANANE

être précisément les monts de TUrundi où régné le Mwezi = le blanc, le brillant:^ car, — chose curieuse encore — selon les traditions des Warundi leurs anciens rois étaient blancs et venaient du nord (Egypte ?) Encore maintenant, ils attendent toujours un grand roi blanc (disparu autrefois), un libérateur. Ce fut la raison de la réception vraiment grandiose, accompagnée d’un enthousiasme phrénétique, du Dr. Baumann en 1892 et de nous en août 1896. Les Watwa appellent le soleil = iryotwa (= ce qui est brûlant) et la lune = ukurabwa {= chose vue) ou icyezi. Les Warundi employent aussi ce dernier mot pour désigner le roi, le Mwezi, Ce qui est remarquable, c’est qu’il y a trace encore dans rUrundi des fameuses ^dynasties divines*'' qui ont régné en Egypte, et ailleurs, dans les temps nébuleux, pendant l’âge d’or (— patriarches, géants antédiluviens). Selon les Warundi, leurs rois ne sont pas des simples mortels ou de simples humains. Leur naissance est influencée d’en haut (= Lunus Lucifer), ou plutôt d’en bas (incubus). Ils racontent à ce propos des anecdotes, comme celle qu’on raconte de la mère d’Auguste.

Il est même triste à dire, que tout le finfond de leur religion ou mieux, de leur culte roule sur ce thème (affaire d’incube et de succube, tout comme dans les métamorphoses d’Ovide). Les fêtes de réjouissance, à l’occasion de la naissance d’enfants jumeaux^ n’ont pas d’autre raison d’être, pas moins que leurs réunions sabbathiques. Le halo autour de là lune est nommé — urugOj ou: iki~ zingo cy'ukwezi = le „kraal” de Lunus. L’étoile Venus est appellée = inkundwa~kazi y'ukwezi, ou: umucyanyi w'ukurabwa = l’épouse favorite de la lune (Lunus-Luna, Helenus-Helena, Dianus-Diana). La lune passe pour être masculin ou plutôt hermaphrodite. Les étoiles (= inzatsa, inyenyeri, inzinmguzï) sont les enfants et les serviteurs de la lune\ celles d’Orion, sont les fils aînés — atoana w'ukwezi’ celles de la grande ourse = inzoreke y'ukwezi = les concubines ; Argus est un chef = umuU ware. Le tonnerre (= umukuza, inkubd) est l’esprit Imana-Ryangombe lui-même, qui visite ses élus, ses favoris. On l’appelle pour cela = umwani w'ihëdzjûrü = le roi d’en haut = princeps aëris ^ (St. Paul) Jupiter fulgurans.

L’arc-en-ciel est la bouche de l’eau, qui absorbe la pluie (= umunwa w'amazi). Si le soleil luit pendant que la pluie tombe („le diable bat sa femme”, disent les Français), les Warundi disent, d’une manière assez originale : infisi irarongoye ingwe = le léopard s’est marié avec une hyène. Les Watwa disent dans le même cas : uwuhuku wurafukameye = la hyène s’accroupit (pour mettre bas).

Augure.

Les Warundi ont un grand nombre de présages de bon ou de mauvais augure. En voici quelques uns. 1®. Si l’on tue une bergeronnette (= inyamanza = oiseau sacré) un enfant naîtra au même moment, mais

mourra aussitôt. Kwicya inyamanza ni kubi, nHnyoni ihuma disent les Warundi. 2®. Si l’oiseau nommé : inzïya va s’asseoir dans un village, et y crier deux ou trois fois, quelqu’un des habitants sera bientôt chassé par le chef {kuw'isema, kusema = est de mauvais augure). 3®. Si le chacal (— imbwebwë) crie à côté d’une maison, quelqu’un y mourra bientôt, ou bien la guerre viendra (— nHsema : ■umuntu azofa^ ikitero kikaza). 4®. Si le ver nommé: ikirihabiri, ou le ikisabanyama, entre dans une hutte, quelqu’un y mourra sous peu {= umuntu azofa). 5®. Si l’oiseau: inkoma = espèce de vautour, s’assied dans une contrée, en battant des ailes et en criant, c’est signe que la guerre viendra (— ikitero kiza), ou qu’un homme mourra (— umuntu afe), etc. etc. — Les Warundi attachent beaucoup d’importance à ces signes, y croient fermement, les observent religieusement.

Ils disent qu’il faut être impie pour ne pas y croire, parceque les événements les corroborent trop souvent. — La croyance à ces signes date, selon eux, de tout temps: ils les ont appris de leurs ancêtres. — Les W arundi ont aussi une classe d’hommes, qu’on peut nommer des Augures, des Devins (V. ce mot).

Ces devins cherchent à pénétrer l’avenir, à connaître les choses inconnues, ils font trouver un malfaiteur, un magicien, un objet volé, etc. Autel.

Les Warundi n’ont pas d’autel proprement dit, au moins selon nos idées, mais ils en possèdent l’équivalent. Chez eux l’autel se confond avec le temple et même avec le lit sacré. V. le mot ^Temple" et son érection. Avortement.

Les femmes Warundi (comme toutes les Négresses) possèdent des moyens secrets (potions d’herbes), pour se faire avorter, pour cacher un crime (adultère). Ces moyens (herbes, etc.) sont assez difficiles à connaître. Les commères se les passent d’âge en âge.

Il paraît même, que les maris ne les connaissent pas. Toutefois, l’avortement systématique, criminel, est beaucoup moins fréquent en Urundi qu’ailleurs. Légalement il est puni par le chef, même de mort, quoique cette peine soit rarement appliquée en pratique. Ailleurs, les mères elles-mêmes enseignent à leurs filles des procédés criminelspour avorter. Le contraire se fait dans rUrundi, où les mères surveillent bien leurs filles grandissantes. V. le mot „ Accoucher". Baiser.

Le baiser, comme signe d’amitié, d’affection, est à peu près inconnu des Warundi, comme des autres Nègres. Les mères Warundi baisottent leurs enfants, lorqu’ils sont encore très petits.

Banane.

La banane constitue, avec les haricots, la nourriture principale des Warundi. Aussi partout où il y a des huttes on voit autour d’elles des bananeries plus ou moins étendues. Toutefois, sur les plateaux les plus

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