V. „ Esprit”, „Religion
Discours.
Les Warundi ont une éloquence à leur façon. Ils sont grands parleurs (— awavuzi, awakuwitsi w’intabe, awawuranirwa, awacyi w^uruwanza). Leurs discours sont quelquefois de vrais modèles d’éloquence. Ce qui est curieux, c’est que cette langue oratoire diffère notablement de la langue de conversation ordinaire. C’est un langage artificiel, stéréotypé, haché, cadencé. Chaque fois qu’on traite d’une affaire un peu sérieuse, on emploie ce style oratoire. C’est surtout dans leurs procès, leurs querelles, leurs délibérations (auprès du chef ou entre eux), qu’ils font des discours interminables quelquefois.
On écoute toujours religieusement. L’orateur
DISCOUES
DIVOKCE
est rarénient interrompu. Quelquefois un interlocuteur y jette un ou deux mots. On est assis, ou accroupi plutôt, lorsqu’on parle. L’orateur, pour appuyer ses dires, frappe quelquefois sur le sol avec sa casse-tête.
C’est dans un procès surtout (défense-réquisitoire = amadzjamho, ingingo), qu’on peut admirer de vrais chefs-d’oeuvre d’éloquence malgré leur simplicité. La discussion n’est jamais animée : on parle, de part et d’autre, très posément, froidement même. Chaque discours commence et se ternime invariablement par la formule consacrée: ,<,gira UmwamV\ ou: j^gira Mwezi*% o\i: y^gira Kisabo'\ ou: „gira Kisabo na Kihumbi^^ (les Wahha), ou: y^gira Muzungu*\ Cette formule, qui est une espèce de prière, ou tout au moins un voeu ou un souhait, veut dire en équivalent: „ Vive le Eoi” {kukirüy kugïra — sauver, guérir, se porter bien). D’autres disent :
yjTugire Umwami'’ ; d’autres: yyganza Urnwami’’" (=r kuganza — dominer, regner : „que le roi règne”, „qu’il vive!”). V. yySaluf\ — Dans le corps du discours on intercale certaines phrases souvent répétées, en guise d’interjections. Les principales sont les suivantes: yyumukunzi muhire vV akargendd!\ ou : yyumukunzi muhire wa Mudaga^\ Le sens de cette phrase n’est pas bien clair. yyAkaryenda'% c’est le tambour sacré royal, symbole et vrai palladium de la royauté. „ Umuhïre'% mot archaïque, veut dire: bruit. C’est donc une espèce de conjuration ou de serment par „le bruit favori et aimé du tambour royal”. Mudaga est un ancien roi de l’Urundi. Le sens de cette deuxième phrase est encore moins clair. Le mot akaryenda présente les deux préfixes de petitesse et de grandeur (ka et ri) réunis. nda veut dire: ventre, entrailles. Ce mot rappelle donc les divinités ventrues et le culte phallique, e. a. des Egyptiens. — On intercale encore les phrases suivantes:
’dzjambo rykatûngânâj nHyo ingingo yo katüngânây ikaw^ ingingo. Y. yj Interjection^’. — Les Watwa sont aussi grands parleurs que les Warundi.
Voici un spécimen de discours ordinaire, accompagnant l’offrande d’un cadeau:
yyGira umwami! Mukunzi muhire wa
yyKaryenda ! ndaza kutura, umbarire,
„je viens apporter dis-moi (de un cadeau, bonnes paroles),
yyUmburane ku ’mutware azombarize, „pour moi près du chef qu’il me fasse parle dire de bonnes
paroles
yyumburane; ungabire ingawano,
„ qu’il me parle donne-moi un cadeau, en bien,
• — yymukunzi muhire wa Karyenda ! — ndi ^
je suis
yyumwôroj untunge nk’ awôro,
„un pauvre, fais-moi riche comme
les
pauvres.
yyunkire, unkengetmkirey uzomburane ,5 sauve-moi, sois content de recommande
mon cadeau, moi
yyku ’wantü, wagomba kunyicffd;
„près des hommes, ils veulent me tuer,.
yyunkizej umpe nk’ awandi ’wana,
„sauve-moi, donne-moi comme aux enfant»
autres
yyudi umuntu wawe, — mukunzi muhire „je suis l’homme de toi, — yyWa Karyenda ! — uzonsabire ku '
„ tu demanderas pour prèsmoi
yj’mutware. — Gira Mwezi!”
„du chef. —
Divorce.
Le mariage est assez instable parmi le»
Warundi. Ils ne sont pas persuadés de son indissolubilité. Le divorce est fréquent, peutêtre plus fréquent que chez d’autres Nègre»
(au moins dans l’Uzige). Là un rien, un caprice suffit, pour que la femme s’en ailler Des femmes qui en sont à leur 4e, 5®, même fie conjoint, ne sont pas rares. Aussi la plainte ordinaire des maris est celle-ci = yyumugore wanzje araglye ku wundi ’mugabo”. Dans TUrundi la femme est l’égale, à peu prèr Je l’homme ; elle occupe un rang beaucoup moins inférieur et elle n’est pas du tout esclave, comme chez d’autres Nègres. De là vient, qu’elles abusent quelquefois de cette position. Elles ne se laissent pas maltraiter ou battre impunément par des maris durSr Une autre cause de divorce facile, c’est, que la femme dans l’Urundi yycoûte” peu, pour conserver ce mot, car l’arrangement de la dot a toujours, au fond, le caractère d’une vente, d’un achat. Puisqu’on en „ achète” une pour quelques cruches de bière, la question financière n’est pas, comme ailleurs, un motif pour les maris de conserver leurs femmes ni pour celles-ci de s’en aller. — Le divorce est exprimé par les termes suivants: inzu irafüyCy ntiyawaye ’rugandUy kwahükàna (chasser): ndakutayCy kwendwa handi, kuza wtidzje^ kuivenga, kuzenga. Si le mari veut divorcer,, parce que sa femme est méchante, paresseuse,, soupçonnée de magie, d’adultère, il la chasse simplement = kuwenga. Le père, dans ce cas,, doit rendre la dot, ou plutôt le prix d’achat,, au mari — kwishura ivintu, ivintu vy’ ukuktva^ inkwano. Si la femme s’enfuit sans raison ou pour un caprice, le mari peut la reclamer..
Les parents, dans ce cas, doivent renvoyer leur fille au mari (— kusuwiza mu ’rugo rwiwêjy ou bien rendre le prix reçu. Souvent la femme divorce et rentre dans sa famille (kusohorwa) sous les instigations de celle - ci,, pour hâter le payement complet du prix; car celui-ci ne se paie souvent, que longtemps après le mariage conclu. Alors, si le mari s’exécute en payant, elle rentre au logi» (kumara kukwa : aragarutse). Souvent les parents chicanent encore longtemps après, et demandent davantage, en suggérant à leur fille le divorce, pour extorquer davantage. —
DIVOKCE