VI. — VERBES
Il serait inutile de reproduire, avec des exemples pris dans Jean Bouchet, le tableau très complet des formes des verbes donné par MM. A. Darmesteter et Ad. Hatzfeld, dans le Seizième Siècle en France ;']& vais me contenter de faire certaines remarques, qui d'ailleurs, pour la plupart, ne sont pas particulières à mon auteur :
Il supprime parfois Ve muet de la première personne du présent de l'indicatif de la première conjugaison, ie pry^ ie supply. Cf. Métrique, p. 333 et 334, Il écrit mangeue (mange) [TriumpheSy f'^ cxxvni r° et cxxxii r*'). Le vers suivant montre que cette orthographe est bien voulue :
Et là (dans l'estomac) se cuit ce qu'on imuacue et boit.
2 Mor. VIII, fo 38 b.
L'<? final de mangeue s'élide, mais la syllabe eu compte dans la mesure du vers.
Dans les autres conjugaisons Vs de la première personne da singulier manque souvent : ioy, ie dy, ie scay, ie voy, etc. :
le, qui me tien renclos dedans la ville Ou tous les jours iapprens vie ciuille, Voy gensdiuers...
Ep. fam. LXXXIII, f» 57 a.
Une ou deux fois seulement, à la troisième personne du pluriel de l'imparfait de l'indicatif, Jean Bouchet se sert de la forme oint, au lieu de la forme oient.
Assez fréquemment la troisième personne du singulier est en ei. Notre auteur avait l'innocente manie de finir ses épîtres par son nom Bouchet ; presque toujours à la rime qui précède on trouve une troisième personne de l'imparfait de l'indicatif en et :
Faict a Poictiers quâd les bleds ou tranchei Par vostre filz spirituel Bouchet.
1 Mor. I, fo 9 a.
Escript vn soir que minuyct s'approcftei Par vostre frère, en lesus, lehan Bouchet.
1 Mor. Il, fo 14 b.
Escript on temps que raisins on iTauchet Par le vostre humble auditeur lan Bouchet.
1 Mor. III, fo lo c.
L's manque ou existe à la première personne du parfait des trois dernières conjugaisons, selon qu'il plaît à l'écrivain : ie voulu, ie co?igneu, ie peu, ie receu, ie sceu, ie /eus ; ie feis, ie vy, ïapprins, ie deulns, lapprins,
A la troisième personne du pluriel plusieurs verbes prennent un d étymologique ou euphonique : apprindrent
(2 Mor. III, f° 14 b) ; reprindrent [ibid.y fM7 b) ; tindrent {Ann. d'Aq. cxiv°); vindi^ent [Ann. d'Aq. cxiiii r"); advindrent {Ann. d Aq. lxxxix r").
Jean Bouchet ignore les formes renderay^ deveray^ nirai, il écrit prendra, deura, octroiera.
Tantôt il met 5 à la deuxième personne du singulier de l'impératif, tantôt il le supprime: Considères ^ penses-tu pointy gardes toy ; pense., monstre-toy , iecte ; à la seconde personne du pluriel il met quelquefois s :
Files, cousez, ou brodez.
1 Mor. VIII, fo 28 a.
Choisisses bons et hardiz gens darmes Regardez bien a leurs basions et armes.
2 Mor. IIII, fo 19 d.
On trouve encore quelquefois s à la deuxième personne du pluriel du futur :
Ne vous vantez de vous péchez par gloire Mais les pleures quand en aures mémoire.
1 Mor. XIII, fo 30 c.
... Vostre cueur auec le sien lieres.
Ibid.
Notre poète, suivant la coutume du moyen âge, donne comme terminaison o?is et ez à la première et à la deuxième personne du pluriel du subjonctif présent de la première et de la deuxième conjugaison :
... Vo* prie ires fort Que vous pensez...
Ep. fam. XXXI, fo 28 d.
Ce n'est raison que de mesme viande
Les (vos domestiques) nourisse^ que vous...
1 Moi\ XIII, fo 30 c.
(Cf. \ Mor. XIII, f°31 a; f°34 a...)
Par analogie, on trouve encore les mêmes formes dans certains verbes des autres conjugaisons : côbien que sachez latin et français [Triumphes, ï° cccxxvii r'').
CONJUGAISON DES VERBKS AVOIR ET BSTRE
Avoir. Jean Bouchet n'emploie l'A dans la conjugaison du verbe avoir qu'à la troisième personne du singulier du présent de l'indicatif, et au participe passé; d'ailleurs il ne le fait que très rarement.
Vay, tu as, il a, ha, nous aiions, vous aiiez, Hz ont.
