‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 56 sur 152 · DIEU · texte numérisé non relu

DIEU

venu^ etc. Alors il fait mouvoir articulé, garni au bout d’un toupet de cheveux. Le bout de l’appareil s’incline de lui-même (9 !) à droite, à gauche, ou vers le milieu. Ce mode de deviner, très employé aussi par les Wanyamwezi, paraît toutefois très apte à la fraude; car il est facile d’imprimer une direction quelconque à l’extrémité de l’appareil, par la moindre pression de la main dans un sens ou dans un autre.

Seulement, les Nègres, très malins et observateurs admirables, ne se laissent pas facilement berner par leurs „awafumu'\ Ceux-ci, pris en flagrant délit de fraude, sont tués impitoyablement, surtout s’ils s’avisaient de tromper un chef. Enfin, je puis affirmer, que j’ai vu des faits très impressionnants et très

suggestifs en ce genre — Les devins

Watwa ont les mêmes procédés que les Warundi, mais ils employent volontiers les épreuves judiciaires, ou ordaüa. V. ce mot.

Y. aussi les mots jjGuérîsseur'% ,jPrêtre”, yjMédecine^\ Charmeur' \ j^Pluviator''\ V. Fig. no. 134.

Dieu.

Les Warundi connaissent et vénèrent des dieux, ou mieux des esprits. Aussi, leur culte peut-il exactement être nommé : démonolatrie et, plus concrètement, nécrolatrie, puisqu’ils vénèrent surtout la cohorte des esprits mauvais, sous forme de mânes = esprits des morts — larves = lares = pénates, etc. (V, „Esprir). Ils ne connaissent et ne vénèrent pas, en tout cas, le seul vrai Dieu Créateur, Ils admettent toutefois un esprit supérieur aux autres: Imana („primus inter pares”, tous créés, puisque Imana est le premier des mânes = Summanus, „umukuru yawo”), qui a tout coordonné, arrangé, et qui „de facto” est le maître de tout, c.-à.-d. dans notre système planétaire (princcps hujus mundi).

Ce Imana n’est pas le vrai créateur (V.

^Création”). On sait qu’un très grand nombre de Nègres-Bantu désignent leur Esprit suprême par le nom Mulungu, Murungu, Mungu (contraction de Mulungu), Mulugo, Muluko.

Le P. Torrend s. j. cite quinze langues ou tribus, où cette dénomination a cours. Il y en a au moins trente, mais qui, chose curieuse, se trouvent toutes dans la moitié orientale sud- africaine. Le savant Père Jesuite croit, que le mot Muzungu, nom sous lequel les Nègres désignent les Blancs non- Bantu, est synonyme de Mulungu et serait une réminiscence phénicéenne. Ceci est probable, puisqu’il est prouvé, que les Phénicéens et d’autres peuples, d’origine sémitique et hamitique (Chananéens), ont eu des rélations avec cette partie de l’Afrique au moins, dans les temps les plus réculés. Le Révérend Père croit donc, que le nom Mulungu serait dérivé de Moloch, divinité phénicéenne. Ceci est beaucoup moins probable, quoique admissible à la rigeur, pour les noms Mulugo et Mluku qui ont cour au Mozambique etàKilimane, où certainement les phénicéens ont eu des

comptoirs, même dans des.temps moins réculés. — <3uoiqu’il en soit, le nom Mûngu, Mu>lungu, Murungu est adopté par les Missionnaires Catholiques pour nommer le vrai Dieu.

Ce qu’il faut remarquer avec soin dans ce nom, c’est la racine ng, ngu ou nk, likju qui donne un son spécifique aux langues Bantu, (mais non pas exclusif), et qui se retrouve dans un grand nombre d’autres noms d’esprits chez les différentes tribus africaines. Je ne cite que : LinWohe, Rigan^assa, RiyanQomhe, Rikiran^a, Murungu, etc. chez les Wanyamwezi, Wirwana, Wasukuma, Watakama, Wasumbwa, Warundi, etc. Le mot Ri/cimngra paraît le même que celui de mganga, sous lequel, presque partout, sont désignés les prêtres, les sorciers, c.-à.-d. des personnages en rapport avec les esprits. Le mot inkuba = tonnerre, considérée comme esprit, recèle encore le même étymon. Il m’est impossible de déterminer la valeur, le sens de cette racine ng.

Toujours est-il, qu’elle se trouve dans beaucoup de noms désignant des animaux, et notamment le boeuf = n^ombe, inka, etc. (Zoo»latrie égyptienne?) Tout curieux que cela paraisse, ce ngu paraît fort ressembler au mot perse „ïlkhoda” („ens a se”), ou à la racine ghu {„invocare, ut Deus sit is, quiinvocetur”). On sait qu’il y a des savants, qui font dériver le nom „Gott”, „God” (prononcé surtout à la manière flamande), de la même racine perse, tandisque d’autres préfèrent la racine dyu („lux”), ou le mot sanscrit „jut == dyut”. Serait-ce là un pont, introuvable jusqu’ici, entre les langues (et les peuples) Bantu et sémitiques, ou même Aryens? A propos de cette racine dyu, il y a une autre analogie à constater. Les Warundi, et d’autres Bantu désignent le ciel, le firmament, la lumière, tout ce qu’il y a au-dessus de nos têtes, par le mot, dyuu (Swahili), dyulu, dyuru, idzjuru = idyuru (Kirundi), ou: igulu, iguru, etc. {ngu et dyu combinés ou se confondant).

L’adjectif grand est exprimé généralement par -kuru, nkuru, nkubwa. (Les Herero e. a.

désignent l’esprit supérieur par le mot mukuru = le grand). Cette racine dyu, se trouvant chez les Bantu avec ce sens-là, est très remarquable; car on sait, que le nom latin „I)eus” (et ses variantes romanes: Rio, Dieu, Bios) est communément dérivé de la racine commune, dyu („lux”). La même racine se trouve dans le sanscrit : Deva (les dews — esprits!), le grec: ôîoç, le gothique: Tius, le lithauéen: Diewas, le lette: Dews, le vieux germanique: Zio, Enfin Zeus, dies („jour”:

„sub dio cubare”), divus, Jupiter Dyu^pater) n’ont pas d’autre sens. Même le mot grec deéç, que les Pères grecs ont essayé de faire dériver de deàadai, BewQeiv (omniscientia, providentia), se rattacherait, selon M. Müller et Pott., à la racine : dyu par deivos, devenant deôv par une espèce d’aspiration de la première consonne. Toutefois, le mot Oeàg paraît moins orthodoxe, et ne désigne que les dieux planétaires (Kabires), de 6^ei,v

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