‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 50 sur 152 · CHEVEU · texte numérisé non relu

CHEVEU

COMMERCE

Frisure”), En général, les hommes sont beaucoup plus coquets dans leur chevelure (= uwusage\ que les femmes. Celles-ci ont les cheveux généralement rasés. Des cheveux longs, tombant le long de la tête, sont rares et ne se voyent que chez quelques vieillards. On ne coupe pas les cheveux, on les rase (rz= kumwa).^ Le rasoir se nomme =: urugongo, urukare^ urukemûzOf et est un simple petit couteau à deux lames, de fabrication indigène, très primitive. Il n’y a pas de barbiers. Chacun rend à l’autre ce service fraternel.

On se laisse raser assez souvent. On commence par bien laver la tête et à mouiller les cheveux à l’eau chaude {= kuvuwa imi~ shatsi). On ne savonne pas. Avec le urugongo on rase alors tous les cheveux, à l’exception d’un toupet {isimzu, ihurama) au sommet de la tête. Presque tous les hommes laissent pousser ce toupet. Il a les formes les plus diverses : de couronne, d’ovale, de serpent, de croissant, etc. Les Watwa surtout savent varier ces toupets presque à l’infini. Tout porte à croire, qu’il faut y attacher un sens, même religieux (hiéroglyphes!) Y, Frisure”, Les femmes n’ont jamais de toupets ou de frisures. Quelquefois elles se font raser les cheveux autour de la tête seulement, laissant un grand rond au milieu (isunzu).

Après un accouchement, elles laissent pousser leurs cheveux un certain temps. — A la mort d’un proche parent, les hommes et les femmes se font raser tous les cheveux et couper la barbe, en signe de deuil. Les Warundi ont aussi des peignes (= urusokozo, uruvinzo)j pour peigner leur toupet. Fig. n". 29. Ils y mettent des heures entières. Les coquets fixent ce peigne dans leur toupet même (kuwika niw'isunzu). - — Les Warundi ont la barbe (uhwanwa) très peu fournie. (Les Watwa en ont d’avantage). S’ils en ont, ils la laissent croître. Les moustaches sont encore plus rares. Les Warundi (les Nègres) méprisent les hommes très barbus (Blancs). Ils disent, que ce sont des bêtes! '

Chèvre.

Les Warundi ont beaucoup de chèvres.

Ils les soignent bien et en font l’élevage avec intelligence. Ils ne mangent pas la viande de chèvre. Aussi servent- elles, comme les moutons, pour faire le commerce (échange contre du sel, des pioches, etc.) — L’espèce en est bonne et très prolifique (= kurondokaj kugwira). Souvent elles ont 2,3 et même 4 petits; celles de l’Uhha, en particulier, sont renommées. La couleur est barriolée, mais le jaune-clair domine. Elles sont peu poilues.

Gomme les boeufs et les moutons, elles portent souvent des noms propres.

Chien.

Les Warundi tiennent beaucoup à leurs chiens. Ils en ont pour leur plaisir (et pour la chasse). Les chiens pullulent, sont vilains, maigres. Ils sont mal nourris. Ils n’aboyent pas, et sont mauvais gardiens. Presque tous sont jaunâtres, tiennent du loup, ont les

oreilles dressées. On en remarque pourtant d’une autre race (oreilles pendantes). Ceux-ci sont blancs, noirs ou tachetés.

Circoncision.

Les Warundi ne pratiquent ni la circoncision, ni l’excision du cl., ni enfin l’infibulation.

Commerce.