Vauoys, ï'auois, ï'aiioije...
Feu, leiiz, tu eus, il eut, eust...
rauray...
Vauroys... comme l'imparfait.
Aye, aie...
Que i'aye, tu aye, ayes, qu'Haye, ayt, ait, ayons, ayez, aiez, ayent, aient.
Que i' eusse, eusses, eust, eut...
Auoir, ayant, eu, heu.
EsTRE. le suys, suis, tu es, H est, nous sommes, vous estes, Hz
SOJlt.
Vestoys, Vestois, lestoye, festoie...
le fuz, feus, tu fuz, il fut,fust, nous feusmes, vous feustes, Hz
furent.
le seray, tu seras..-, leseroys... comme l'imparfait.
Que ie soye, soie...
Que ie fusse que Jious fussions, fussons, que vous fussiez,
fusse z...
VERBES A FORMES IRRÉGULIÉRES
On trouve chez Jean Bouchet, ie plore ou ie pieure, et nous plourojts, ie demeure et îious démolirons; ie treuue, il treuue, ils trcuuent, et nous trouuoîis ; i'appreuue et nous approuuons. Mais ignorant que le déplacement de l'accent tonique latin à la première et à la deuxième personne du pluriel du présent de l'indicatif avait donné lieu à ces formes différentes, il écrit il demoura (Triumphes, f" cccxxviii r°) aussi bien que vous demeurez {Ep.fam. LXXXY,
f'' 08 b). Il semble n'avoir vu, dans ce qui était une Joi bien définie , qu'une liberté plus grande laissée à l'écrivain, et l'on trouve chez lui i-)lourer (2 Mor. V, f° 28 b), à côté de pleurer [Ep. fam. XIIII, f° 18 c) et de plorer [Ep. fam. XIIII, f 18 b).
On rencontre une grande indécision dans l'orthographe et la prononciation d'une foule d'autres verbes : deshonnourer (2 Mor. V, f« 28 b) ; fouir (fuir) (1 Mor. VII, f° 23 a) ; impouser (1 Mor. XIII, f° 30 d) ; prouffilter (2 MorN, f° 29 c) ; tormenter{Ep. fam. LXXXIX, f" 59 c); affeublir [Mor. V, f°25 b) ; asseurer (1 Mor. VII, f° 23 a.)
Voici maintenant quelques formes de verbes dignes de remarque :
Ardre, il ard [Ep. fam. X, f° 12 c) ; ils ardirent [TriumpheSj
f** L XXX VIT i r").
Boire, ils buuent [3 p. p. ind. pr.) (I Mor. XIIII, f° 37 a) ; il bemioit [Ann. dWq. cxxxi r°); ils beuoijent [ÀJin. d'Aq. m r°). Ghalloir, // chault (2 Mor. I, f ° 2 c).
Devoir, tu dois (2 Mor. IX, f" 41 a) ; tu doys [Ep. fam. XII, f'* 16 a) ; tu doilz (Triumphes, f** clvju v°) ; 7ious doiuons [\ Mor. VIII, f» 2oc) ; il deust [2 Mor. IIII, f° 18 a). Dire fait au subjonctif présent que ie die... (2 Mor. I, f° 8 c). Donner, iltedoint (3 p. subj. pr.) [Ep. fam. I, f° 6 d). DouLoiR, ie deulx., tu deuilz, il deult ou il deuilt, ils deulent. Envoyer..., il emtoyera [Triumphes., f° clxiv v°). Faire. Il n'y a guère que des variations d'orthographe : il
faict. . . je feiz.
Haïr, Whaioit (il haïssait) [Ep. fam. LXXVIII, f° 54 d), Hz
haioient[Ann. dWq. cxxiii v°).
Ouïr, z'oy, vous orrez, Hz orront [Triiimphes, clxxx v**), oyr
(2 Mor. VI, f» 32 c).
Peser, il poise [Ep. fam. X, f° 12 c), poisez (impératif)
(2 Mor. X, f° 46 b)., poisant (2 Mor. IX, f 42 a). Pouvoir, ie peux, tu puis, tu puys, il peuit, vous j^ouez, Hz
peuent. ie peu (pus), il peust, peu (pu). Prendre, prins (pris).
Querhe pour quérir [2 Mor. IIII, f° 18 d^i Saillir..., il sault [2 Mor. XIIII, f° 35 c).
SuiviR pour suivre (2 Mor. llll, f" 16 c).
Vaincre..., il va'mqt (2 Moi\ III, f" 15 c). Vivre..., il vesquyt (2 Mor. III, f" lo c). Veoir..., ils voirront (1 Mor. X, f' 28 a}.