‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 68 sur 152 · Akatwa^ litt. le petit = pygmée · texte numérisé non relu

Akatwa^ litt. le petit = pygmée

Peut-être appartient-il à la groupe des Tusâra (V. sur Mutiva: Aborigènes"). L’emploi du

diminutif, en parlant des esprits, est assez commun. On le voit même employé pour les esprits supérieurs, p. e. Kawezyay Katonda. On l’applique aussi à Imana, mais seulement au pluriel! (mânes). Un jour, étant obligé de faire démolir une minuscule hutte à mizimu {ikigabird), j’entendis une petite fille, presque en pleurant, se plaindre de la destruction de ses petits thérapims: Twimanatwanzje!

le P.-C. Smoor, ies Wanyaruanda ont une catégorie d’amulettes, ou plutôt de fétiches, nommés imana. Des coqs, des chèvres, des moutons, des vaches portent le même nom (Nagualisme). Il y a des imana blancs et noirs. Le umufumu possède l’art de les distinguer. Ils présèrvent, en particulier, des attentats des goètes.

24. Umuraracyamba^ litt. qui dort, qui demeure au désert. Cet esprit parait être une espèce de Satyr, ou même d’un Pan. Il rappelle Azazel, et les esprits de TEvangile, demeurant dans les terres arides, sans eau, désertes {— icyamba), ou bien encore l’Asmocïée de l’histoire de Tobie.

25. Kwigûka, ou kwigôka. C’est une pure forme verbale (infinitif), à moins qu’il faille entendre : ku Ingüka^ Ingoka. Or, kugôka veut dire : commettre un inceste, et encore autre chose En kirwana nyô désigne le Cteis. Gela n’étonne pas. Chez les Wasukuma aussi, selon le R. P. Girault, déjà les noms de certaines divinités expriment des horreurs. Et chez les Anciens! Les métamorphoses d’Ovide ne roulent que là-dessus!

26. Ikisyego. On prononce aussi: Ikiseko, Ikisegu, Ikiseku. (En général la prononciation diffère quelquefois dans les différentes contrées). Il est assez difficile à dire, ce qu’il faut comprendre par ces ivisyego. Le nom paraît un nom commun, étant employé à chaque instant au pluriel. Le premier Ikisyego est dit fils d' Imana. De plusieurs esprits on dit : n' Ikisyego — c’est un Ikisyego, p. e. de Ruwambo. Dans un hymne des Waswezi on chante: ^Ruwambo Ikisyego cy' umugabo" =:

L. le I. de l’homme. Ce sont des génies, mais de quel rang? Comment les classer?

En tout cas, il y a beaucoup d* Ivisyego humains. Ainsi, les deux assistantes (de droite et de gauche) de l’Hiérophante— Kiranga portent principalement ce nom. (Les reines du sabbat du moyen-âge !) Je dit : „ assistantes”. C’est le cas si le Kiranga est un homme. Si le Kiranga est une femme deux hommes assistent.

27. Wamarra. Celui-ci est certainement un grand esprit. - Les Waziba e. a. le vénèrent, paraît-il, comme esprit suprême. Sa légende est curieuse. Ce serait d’abord un Muhuma

ESPRIT

ETERNUEMENT

et non pas un Muhinda; originaire de Tlnkore, le fondateur de Vordre des Waswezi (espèce de Telchines, de Cabires^ de Galls).

On lui donne aussi les noms de Sengoga et de Bugonda. Son premier disciple aurait été Rÿangomhe (un Muhinda). Ses autres disciples furent^ e. a. Lukiza (nommé aussi Ruivmga)^ Nyanyabi(f), Ingassa. Wamarra aurait eu sept fils, e. a. KagÔrOf Nyeniro, Rnwoka^ Irungu,

28. Rugaha (ou Rugaho?) Tous affirment que c’était le plus ancien roi des Wahinda.

C’est dire assez. Avec cela on peut monter jusqu’à Cham et même au delà! Il est très curieux que les Watwa donnent à leur grand esprit (et par extension au roi de rUrundi) le nom de Urugabo rwHviheko —

'l’homme aux remèdes magiques! Ce qui est bien plus intéressant encore (et grave), c’est que chez les Watwa la lance sacreé, vraiment adorée pendant le grand rite et qui est un emblème phallique, est nommée:

Urugabogabp, la forme réduplicative étant employée pour renforcer. Or, umugabo veut dire, non pas: homme, mais : vir, vir perfectus ; avec le préfixe ru(uru): la virilité parfaite. Voilà donc le vieux Rugaho des Wahinda bien humain, mais divinisé. Qu’avec cela beaucoup de choses deviennent claires ! Qui ne pence pas ici à Cham, au crime de Chanaan, à Caïn meme. Oui: il est bien vrai : tout le fin fond de V infidélité ancienne

(tès ancienne même) et moderne roule sur

cette chose ! Bossuet, je crois, résumait toute l’infidélité en ces deux mots: blasphème et ordure. L’épithète de Rugabo: rwHviheko — des remèdes magiques, des amulettes, etc., mérité d’être rélevé. Il est admis, que les Caïnites s’adonnèrent les premiers à la magie, à la goétie. Leur nom, ainsi que celui des géants anté-et post- diluviens est même synonyme de magiciens. Selon quelques uns dés Pères, le déluge aurait été, avant tout, une punition de cette magie outreé. Or, Cham fut le fidèle imitateur et restaurateur de la magie et de toutes ses pratiques, et par lui surtout elle a gagné l’Asie, l’Afrique, tout le globe enfin.

