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CHAPITRE III

LE RHÉTO Rin UEU R B. LE MORALISATEUR.

Jean Bouchet se montre encore disciple des grands rhétoriqueurs par sa manie de moraliser : il donne des conseils à tout le monde, il critique les vices et les défauts de tous. — Dans son œuvre on trouve une peinture de la société au xvie siècle : te Peuple, sa misère, son amour du luxe, son avarice, les laboureurs, les marchands, les gens de justice, les médecins ; la Noblesse, ses qualités, ses vices, tyrannie envers les petits, servilité à l'égard du prince ; le Clergé, avarice, simonie, les prédicateurs, les chanoines, les moines. — Les rhétoriqueurs voient avant tout dans la critique un genre littéraire, de là leurs exagérations voulues; il est facile de s'en convaincre dans les ouvrages de Jean Bouchet. Après l'attaque voici la défense : le Peuple, vie de famille, modeste aisance, belle foi chrétienne ; la Noblesse, qualités brillantes des gentilshommes français; le Clergé, science, sainteté des prêtres, louanges de la vie religieuse. — Le Souverain Pontife, appréciations différentes selon que Jean Bouchet parle comme chrétien ou comme Français. — Le Roi, amour aveugle de Jean Bouchet pour les princes français. — Les Femmes, conseils aux jeunes filles, aux femmes mariées, aux veuves, aux religieuses. — Conclusion générale.

Jean Bouchet raconte, dans ses Annales d'Aquitaine, la triste fin de maître Jean de Giirzay, chanoine de Poitiers. Cet intrigant habile avait fait enlever une cure du diocèse de Saintes à l'un de ses confrères pour se l'approprier. Dans un moment d'exaspération, le prêtre dépouillé s'écria : « Qui me délivrera de mon adversaire ? » Paroles imprudentes ; elles furent entendues d'un exalté qui, avec l'aide des deux serviteurs et du barbier de Jean de Curzay, empoisonna. le malheureux chanoine. Le crime fut découvert, et les coupables punis. Après son récit, l'historien ajoute : « I' escry ce cas, à ce que les gens d'Eglise qui ont dequoy viure (comme auoit ledit de Curzay, qui estoit Gentil homme, fort docte, en droit •Ciuil et Canon, chiche .et gardant, et renommé d'auoir plus

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d'escus, qu'il nest conuenable à vn homme d'Eglise), se gardent de prendre seruiteurs incogneus. mais quelques gens de leur lignage s'ils en ont de bien moriginoz, de ne contracter par permutation de benelices ou autrement auec mauuais mesnagers, qu'ils se logent entre gens d'authorité et en bonne rue : car ledit de Curzay demeuroit en rue foraine, fort loing de nostre Dame. Aussi doiuent tels gens d'Eglise traicler doucement et humainement leurs seruiteurs, ne les changer si sonnent. Car ledit de Curzay les traitoit et payoit mal, et si en changeoit presque tous les mois : combien qu'il garda trop ces deux. Aussi doiuent les seruiteurs cy prendre exemple, et eux garder de croyre mauuais conseil, et de fréquenter les malueillans de leurs maistres(l) ».

Personne n'y échappe, et tous ceux qui furent mêlés à ce drame reçoivent leur avertissement ; moraliser, donner des avis aux gens, même à ceux qui ne lui en demandent pas, fut toujours un besoin pour notre procureur ; toute sa vie il eut la passion de faire du bien à ses semblables, et s'il ne s'y prit pas toujours adroitement, sa bonne volonté n'en demeure pas moins indiscutable ; par cette manie il est bien encore de l'école des grands rhétoriqueurs : Jean Meschinot, JeanMolinet, Guillaume Crétin et Jean Lemaire de Belges furent d'intrépides donneurs de bons conseils. Par là encore il est bien dans notre tradition et,dans notre génie national : dansnos sermons, dans nos romans, dans nos histoires, dans notre théâtre, nous avons toujours été au fond des moralistes, des gens qui aiment à conseiller les autres, et quelquefois à être conseillés eux-mêmes : qui se passionnentà discuterla règle des mœurs, et qui dans toute œuvre littéraire cherchent ce que cela prouve. Nous le demandons aujourd'hui avec moins de naïveté que nos ancêtres du xvi^ siècle. C'est peut-être la seule différence.