Au centre de l’Urundi, le commerce est à peu près nul. Les habitants échangent entre eux certains objets nécessaires à la vie, p. e. des pioches, du sel, des pots, des habits, contre des vivres, et vice versa. Le pays, du reste, y est absolument fermé âux autres Nègres non- Warundi. Le sel, toutefois, qui manque dans tout l’Urundi, est importé du sud par les peuples-frères, les Washingo et les Wanyaheru, ou les Wamosso (= méridionaux) comme les Warundi les appellent. — Les Watwa ne font pas de commerce, du tout. Ils échangent seulement les produits de leur industrie (de la poterie) contre des vivres. — Les Warundi riverains du Tanganika, au contraire, surtout les W azige, sont assez commercants. — Le principal article de commerce y est l’huile de palme (= amamesa, amengano), que les Wajiji, les Wangwana, et les Arabes viennent y acheter contre du sel et des perles. Les autres articles d*exportation sont le beurre, les chèvres, les bananes, la bière, etc. Le commerce intérieur comprend tout ce qui se mange et s’emploie. Les cultivateurs y échangent leurs produits d’agriculture, contre des poissons; les pêcheurs y achètent des céréales, des bananes ; les Watwa fournissent de la poterie à tout le monde. Les Warundi, qui n’ont pas de relations sociales avec les Watwa, achètent pourtant des pots chez eux, mais il faut que les pots portent encore les signes manifestes de la cuisson (cendres de paille). Si un vase avait servi déjà, pour rien au monde les Warundi ne l’achèteraient, pas plus que de la bière ou des vivres. — Le long du lac, surtout dans l’Uzige, il y a des marchés en règle (= akaguriro, igurirOj akasûmird). A Uzumhura (où se trouvait la Mission en 1896 -1898) on comptait treize marchés journaliers dans un rayon de trois heures. Celui d’Uzumbura même, diminué depuis, é'tait le plus important. Six mille personnes y affluaient chaque jour, de 6 à IQii du matin; aux autres il pouvait y avoir une affluence de 600 à 1000 personnes. Tout se vend sur un tel marché: huile, sel, bière, habits, poissons, nattes, pots et cruches (appartenant aux Watwa, réculés dans un coin du marché, où ils sont assis timidement), tabac, tabac à priser (liquide, tout fait même), sorgho, maïs, bananes, arachides, canne à sucre, patates, ,jamateke”j ignames, boeufs, chèvres, moutons, poules, poudre, cotonnades, filets, bois de lance, bambous, roseaux, bois de chautfage, cordes, ficelles, etc. etc. Pour beaucoup de Warundi, c’est devenu presque une habitude, d’aller le matin au marché,.

COMMERCE

COMMERCE

même s’ils n’ont rien à y faire. On y va pour causer; on se passerait plus volontiers de manger, que de ne pas y aller. — argent inonnayé n’existe pas. La seule richesse consiste en bétail (pecus), comme anciennement en Europe: les mots: pécule^ pécune viennent de pecHs. Les codes des Franks, des Saxons, et des Germains distinguaient encore la pécune vivante (troupeaux) et la pécune sèche (monnaie battue). L’objet d’échange, (qu’on peut presque considérer dans VlJzige comme une sorte de monnaie), employé généralement dans rUrundi, c’est la petite perle rouge Samsam, importée de la côte par les Arabes et très répandue déjà (= uwuna, uivusaru, uwuhembe). Uunité de (cette) monnaie dans rUzige, et même dans l’intérieur, c’est le jjketé’^ {= iketij urusanga, uruhemhe), c.-a.-d. un chapelet de ces perles d’environ 32 centimètres de long. Pour le mesurer on en passe une extrémité entre le pouce et l’index, tandis que l’autre doit atteindre le coude (= umwonga, akasiba), La moitié d’un „kete”

se dit: irambo, uniugombo, igorora. Dix „kete” forment un ,jifundo'' ou iryene'^ dix ,jamafundo'\ un ,jUrugoyé*\ ou ,yurutembagasiva^^ ; dix yjingoye^' un „aA:anowo”, ou ,pkitarikiva^\ Voici encore d’autres divisions „de monnaie”. Une série de perles Samsam enfilées, faisant le tour de la tête, se dit j^umunaga^% ou urukata ; une pareille série, faisant le tour de la plus grosse partie du bras, se nomme umugomba; une autre, faisant le tour de la main: ,,umunyakiganza^% ou „ikogive”'^ enfin une petite série, entourant deux doigts: j^ku 'ntokevirV\ y^evvirV\ ou j,akareka^\ — Les Warundi sont vraiment fous de ces perles Samsam qui leur servent d’ornement. Dans certaines parties réculées de l’intérieur, elles sont rares encore, mais les femmes au moins, surtout celles des chefs, en ont au cou. Après les Samsam, c’est la perle oblongue, violette, rayée de blanc (en verre) = „inganga'\ urugang a {^^nakkas'' à la côte), qui est très recherchée par les Warundi. Une de ces ingang a a la valeur d’un ,^kete'' de Samsam (en 1896). Après ces deux variétés, les femmes d’Uzige et du littoral aiment bien aussi les amazuru, uruzuru {,jselani^^ à la côte). C’est une grosse perle blanche. Un „kete'' de ces „amazur}i'\

