‹ Un grand rhétoriqueur poitevinChapitre 29 sur 67 · REMAROIES SIR LA VERSIFICATION DE JEAN BOUCIIET · texte numérisé non relu

REMAROIES SIR LA VERSIFICATION DE JEAN BOUCIIET

ordinairement pour deux syllabes, ne compte plus chez Jean Bouchet que pour une seule syllabe :

Et les tenoient comme gens détestables

2 Mor. VII, fo 35 b.

Et n'oiiseroient les poures en rien dire

Ihid. Vil, fo 36 a.

De faire aïsi, qu'ilz vouldroient qu'on leur fist.

IhkU VII, fo 36 b.

La troisième personne du pluriel du subjonctif présent soie?it est monosyllabique :

Et que ne soient a tous aussi ouuertes.

2 Mor. VII, fo 3o a.

Que choisisseurs soient deceuz au choisir.

Ep. fam. LIX, fo 42 b.

il en va de même pour aient :

Ayent vestementa PHate pareil.

Ep.fam. XCII, fo 72 c.

Notre auteur d'ordinaire écrit je prie, je supplie,

le prie au'createur...

Ep. fam. LVIII, f" 40 d.

Flora supplye a son ami zephire...

Ep. fam. LIX, fo 41 a.

Cependant il use parfois de jla licence que se permettaient encore Ronsard et Régnier :

le te siipply docteur scientifique.

Ep. fam.. LXXVIII, fo o3 c.

le vous pry donc madame...

Ep. fam. CXVI, f" 78 b.

JEAN BOUCIIET

Mais la forme je prie, je supplie, revient beaucoup plus souvent sous sa plume {{].

2) E muet à l'intériftur des mots.

La règle tend à s'introduire de ne pas compter cet e muet pour une syllabe, elle n'est pas encore définitive; Jean Bouchet profite de cette indécision :

Et ton hostei bien a poinct bal/^ra.

Ep. fam. LIX, fo 41 a.

le o'oubhVray le sieur de la Tremoille.

1 Mor. XIIII, f» 37 d.

Par long prier, voire quand ilz pr/cront.

2 Mor. IX, P 41 c.

Dans ces exemples l'e rouet n'entre pas dans la mesure du vers, le contraire a lieu dans^l'exemple suivant :

Le paiement du peintre bon facteur.

2 Mor. X, r 45 c.

3) E muet final devant une voyelle initiale,

Jean Bouchet regarde alors l'élision comme obligatoire :

La crainte et peur d'offêser et mesprêdre... Pour vous escrire en mon style vulgal... Et le pouoir de l'Eglise exterminent...

1 Mor. I, fo 1 a.

Il la fait même dans certains cas où nous l'éviterions :

Et de ce aussi que me portez faneur.

Ep. fam. LVI, f° 34 b.

On sait qu'au moyen âge et parfois encore au xvi^ siècle, l'élision de certains monosyllabes, ne, ce, qiie,je^ me., te., se, le, la, était facultative dans quelques circonstances, Jean

(1) Parfois Jean Bouchet écrit encore je pry :

le te pry' donc reuerend archiprebstre.

Ep. fam. LXXXIII, fo 56 d.

REMARQUES SLR LA VERSIFICATION DE JEAN BOLCIIET 'Mo

Bouchet élide toujours ces mots ; je ne trouve dans mes notes qu'un seul exemple contraire:

Ne autres moins riches et opulens.

Triumplics, CLXXxn v-.

Or il est possible que dans ce vers le mot moins soit dissyllabique.

11 importe de signaler un cas spécial del'élision de Ye muet final devant une voyelle initiale. Quand il y a inversion à la troisième personne du singulier terminée eue, nous mettons aujourd'hui un t euphonique entre le verbe et le pronom sujet qui commence par une voyelle : reste-t-il, aime-t-elle ; Jean Bouchet qui ne se sert pas du t euphonique élide l'e final du verbe :

Que reste il plus pour le tout accôplir (1).

Ep. f(im. LIX, fo 41 a.

On peut rapprocher de l'élision la suppression de certaines syllabes finales que Sibilet lui-même proclamait déjà irrégulières (2) :

Secondement quel' Planète a lors cours.

2 3/or. VIII, fo 37 b.

Dont el' pourra paruenir a sa gloire.

Ep. fam. XCV, fo 64 d.

Il n'y a pas toujours d'apostrophe comme dans les exemples cités pour prévenir le lecteur de la suppression faite :

Humilité est fenil/f, qui couleur Donne aux vertuz.

Ep. fam. XXXYfl, fo 30 d.

(I) On peut noter une élision de i dans si :

S"ainsi le fais de Dieu seras aymé.

Ep. fam. C, fo 76 d.

Cette voyelle ne s'élidait guère dans d'autres cas : « Hors la conditionnelle si, tu trouveras Fi peu apostrophé ». Art poëtàjoe fraurois, p. 41. Malherbe bannira cette élision, « attendu que sine se mange jamais. F. Brunet, la Doctrine de Malherbe, p. 518. (2j Art poëtiqae français, p. 42.

On prétendra peut-être qu'il y a une faute d'impression ; fenïlle est pour fenil, mais alors comment expliquer le vers suivant :

Et l'innocent de calumpw«e on preserue ?

Eç. frm. XL, fo 32 a.

La dernière syllabe du mot cahmipnie disparaît évidemment dans la prononciation, et il faut avouer que les sons de la voyelle i et de la diphtongue 07i se prêtent fort bien à cette disparition.

Je termine cette rapide étude sur la versification de Jean Bouchet par quelques remarques ?,VivV hiatus. La règle formulée par Boileau, après avoir été imposée par Malherbe et dont Ronsard avait eu déjà l'idée, n'existe pas au début du XVI® siècle ; les poètes ne sont tenus d'éviter aucun choc de voyelles, et notre auteur n'hésite pas à commencer ainsi un vers de dix syllabes :

Si a il bien...

2 Mor. VIII, fo 36 d.

Pareilles cacophonies ne se rencontrent pourtant qu'à de rares intervalles; d'ordinaire les hiatus ne sont pas très rudes à l'oreille : tu as entendu [Ep. fam. I, f° 4 a), ou il tendoit {ibid.,ï° 4 b), il y a plus [ibid., f°4b), le texte y e5/tout rond... [Ti'iumphes, clxxx r**), pendu en croix [Ep. fam. XI, i° 14 b), tu es a l'ordre ettour(£/j. fam. I, f" 2 a); inutile de continuer une liste qu'il serait si facile d'allonger ; un seul mot résume tout et ce mot je l'ai déjà dit : pour Jean Bouchet la règle de l'hiatus n'existe pas.

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