A soixante-neuf ans, lorsque Jean Bouchet réunit dans un seul volume les différentes épîtres qu'il avait écrites depuis une trentaine d'années, il eut bien soin d'écrire en tête de Touvrage qu'elles contenaient « la dignité des estatz,

(1) Annales d'Aquitaine, p. 40i.

les faultes qu'on y cômect souuent et la forme et manière en sommaire de bien et morallement y vinre(l) ». C'est le fruit de ses lectures et de sa longue expérience ; un véritable traité sur la matière dont il s'occupe : exposition de la doctrine, objections, réponse aux objections, tout s'y trouve ; il cite la Sainte Ecriture, les Pères, les décrets des Souverains Pontifes, les auteurs profanes, il explique le dogme, discute la morale, résout les cas de conscience. C'est bien le vulgarisateur par excellence ; il n'acquiert pas une notion sans qu'aussitôt il veuille en faire part aux autres ; c'est l'homme le moins égoïste qui existe, il répand autour de lui sa science comme sa bonté. Et pour être mieux compris, il se répète ; ce qu'il a dit envers, il le redit en prose ; il est familier, bonhomme ; on devait, dans son entourage, sourire un peu delà manie invétérée qu'il avait d'écrire ; au fond, peu lui importait : il avait fait du bien, c'en était assez pour payer toutes ses peines. Est-ce assez pour intéresser le lecteur? Hélas ! non ; Jean Bouchet peut bien instruire quelquefois et môme souvent, il n'intéresse presque jamais ; il n'y a chez lui aucune mise en œuvre, aucune composition. Les £'/>i5/re.9mor«/e5, chargées de divisions et de subdivisions comme les traités de théologie qu'elles résument, fatiguent, et les quelques peintures de mœurs qu'elles renferment ne récompensent pas assez la patience qu'il faut pour les parcourir. Jean Bouchet ne moralise pas seulement dans ses Epistres ; s'il raconte la vie de sainte Radegondc (2), c'est ahn que les demoiselles d'honneur de Madame Claude, reine de France, à qui le livre est dédié, puissent prendre la dévote princesse comme modèle ; les applications pratiques sont à presque toutes les pages du Paiiegyric du Cheuallier sans reproche, des Regjiars traversât et du Temple de bonne renômee, comme d'ailleurs de presque tous ses autres ouvrages. Si dans quelques-uns de ses livres, dans les A7igoi/sses et remèdes damours, par exemple, certaines peintures pouvaient sembler au lecteur un peu trop vives,

(1) Epistres morales et familières du Trauerseur, le motif et intention du Trauerseur.

(2) Uiistoire et cronicque de Clotaire... Prologue, aa \».

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Jean Bouchet le prie do ne pas se scandaliser trop vite, les vers mieux compris paraîtront à tous les esprits non prévenus d'une parfaite moralité :

Si! y a parole excessiue Plaisante a seusualite, Bien entendue est correctiue Du vice de ctiarnalite (1).

Mais il faut bien l'entendre, pensera-t-on, et cette manière de moralisern'en demeure pas moins extrêmement périlleuse. Sans doute ; il faut ajouter cependant que, vers 1520 et même avant, l'allégorie est devenue un tel besoin dans les milieux cultivés que les lecteurs la cherchent tout d'abord dans un ouvrage. 11 faut deviner l'espèce de rébus qu'a dû nécessairement vouloir poser l'écrivain, c'est le premier besoin de l'esprit ; et les ardents chercheurs habitués à voir des allégories partout, ne manquent pas d'en trouver là où les poètes ne songèrent jamais à en mettre. Il fallait s'appeler Molinet et être l'un des principaux représentants de l'école des grands rhétoriqueurs pour trouver dans le Roman de la Rose un sens moral, et rendre de cette jolie découverte « louange au Dieu d'amour perdurable, et à sa Mère très-sacrée Vierge (2) ». Jean Bouchet ne manqua pas de féliciter son heureux devancier de cette trouvaille de génie :

Si vous lisez les faitz de molinet Vous trouuerez quil eut son moulin nect Quand le rommant de la roze arroza De sa science, et le moraliza (3).

Personne n'ignore d'ailleurs que Clément Marot lui-même indique quatre significations diverses qu'on peut donner à la rose ; elle représente « Testât de sapience », ou « Testât de

(1) Les Angoysseset remèdes damours,î'> cxxi. Presque jamais Jean Bouchet ne s'écarte de la plus stricte bienséance, et jamais il n'est immoral, jamais sensuel ; si deux ou trois fois il se sert d'expressions trop vives ou trop crues, il ne faut pas oublier qu'elles étaient au xvi'= siècle d'un emploi courant.

(2) Goujet : Bibliothèque françoise, t. IX. p. 62.

(3) Temple de bonne renômee, f° XLvn y°.

grâce », ou « la glorieuse vierge Marie », à moins que ce ne soit « le souuerain bien infiny et la gloire d'éternelle béatitude (1) ».

