GOÉTIE
„awafumu'' et leurs esprits suprêmes Imana, kikiranga, etc. O’ôst évident. Quoi d’ étonnant ! On a vu certains esprits de possédés résister aux exorcistes armés de pouvoirs divins, mais toujours seulement jusqu’à une certaine limite.
A la fin, il faut que tout l’enfer fléchisse en présence du plus humble de nos exorcistes („omne genu flextatur ... in/'ernorMm”), tandisque chez nos pauvres payons „ assis dans l’ombre de la mort”, les mêmes esprits s’„ amusent” à leur dépens, à moins que le bon Dieu, dans sa miséricorde, par ses bons Anges, tutélaires des hommes et des royaumes, ne bride leur pouvoir. Et il faut admettre ce dernier point. Ces Anges, tout en pleurant sur Vinfidélité de leurs pupilles, ne se désintéressent pas d’eux complètement, mais interviennent — il faut le croire — dans ce chaos infernal. Qui pourrait jamais ici-bas démêler les mystères de ces influences! Qu’on se rappelle ici le passage de Daniel (Dan.
X : 13), et le mot profond de Fréd. von Schlegel, cité déjà au mot „Esprit”. — Nos Warundi croient donc fermement à l’existence, parmi eux, de tels goètes {awarozi:
kurogg). Les chefs en font mettre à mort beaucoup, à tort et à travers. Ordinairement ce sont les jjawafumu*^ officiels qui les dénichent par des procédés magiques et qui les dénoncent. On les assomme, on les jette et on ne les enterre pas. On leur attribue des „ maléfices” innombrables par lesquels ils font mourir les enfants, les hommes et les femmes, ou causent au moins des maladies, détruisent les champs, font tomber la grêle, font périr le bétail et avorter les femmes ou empêchent même la génération, etc. etc.
Les „aicarozi” sont censés employer, comme moyens matériels, des poudres infectes, où entrent e. a., du sang menstruel, du humain, des objets les plus dissemblables:
pellicules de' serpents, ongles de fauves, poiles, plumes, etc, etc. Ces objets matériels sont absolument indifférents de leur nature.
Ils n’acquièrent la force ,^maléficiante'’ et inéluctable pour ainsi dire, qu’après que le umurozi les ait imprégné par ses imprécationsj ses incantations et ses évocations des esprits infermaux Quelquefois, on considère les awarozi comme de simples empoisonneurs.
Il se peut, qu’ils connaissent certains subtils poisons végétaux ou autres; mais ordinairement ce sont des moyens purement magiques. Ces objets „maléflciants” sont déposés et cachés dans les cases, sous le seuil de la porte, au milieu des chemins, dans les étables du bétail, ou mêlés avec la nourriture et glissés, sous forme de poudres, dans la bière. Il faut nécessairement, — parait-il — , qu’il y ait contact physique avec la personne, ou la chose, qu’on veut maléficier. Quoiqu’il y ait des hommes-magiciens, la plupart sont des femmes, principalement des vieilles.
Faibles, elles peuvent moins se defendre ! — Les Warundi ont une peur extrême des maléfices. Ils se procurent des antidotes de
GOUVERNEMENT
toute sorte, sous forme d’amulettes, etc., achetés chez- et bénis par le „umufumu” officiel, pour se garantir contre ces maléfices. Si un Murundi trouve sur sa route un objet, qu’il croit „ ensorcelé”, il crache dessus et le jette. Il croit alors, que sa force malfaisante est neutralisée. — Le nom de umurozi seul est exécré. Appeler quelqu’un ainsi, c’est presque la plus grande insulte qu’on puisse lui adresser.
Gouvernement.
L’Urundi est gouverné par un roi absolu (=z umwamij. Le roi et la royauté sont symbolisés par un grand tambour, objet sacré, espèce de palladium, à tel point, que le roi est quelquefois nommé par ce nom. ~ing orna, akaryenda. Quoique aucun Européen n’ait encore vu ce roi légendaire (Mwezi-Kisaho), il existe certainement en chair et en os. Autrefois, on croyait avoir retrouvé dans l’Urundi une espèce de dynastie divine, semblable à celles des Egyptiens! On croyait ce Kisabo, ou un corps de W ahima tout au plus, le lieutenant des Mânes, les vrais et réels recteurs du pays. Cela n’empêche pas, que le roi de î’Urundi ne soit en même temps un personnage rehgieux. Son rôle politique le cède même en importance à celui-là. Il est le chef du culte officiel. On jure par lui en le saluant. Y. „Royauté'\ Toutes les grandes provinces de l’Urundi sont gouvernées, sous l’autorité du roi, par des awaganwa. Ce sont des princes (ou princesses), des parents de la famille régnante, ou même des descendants d’autres branches de la maison royale.
