‹ Un grand rhétoriqueur poitevinChapitre 50 sur 67 · VI. — VERBES lo Des Voix · texte numérisé non relu

VI. — VERBES lo Des Voix

Certains verbes que nous considérons comme intransitifs ont un complément direct :

... Pépin, Gliarlemagne.

Ont guerroie les rebelles tirans.

2 Mor. IIII, fo 17 d.

cheuaucJier un chenal [Ann. d'Aq., cuii r"*) ; proffiter rïeiu [ibid., cv r"!.

D'autres au contraire sont employés comme intransitifs, qui aujourd'hui prennent un complément direct :

Premièrement deuez sur toutes choses Prier a Dieu ;

2 }kn\ IIII, f^ 18 d.

on trouve à la même page jjrier Dieu ; pour acôpaigner sainct Marcial et Iwj aider à côuertir à la foy le pais d'acquitaine... [Ann. d'Aq. P vi r'^).

Plusieurs verbes qui se construisent aujourd'hui sans le pronom réfléchi sont employés par Jean Bouchet comme verbes pronominaux :

Quand lonathas capitaine de trie Secombatoit aux sens de Demetrie..

2 Mor. IIII, fo 18 b.

SYNTAXi; 3//

hnYiergeMa-Yie s' estait apparue a elle .1/?/?. (/Wq., i' cwv' ; ilz se despai'tirent {Ami. dWq., f" xcii r"i ; le l'eu 5»? print [Ann. d'Aq., f° cii v").

On trouve également certains verbes ayant aujounriiiii le pronom réfléchi, privés de ce même pronom :

... l'aage d'adolescence

Qui de gaud/'r, et iouer a licence

1 Mor. XIIII, fo 35 b.

Dont tu doys bien, papier, plaindre et gémir.

Kp. fmn. XII, fo 16 b.

... (le bon marchant)... lipuemdXm.

2 Mur. IX, f" 42 b.

Et lamentez avec moy, qui me meurs.

Ep. fam. XIIII, f" 18 d.

2° Des Auxiliaires.

Jean Bouchet emploie quelquefois l'auxiliaire fVre où nous nous servirions de l'auxiliaire avoir :

Or pleust a dieu que tu fusses a l'heure Esté cheual pour ruer sans demeure.

Ep. fam. XII. f" 16 b.

3» Des Temps.

Jean Bouchet se sert souvent, dans les propositions indépendantes, du passé défini, là où nous mettrions plutôt le passé indéfini ; dans ce cas la phrase renferme presque toujours l'adverbe oncqiies ; oncq ne le feis {Ep. fam. XLI, f" 32 c).

le ne feis onc par detracter dommage Homme ie n'ay parescript diffammé.

Ibid.Jo 32 c. et d.

11 passe dans les propositions coordonnées d'un temps à un autre, sans raison apparente : Les ^ouysscs a/Ioie?it iour et

;J78 JEAN Bouciiirr

nuyct et passè)'ent... [Aim. dWq.. \" clx i"). Maximus... feil plusieurs oultrages aux gotz, et ne vouloit. souffrir {Ann. d'Aq., f" XXV v"). Le roy Ciovis et les Francoys se préparent et amassèrent gens de toutes pars [ibid., xxviu r").

Il ne prend pas le même soin que nous de faire concorder le temps de la proposition subordonnée avec celui de la proposition principale :

Homme ie ii'ay par escript diffamé Dont ie peusse eslre aucunement blasmé.

Ep. fam. XLI, fo32c.

Aultres ont dit... que trop ie m'y appUcque Et que i'en laisse en arrière practique

Ibiii, fo 33 a.

4° Des modes.

Dans les phrases conditionnelles Jean Bouchet emploie le subjonctif au lieu du présent ou du passé du conditionnel dans la proposition principale, et au lieu de l'indicatif dans la proposition qui exprime la condition:

Mais si ïeusse eu doubte de laduenture Que les tiens yeulx eussent veu la facture, Pas n'eusse pris en moy si haulte adresse De plume prédre en monstrant ma rudesse.

Ep. fam. LXI, f^ 42 c.

Si ce n'estoit questre ne veulx debteur Des grans merciz (0 diuin orateur) Que tu m'as faictz par ta secôde epistre Me [eusse teu deuant si grant magistre.

Ep. fam. LXXII, fo 48 d.

Il se sert encore du subjonctif au lieu de l'indicatif après les verbes joe?Z5er, croire :

Et croy qu'il soif en ce circonuenu.

Ep. fam. LXI, f° 42 c.

SYM'Axi: ;i7;j

Mais ie le feis assez legierement Pensant qu'il fusl aux dames seulement Communiqué, non a gens de scauoir...

Ep. ffim. LXI, f' 42 c.

Parfois même les deux modes, indicatif et subjonctif, se trouvent employés tous les deux dans des propositions complétives dépendant d'une même proposition principale : Guyvereau, qui par affection...

Pense de moy le sien compatriote

Plus qu'il n'en est, et que soye bien docte...