Au fond de tout moraliste il y a un satirique, et le second moyend'enseigner la vertu, — c'est parfois le plus efficace, — est de faire prendre le vice en horreur ; les Spartiates pour faire aimer la sobriété à leurs enfants leur montraient un ilote ivre. Aussi trouvons-nous dans l'œuvre morale de Jean Bouchet toute une partie de satire. Mais chez lui la critique n'a pas cette àpretc de ton, cet emportement bilieux et méchant qui sans doute lui donnent du mordant, mais aussi la rendent insupportable ; il n'est pas mécontent de tout par une sorte de rage révolutionnaire inexplicable dans un chrétien aussi convaincu que lui ; son vers est sans doute amer quelquefois, et il brûle, mais ce n'est pas seulement pour brûler, c'est pour guérir,

La peinture qu'il nous trace de la France du xvi^ siècle n'est pas attirante et il nous fait des abus une description parfois très sombre. Toutes les classes de la société ont leur tableau dans cette galerie satirique, et si les portraits sont ressemblants, il faut reconnaître qu'ils ne sont pas flattés.

Voici le peuple d'abord : Jean Bouchet a toujours eu un faible pour les petits et les opprimés ; la vie avait été à certaines heures fort dure pour lui, rien d'étonnant donc à ce qu'il prenne le parti des malheureux. A première vue le peuple paraît satisfait et content de son sort ; le poète nous le représente comme « vn homme hault etgrant qui sur son chief et principal membre auoit vn riche chappeau a la mode de façon ancienne, soubz lequel il sembloit bien estre homme de façon et opulent en bien » ; il porte une robe « fort pompeuse et de grant monstre ». Mais quand on le regarde d'un peu plus près, on voit sous ladite robe « le corps nud ».Des guêtres toutes déchirées recouvrent mal les jambes, et les pieds sont chaussés de « meschans soulliers en boys ».

(1) Préface du Roman de la Rose. OEuires, t. IV, p. 185 et 186, Gf, Lenient : la Satire en France au moyen âge, p. 116 sqq.

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Le malheureux est si maigre qu'il semble bien n'avoir aucune force, il s'avance pas à pas, « titubant de disette de manger », chargé d'un lourd fardeau, et le cœur vide d'espérance :

Le peuple suis ronge, mange, Le peuple suis pasie, change, Le peuple suis portant le faix, Le peuple suis descouraige (1).

Le portrait ne manque pas de relief ; une grande pitié a traversé l'àme de l'écrivain, qui a su nous la faire partager. Toutefois Jean Bouchet ne s'arrête pas aux apparences , cette misère qui le touche si fort n'est-elle pas trop souvent méritée, et si le peuple est aussi malheureux n'est-ce pas trop souvent sa propre faute ? Les laboureurs se ruinent à force de procès, — c'est un procureur qui parle, — pour deux doigts de terre, pour cinq pauvres malheureux sous, on plaide et l'on ne saurait rencontrer si chétif paysan qui n'ait au moins deux ou trois affaires pendantes. Et puis quel luxe : un valet de boutique porte plus de satin qu'un chevalier, et la femme d'un cordonnier est aussi bien mise que la femme

(1) Amoureux transij sans espoir, F i a. Voici, au sujet des pauvres que la nécessité contraint de prendre le pain nécessaire à leur vie et des accapareurs, un jugement assez curieux de notre auteur :

Ce nest pas furt ne pèche criminel Quant vng pauure liôme a vng alTaire tel Que sans auoir du pain, ne peut plus viure Et il congnoist vng home si cruel Qui ne luy veult a son besoing mortel Donner du pain, pitance, ou autre viure, Et parce alors (sil se treuue au deliure) Suiâstraict et prend de ce riche le pain Pour en repaistre et estancher sa fain.

Mais auiourduy telz panures on faict pendre

Et fustiguer, qui aont rien q despendre,

Les groz larrons sont en auctorite

Qui ont les blez, lesquelz ne veulent vêdre

Et moins donner, vestemês à reuendre

Les colfres plains descuz (cest vérité)

Et si quelcim en sa nécessite

Prend de telz biens q iniustement détiennent

Incontinant larrons ilz les maintiennêt.

Le Labynth..., Tiii r'.

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d'un président ; tout l'argent passe en toilette, et tous les états sont confondus (1). Les gens du peuple sont, en outre, très souvent des orgueilleux qui joueraient aux grands seigneurs s'ils l'osaient :

Presumption y a soubz leur bureau

Et grâd orgueil soubs leur pelle chappeau (2).

Prodigues de leur argent quand il s'agit de leur satisfaction personnelle, ils n'hésiteront pas à donner dix francs pour un banquet ; mais le bien public est-il en cause, la bourse se ferme, et personne ne veut donner trente, sols pour le salut du royaume. Conduite et raisonnement absurdes ; à quoi sert, en effet, un charnier plein de lard ou un grenier pliant sous sa charge de blé, si les gens du roi ne sont pas là pour défendre ces richesses contre les ennemis et les pillards ; payons donc l'impôt sur lequel l'Etat prélève leur solde (3). Jamais les marchands ne sont satisfaits de leurs gains, toujours ils veulent amasser davantage, ils vendent aujourd'hui moitié plus cher des objets moitié moins bons que jadis.