Les contrées plus petites sont gouvernées par des simples awatware, ou inkehe, qui sont presque tous des Watutsi. C’est le roi qui leur assigne ces provinces à gouverner, à moins que le fils ne hérite du père le pouvoir, ce qui arrive ordinairement ; mais dans ce cas le roi a toujours le droit de casser l’élection ou la succession, Parmi les awatware on trouve, surtout dans le sud-est, des simples awahutu, mais il sont rares. Ces awatware gouvernent quelquefois des contrées plus grandes que celles assignées à certains princes du sang. Ainsi Kengeréza conquit tout l’Uyogoma sur Nganza, roi de l’üyungu, père de Kihumbi. A sa mort il partagait son domaine entre ses deux fils Rusabiko et Muzazye. — Les awatware ordinaires placent à la tête des cantons des sous-chefs = ivyariho, awatunzi, awatoni wa ^mwezi, qui les administrent sous lui. Le roi et les aivatway'e, grands et petits, ont tous leur conseil, choisi parmi les plus notables et les plus riches propriétaires. Il faut qu’il aient un certain âge. On les nomme : awagabOf awakambwe, awagararizi, awawuranirwa (juges), awashing^ intabe (orateurs). De temps en temps, et pour toutes les affaires importantes, ce conseil se réunit. Présidé par le chef, il forme aussi le suprême tribunal, où l’on défère les causes litigieuses, criminelles, etc., même familiales, p. e. les cas de divorce. Ces awagabo n’ont que voix consult?-
GOUVERNEMENT
GUÉRISSEUR
tive au conseil. Le chef a un pouvoir absolu. En Guérisseur.
fin de compte il gouverne comme il l’entend. C’est par le nom de guérisseur qu’on peut Souvent les chefs tyrannisent les pauvres le mieux désigner le umufmnu w’ imiti, ou:
Wahutu. Ils ont beau résister^ le chef a le wmuvuzi (des verbes: kufûmürà, kuvura —
dernier mot et les chasse s’il ne les tue pas. traiter un malade^ chercher-, lui préparer
Quelquefois on en appelle au roi, ou au des remèdes consistant surtout en des bouts
umuganwa, mais c’est inutile dans la plupart de bois (= amulettes — imitï). Sont-ils des
des cas. Le roi, les awatware et les ivyariïw médecins ou des prêtres? Ils tiennent de
même, ont aussi leur umufumu et leur kiranga l’un et de l’autre. Du reste, dans toute
attitré. Celui-ci fait partie de leur cour, et l’antiquité la fonction du prêtre et du
demeure dans le voisinage. Les chefs doivent médecin était réunie dans le même per-
compter avec ce personnage, représentant sonnage. Toutefois, ou aurait tort de ne
du culte officiel. Ils en ont même peur. — voir dans ces ,yDawammmer’’ que des mé-
En fait, l’Urundi est en pleine anarchie. Le decins. La médecine proprement dite (la
roi Kisabo a eu toujours, et a encore main- naturelle) est connue sommairement, est
tenant, à se battre contre plusieurs préten- exercée et pratiquée par tout le monde. Si
dants ou révoltés, auxquels se sont joints l’on s’adresse au c’est qu’on désire
un nombre plus ou moins grand de chefs un expédient praeternaturel, après que tous
subalternes. V. ,jDy?iastie'\ Tout le versant les moyens naturels ont échoué. Puisque
occidental de la chaîne de montagnes toutes les maladies, à peu près, sont attri-
ou Mugamha, c.-à.-d. l’Uzige et les chefs du buées à des causes spirituelles, à des esprits,
littoral du Tanganika, sont indépendants du on comprend que ces individus aient de la
roi, ne lui portent pas de tribut et gouver- clientèle! — On est guérisseur — umufumu
nent à leur guise. Au point de vue religieux, de père en fils (oa de mère en fille), puisque
ils sont toutefois en contact avec lui. Quel- de temps immémorial ce pouvoir, ce don se
ques uns, comme le vieux Kiyogoma p. e., transmet dans la famille par tradition ou par
ont même des relations politiques avec le initiation. C’est le fils aîné, qui reçoit de son
monarche. Dans le sud et le sud-est le pou- père mourant, avec sa lance, tous ses pouvoirs,
