‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 55 sur 152 · DEUIL · texte numérisé non relu

DEUIL

DEVIN

pour servir de porte et on ferme ^ancienne (kuhindukiza umuryango). Les pierres du foyer sont jetées et remplacées par d’autres, neuves. Le lit est défait et reconstruit à neuf. L’entrée de l’enceinte (urugo) est fermée et l’on en pratique une autre. Les Watwa ne font pas ces changements, si ce n’est qu’ils défont le lit aussi, en le remplaçant par un autre. Le motif de toutes ces précautions, est de se débarrasser du souvenir du mort. Tout est souillé par lui. On le considère implicitement comme un damné. On en a peur. On redoute sa Im've malfaisante (revenant, spectre). S’il retourne, on tâche de le dérouter et de lui donner le change en changeant les choses de place, pour que le spectre ou le revenant ne s’y connaisse plus! En somme, c’est un culte de peur, de terreur. — Sept jours durant (pourquoi sept? ce nombre revient souvent), la femme, ou les femmes, et les enfants doivent rester dans V^^urugo'' (enceinte) sans en sortir (kugandâra^ waslvyë kurima). Après ces sept jours, comme pour terminer le deuil (kwikura urugandariro ), toute la famille va se baigner et se laver soigneusement tout le corps dans une rivière lointaine, comme pour secouer ^e dernier atome de contact, ou de souvenir, qui les relie avec le défunt (= kumarirwa). Ils se font raser la tête (kumohwa), se signent le front, en y traçant une ligne avec de la boue de la même rivière où ils se baignent (kumarirwa^ kwisiga urushanga). Ch es les Grecs aussi, pour ne parler que d’eux, on aspergeait avec une branche d’olivier les assistants aux funérailles d’eau lustrale. La plus grande marque de douleur chez eux, c’était de se couper les cheveux. Dans les calamités publiques, des villes entières suivaient cet usage. Après la bataille de Chéronée, tous les habitants d’Athènes se coupèrent leur chevelure ; ils firent de même lorsque Lysandre se fût emparé d’Athènes. — Ce sont là des purifications légales. Les Watwa (femmes et enfants) restent enfermés quelques jours. Ensuite, ils envoyent chercher au loin de l’eau, pour s’en laver le corps à la maison. — L’usage du sel est défendu pendant le deuil. La couleu?' de deuil est le rouge, et pendant un certain temps la femme et les enfants portent des habits (jjimpuzu”) non -teints en noir ou chamarrés, c.-a.-d. gardant leur couleur naturelle qui est le rouge (imarirana: impuzu yera, umutukura). S’ils ne portent pas un semblable habit entier en rouge, il faut qu’ils aient, au moins, une bande d’étoffe rouge au cou, en guise de scapulaire retombant par devant et par derrière. Fig. 33. C’est une simple bande d’écorce de ficus, avec un trou au milieu, pour passer la tête. — Tout ce qui vient d’être dit s’applique au cas que le père, ou le maître de la maison meurt.

Si la femme meurt, ou un des enfants, on reste aussi enfermé dans la case, ou dans l’enceinte et on s’habille de rouge. Pour la mère on enlève les pierres du foyer (kuhindura ama-

sika) et les cloisons. Sur le lit on change les bois, qui servent de coussin pour reposer la tête. Si une femme Mutwa meurt, tout ^est également changé ou enlevé dans la maison: pierres du foyer, cloisons, lit, porte, cruches, etc. Encore une fois, tout cela se fait, de peur que le larve, le „umuzimu’^ ne revienne („waratinye umuzimu agavukeT).

V. jjEnterremenf*. Quant au rite de détruire les ustensiles, etc., il se trouve chez une foule de peuples anciens et modernes. Le motif en est le même. Ainsi les Bédouins ante-islamiques le pratiquaient, selon le Dr. G. Jacob (Das Lehen der vor~islamischen Beduinen, Berlin), et Wilken (Animisme) le constate chez différents peuples de l’Indonésie. — Deuil royal. Si le roi du Euanda meurt, tous les habitants doivent se faire couper les cheveux. Pendant deux mois la terre reste en friche. Pendant le même temps les taureaux restent séparés des vaches. (Notes du P.~C. Smoor).

Devin.