faisant deux fois le tour du cou, vaut 9 à 10 „kete” de Samsam; un „ifundo'' donc près d’un ,pirugoye'\ Sur une partie du littoral, depuis Ujiji jusque chez Rumonge, on accepte, en payement, une sorte de grande perle bleue. — La vraie perle-monnaie est la Samsam. Les autres sont acceptées plutôt en échange, comme ornement, tandis que la Samsam est encaissée, c.-a.-d. enterrée. Les perles noires (irabura) ne sont pas voulues du tout. Les indigènes disent que leur influence fait brûler les maisons! Les petites bleues (Imifïri) ne sont pas voulues, pas plus que les jaunes, vertes, dorées etc. Les petites blanches, (qui ont précédé les rouges, paraît-il), sont encore acceptées comme ornement, dans l’intérieur au moins. Ce sont les Arabes qui ont introduit, depuis 1850,. les perles dans l’Urundi. Avant ce temps on échangeait simplement les différents articles, les uns contre les autres. — L’étoffe tissée (cotonnade), ailleurs partout article d’échange, est très peu appréciée par les Warundi, et vendue bien au dessous de la valeur. En 1896 à Uzümbürà un „dotr {—inviine) de 2 fr.60 se vendait 2 „fundo” de perles (= 0 fr. 60) ; un „kanga-lesso” de 3 fr. valait 3 „fundo” = 0 fr. 90. Ce qu’on accepte encore, (les chefs surtout), c’est le calico bleu („kaniki”). On préfère un „doti” de „kaniki” (3 fr.), à un „ivala” de 28 frs.I — Aux sus-dits marchés tout est, à peu près, à prix fixe. Ainsi, un boeuf vaut 3 à 5 „ingoye” ; une vache 7 „ingoye” (se vendent difficilement); un mouton, ou une chèvre = un „fundo” et demi jusqu’à trois „fundo”; une pioche (d’Uvira) = deux „kete” ; une grande cruche de bière ~ trois „kete” ; une cruche d’huile de palme = 10 à 15 „kete”; une cruche de miel = un „fundo”; un régime de bananes = un „kete”; deux pains de manioc (îAisivage) = un „kete”; un tiers de charge de sel d’Uvinza (20 livres = ikiJnko, iyembera) — 2 „fundo”; une charge de sel (3 ivihiko) = 6 „fundo” ; une barque = 2 à 3 „fundo”, etc. — C’étaient les prix dans l’Uzige en 1896; mais depuis les prix ont doublé et triplé même. Tout n’a qu’une valeur relative. Un onvrier, qui au commencement travaille par jour pour 1 kete, demandera plus tard 1 „fundo” et davantage. — Le marché fini, les petits enfants vont glaner les perles perdues et achètent avec ces perles des friandises (leurs bonbons!): quelques bananes mûres, quelques arachides, un bout de canne à sucre (on a iO bâtons pour 1 kete), une pincée de sel, etc. — Il n’y a pas, dans l’Urundi, des poids et des mesures de capacité (— k\(gera, urugezo) proprement dits. Tout se vend à la pièce; certaines choses par poignée, p. e. le sel {ku ’rushi = une main pleine; ku ’mashi = 2 mains pleines). Pour les arachides, les haricots, le tabac, etc., on se sert des deux mains; une telle mesure se nomme ikifunzi.

Un petit panier sert pour mesurer les tout petits poissons = akahuzo et les patates. Le

COMMERCE

Page 1