‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 57 sur 152 · DIEU · texte numérisé non relu

DIEU

DISCOUKS

= planare, — Une autre particularité des noms des esprits est, que tous, ou presque tious, ont le préfixe de la 5'^ classe, la classe de grandeur ou noble. Ce préfixe est: i, li, ri, iri, ili (Linkobe, Riyangombe, Rikiranga, Imana, Linze, etc.). Cet élément renferme l’idée d^être, d^ exister, de durée, V„ens à se”. Bi ou li est la forme parfaite^ quoique irrégulière, du verbe: ku~wa = être. Tandis que l’élément; ri, li indique la durée^ la permanence immuable^, tous les autres temps, où entre la racine: lea de ku-wa, ont quelque chose de flottant dans l’être^ p. e. le futur, l’imparfait^ etc, Ce serait peut-être aller trop loin, que de chercher dans ce ri ou li une analogie avec la racine sémitique: El, Eloah, Elohim, ou: Ilah, Al~Ilah, ou Allah (des Arabes), ou, enfin, le lia babylonien. Ce El, Il veut dire: force. Puisque tous les préfixes des classes en Bantu sont des mots abrégés, et ont un sens, ri ou li pourrait signifier: V existant, qui est, le fort, etc. Ainsi, p. e. Riyanyombe, Riyangassa voudrait dire: le lui, le El, le fort, l’esprit de ngombe, de ngassa. La particule copulative y a indique la relation. On sait, qu’avec le nom El, Al, bon nombre de noms d’esprits mauvais sont formés, p. e. Baal, Bel, Baalzéboub, Baalphégor, etc. — Toutefois la forme ku-wa a ceci de curieux, qu’elle ressemble (hasard?) au verbe hébreu havah, d’où vient, comme chacun sait, le nom du vrai Dieu, le seul nom exact et parfait : Jahve = (qui) esL — Le P. Torrend (pag, cite quelques noms d’esprits, où la racine: z, nz, nza entre: Leza, Lésa, Bedzja, Redza, Tixo, (Tïzof), Kabezja, Nzambi, Kixi (Kizi?). Il y a certainement beaucoup d’autres, p. e. Linze chez les Wirwana de Msalala. L’élément: z, nza implique l’idée de procréer, de générer (kuzaa, kuzala, kuzara) ; mais il est plus probable, qu’il faut penser ici à l’idée de : bon, beau. En effet, dans presque toutes les langues Bantu bon (et beau) est rendu par ~za, iza, eza^ cyiza, nzuri, etc. L’idée de Dieu et de bonté se confondrait ici. On sait, que certains font dériver aussi le nom Gott, God, simplement de gut, goed (bon). — Ce sont là les principaux éléments que j’ai pu trouver dans les noms des esprits chez les Bantu en général, et chez les Warundi en particulier. Ce sont là au moins des éléments qui méritent attention; car il ne manque pas d’autres noms qu’on pourrait analyser. Seulement ceux-ci sont de moindre importance, et n’ont souvent qu’une raison-d’étre loéale, circonstantielle, ou historique tout au plus. (V.

„ Esprit”; notamment pour le nom „Imana”).

Ainsi, les noms Modimo, Molimo (des verbes:

kudima, kulima) — pasteur, cultivateur, désignent certainement, chez les tribus Chwana et Suto, des esprits subalternes. (Nyamurimi chez les Warundi. Le roi des Wangoni- Zulu s’appelle mdimi). Les noms à préfixe diminutif: ka, — le contraire, dirait-on, de: li, ri = préfixe de grandeur, — p. e. Katonda (Uganda), Kaweza (LTbembe, U vira), Kadupe

(au nord de Camerun), Kabezja (Guha), etc., sont étonnants. — Malgré tout, les étymologies, si plausibles et spécieuses qu’elles paraissent, sont souvent sujettes à caution.

Il faut bien se l’avouer. De l’autre côté, c’est une étude intéressante, nécessaire même. Le nom à donner au vrai Dieu, n’est pas du tout une chose indifférente. On sait avec quel zèle jaloux les Juifs gardaient le nom de Jahve (Jehova), le tétragrammaton, pur de tout alliage. Malgré les bons(?) titres de: Zeus, Awg, Jupiter (Dyu-pater), St. Paul prêchait le Dieu inconnu. St. François-Xavier, par cette peur d’un alliage sacrilège, préférait importer aux Indes le nom Bios, que d’adopter un nom quelconque d’esprit, trouvé sur place, si spécieux, si superficiellement orthodoxe qu’il parût; se rappelant, sans doute, ce mot de l’jiicriture S'^: „omnes dii gentium daemonia”, ou cet autre: „tous (les dieux) venus avant moi, ont été des voleurs (furesy’, c.-a.-d. ont volé mes attributs divins, incommunicables. — Quoique le mot Murungu existe en Kirundi, et entre dans certains noms propres d’hommes, p. e. Seryawurungu (— le père de Wurungu), ou Murungu tout court, les Warundi ne l’emploient pas (que je sache), pour désigner un esprit, pas plus que les Wanyamwezi, qui l’ont aussi, mais qui parlent plus volontiers de Linze, Linkobe, etc., comme nos Warundi d’Imana, Riyangombe, Rikiranga, etc. Cette remarque mérite d’être faite, car ce fait pourrait prouver, que nos Nègres connaissent sans le savoir, sans le vénérer en tout cas, le vrai Dieu Créateur, supposé toujours, que le nom: Murungu ne soit pas importé du dehors (Arabes). Malheureusement leurs adorations vont aux esprits „ voleurs” „qui non fecerunt coelum et terram”. — Il est presque superflu de dire, qu’il n’existe pas de nom commun pour désigner Dieu, à moins que ce ne soit un des éléments mentionnés plus haut {ng, dyu, ou même nz, ri, li, wa). Tous les noms de leurs dieux sont des noms propres, Imana inclusivement, quoique ce dernier soit pris, quelquefois, collectivement (point communément) pour l’ensemble des esprits, en particulier des mânes (sabaoth).

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