Gens de mestier ne font plus rien qui vaille En leurs mestiers. Ce n'est rien que frippaille, Chappeaux, bônetz, pourpoîcls, chausses, souliers Ne durêtriê...

(i) Les prêcheurs du moyen âge reviennent à tout instant sur ce luxe inouï de toilette, et Menot a une bien jolie page à ce sujet dans son deuxième sermon du troisième dimanche de Carême : « Si vous allez à la foire de Lyon, dit-il, vous y trouverez des Flamands, des Lombards, des Allemands, des Anglais, des Vénitiens, des Espagnols, etc., lesquels vous reconnaîtrez à l'instant à leurs habits. Il n'en sera pas de même des Français, qui changent à chaque instant leur façon de se vêtir. Aujourd'hui ils portent des vêtements longs, demain des courts ; ils étaient amples, les voici étroits; l'étoffe couvrait le cou hier, elle le découvre aujourd'hui. Etonnezvous si dans cette année on voit courir tant de catarrhes ? on dit qu'il y a une salle à Venise où sont peints des hommes de toutes les nations, vêtus de leurs costumes nationaux ; seul, le Français y est représenté nu ayant trois aunes de drap sur ses épaules et des ciseaux dans la main pour les tailler à sa fantaisie. » La Vie au temps des Libres Prêcheurs, par A. Méray, t. II, p. 218. Cf. Aubertin, r Histoire de la langue et de la littérature fran çaises au moyen âge, p. 383, note.

(2) 2 Mor. X, f 47 a.

(3) 2 Mor. VI, f» 33 a.

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Tout le peuple est de bien faire lassé,

Il n'est contant s'il n'a le gain au double...

Le priz de tout ne fut jamais si hault (1).

Les injustices ne se comptent plus: quandles laboureurs ont fait le partage de leurs troupeaux entre eux et leur seigneur, leur part reste toujours intacte, et si le loup mange quelques brebis, ce sont toujours les brebis du seigneur ; plût au ciel même que le loup fût souvent le vrai coupable: ils n'hésitent pas à lâcher leurs bestiaux à travers les prés, les vignes ou les bois du voisin ; pris en llagrant délit, ils font les a piteux » pour attirer la commisération (2). Les meuniers surtout ont une réputation terrible :

Hz ont le bruyt d'estre tousiours larrons (3).

Jean Bouchet raconte avec terreur le fait suivant. Un meunier soupant un jour avec lui dans son hôtel de la Rose, lui avait affirmé qu'il suffisait d'un peu de savoir-faire et de tour de main pour soustraire une grande quantité du blé envoyé par le client au moulin sans que personne s'en aperçût ; le narrateur s'échauffant, il affirma qu'il se faisait fort de jouer le tour en présence de son hôte qui ne s'en douterait même pas. Le brave Jean Bouchet ne revient pas d'une pareille audace, et il s'écrie navré :

0 pauures gens, si le cas est itel Malheur vous tient avec péché mortel.

(1) 2 Mor. VI, f» .33 b.

(2) 2 ilfor. X, fn? a.

(3) 2 Mor. X, î° 45 b. C'est un proverbe du moyen âge qu' « on est toujours sûr de trouver un voleur dans la peaudun meunier «. « Les meuniers qui sont ordinairement larrons ■), Rabelais, Œuvres, liv. III, ch. ii ; cf. la Farce du Munyer, Le carton 10, D 49, des Archives de la ville de Poitiers, contient le procès-verbal d'une visite des moulins de Poitiers et de la banlieue faite le 18 oct. 1566. On fit la vérification des boisseaux avec lesquels les meuniers mesuraient la farine qu'ils rendaient, et des mesures, quarts et demi-quarts dont ils se servaient pour prendre la part qu'ils s'attribuaient sur chaque boisseau qu'on leur donnait à vendre. Les coupables furent séyèrement condamnés.

N'a-t-il pas aussi entendu des marchands répéter, « sans avoir vin en corne», que sipendantdixans on ne tourne pas le dos à Dieu, il est impossible de faire des affaires ; et tout le monde sait très bien que si un commerçant n'a pas la réputation de tromper et de frauder ses clients, il ne trouvera jamais une femme qui veuille l'accepter pour mari (1).

