‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 41 sur 152 · CADEAU · texte numérisé non relu

CADEAU

des dieux, des demi- dieux au moins („filii dei”). Selon le R. P. Torrend s. j., le mot Murungu serait le même que le Moloch phénicien. Selon la tradition des Warundi, leurs anciens rois étaient blancs aussi, et étaient venus du Nord. Lorsqu’ils voyaient les premiers Blancs, ils les recevaient avec un enthousiasme phrénétique, croyant que c’étaient des descendants de leurs anciens rois, qui les délivreraient des Watutsi, race de conquérants et d’intrus.

Blasphème.

Les Warundi jurent beaucoup (V. „ Juron'') mais, ne connaissant pas le vrai Dieu, blasphèment moins. A vrai dire, leur blasphème a quelque chose de vague. Ils maudissent plutôt le destin (fatum), ou, tout au plus, les esprits pris collectivement (Geisterwelt) et dans un sens panthéistique. Les Sw^ahili de la côte blasphèment assez souvent, en disant: ^^Mungu mhi" = Dieu est mauvais.

Chez les Warundi, on entend rarement qu’ils blasphèment Iniana, leur divinité principale. Alors ils diront; ,jlmana iramugire nabi" = Imana agit mal envers lui. Rarement on entend. ,^Tmana ni mubi, ou: ribi". Par contre, en entend très souvent l’expression : ,jumunsi mubi^ litt. == jour mauvais, fatal, néfaste = jjdies nefastus" , jour de malheur. Ceux qui sont éprouvés par un malheur, principalement un deuilj employent surtout ce blasphème. S’il pouvait être établi, que umunsi — jour a le même sens que dies, qui est identique, au fond, à: deus^ dio (ital) = „sub dio cubare”, ce serait un vrai blasphème.

Mais, encore une fois, l’objet parait vague et s’adresse au fatum. Mu nsi signifie: sur la terre, ici-bas; mais ce n’est pas la signification ici (au moins très probablement), car alors ils devraient dire: mu 'nsi habi = sur la terre il ne fait pas bon. Les Warundi disent encore, dans un sens plus ou moins blasphématoire: jjidzjôro ribi, litt. = nuit

néfaste, mauvaise, p. e. pendant la quelle un homme est mort; „umunsi w'akaranda", litt. == jour de la petite variole, jour néfaste; induru' mbi — alarme néfaste, toujours dans le même sens. Les Watwa, de leur côté, au lieu de dire : umunsi mubi, disent : umunsi mwirabura, litt. = jour noir, néfaste, pendant le quel un homme est mort.

Bois.

Si tout l’ürundi est déboisé, on aperçoit néanmoins par-ci par-là des bouquets d’arbres, le long des rivières ou sur la crête des montagnes. Ce sont des bois sacrés. On n’y touche pas, on n’y va pas même, on n’y coupe pas du bois de chauffage (= ntihagerwa, hatagerwa, hatagendwa, ntihahumbirwa). Tous les peuples du globe entier ont eu de ces bois sacrés (V. „Temple"). Tous les avaient en profonde vénération. Les Scythes punissaient d’une mort cruelle le téméraire qui en eût arraché la moindre branche, qui se fût permis seulement d’en entamer l’écorce. Les intrépides soldats de César pâlirent

de frayeur, lorsqu’ils recûrent l’ordre d’abattre les arbres Druidiques (cfr. Lucain, 3).

Virgile parle, avec non moins de respect, de ces arbres sacrés (cfr. Enéide 1. VII, v. 95, 172; 1. VIII, V. 104, 269, 342, 345, etc.). t)n les conserve précieusement, avec respect; un gardien, souvent le chef en personne, est préposé à leur entretien. On y bâtit une case = chapelle sans porte ou ouverture, où l’esprit python habite. (V. „Temple"). On les croit peuplés d’énormes serpents pythons, d’esprits en tout cas. Ce sont les sépulchres d’anciens rois, de princes, de princesses ou de grands chefs, et le lieu où fût leur urugo. Ce sont des lieux de sacrifices. On y porte à boire et à manger aux esprits ou au python (= inzoga n'umutsima). Ces bois portent les noms dJ Imana, d'iteka, d'intateniwa, etc. Souvent on y voit des arbres énormes, plusieurs fois séculaires. Ce sont des lieux sinistres, pleins de mystère et remplis de reptiles (serpents, etc.). Puisqu’on n’a encore trouvé jusqu’ici aucun vestige : inscription, objet travaillé, etc. sur le sol de l’Afrique jdjquatoriale, parlant du passé, il serait intéressant, si un jour on pouvait déblayer ces lieux, y creuser. Peut-être trouverait-on quelque chose du passé lointain de ces étranges peuples. Les imihiza sont les bois du rugo royal. Ce sont aussi des bois sacrés, ou plantés, au moins, avec un cérémonial religieux, comme les imimanda (ficus) des ivitabo (— temples) V. Fig. n'\ 127. Ces bois imihiza finissent par pousser, et deviennent, avec le temps, les siècles, les arbres gigantesques qu?on admire dans certains Imana ou iteka. On sait, que très souvent ou toujours (à la longue) les résidences („kraals”) des chefs, des princes, des rois surtout, sont abandonnées après leur mort. Bouclier.

Les boucliers sont rares dans l’Urundi.

Le roi en possède plusieurs, dit-on. Chaque chef en a un. C’est un objet de famille, presque sacré. La „ garde du corps” d’un chef en possède un. Certaines corporations secrètes paraissent en avoir un, comme palladium. Le bouclier est ro-nd, en bois, d’un diamètre de 0'».40 à 0'*'.50. Il est orné de segments blancs et rouges, convergeants vers le centre. Il y en a aussi en peau de boeuf.

Les Watwa n’en ont pas et n’ont pas le droit d’en avoir. Fig. n‘>. 18.

Cadeau.

Les Warundi, comme tous les Nègres, échangent beaucoup de présents {= kushikana, ishika^nwa, ingabirano). C’est une marque d’affection, d’estime, de soumission, d’infériorité, de haute politesse. Ne plus se faire des présents, est un signe d’inimitié, de haine presque. Refuser (= kwiyagira, kwiyankiza) un cadeau passe pour une insulte. Ou' n’arrive jamais chez un ami les mains vides (= kuwura ingawano, kwïma: waramwimye). Toutefois, ces cadeaux sont rarement désintéressés („do ut des”). Les simples Warundi portent souvent des présents (= irari) à leurs chefs

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