Les devins et les devineresses sont nombreux dans rUrundi, comme partout chez les noirs. On les appelle: awafumu w'ukuragura, awaraguzi, awafumu wHndago, w^ukucy^ indago, w^ukurasaga, awaretsi ikihuko. Les Watwa les désignent sous le dernier nom.

Quoiqu’ils ne soient pas des prêtres proprement dits (comme les „fcimngra”), on peut les classer dans la caste sacerdotale ou lévitique du pays. Ce métier paraît assez lucratif, mais ne l’est guère. Presque tous les j^awafumu’' sont pauvres. Ce pouvoir est héréditaire dans la famille. Le père le transmet à son fils aîné, la mère à sa fille aînée. Si un ,^umufumu’* (homme ou femme) n’a pas d’enfants, le pouvoir est légué quelquefois à un apprenti, qui est initié de longue main. — ■ Un semblable devin prédit, ou plutôt conjecture l’avenir et les choses contingentes (kuragura), p. e. si l’issue d’une guerre sera heureuse. Il découvre l’auteur d’un vol. Sa spécialité est de dénicher les magiciens et les magiciennes, les goètes, vrais ou réputés tels, les envoûteurs, les jeteurs de sorts, causes de la mort ou d’une maladie, de rendre les maléfices impuissants, etc. etc. — Dans rUzige c’étaient surtout des femmes.

Voici comment opère une telle devineresse consultée. Elle se met sur la tête une couronne, ou une bande faite de la peau d’un sanglier ou d’une antilope de marais (umugara, umukuso, ou : umurizo = queue, urusato rwHnzobe, rwHngenza), Elle sort ensuite d’un grand sac (isaho) tout l’attirail magique nécessaire pour la consultation. Elle réclame un van (urutaro). A côté de ce van, elle range tout ce qui vient de sortir de ce sac, dont voici les objets principaux. 1®. Une vieille calebasse (intenderi) au long cou. Cette calebasse est absolument nécessaire ; c’est un objet sacré, reçu du père ou de la mère, c.-a.-d. de celui, ou de celle, dont procède Iç pouvoir devinateur. 2®. Une deuxième calebasse, Eig.

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n^. 34, plus grande, ornée de perles. Cette calebasse-ci est maniée avec grand respect.

L’esprit Kiranga est censé y résider, y être enfermé. C’est lui qui agit en elle, par elle (devineresse). Un peu de sorgho est joint à ce meuble; c’est la nourriture de l’esprit familier, — 3®. Dans cette deuxième calebasse est enfermé nombre de petites pierres et presque une infinité de menus objets magiques, p. e. des grains de toute sorte (imhuto zose), et en particulier: 4®. cinq morceaux de fer (= utuma, imirinda), des amulettes variées, etc. Enfin — 5®. deux espèces d’herbes séchées : umwegera (plante rampante) et umusange. Avant que la consultation commence, la devineresse frotte la calebasse fatidique avec ces deux herbes et à elle-même la tête et la poitrine, afin de bien réussir, être disposée (kumenya kufumura). — Ensuite, elle verse le contenu de cette calebasse sur le van (kusukana ku ^rutaro) et place celui-ci près d’elle, par terre. Alors, elle se met à chercher gravement et attentivement dans ce tas de petites pierres et de menus objets disparates les cinq petites barres en fer (imirinda), les amulettes et certaines petites pierres rondes. Ceci trouvé, elle pousse tout le reste de côté, vers le rebord du van {kushira ku ^muwari w^urutaroj. Elle prend ces jjimirinda"% ces amulettes et ces petites pierres dans le creux de la main (kushira mu 'kiganza), les remue, puis demande en elle-même (kuwaza), par exemple, si c’est ce chemin-ci ou celui-là qu’a pris le voleur, etc. etc. Après chaque demande, elle jette tous les objets, qu’elle tient à la main, dans la partie vide du van (kutera inzuzi) Si maintenant tous les jjimirinda”, les amulettes et les pierres se trouvent ensemble (kurundana)^ alors c’est bien cet homme-là, qu’elle a nommé, qui est le coupable, ou c’est bien ce chemin-ci ou celui-là, nommé, que le voleur a pris, etc. (araraguye neza). Si, au contraire, ces objets s’éparpillent, elle recommence et pose une autre question. Dans le premier cas encore, c’est un signe que le malade mourra (umuntu azofa) ; dans le second (objets éparpillés), qu’il guérira (umuntu azokira). Les Warundi disent, que très souvent les devins devinent juste.

