LANGUE
naît avec sa lance. Il est inséparable d’elle. S’il ne l’à pas, il dit qu’il est tout nu. Il ne la quitte que pour travailler et pour dormir. Debout, il la tient entre les mains en s’appuyant dessus (kurenganya) et en mettant une jambe devant l’autre en les croisant à la hauteur du genou. Assis (ou accroupi), il la pose par terre ou (plus souvent) il la plante en terre devant lui (kushinga, kunega). En marche, il la met sur l’épaule (rarement), la tient verticalement en main, ou s’appuie un peu dessus (kwitwaz^ icyumu). Elle lui sert de bâton en ce cas. Jamais on ne voit un Murundi se promener sans lance. On se moquerait alors de lui et on le nommerait une femme. Les femmes ont elles aussi toujours un long bâton ('= inkoni, ikmmbOj inyishimikiro) à la main en marchant pour s’y appuyer. C’est le bois de lance moins le fer d’en haut et d’en bas. Les garçons, dès l’âge de 7 à 8 ans, portent une petite lance déjà, ou tout au moins un bâton. Les petites filles également. Le fer d’en haut s’enlève facilement. Les W arundi, pour montrer des intentions pacifiques, le font quelquefois. Mais le fer n’est pas loin. Ils le cachent dans leur habit. Dans un clin d’oeil on voit scintiller les fers dans l’air. Ils sont armés. Nos infanteristes d’Europe ne mettent pas plus vile leurs bayonnettes au canon de leur fusil. La — lance des Warundi a une forme caractéristique qui est la même dans tout rUrundi. Le fer, au lieu de s’arrondir faiblement en bas, y forme des angles obtus.
Dans l’Uzige ce sont les forgerons Wavira qui font les fers de lance. Ils se distinguent de ceux faits par les Watwa et les Warundi, en ce que le dos (milieu) est aigu chez les premiers et large et plat chez les derniers.
Le dos des inkare (couteaux forgés par les Wavira) est large et plat aussi. Ce sont les forgerons Warundi et Watwa surtout qui préparent les fers de lance, mais chaque Murundi sait préparer, arrondir, polir le bois. Ces bois sont généralement plus longs que chez les autres Negrès. Les Watutsi ont quelquefois de magnifiques lances de trois mètres de longueur et au delà. Presque toujours c'est d’excellent bois, très dur, lisse sans un noeud, très droit, de couleur noire, brunâtre ou jaune. Puisque l’Urundi est complètement déboisé, ce m’est un problème d’où viennent ces belles tiges de bois. La même question se pose pour le bois des arcs. Ordinairement ces lances (et ces arcs) sont des piecès de famille qui passent de père en fils par héritage. Tandis que l’arc est la vjaie arme offensive et de guerre, la lance est plutôt une arme défensive et de parade. (V. ,jArme”).
Langue.
La langue de TUrundi (le Kirundi^ ou le jjRundi’’) fut à peine mentionnée par les savants, jusqu’à ce jour. Eien d’ étonnant, puisque ce superbe royaume, avec son intéressante et très dense population, était ignoré
de tout le monde, avant que Stanley longeait ses frontières occidentales (nord du Tanganika) et que les Missionnaires d’Alger (Pères- Blancs) y fondèrent les premières missions (1880 — 81). — Le P. Torrend, s. j., à la pag. XX de sa „Comparative Grammar” {i89i), mentionne, parmi le „Nyamwezi-cluster”, le Kitusi et le Kiha^ langues parlées, selon lui, au nordest du lac Tanganika. Le Kitusi {Kitutsï), comme idiome, n’existe pas. Les Watutsi parlent les langues des pays où ils se sont répandus. Le Kiha est simplement du Kirundi. avec quelques nuances, propres au pays Uhha tant du nord (Uyungu), que celui du sud (Ushingo, Heru, etc.). — En 1891 le P. Torrend, pag. XXIX, mentionne, comme seules sources de la langue Kirundi („Tusi” ou „Ha”) :
Custj p^-g, 365, Last : Polygl. Afr, Or., pag. 154 — 156. Le de Gôtzen enfin, dans son bel ouvrage: j^Durch Afrika : von Ost nach W^esf’j Berlin, Keimer 1895 donne quelques spécimens de mots Kinyaruancla (Kirundi).
Avec quelques notes manuscrites (perdues) des Pères-Blancs, récueillies chez Eumonge et dans l’Uzige (1880 — 1881), ce fût tout jusqu’en 1896. — Envoyés en 1896 dans l’Urundi pour y reprendre la Mission, nous nous mîmes aussitôt au travail pour étudier le Kirundi. Après sept ans de recherches patientes, nous offrons ce Lexicon (précédé en Janvier 1902 par un: , J Essai de ôrammaire Kirundi”)^ travail bien incomplet et imparfait, sans doute, mais qui facilitera en tout cas les travaux ultérieurs de nos chers confrères et d’autres chercheurs. — Le Kirundi, langue j^Bantu (mot créé par le linguiste anglais Bleek, mais qui ne repose sur aucun fond éthnographique ou philologique), appartient à la classe des langues agglutinantes. Sa structure générale est la même que celle de toutes les langues „Bantu” sud-africaines. (V. yjGrammaire Kirundi”), C’est un riche idiome, parlé par des millions de Nègres. Le Kirundi est parlé dans le royanme ürundi, et, à part quelques petites nuances, dans le Euanda, l’Uhha (Uyungu, Ushingo, Heru, Uruguru) et l’Ujiji (V. la carte). Les langues parlées dans l’Uzinzja (Usambiro, Usui), dans le Karagwe, le Kiziba, etc. (le Kimweri, Kizinzja, Kinyamho, etc), lui ressemblent beaucoup. Celles de l’Uganda et surtout de l’Unyoro, sont ses proches parentes. On peut dire, que la même langue, à fond Kirimdî, est parlée dans tout le „Zwischen-Seeen~Gebiet” . — Les Watwa n’ont pas de langue à part, au fond. Ce qu’on aurait pris pour du Kitwa, ne paraît être que du vieux Kirundi, un langage archaïque, oblitéré, qui est loin d’être compris par tous les Warundi. Il se pourrait néanmoins, que le Kirundi actuel fut une langue superposée au vieux Kitwa.
Il y a ce fait singulier, que la plupart des mots du Kirundi (moderne) sont inconnus dans le langage Kitwa; mais que, par contre, la plupart des mots du Kitwa (moderne, pour ainsi dire) sont dérivés de verbes Kirundi.