Héyé, nakacyinda Kiyogoma, héyé, éh, éh
Ad I. „Hai yé yé’" est une exclamation d’adoration, qui ressemble aux cris des Bacchantes dans les mystères de Thrace : Evohé, Evohé. Cette exclamation est générale dans toute l’Afrique. Les acrobates Abyssiniennes qui en déc. 1899 donnèrent des séances à Berlin, poussèrent le même cri sauvage (hayi). On le retrouve chez les Nègres exportés à Haïti, etc. — On peut le rendre par: Oh! toi, toi, ou: lui, lui. — „Wohima‘*\ Ce mot est-il une forme verbale, un substantif ou un nom propre? Le dernier est le plus probable: ivo hi 'ma, ou mana = toi-de-chez le grand ma, hhn = uniuhima. (V. „Esii rit”). Chez les W^atutsi une société de prêtres s’appellent Wahima. Ailleurs tous les Watutsi sont désignés par ce nom. Ne serait-ce pas le chim(a), chem, cham, i. e. l’homme par excellence, le premier, leur grand ancêtre? On sait, que Cham fut de bonne heure divinisé sons le nom de Ammon,
Jupiter, Osiris, etc.
2. „Araiüandwa n' ivisyego”. Sens vulgaire: il fait la cérémonie de la lance avec les ivisyego = 'prêtresses; sens mystique: il a été conçu, engendré {ku-wa -inda, au passif), de, avec les ivisyego (kuseka = rire) = des nymphes rieuses, dignes filles de Cérès-Proserpine (Bubo). Il s’agit ici, sans aucun doute, d’un mythe, semblable tout-à-fait à celui de Bacchus, dont l’attente, l’incarnation divine fut la préoccupation de toute l’antiquité payenne et des mystères en particulier. Horrible parodie, dont Vidée (profanée, couverte de boue, volée) traine à travers tous les âges et chez tous les peuples infidèles, anciens et modernes. Ces ivisyego en particulier, femmes-filles-mères de Kiranga répondent parfaitement aux déesses antiques, p. e. Venus. — „Hiyé”, etc, est une exclamation hiératique, semblable à „Hayi”.
3. „Siyé, Siyé”: exclamation, ou mieux peut-être: nous, nous sommes awana loa Bug ondo” = les^ enfants de Rugondo. (V. „ Esprit”). Rugondo est une divinité, synonyme de Pan, ou de Priape, fils de la terre. Urugondo, inkondo signifie: corps, nombril. On vent dire: après ce grand acte, ce rite, ce mystère, nous sommes les enfants favoris de notre dieu Rugondo. Ailleurs on dit: cyinda ingorro y a 'Ngondo = soit vainqueur, poitrail (?), de Ngondo.
4. „Buheye, yé, /ié ’ = où est-il, lui, où? „Biyangombé” (V. „Esprit”). Biyangombe est avec Imana et Bikiranga la troisième personne de leur triade.
5. „Woivaha intango n' intama” — t\x leur donnera, tu leur sacrifieras (=kutereka) une cruche de bièrre et un mouton. Ce sont là les matières ordinaires de leurs sacrifices (t’ûnrru et caro = Bacchus, Cérès).
6. „Acyiye hé, umwami” = oix est-il passé, où a-t-il disparu, le roi? Un des surnoms S. Imana~ Bikiranga est précisément celui de: umwami %v' idzjorrt — le roi par excellence, le roi d’en haut, „princeps aëris” (S'j Pauli).
7. Umuyama^ arakwitse”, ou: aragwitse {— kugwaf). — Umuyama est un mot archaïque pour dire: roi ou seigneur (umukama). Racine ham, cham? Le sens est: le roi est tombé {sicut fulgur in terram cadens), ou: apparaît {= kiihwana?) après l’évocation.
8. „Kukuwita”, etc. Pour nous réjouir, pour rémercier, frappons fort des pieds (en dansant), nous les enfants de Rugondo; ou bien: l’enfant de Rugondo où est-il?
9. „Héyé” ~ oh, lui! Exclamation finale, d’adoration. — Nakacyinda”, etc. Cette phrase prosaïque, ajoutée à la fin (pour dérouter les non-initiés?) change selon les lieux ou les circonstances. Ici on mentionne une victoire remportée autrefois par Russavya sur Kiyogoma (deux chefs d’Uzige).
^ précédente est chantée pendant la cérémonie de la lance, ou le grand rite.
(V, „Bite' ). Elle est la même dans tout l’Urundi, à des petites nuances près.