Toutefois notre auteur connaît moins bien les laboureurs et les marchands que « messieurs les practiciens et ministres de iustice », il sait toutes les ruses de leur métier, et les flétrit avec vigueur. 11 se demande dans une de ses ballades quand nous aurons « le bon temps » ; voici l'une de ses réponses :

Quand iusticiers par équité Sans faueur procès iugeront, Quand en pure realite Les aduocatz conseilleront.

Quand procureurs ne mentiront Et que chascun sa foy tiendra Quand pauures gens ne plaideront Alors le bon temps reuiendra (2).

L'attaque pendant toutle"moyen âge est générale contre les gens de justice : Juristae sunt jio^gistae, jurisconsultus, ruris timmltus, juris periti sunt jiiris percliti^ legum doctores simt legum dolores [Z]. Marot souhaite que « maie » mort casse les deux jambes de son procureur, qui lui a déjà dérobé une bécasse, une perdrix et un levraut, et qui lui prendrait encore bien plus s'il le pouvait ; car ces gens-là ont de la glu aux doigts, tout ce qu'ils touchent est grippé (4). Menot, dans un beau mouvement d'éloquence, faisant allusion à la grande rosace vermeille du palais, s'écrie : « Le Parlement souloit estre la plus belle rose de France, mais cette rose a esté depuis

(1) 2 Mor. IX, fû 42 a et b.

(2) Les Généalogies, effigies et epitaplies, f° 107 v°.

(3) Proverbe cité par Jansenn, r Allemagne et la Réforme, t. I, p 469, note 2.

(4) Epistre au Roy, pou7' le délivrer de prison (1527) ; Œuvres, t. I, p. 190.

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teincteau sang de poures crians et plorans après eux(l) >>. Jean Bouchet est moins éloquent, mais il a vu les choses de plus près et nous présente des critiques plus précises dans leurs détails pittoresques. Il nous montre les plaideurs pauvres venant présenter leurs procès, « sac ou poche » ; dès la seconde visite on leur ferme brusquement « la porte aux yeux » ; s'ils insistent heurtant à l'huis ou tirant la cloche, on ne leur répond pas et on les traite comme des insensés. Survienne cependant un client qui apporte « or, argent ou cheuance », qui sait offrir au bon moment poulets, pigeons, blé, poisson, lièvre ou lapin, celui-là est le bienvenu, on l'écoute, ou au moins on fait semblant de l'écouter. L'avocat, en effet, pendant que son clientlui parle, «pense ailleurs »bien souvent, et il ne se donne pas beaucoup de peine pour voir clair dans le procès, ni tâter, « au fond du sac ». Quant aux juges, ils n'hésitent pas à se vendre, à prononcer un arrêt contre leur conscience ; ce ne sont plus des justiciers, mais des officiers du diable et d'injustice.

On leur deburoit ieter aux yeulx la boue [2).

Cependant, par une singulière manie facile à comprendre, sans être plus raisonnable pour cela, la foule s'adresse presque toujours aux procureurs, aux avocats et aux juges les moins scrupuleux, et les plus estimés parmi les gens de justice sont ceux qui trouvent les ruses les plus habiles et savent le mieux faire traîner les procès : les clients vont à ceux qui se font payer le plus cher et « la fiance ne gist que au coust (3) ».

Il en va de même pour les médecins, un remède pour être efficace doit coûter cher, et un médecin pour avoir du talent venir de l'étranger. Il semble pourtant qu'une longue connaissance de la complexion d'un malade ou de ses infirmités

(1) Lenient, la Satire en France au moyen âge, p. 312 ; la Vie au temps des Libres Prêcheurs, t. II, p. 198 sqq.

(2) 2 Mor. V, f° 25 d ; Généalogies, effigies et epitaplies... p. 109. Cf. la Vie au temps des Libres Prêcheurs, p. 199, 292 sqq.

(3) Les Regnars traversât... h m c ; e m c.

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soit une condition requise pour le bien soigner, Jean Bouchet le croit, et cependant s'il débarque un nouveau médecin, frais arrivé d'Espagne ou d'Italie qui parle grec ou chaldéen, tout le monde s'empresse de le demander ; il vient de loin, cela suffit pour qu'il ait du talent, et

Puis qu'est vestu de riches vestemens Il guerist tout par ses medicamens (1).

Le poète, qui a toujours cru que la meilleure part du « scauoir » vient des ans « pères d'expérience », s'étonne de ce puéril enthousiasme, mais il ne s'étonne plus d'oii viennent les morts si nombreuses qui font les u cymitieres cornus (2) ». Il reproche aux médecins le peu de soin qu'ils mettent à s'instruire, et la facilité avec laquelle ils exemptent leurs malades des lois de l'Eglise. Ceux-ci ensavent bien profiter, et on les entend dire sans cesse :

Le medeciu m"a dit que dois vser De telle chose a telle et a telle heure, Ou aultrement il faut que tost ie meure, 11 me défend le iusne et le veiller.

