‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 54 sur 152 · DEUIL · texte numérisé non relu

DEUIL

des soldats de la garde d’un chef^ ou du roi, n’est pas autre ehose qu’une dianse. Ces danses en masses eompactes^, quelquefois de 500 personnes, tous brandissant leurs lances, se mouvant comme un seul homme, reculant à petits pas saccadés, avançant comme une trombe, ou sautant dans l’air, tous ensemble, comme des automates, sont vraiment saisissantes, grandioses, inoubliables. — La danse kvnrongora ku ’mw'ongo est toute autre. On se met 50, 100, 300, ou d’avantage, à courir {trotter, d’un pas égal), l’un après l’autre, la lance à la main, en décrivant des lignes en forme de serpent. Celui qui est en tête, et qui dirige la bande, prend un pas de course lent, en battant des pieds une certaine mesure, que tous les suivants imitent exactement. De loin ou croirait entendre le galop d’un cheval. Les Watwa, n’étant pas assez nombreux, ne font pas cette danse. — Les Warundi (hommes) dansent aussi, quelquefois, seuls (kutamba, kweneka), surtout avec accompagnement d’un tambour, ou d’une yjinanga^\ Les assistants y participent, en battant les mains en cadence.

Les Watwa, aussi, dansent seuls, et font alors des pantomines invraisemblables: des courbes, des sauts, comme pour surprendre un ennemi, bondir sur lui. Le danseur fait comme s’il était attaqué, il recule, se blottit, se couche à terre, saute dans l’air, comme pour éviter les flèches ennemies qui volent autour de sa tete, etc. — Les femmes Warundi ont une danse particulière à elles kutamba). Jamais elles ne dansent avec les hommes. Elles se rangent par groupes de 30 à 40 (femmes ou filles) en cercle, ou, plutôt, en ellipse. Une d’elles (ou deux), ordinairement une jeune fille, costumée d’un pagne en franges, danse au milieu de cet oval, tandis que les assistantes claquent dans des mains, frappant le sol des pieds, en sautillant légèrement, et chantent, le tout pour ^suggestionner”, accélérer (kugumizaJles'psiSj les mouvements de la ballerine du milieu.

Celle-ci, pendant sa danse, agite ses bras dans l’air, en courbant les mains en arrière, d’une façon très curieuse, mais très élégante. Cette pose doit imiter la structure des cornes des boeufs (bos Apis) des Watutsi (kuteka inka j, autre détail, qui prouve, que la danse Kirundi est, avant tout, un acte religieux. Tout en agitant les bras, elle exécute des mouvements légers avec le reste du corps. Pendant qu’elle paircourt (par un va-et-vient continuel) l’oval, les assistantes trépignent des pieds, toujours „ crescendo”, jusqu’à ce que la danse arrive à son paroxisme, pour ainsi dire. Alors les deux danseuses du milieu s’embrassent. — A l’intérieur, celles-ci tiennent, quelquefois, un arc, ou une lance, à la main, en dansant. Cette danse, très gracieuse, est innocente. Il n’y a que les cliants, qui l’accompagnent, qui sont, quelquefois, équivog;ue8. Puis, il y a leurs danses religieuses, qud sont à proscire, évidemment. — Quel-

quefois, dans les danses religieuses surtout (yHviseko), on attache à la ceinture, ou aux pieds, plusieurs petites coques de citrouilles, ou de fruits durs, où l’on enferme des grains durs, ou des petites pierres, qui font du bruit en dansant. Ces espèces de crécelles se nomment: ivizjegezi (kuzjêgërâ), imiijebe (toupie), umusongo, urinyangarra ryHkikungu, ryHkirende. Dans l’Uzige, on a, à cet effet, de petites clochettes en fer (= inzôgërâ, amayugi^ Fig.

n'\ 89), que l’on s’attache aux jambes. Ordinairement on chante en dansant. L’un chante deux ou trois mots, et les autres répondent, en répétant les mêmes mots, ou d’autres, si longtemps, que le premier commence un autre refrain; p. e. le solo (kutera uruvino) chantera: „impunge'\ tout le choeur répondra (kivitawïrà) : ,^samampunge” . — Les Watwa aussi chantent, ou plutôt hurlent, en dansant. — Ces différentes chansons sont très nombreuses et varient pour les contrées. Assez fréquemment, ce sont des chansons de circonstance, et dénotant une danse particulière.

Dent.

Les W arundi et les W atutsi ne se défigurent aucunement les dents, mais bien les Watwa.

C’est une marque nationale, un signe de tribu, ou plutôt d’initiation (acte réligieux). Tout individu Mutwa, arrivé à l’âge de puberté, doit subir cette opération. Quelquefois, elle se fait après le mariage, mais rarement. Les Watwa prétendent qu’ils s’arrangent ainsi les dents, afin de se battre mieux à coups de dents contre leurs ennemis! Les Warundi détestent les gens qui ont les dents limées, comme les Watwa, les Wavira, les Wabembe, les W anyamwezi. Ils disent, que c’est là une marque d’anthropophagie. Il est probable en effet, que toutes les tribus à dents limées aient, au moins autrefois, pratiqué cette coutume. — Chez les Watwa, ce sont les deux dents du milieu d’en haut qui sont façonnées en triangle. Pour cette opération (kuwaza amenyo, ou: kusâtürà) le patient est couché par terre, sur le dos. L’opérateur se sert d’un petit couteau (inkare). En frappant dessus, avec une petite pierre en guise de martelet, il fait sauter des petits éclats des dents, et les façonne (kuwaza) ainsi, jusqu’à ce qu’elles aient la forme voulue. Ces dents, façonnées ainsi, se nomment = inyenyera, amahongorwa, uruhanga (entaille). — Un enfant né, chez les Warundi, avec une dent (umwana wHsema), est tué, comme porteur de malheur. (Fig. n^. 32).

Deuil.

Plusieurs cérémonies et usages intéressants marquent le deuil chez les Warundi. — Une fois le mort enterré, on jette sur la tombe (tumulus) la porte (en clayonnage) de la maison (kuta ko kuri n’ umva) et le couffin (intëméré) vide, qui a servi pour rétirer la terre en creusant la fosse. Les Watwa, toutefois, n’y mettent pas ce couffin (ikiyoresho cy^ ivvu, ikivumvu, ikishembe). — Dans la case elle même, on pratique une autre ouverture,

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