‹ Un grand rhétoriqueur poitevinChapitre 28 sur 67 · III. — ÉLISION, HIATUS · texte numérisé non relu

III. — ÉLISION, HIATUS

« Cest é, vulgairement appelle féminin, est aussi fâcheux à gouuerner qu'une femme de laquelle il retient le nom », dit Thomas Sibilet au sixième chapitre du premier livre (p. 29) de son i4r? poétique françois., chapitre consacré à Tétude de « la couppe féminine », de l'élision et de l'apostrophe.

L'indécision de la langue qui se modifiait sans cesse, les changements si fréquents de l'orthographe et de la prononciation avaient permis au moyen âge une liberté en matière d'élision dont le seizième siècle profitait encore ; Jean Bouchet

332 JEAN BOUCIIET

et les rhétoriqueurs se permettent des licences que nous

ne tolérerions pas aujourd'hui.

1) E muet à la fin des mots devant une consoime.

Cet e muet compte dans la mesure comme toute voyelle sonore :

Apres la fia de la vif mortelle.

Ep. fam. CXXVII, f" 83 d.

Conquirent Gaule, appelles Belgicque.

Ep. fam. I, fo 4 d.

Vostre ame ira chargée de meffaiz.

2 Mor. IX, fo 41 b.

Il en est de même lorsque cet e se trouve accompagné d'une ou de plusieurs consonnes :

La croix, couronne et vos playes cruelles.

Triumphes, fo cLXXix vo.

Trop les tirer a pouli<?4' ou bras.

2 Mor. X, fo 43 b.

Cette règle, néanmoins, n'empêche pasJeanBouchet d'écrire:

le t'ay tenu ma penser descouverte.

Ep. fam. XIII, fo 16 d.

Pour ne tenir la voie de rectitude.

Ep. fam. XI, fo lo d.

Dont il sortit très clair sang et eauc pure.

Ep. fam. XI, fo 13 c.

Ne mes pensées desclarer et descrire.

Trimnphes, (o cxlv vo.

l'e muet dans ces vers disparaît et ne compte pour rien dans la mesure.

La terminaison oie7it de la troisième personne du pluriel de l'imparfait de l'indicatif, qui au moyen âge comptait

Page 1