Il me défend surtout le trauailler, Et me commande vser de la viande Qui m'est au goust délicate et friande, Et si voulois le croire entièrement Ne ieunerois iamais aulcunement (3).

Afin qu'on n'aille pas accuser ces propos d'exagération,

(1) 2 Mor. VIII, f° 37 b. « Un physicien, comme on appelle encore le médecin en Angleterre, avait une grande influence sur ses concitoyens, surtout s'il avait voyagé à l'étranger, et s'il laissait soupçonner qu'il avait visité les contrées d'Orient, et fréquenté les médecins arabes; on le supposait alors maître de tous les secrets de la vie, licites ou illicites, magiques ou miraculeux. Les seigneurs et les personnages jouissant de grandes richesses se l'attachaient à prix dor, les princes le faisaient volontiers enlever. » La Vie au temps des Libres Prêcheurs, t. II, p. 234.

(2) Henri Estienne, dans la Precellence du langage français, cite le proverbe : Veau mal cuit et poulets crus font les cimetières bossus, p. 217, édition Huguet.

(3) 2 Mor. VIII, f° 38 d. Jean Clérée a un très joli sermon sur le même sujet {Feria V post Cineres). Cf. la Vie an temps des Libres Prêcheurs, t. II, p. 183.

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ni vouloir légitimer les complaisan,,es par trop grandes des médecins, notre auteur affirme que l'un d'entre eux osa bien lui donner le conseil de ne pas jeûner, alors qu'il jouissait d'une parfaite santé ; sa robuste foi chrétienne s'en indigne: on passera toute une journée à jouer au jeu de paume, on veillera toute une nuit pour son plaisir,

Mnis rien pour dieu sans murmurer on porte.

Las on le sert en regret et ennuy,

Qui monstre assez qu'amour n'auonsa luy (1).

Après les gens du peuple, les marchands, les avocats et les médecins, voici la noblesse et le clergé. De noblesse véritable il ne saurait y avoir sans la vertu, ni le courage : tous les humains furent, sont, et seront égaux à leur naissance, les corps du berger et du roi sont formés de la même matière qui après leur mort deviendra vers et pourriture. Il n'y a véritablement de vilain que celui qui fait vilenie, et « vertuz est la mère des nobles gens ». Cette idée chère à Jean Bouchet revient souvent dans ses écrits :

Car tout ainsi que l'homme est composé D'ame et de corps, et sil est déposé De l'vn ou l'autre, alors n'est plus vn liôme, Semblablement du noble sang en somme Ce n'est grand cas, si la vertuz n'y est (â).

Or aujourd'hui il n'y a plus de vertu, donc il n'y a plus de véritable noblesse ; et le hasochien commence son réquisitoire avec une fière indépendance :

De voz vouloirs je ne puis estre iuge Messieurs de court, dieu seul les veoit et iuge. Mais chascun dit (ce que ie ne puis veoir) Que n'acquérez or, argent ne auoir.

Bourgs, ne chasteaulx, palais citez ne villes Par charité, ne par façons ciuiles, Ains, les auez du sang des poures gens...

(1)2 Mor. VIII, f» 39 a et b.

(2) 2 Mor. III, f° 13 a. Cf. Lenient, la Satire au moyen âge, p. 85 : Vilains est qui fet vilonie.

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Voilà de beaux vers et pleins et sonores ; sa conviction élève et soutient le poète. Fier de sa seule naissance, le noble croit la vertu inutile ; il est dans ses domaines un petit tyran opprimant ses vassaux qu'il devrait protéger ; moins il a de vaillance, plus il est impitoyable :

Ils sont vaillaDts a faire chose inique Et inutilz pour le prouffit publicque (1).

Ces gens-là aiment tant « les aises de leurs maisons que voulëtiers les porteroiët avec eulx quant ilz vont en guerre » (2) ; pour eux blasphémer est un signe de distinction et un « orné langage » ; ils consentent bien à s'abaisser devant le roi, mais ils aiment à traiter Dieu d'égal à égal. L'église est leur maison, ils s'y promènent avec bruit et insolence, sans respect pour la demeure du Tout-Puissant; il semble à voir leur désinvolture que le service de Dieu soit une honte ; devant un roi de la terre, ils se tiennent humblement,

Et crainte ilz n'ont deuât le Roy des Roys (3).

La servilité des nobles et gens de cour afait trouver à notre auteur un joli mot ; en voyant les peines et les fatigues qu'ils se donnent pour plaire à leur maître même contre leur honneur et en dépit de la voix de leur conscience, il estime

(1) 2 Mor. III, f° 15 d.

(2) Les Regnars trauersant..., î° 1 a, après b m.

