‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 37 sur 152 · BARQUE 15 BERCEUSE · texte numérisé non relu

BARQUE 15 BERCEUSE

intéressante cérémonie, qu’on pourrait nommer le haptêtne payen d’un bateau. Par cet acte la nouvelle embarcation est confiée à la garde d’un esprit, surtout aux esprits de l’eau. La pirogue achevée sur place (ordinairement avssez loin du lac ou de la rivière), ou fait d’abord le grand rite (sacrifice, adoration de la Lance sacrée) obligatoire et qui accompagne toute chose de quelque importance. Tout le voisinage des deux bords y est convié. On y compte des centaines, des milliers de personnes : hommes, femmes, enfants. A l’aide de grosses lianes la barque est trainée au lac ou à la rivière, en chantant, en hurlant, en frappant les bords de la barque en guise de tambour. Cela dure plusieurs jours quelquefois. Un ,jumufumu’* (= prêtre), orné de ses insignes, marche à la tête et jette des poudres magiques sur le chemin pour rendre propices les diablotins. Lorsqu’on est arrivé au rivage, la pirogue est poussée aussitôt dans l’eau. Pendant que tous les assistants, sur les deux rives, chantent et dansent avec une vraie phrénésie, on place une cruche de bière (j^inzoga”) dans la barque. L’extérieur de cette cruche est peint avec de la boue, prise dans la même rivière ou dans le lac. Chacun vient sucer un peu de cette bière sacrifiée et il la crache dans l’eau en disant: j^Ivyeru” (ou j^ivyanga). C’est une prière adressée aux esprits du fieuve, aux nymphes fluviales si l’on veut, pour qu’il n’arrive pas de malheur à cette barque, mais qu’elle soit bénie, fortunée. Après avoir craché cette première gorgée, on boit de nouveau; on prend avec le doigt un peu de la boue dont la cruche est peinte, on s’en frotte le front et (le mari) en signe le front de sa femme et de ses enfants, en disant: ,jkwera” = litt. : être blanc, synonyme de: bonheur, fortune, e. a. m. = qu’on soit heureux en utilisant cette barque; que les mauvais génies, ou les bons(?) irrités, ne la fassent pas chavirer, en accourant sous forme de crocodilles.

Le mot: „ivyeru” pourrait dériver de „kwera^’, mais c’est une formule inintelligible. On sait, que toutes les anciennes religions payennes ont, dans leur liturgie (hymnes, etc.), des mots barbares, inintelligibles, d’une troublante antiquité. Jj effet serait précisément en raison directe de cette inintelligibilité. Quelquesuns y voient des bribes de la langue primitive (!), d’autres, du Syriaque, du Chananeen, même de la langue des géants Caïnites. Cette libation terminée, la barque va à l’autre rive où les riverains font la même simagrée, pour s’attirer la bénédiction des dieux fluviaux.

Pendant cette cérémonie, une corporation de Wafumu, de Wawandwa (société secrète), font une cérémonie à part eux, à l’écart sous un arbre sur le bord du fleuve, avec tout un attirail de grelots, d’eau lustrale, de danses contorsionnaires. Bref: c’est une vraie fête payenne. Les Warundi croient fermement que Veau héberge des esprits qu’il faut amadouer : „spiritus aquisinciimbens”

Chose curieuse, en temps ordinaire, aucun Murundi oserait nager dans le Ruvuvu (Nil) par peur des crocodilles qui y fourmillent.

Au moment du lancement d’une nouvelle pirogue, tous y nagent impunément, persuadés, que le fleuve étant exorcisé payennement, ces monstres ne nuieront pas. Ils oublient, que le bruit étourdissant qu’on a fait, a pu chasser les crocodilles!

Berceuse.

Les mères Warundi n’ont pas de berceau pour coucher leurs petits enfants. Elles les portent habituellement sur le dos (= kuheka umwana), dans un morceau de peau de chèvre, de mouton ou d’étoffe (ficus) carrée (= inkovyi, impetsOy imbungenzo, imbewo). Les quatre angles de cette peau sont garnis de quatre bandes (= imicyisho). Les deux bandes d’en haut se réunissent et se lient au dessus des mamelles, les deux inférieures au bas-ventre. Fig. n \ 13. Cet inkovyi est quelquefois garni en haut d’un rebord épais. On l’orne aussi de franges (= umuyonga), de noyaux^ de fruits (= indibu), d’amulettes, de toute sorte de bibelots. Le bébé est ainsi porté sur le dos dans la journée à la maison, en voyage, même pendant qu’on pioche. Quelquefois la mère le dépose au champ, dans la terre fraîchement remuée, ou sous un arbre ou un arbuste. Alors elle lui cherche differents petits objets pour qu’il s’amuse. Le bébé s’amuse surtout, en mangeant de la terre, dans la quelle le petit être trouve un peu de sel (qui manque partout)^ ce qui est la cause que leur ventre est souvent ballonné.

En dehors d’un travail quelconque de la mère, l’enfant ne quitte guère le dos^, si ce n’est pour téter (= kucyisûra, kururutsa = délier pour faire téter). Alors la mère se courbe, délie les bandes de Vinkovyi en haut et laisse glisser l’enfant sous son bras gauche. Pour le lier sur le dos, elle se courbe et met l’enfant sur son dos. Le bébé, de très bonne heure instruit à cette manoeuvre, écarte les bras avec lesquels il se cramponne aux épaules et au cou de la mère, écarte également les jambes qui se ramassent horizontalement au dessus des hanches; la mère met le inkovyi par dessus et le lie de la façon dite plus haut. Par dessus cet inkovyi on passe souvent le grand habit de femme, nommé umutamâna (grand morceau carré, de ficus), qui couvre le tout. Les mères ne gardent pas la nuit leurs petits enfants au lit. Elles les déposent (= kuryâmikd) à côté sur une peau ou une natte étendue par terre et les couvrent avec des habits = impuzu (leurs propres habits, dont elles se dévêtissent la nuit). Les mères ne portent pas leurs bébés sur, mais sous le bras gauche. Le petit écarte les jambes, une devant, l’autre dernière le dos de la mère, tout le buste étant par devant et s’appuyant contre r épaulé. Pour bercer, faire taire (s’il pleure), endormir l’enfant, la mère balance le (son) corps par un mouvement saccadé en avant, de haut en bas. Pendant ce balancement.

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