voir immédiat du roi est purement nominal. C’est une sorte d’ordination. Si la mère est
Les fils de Kengereza gouvernent en maîtres umufumu, c’est sa fille aînée qui lui succède
absolus. Toutefois, les Watutsi savent fort à (= kwatira, kumwatira : aramwatiye, litt. =
propos agiter de temps à autre le spectre investiture, initiation, ordination). — Le
de l’invisible Mwezi, pour faire trembler guérisseur porte sur la tête une large bande
d’une peur superstitieuse (religieuse) les d’étoffe (espèce de diadème = umuhamüro,
pauvres Wahutu et en obtenir tout ce qu’ils umweko). Le malade soigné porte également
désirent. — Les Watwa n’ont pas de gou- une semblable bande à!,,impuziC\ ou ikikanda
vernement. Le père de famille est maître autour de la tête. On s’en sert encore pour la
absolu dans chaque „urugo”. C’est la vie chasse au chien. Chaque fois que le
patriarchale et nomade dans toute sa sim- donne des remèdes (imitij, ou qu’il va cher-
plicité. Si les membres de la même famille cher dans le bois ces racines ou ces „sim-
sont nombreux, il obéissent tous au père pies”, il doit ceindre sa bande d’étoffe. Au
commun ou à l’ancien. Celui qui veut se centre de l’Urundi ces awafumu ont, comme
soustraire à un tel régime, ira ailleurs avec signe distinctif, une corne („cornu salutis”)
sa femme et fonde un nouveau village. Les dressée sur la tête au-dessus du front, la
W atwa prétendent ne pas dépendre du roi pointe en haut et fixée au moyen de la même
de rUrundi, ni des chefs subalternes. „Nous bande. Cette corne s’appelle: umuranguru
sommes chez nous, disent-ils et eux chez (: ivafwmüré neza!). Les awafumu Watwa
eux.” En pratique, ils sont sujets des awatware. ont partout, dans l’Uzige aussi, cette corne.
Ils en ont même grande peur, pareeque, Ces derniers ont une grande renommée
n’étant que les parias de la société, ils comme guérisseurs. Les aivatware les enga-
peuvent à tout moment être chassés, sinon gent. Alors ils demeurent près de la résidence
tués par eux. Ils se battront pour eux très de ces derniers, pour qu’il les ait sous la
fidèlement, car la guerre est leur élément. main s’il tombe malade. Chez les awafumu
Ils sont braves mais cruels, tout timides Watwa le pouvoir (ou le don) se transmet
qu’ils sont. Ils portent aussi des cadeaux également de père en fils. — ■ Uhonoraire
(de la poterie) à ces mêmes chefs, mais rare- d’un guérisseur (=intâsüro: kutâsürà mnu-
ment. Dans le Ru anda, les Watwa paraissent fumu) dépend de la fortune du consultant
avoir plus d’infiuence politique. Selon le et aussi du succès obtenu. Dans l’Uzige il
C^e V. Gôtzen, ils y vivent, dans certains reçoit, à la deuxième visite, quelques perles
endroits, en agglomérations assez considé- et plutard quelques „fundo”, ou des pioches,
râbles et distinctes des autres habitants, sous Si le malade guérit, il reçoit une chèvre,
des chefs (Watwa) propres, qui sont assez quelques „fundo” et deux à trois cruches de
influents. Toutefois, ces chefs reconnaissent bière. Si le malade meurt, le guérisseur ne
le roi Yuki et exécutent des corvées (con- reçoit rien du tout (ce qui est parfait!); il
struction de cases, de ponts, etc.). V, „Ad~ doit même rendre ce qu’il aurait déjà reçu! —
iiiinistration'', „Royauté^\ Donner le formulaire des, recettes plus ou
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moins magiques de ces aival'nmn serait impossible. Du reste^ chaque médecin a scs à lui. Au mot „Amiitcllf” il a été dit qu'timidi signifie littéralement to/s. Ce sont en effet de petits bouts de bois, courts, ronds, de forme phallique, percés d'un trou , pour y passer une ficelle et les porter soit on bandoulière, soit au cou, aux jambes, au bras, aux reins, etc. — Je forai suivre ici l’énumération et la composition de quelques It/mnmicii's de nos noirs médecins, tant Warundi que Watwa.