(3 Jean Rouchet flagelle ailleurs la conduite non plus seulement des nobles, mais des prêtres et des fidèles à l'église : il n'a qu'un mot, mais sanglant. Rappelant avec quelle sainte colère Notre-Seigneur Jésus-Christ avait chassé les vendeurs du temple, il s'écrie : ce ne sont plus des colombes que l'on vend aujourd'hui dans nos églises, mais « près du sacre, on y vend le bien spirituel par symonie », et dans la nef on y fait de honteux marchés, si du moins il faut en croire la renommée, car le poète n'ose ajouter foi à de tels récits :

le prie a Dieu que rien n'en soit... (1 Mor. I, î° i c.)

Sur la conduite des fidèles dans les églises cf. R. de Maulde de La Glavière : les Femmes de la Renaissance, p. 327, 328 ; la Vie au temps des Libres Prêcheurs, t. II, p. 176 sqq.

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que ces hommes doivent être appelés « martyrs du diable », car « côe les saintz marlirs ôt gaigne paradis par diuerses tribulations ains que dit St Pol, semblablement les flatteurs de court gaignët enfer par diuers labeurs et grans trauaulx et sont martirs en ce mode (1) ». Il n'a pas assez d'invectives contre ces indignes chevaliers : « A vostre adiiis si telz aymêtle prïce et silz sont dignes dauoir lordrede chevalerie ou destre nômez escuyers q procurent plus leur jiticulier prouffit que le bien de la chose publicque. Doit on faire baniere d telz nobles, et les laysser iouyr du priuilege de noblesse. Ne semblablemèt ceulx qui aymêt tàt les aises de leurs maisons que voulëtiers les porteroiët avec eulx quant ilz vont en guerre, Hz ne pensent poTt que les anciens nobles ont acquis les honneurs et droitz de noblesse au trauail de leurs corps et périls de leurs vies. On nauoit anciennemët acoustume faire vng escuyer sil nestoit premièrement trouue en fait de souueraine proesse. Et nestoit aucun appelle aux gaiges darmes sil nauoit hônestement prins prisonnier de sa main. Et maintenât scauoir ceindre lespee et vestir lehaubergeon fait vng cheualier renôme. Les entreprinses sont faictes, le siège assis, larriereban crie et le iour assigne pour les champs tenir. Et les gentilz homes du pays q vivêt noblement quoy q ce soit vsent des priuileges de noblesse, les qlz deussent estre les premiers a cheual et bien armez sont occupez aux fermes et aux autres oeuvres mecanicques^ et sont les mieulx excusez moyennant argët quilz auancent au chief et lieutenant de larriereban qui en leur place reçoit les enfans de quinze ans, ausquelz ne vistes iamais tirer espee hors du fourreau. Et par ce moyë est le prince contraint den auoir destrâges qui emportent largent du royaulme, et de ce viêt et procède la perte dôt to' les iours les plainctes sont faictes (2). »

Jean Bouchet est encore plus sévère pour les religieux, prêtres, évêques et cardinaux, qui vivent d'une manière indigne de leur saint état.

(1) Les Regnars Irauersât..., f° 3 d, après c ni.

(2) Les Regnars irauersât... f° 1 a, après b m.

266 JEAN BÛLCHET

Quand prebstres sans iniquité En TEglise Dieu seruiront Quand en spiritualité Symonie plus ne feront...

Alors le bon temps reuiendra (l\

L'auteur, emporté par son indiguation, ne se contente pas de raconter et d'exposer, à tout moment il use del'apostrophe et prend à partie ceux qu'il attaque : Cardinaux, évêques, prélats, allez-vous nu-pieds, comme les Apôtres, vous faites vous martyriser pour la foi ? Non, vous ne voulez pas môme délier votre bourse pour soutenir les chrétiens, et les défendre contre les Turcs. Aux autres la peine et les fatigues ; vous préférez le repos et la douce vie que vous menez dans vos maisons de plaisance : « Vous faictes du sanctuaire de dieu et de son église vne fosse a larrons, vue bancque de trischerie, vng attraict de péché, vng receilement de diablRz... (2). » L'énumération continue longtemps, et nous reconnaissons là un procédé du rhétoriqueur, il ne sait pas s'arrêter, il a besoin d'aligner des mots. Voici par contre un chapitre tout court : « Des asnes mitrez : Auiourd'huy les asnes par l'auctorite des prTces sont les premiers mitrez et chargez de gros benetices (3). » Dans le même ouvrage — un ouvrage de jeunesse — c'est l'Eglise elle-même qui apostrophe avec vivacité ses ministres infidèles. Elle reproche aux prélats leur passion pour les banquets, les chevaux et la chasse ; la bague au doigt, ornés de bouquets et parés, ils estiment une rude pénitence de réciter leurs heures, et leur vie est un vrai scandale pour tous ; malgré leurs richesses, ils ne peuvent suffire à leurs dépenses qui dépassent leur revenu d'un tiers : au temps jadis l'on vivait d'aumônes, aujourd'hui

Tout le propos est de trésors acquerre.