Il est certain, en tout cas, que ceux-ci sont pleinement convaincus de leur pouvoir, et qu’ils agissent de bonne foi Karement il y a fourberie. Du reste, les assistants, intéressés, sont là pour surveiller l’opération. Ces devins savent bien, qu’ils séraient assommés, s’ils étaient surpris, faisant de la fraude. Le hasard ne suffit pas, non plus, à tout expliquer. On connait le passage de Pausanias (in Achaica)f nous décrivant les sorts d’Hercule-Kiranga dans la caverne de Bura : „C’est la table qui rend les sorts au moyen des osselets qu’on jette dessus.” Seldenus (de dûs Syr.J ajoute, que le génie de la table était le directeur, l’interprète des osselets. Dans l’antiquité, ces tables hiératiques, ces trépieds fatidiques (pour deviner), étaient surmontées

d’une boule, simulacre du monde. La calebasse de notre ^jumufumu” a la forme d’une boule aussi, même double; elle est dédiée, consacrée par des rites spéciaux. Le van remplace la ^^mensa’^ ~ de:

media, mediatrix (cfr. S. Paul I Cor. X).

Les osselets de l’opérateur de Bura sont remplacés ici par des barres de fer, des pierres-„mcdia”. Enfin tout se ressemble. Du reste, le „medium” importe peu, que ce soit le scyphus de Joseph, les „ chèvres” citées par Tertullien, les colombes de Dodone, le trou béant, ou les entrailles de la Pythonisse de Delphes, etc. etc. ,jNlhil novi sub sole^\ Ce sont là des communications avec un outre-monde maudit, des pratiques blâmables, et non pas simplement ridicules. — Revenons à la devineresse d’Üzige. Comme à Delphes, ses oracles sont parfois vagues, amphibologiques à dessein. Si elle ne craint pas les représailles, elle indique clairement la personne coupable de magie, de vol (kuraguritsa uwurozi, ikisuma), etc. Alors celui-ci le paie souvent de sa vie. Que ceci soit une source d’abus, qu’il y ait des innocents ainsi „ dévoués” quelquefois, c’est certain.

Mais dire, que ces indications sont toujours vaines, il y a loin. ^^Homicida ah initio’\ — Ces mêmes devins préscrivent encore les remèdes, et les moyens pour détruire les maléfices, découverts ainsi. Ils donnent au consultant une poudre magique ou une amulette en bois = jjumuti”. Celui-ci s’en va avec ce „remède”, non loin de sa maison, sur le chemin par où le sort est venu. Là, il fixe en terre trois piquets, en forme de triangle. Sur ces piquets il met un pot, pour y faire bouillir le contre-sort. Une fois bouilli, il est versé sur le chemin. Le pot lui-même y reste. Cela s’appelle : umuhuhOj kuhuhera awansi (ennemis), kuteka iviheko, kushinga iviheko. Les passants ont bien soin, de ne pas toucher du pied à cet ikiheko ; ils font un détour. S’ils y touchaient par mégarde, ils gagneraient le même maléfice. Cela ressemble fort aux pratiques de nos sorcières du moyen-âge, et de nos jours! — Ces mêmes feuilles sèches umwegera et umusange servent encore, pour gagner l’estime et la faveur des grands (urusango). Alors, on les jette dans de l’eau dont personne n’a bu encore, et on se lave, ensuite, le corps avec cette eau. — U honoraire (kugemura ingemo) d’une telle consultation dépend de la fortune du consultant, et du succès obtenu! Dans l’Uzige, on donne un panier de farine et un „fundo” de perles. — Au centre de l’Urundi on devine (kurogura) beaucoup par les,, insuzV% ou r„afeasanda”. Fig. n'\ 8. (cfr. Dr. Baumann, p. 222). Cet appareil agit comme la baguette devinatoire en coudrier d’Aymar de Lyon.

Il se compose de bâtonnets de 15 c.M. de long, disposés en croix, attachés l’un à l’autre et formant ainsi une série flexible de losanges de 80 c.M. à 1 M. de longueur. L’opérateur demande le chemin par où le sort est

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