Ouvroir (3 syl
Les jours ouuriers en l'oauroir travaille.
2 Mor. IX, f° 42 b.
Jean Bouchet prononce « ouvrouèr (i) »; il écrit même razouer (rasoir) (2 Mor. X, f' 44 b.) ; tranchoir d. également 3 syllabes [Ep. fam. LIIII, f'^ 38 d).
A u contraire, lemot royaiilme ne compte que deux syllabes :
Guillaume... Lequel conquist d'Angleterre le royaulmc.
Ep. fam. I, f" 26.
Eux et le roijanlme, et c'est pour vous piller.
2 3/or. I, f°5 b.
Loys (2 syl.) [Ep. fam. I, f" o b) ; Moijse (3 syl.) (2 Mor. V, f''21b).
D'ordinaire cependant la diphtongue oi ne forme qu'une seule syllabe.
Ul. Jean Bouchet donne deux syllabes au moi juif [Ep. fam.
XI, f° 13 c), Marot aussi. Sibilet (p. Soi prétend que tous
ceux qui voudront peser ce mot à l'oreille reconnaîtront
qu'il est d'une seule syllabe.
La liste n'est pas achevée des remarques que nous pourrions faire sur la rime (2) ; mais je crois inutile de m'arrêter
(i) Cf. Art poëliqnc frahrois : houere pour boive, p. 61 ; le Seizième Siècle en France, p. 211.
(2) On pourrait, par exemple, noter l'indécision sur la terminaison de la troisième personne du pluriel de l'imparfait de l'indicatif, Jean Bouchet la traite comme syllabe masculine à la césure :
Et vous auroient en mespris et contemps.
iMor. XII, f» 30 d.
et Thomas Sibilet approuve cette manière de faire (p. 38); cependant au même endroit notre auteur se sert de la même terminaison comme d'une rime féminine; ailleurs (2 J/o/-. IX, f° 41 d), c'est une rime masculine. Oa peut encore signaler quelques rares mois latins à la rime : .Aue
324 JEAN BOICIIET
à tous les détails; je signale, pour terminer, deux ou trois particularités qu'on trouve dans ÏArt poëtigue francois : « Tu peux rymer bien et deuëment le simple contre le composé, combien que aucuns veuillent soutenir le contraire, mais sans apparence de raison (p. 51 , 52) » ; Jean Bouchet use largement de cette liberté, il en abuse même ; voici quelques exemples pris au hasard : damnée condamnée, dire desdire, dire mauldire {Triumphes^ f*^' CLXXIX r°) ; dans la page suivante, je trouve infinie, finie; on peut ouvrir les Epistres morales et familières à la première page venue, la proportion restera la même.
« Mais aussi regarde bien, que tu ne tombes de là en vne faute qui est de mettre vn mot rymant contre soy-mesme : si d'auenture nestoit diuersifié par signification ou partie d'oraison (p. 52). » Presque toujours les mots semblables
Maria (1 Mor. V, f° 19 a) : ante clbmn rime avec riens si bon.,. {Regnars frauersât, f° 2 a, après h III, édit. d'Ant. Vérard) ;
Regardez bien qu'aiez sans si ne gua De quoy payer le reste ou reliqua :
1 Mov. XI, f» 29 b.
trois rimes féminines en 7ire se suivent au milieu de rimes plates régulières {Triumphes, f» cLXxn, v°). Enfln Jean Bouchet, comme un grand nombre de rimeurs du xvi'' siècle, emploie bien souvent à la rime l'enclitique ce, mais alors elle n'est pas accentuée et joue le rôle de le muet final dans le vers à rime féminine :
A l'un ryois par doulx attraict. auant ce Qu'il eust parlé, luy donnant une auance.
Ep. fam. II, f 9 b.
Et qui feroit d'aucuns d'eulx desprisance Feroit aussi de lesus despris, en ce.
Triiimphes, î° clxxx y*.
Il agit de la même manière avec les particules que, et ne
... A ce iour on celebroit la pasque Pompeusement, or donc ne croyez pas que Femme onccpies fust...
Ep. fam. XI, f° lo b.
Par ce ne fault qu'aulcun se passionne
Des biê mourâs (qu'on ne faict pas) si on ne
Veult delinquer...
Ep. fam. LXVHI, f» 48 a.