‹ Un grand rhétoriqueur poitevinChapitre 2 sur 67 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

Ronsard et son école comme il étudierait un phénomène isolé et indépendant, il faut donc s'occuper de la longue préparation qui rendit possible la tentative de la Pléiade, et chercher dans notre sol de France les extrêmes et fines racines où s'élaborèrent les premières gouttes de sève qui ont alimenté cette opulente frondaison. En fouillant bien au pied de l'arbre, on reconnaîtra, je crois, que les grands rhétoriqueurs ont donné comme une première et droite direction à la liqueur bouillonnante qui devait vivifier notre vraie poésie. Cette vérité, je l'ai entrevue dans l'œuvre de Jean Bouchet, mais elle n'éclatera vraiment dans toute sa lumière qu'après une étude approfondie des auteurs de son école. Quand bien même ce travail futur n'arriverait pas à la conclusion que j'indique, il ne serait pourtant pas inutile. Cent ans, c'est une longue période dans l'histoire littéraire comme dans l'histoire politique d'un peuple ; or, que savons-nous de précis sur les auteurs de la fin du xv*" siècle et de la première moitié du XVI® ? La vie et les œuvres de Marot, de Rabelais, de Calvin ont suscité de beaux travaux, mais connaître à fond ces auteurs, — supposé qu'on les connût à fond, — ce n'est pourtant pas connaître leur époque, ce n'est pas assister à la première formation si lente et si curieuse de notre poésie et de notre langue classiques, ce n'est pas voir sur les débris de notre littérature du moyen âge se poser les premiers fondements de notre littérature moderne. Xous, si curieux de toutes choses, laisserons-nous aux étrangers — ils ont déjà commencé — le souci de faire sans nous une partie de notre histoire littéraire ? Si mon livre sur Jean Bouchet avait pour seul résultat

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