(1) Les Généalogies, effigies et epitaphes, p. 107 V.

(2) Les Regnars traiiersàl... f" 2 b, après d m.

(3) Les Regnars traxersât... f* 2 c, après d m. Menot disait : " On nomme évêques des gens qui ne savent pas la grammaire et qui n'ont pas lu Douât. Nous voyons non en esprit, mais sous notre œil. des ânes couronnés, asinos mitratos, s'asseoir sur le siège des Apôtres. >< Cf. Ch. Aubertin, l'Histoire de la langue..., p. 382, note.

LE HUÉTOmOUBOR 267

Les offices sont négligés, les temples tombent en ruines ; vos crimes, votre mauvaise vie deviennent la risée publique, on en fait des chansons : peu importe, pourvu que vous obteniez des bénéfices, et que vous achetiez vos dignités,

Faut-il les dons de Dieu estre venduz Fnut-il cUanger la grâce auec largent.

En marge Jean Rouchet cite la fière réponse de S. Pierre à Simonie Magicien : Pecunia tua tecumsit in perditionem'\y). Et puis le rhétoriqueur reparaît avec le dernier vers de la strophe :

Que mauldict soit largent qui art la gent.

Tous ces forfaits ne sont pourtant punis que d'une simple amende, voilà la justice. Bien simple qui s'en étonnerait ; juges et coupables s'entendent :

Les Regnards font auec Poulletz leurs nycz.

Malgré tout, il ne faut pas mépriser les ministres de Dieu, il ne faut pas en médire, il faut respecter leurs biens qui sont les biens de l'Eglise, ne pas souffrir que leur cause soit portée devant les tribunaux laïques, ils ne relèvent que des seuls tribunaux ecclésiastiques (2).

Pourquoi, hélas î n'élit-on pas aux bénéfices les seuls gens de bien et de savoir? Pourquoi va-t-on choisir des courtisans et des chasseurs ? La science et la vertu ne déterminent plus les choix, c'est une affaire de coup d'oeil et de sûreté de main : il faut savoir bien dresser un lévrier ou un faucon,

Capable il est, si bien vn leurier mené Ou d'vn oyseau faict la curée a droict ;

Ou bien c'est une question d'argent :

On est souuent pourueu d'vn euesche Pour cent escutz (3).

(1) Act. viii, 20.

(2) La Déplorât ion de r Eglise..., dans les Généalogies, effigies et epitaphes, p. i22 V.

(3) Les Généalogies, effigie» et epitaphes..., f» 116.

Les prédicateurs stigmatisent sans doute tous ces abus, en particulier ils n'ont pas assez de foudres contre ceux qui cumulent des bénéfices; mais vienne leur tour, ils se montrent encore plus rapaces que les autres et, comme le feu, ne disent jamais : c'est assez (1).

Jean Bouchet en veut surtout à ces prêtres « criars, seueres etmordans » qui semblent prendre à tâche de faite douter delà miséricorde de Dieu et jettent leurs auditeurs dans le désespoir. Il ne peut souffrir non plus ces « caffards », ces « vendeurs de pardons » qui promettent le ciel aux imbéciles, à la seule condition de verser une somme d'argent :

0 quel abuz o quelle piperie

De faire a croire a riche et indigent,

Qu'en paradis on ira par argent

Sans aynier Dieu sëblablemêt son proche (2).

Certains orateurs n'hésitent pas à faire un peu de morale contemporaine, et du haut de la chaire lancent des critiques à peine déguisées contre des personnages connus ; Jean Bouchet avoue que les auditeurs ne sont pas fâchés d'écouter ces satires pleines d'actualité, et sourient à ces coups de langue qui piquent

Sans espargner Guillaume ne Gaultier.

11 n'ose pourtant approuver ce genre facile, mais peu digne d'un représentant de Jésus-Christ chargé de faire entendre au monde une parole divine.

En brave et fervent chrétien, un peu scrupuleux peut-être, il est scandalisé de voir les chanoines de l'église cathédrale en prendre un peu à leur aise avec l'office divin ; ils ne marquent pas bien les accents, ni les pauses ; quelques-uns ne sont pas capables de réciter le « quart dun pseaulme, sans fabuller » avec leur voisin de droite ou celui de gauche,

Puis d'vn, puis d'aultre, et à si haulte voix Que tout en est troublé souuentes foiz,

(1) Ignis vero numquam dicit : sufficit. Prov.

(2) 1 Mor. III, f» 14 c.

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