‹ Un grand rhétoriqueur poitevinChapitre 24 sur 67 · REMARQUES SUR LA VERSIFICATION DE JEAN BOUCOET · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LA VERSIFICATION DE JEAN BOUCOET

Une grosse question s'agitait alors au sujet des diphtongues; « la ryme de diphtôge cotre simple lettre ;.. et contre soy-meme diastolee > peut-elle être reçue ? Thomas Sibilet qui pose le problème le résout affirmativement (1) ; et malgré ce que peuvent théoriquement penser Jean Bouchet, et les autres poètes del'époque, Marot en particulier, tous en pratique admettent la solution de l'auteur de V Art poétique françois ; bims^^i chrestiem riment ensemble [Ep. fam. LVII, f°39 c) ;

prière^ ei manière diVL^^i (2 Mor. III, f» \\ c); et encore

yeulx et victorieux,

Humanité mollifie les yeulx

Des ennemis qui sont victorieux ;

de même feit et prof fit {2 Mor. YIII, f» 40 a) ; itire et asseure [2 Mor. XIIII, f»41 d);

... accomplir par bonne forme et guise Les saincts precepts de Dieu et son Eglise.

âilfoî'.X, fo43b.

Au XVI® siècle, et aujourd'hui même encore dans certains mots, il était d'ailleurs impossible de fixer exactement le nombre de syllabes qui composaient la diphtongue: « Sur ce point, dit Thomas Sibilet, n'est possible n'a moy, n'a autre de te dôner certaine règle, quâd il fault diuiser la diphtonge, et quand non: mais suy l'vsage en cecy, et par tout ailleurs maistre de l'oraison ; et le son de l'oreille, lequel auec raisô s'attribue en cest endroit les premières parties, et par tout ailleurs ou le premier regard est, comme icy, de délecter l'oreille (2). » Voici donc pour certaines diphtongues, — il serait trop long de multiplier les exemples, — l'usage de Jean Bouchet (3).

(1) Art poétique francois, p. 62.

(2) Ibid., ' p. 62.

(3) Dans le nombre des syllabes d'un mot, je compte toujours la syllabe muette finale.

322 JEAN BOUCnET

AE. AEschylus (4 syl.) [Ep. fam. LVII, f'' 40 a). AY, aydes (1)

(3syl.)(2.]/or. YII, 1« 3o b.) EE. Déesse (2 syl.), « Déesse des fruictz, peu de temps

seiourna.» [Ep. fam. CXXII, f'' 71 d.) EO. Géométrie (4 syl.) (i Mor. XIII, f° 33 b) ; Théologie (4 syl.)

[Temple de bonne renômee, f° 72 et 73 ) ; Theologie?2S (4 syl.)

(1 .]/o?-.XIII, f° 33 Cj; dan s la même É/ï/s/re cependant il écrit:

Sur tous scavoirs est le Théologal (4 syl.).

lE. Cloiatrier [2 syl.) (1 Mor. II, fMl C; ; brief{] syl.) [Ep. fam. LVII, 39 d) ; fel (2) (1 syl.) [Ep. fam. XI, f*' 13 c) ; griesves (2 syl.) ; griesvement (3 syl.) [Ep. fam. XI, f" lo b) ; qiia' triesme (3 syl.) Ep. fam. LYI, f° 40 c) ; on trouve cependant huitiesme[h: syl.) et septiesme[i syl.) [Ep. fam. XXXIIII, f° 30 a et XXXYII, f° 31 a) ; — ancien (3 syl.) [Ep. fam. XLI, fo 32 c); aidez (3 syl.) [Ep. fam. CXXVII, f° 83 c) ; Egyptiens (4 syl.) (2 Mor. Ylil, f° 39 d) ; estiez (3 syl.) [Triumphes CLXXXf v°).

ION. Ascension (4 syl.) ; mission (3 syl .) (£^/?. /«m. XC, f'' 60 a) ; ostentation[^ syl.) ; deiiotion (4 syl.) [Ibid.].

OE « se deuise comme en Xoë, Poëte », dit Thomas Sibilet (p. 61). La règle n'est pourtant pas absolue, puisque Baïf emploie le moi poète comme disyllabique ; Jacques Le Lieur, correspondant de Jean Bouchet, fait de même [Ep. fam. XGIX, f" 66 a), mais notre auteur suit la règle de Sibilet :

Grâces te rend, o ?oeie sacré.

i>. Afw.XGYIlI, f°6od.

Par contre, il donne au VLVoipoésie tantôt trois, tantôt quatre syllabes :

(1) Ce mot ayde& ainsi décomposé rime avec subsides.

(2) « Corne le son à l'oreille montre que miel et fiel se doiuêt diuiser en deux syllabes, combien que l'vsage soit au contraire: auquel fôdé sur l'autorité de Marot et autres qui l'ont suiuy, tu ne peux faillir d'adhérer: mais aussi ne penseray-ie point errer disant miel et fiel de deux syllabes car si tu suis en Tvn l'autorité, ie regarde en l'autre la raison... Aussi ce que ie t'en vien de dire, n'est que pour te montrer que l'autorité et la raison sont bien souuent diuisées. » Thomas Sih'ûei, Art poétique français, p. 60.

lU:MAliorES SI R I.A VKUSII-ICATION DE JEAN ItorcilET '.i'1'.i

Et composer pocsh- ou bien moral.

/•:/'. f'im. XXIII. f^ 2i b.

Aucuneffoiz histoire ou poésie.

Ep. fam. XXIII, f» 24 c.

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