29. Katema, ou Rufu. Ce dernier nom veut dire : la mor^-personnifiée ; et Katema (du verbe kutema = couper, et par ext. : moissonner) celui qui coupe le fil de la vie, qui- moissonne avec sa faux les hommes. Comme on le voit, c’est un vrai dieu Cthonien, un vrai Pluton. On dit Katema le même que Rÿangombe’, on l’appelle le dieu des „awarozV^ = goètes. On raconte, que Rufu-Katema fut V esclave („servus”) de Rugabo, mais qu’il se révolta contre ce dernier ; qu’il fut chassé, et que par vengeance il donna du „sumu*' i. e. du poison aux hommes, qui en moururent depuis.

Par le mot swahili „sumu" de mon interlocuteur il faut entendre ici: des maléfices, des moyens magiques. On le voit, que ceci est très intéressant, quoique les choses y sont fort enchevrêtrées. Rugabo devient ici un tout autre être et ferait penser à Abraham (?),

à Noë, à Adam même. Rufu serait Cham ou Chanaan maudit et chassé par Noë, ou Caïn tuant Abel, se sauvant (vagus), maudit par Adam, par Dieu lui même. Ne serait ce pas même une réminiscence de la chute originelle ?

80. Awawandwa. (V. „Rite'"). Ce nom appartient plutôt à des purs humains, quoique en contact avec des génies, des esprits. Ce sont des membres de certaines sociétés secrètes (ordres). On dit que ce nom de Awawandwa est identique, quant au sens, à celui de Waswezi, qui est une espèce d’ordre ou de société secrète, de diabolisants noirs très répandus dans rUsumbwa, dans l’Uzinzja”, l’üsui, etc., et même chez les W anyamwezi. Seulement, ce qui est là à l’état sporadique, constitue dans rUrundi une grande partie du culte officiel, et publique. Le Prof. Dr. Ratzel (Ethnogr, II, i 78) dit, que selon le Dr. Emin Pascha, un peuple nommé Witschwesi occupait un grand pays comprenant l’Uganda, l’Usoga, le Karagwe, etc., mais que ce peuple fut vaincu par des immigrants venant du nord-est (Galla?) Il n’est pas probable, que ce nom:

Witschwezi (le nom est mal écrit; il s’agit évidemment de nos Waswezi-Awawandwa) soit un nom éthn ©graphique. Il est question d’une caste sacerdotale, ou plutôt d’un ordre religieux payen. Mais il s’agit du sens de ce nom. (Pour les „Awawandwoè% V. l’article „Rite^^ et supra sub i9 : Wandamutoni). Un jour un jeune homme, bien sincère mais pas initié évidemment, mo disait que le mot Waswezi venait du verbe : kucyera ~ cracher (d’où umucyezi = cracheur), parce que ces drôles crachaient beaucoup parterre pendant leur cérémonie. Non. Ce mot vient bien sûrement du verbe kuswera, qui en Shishumbwa veut dire : adulterari, fornicari, mais qui en Kirundi exprime le actum conjugalem. Il est vrai, que les Warundi n’emploient pas le nom de Waswezi, mais celui de Awawandwa, par délicatesse sans doute. Car il s’agit bien de la môme chose. Bref; cette simple étymologie caractérise assez la corporation, et, qui pis est, du culte officiel ! Que les prophètes avaient raison de fulminer contre les ignomimae Egypti et terrae Cham^\ Du reste, „les „ infamies de Phégor paraissent avoir été sur „la surface de toute la terre l’unique préocjjCupation du paganisme ancien et moderne”, (de Mirv.).

Eternuement.

Lorsque quelqu’un éternue (= kwasamurâ, kukira), on lui dit: litt. guéris, portez-

vous bien, que cela te profite, te guérisse.

L’éternueur répond: „tukirane'’ — guérissons, portons-nous bien tous ensemble, réciproquement, ou: kukirane twese wose. Formuler ce voeu ainsi se dit: kuhezagira : aramuhezagire, litt. il le bénit, lui souhaite le bien. Les Watwa ont le même usage et disent aussi:

,,/cim”, „tukirane'\ Dans leur langue (vieux Kirundi?) éternuer veut dire: kukira, litt.

ETERNUEMENT

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