‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 92 sur 152 · LANCE · texte numérisé non relu

LANCE

effets si l’un des enfants meurt^ (ou tous les deux), on continue à chanter, à danser, à faire la fête. — Aussitôt que la nouvelle est connue, tous les voisins, amis, parents, accourent, même de loin quelquefois, pour chanter. Ils arrivent chargés de cadeaux destinés aux parents, ou plutôt d'„ohlata'' en sacrifice aux esprits. Une quantité invraisemblable de vivres afflue à la maison des parents privilégiés. Les ingatta (coussinets), qui ont servi à porter les charges sur la tête, sont enfilés à deux perches, qui sont placées, debout, de chaque côté de la porte de la case. Les parents n’en profitent guère. Tout cela disparaît comme par enchantement. — Aussitôt que les enfants sont nés, on réunit en hâte le Kiranga et ses acolytes et on fait la cérémonie de la lance (V. „Rite”), comme pour remercier et implorer l’esprit Rikiranga. Si la naissance arrive la nuit, toute la contrée est mise en branle. Ceci est remarquable, puisque les Warundi ne sortent pas et ne font pas du bruit la nuit. — En dehors de la case on éparpille par terre de la farine et des feuilles. La case et les environs sont aspergés (kutota) de imitoto mélange d’eau, de bière, de jpnriü” , espèce d’eau histrale. — Les danses rituelles dans cette circonstance (kiivina ’rnahassa) sont particulièrement passoinnées et frénétiques.

Les danseurs et les danseuses, signés avec de Vingwa et de Vakahan^a (couleur blanche et rouge), s’agitent comme si des démons les agitaient, se tordent convulsivement, ruissellent de sueur, sautent ainsi en cercle, des heures entières, tout en chantant à tue-tête des hymnes sacrées. Noms de ces danses: jjTurerewe^\ jjNtamànevgé’% ^^Awana ni watviri'’% etc. (V. ,^Hymne''). Pendant la danse, une vieille sorcière asperse la troupe d’eau lustrale. Il arrive quelquefois de très loin des corporations entières de j^awafumu, awa-wandwa. Le jour que la mère sort avec ses jumeaux hors de la case (3e jour), on fait de nouveau la cérémonie de la lance. L’aîné des jumeaux s’appelle toujours: ivukiira^ wuwiruke; le cadet: ivutogi, wnsinya, shakati. Si une femme, qui a eu des jumeaux, accouche encore d’autres enfants, on fait encore la cérémonie de la lance, pourque ces enfants et leurs parents conservent la vie. Le premier qui naît après des jumeaux, s’appelle toujours : cyiza, shahati ; celui qui le suit : wisago ; le suivant: nyamhere. — A la naissance de jumeaux, on achète deux brebis tout à fait noires (—intama zyanyamiveru). Ce sont des animaux désormais sacrés, dédiés, affectés, consacrés à chacun des deux jumeaux. Toute leur vie ils doivent les soigner et les conserver. Ces brebis ont toute liberté. Elles courent où elles veulent. On ne les enferme pas la nuit. Elles mangent partout (même dans les champs) où bon leur semble. Si l’une d’elles meurt, on la remplace par une autre. Ces bêtes sont les gardiens de ces enfants, le réceptacle, le symbole de leurs esprits, leur fétiche.

Peut-être faut-il y voir du Nagualisme ou du Totémisme. (Bouc émissaire, Azazel). — Si une femme accouche de trois enfants à la fois (yakora se nmshuri), il y a les mêmes cérémonies. — Le sens du mot ihassa m’échappe. Peut-être vient-il du verbe: ku-ssa = être pareil, sembable. Ihembe veut dire : corne. Or la corne, employée beaucoup (V. y,Armitette''), est un des principaux symboles des esprits, des „forces”, Aleim („cornu salutis''). Le mot: se wushuri est significatif. Il signifie littéralement: le père du taureau, du bouc, ou: le père-taureau.

C’est de l’Ovide. Je n’insiste pas. — Pourquoi la naissance des jumeaux est-elle fêtée religieusement? Parceque les Warundi considèrent ces naissances influencées, produites ope incubi. Le vulgaire, parmi eux, ne voit, lui aussi, dans ces fêtes que des réjouissances banales: mais les initiés, les awafumu en croient plus long. Tous les anciens, du reste, (initiés) étaient dans ces idées-là. Pour eux c’est une faveur, un privilège. Il faut donc la célébrer. Ils savent encore que ces enfants — demi-génies ! — ne vivent pas ordinairement. Leur esprit les réclame. Cet esprit étant jaloux (Asmodée), le père terrestre et même la mère pourraient y passer.

Il se payerait en morts, sa monnaie favorite (homicida ab initio). C’est pour cela qu’on fait des cérémonies, des sacrifices, etc. Les hymnes que chante la famille et les aiva~ fumu à la même occasion sont instructifs à ce sujet et peu voilés. V. ,,Hymne'\

Juron.

Les Warundi blasphèment rarement (V.

,,Rlasphème'') mais jurent beaucoup. A tout instant ils ont des formules grossières à la bouche. Les jeunes enfants déjà ont cette habitude. C’est une manie tellement forte, qu’en abandonnant les grossières formules, ils se serviront d’un mot inoffensif (p. e. le swah. ,,ktveW), pour l’employer juratoirement. — Les formules ordinaires pour jurer et pour affirmer fortement, sont les suivantes: ^nswet^a marna'"’ (kuswera = copulare), ,,7ikenda mania” (kwenda = se marier), ,,nswera ’mwananzje”, „nkenda ’mwishiv’anzje” (umwishwa = proche parent), ,j?ikambur’ vmbwa”, ,,nkanibure ’mwananzje” (kivambura = deshabiller). L’affirmant veut dire : la chose que j’avance est tellement vrai, que, si ce n’est pas vrai, je suis prêt à commettre le crime d’inceste ou un autre, plus énorme encore. Or, commettre de tels crimes est impossible aux yeux des Warundi.

En effet, ces vices sont inconnus, même de nom, parmi eux. — Les mêmes formules sont employées aussi, à la forme impérative, pour injurier grossièrement quelqu’un. C’est la plus grosse injure qu’on puisse infliger à un homme que de dire: ,,uswere nyoko”, „uivamhure nyoko”, etc. — Pour jurer (= ku^ ràhirâ, indâhïrô) on dit encore: „ngacyïw’ izozi” (= couper la gorge)^ , ^ngacyïwe ’maivoko”, etc. Ce sont plutôt des imprécations.

Lance.

On peut presque dire que le Murundi

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