Ep. fmn. LXV, f« 44 c.

Jean Bouchet se sert de l'indicatif dans certains cas où nous mettrions le subjonctif :

Escript...

Vne heure auant que le coq scsinouchel

Parle vostre humble encores plus Bouchet.

Ep. fnm. LVIII, f^ 40 d.

•j» Changements de construction.

Souvent d'un même verbe dépendent deux ou plusieurs propositions complétives qui ne sont pas au même mode :

Et eulx voians esire mensonge exquise, Et que ce Roy Vauoit amé tousiours...

Ep. fnm. I, fo 6 b.

Suppliant Dieu

Que Paradis a tous il vous concède Apres la mort, et mire icy...

2 Mor. VU, f" 36 b.

Il n'est pas rare encore de rencontrer dépendant d'un même verbe des compléments de nature différente, un nom et un verbe à l'infinitif ou à un mode personnel :

Et congnoissant leurs faiclz si glorieux Et qu impossible estait les surmonter...

Ep. fam. I, f<' 6 a.

380 JEAN BOUCIIET

Mais iay congneu mon imperfection Et (/Me /?s2//.s'tout imperfaict...

Ep. fmn. XXI, f^ 22 c

Pow montrer leur faction et qu'ilz estoient tous du party... [Ann. d'Aq. xcii v^).

6» Infinitif.

Très souvent Jean Bouchet emploie l'infinitif comme substantif :

... craignant plus le mentir

Que le mespris de mon euure sentir.

Ep. fa m. CXXVir, f'i 83 b.

Et au partir vous me feistes promesse.

Ep. fam. CXXVfl. f° 83 c.

... Lors vng dormir enuoie Au père Adam...

iMor. YII, f'^22 a.

Vostre parler soit court.

1 Mor. II, f^ iO c.

... Son oijr qui des chants angeliques Estoit remplv.

Ep. fam. XI, fo 13 b.

Il construit l'infinitif avec la préposition joa;-, pour exprimer le moyen :

... Ne feront a Dieu presse Par long prier ;

2 Mor. IX, fo 41 c.

Oultre m'escris que n'offense personne Par de trac ter.

Ep. fam. XLI, f 32 c.

La proposition infinitive est fréquente dans les œuvres de Jean Bouchet : Et voyant l'empereur Honorius les gaules estre occupées... [Ann. cCAq.. f" xxvi r";.

Quant on me dist son mal fsln' U'ijifr.

El>. finn. XII II, f" 18 a.

...Tu cuydois la teste csire coupée.

Kp. [mil. XIIII, r^ 18 lj.

7" Du participe.

Le participe absolu est fréquent :

Et lut] vojpml la chose aller ainsi

Il fut contrainct, et sondict père aussi

De faire paix...

Ep. fam. I, fo 3 c.

Car vn an a et vn mois dauantage

... Que vous venant de ce noble héritage

De Myherué...

Il pleut, monsieur, a vostre seigneurie

Ep. fam. CXXVIl, f-^ 8.3 b.

Jean Bouciiet ne fait pas toujours rapporter le participe présent au sujet de la proposition principale :

Pardonnez moy si ne pouez bien lire

La mienne epistre les larmes de mes yeulx

En l'escriuant l'ont gastée en maints lieux.

Ep. fam. LXYIII, f" 47 c.

Il l'ait souvent accorder le participe présent en nombre avec le nom auquel il se rapporte et quelquefois en genre :

le parle après a vous tenftns fournaise A faire fer... faisans forces, cousteaux...

2 Mo)\ X, f'J 44 b.

... doyuent choisir nourrices... A/j/ins bons sens.

i .1/or. VIII, f 24 c.

Femmes soiez sobres, chastes, prudentes Et nuict et iour au mesnage entendentes.

1 il/or. VIII, f' 2;}d.

382 JEAN BOUCnET

A tous secourantes [Ep. fam. YI. i" x b^i.

D'ordinaire notre auteur suit, quand il s'agit du participe passé conjugué avec avoir, la règle d'accord formulée par Marot ; il est cependant des exceptions.

Le participe ne s'accorde pas toujours avec le complément, même quand celui-ci le précède :

Il est écrit que médecine en terre Dieu a créé...

2 Mor. VIII, f° 37 a.

Il faut choisir un médecin :

Qui les dangers de cest art uyt iempté.

2ilfor. VIII, fo 38 b.

Au contraire, souvent le participe s'accorde avec son régime, même quand celui-ci vient après :

Vngsolon daulphinois lïjui menée La compaignée auoit on predict lieu)...

Ep. fam. XXXIIII, fo 30 a.

Aussi tu as par ces moiens acquise Puis peu de temps la grâce tant exquise.

IbicL, XLV, fo3o c.

Parce que j"ay contractée amitié Auecques vous.

2 Mor. XI, fù 47 c.

Vous auez imprimez Douze traictez cy après exprimez.

Ibid., XI, fo 47 c.

Le participe passé employé sans auxiliaire se place parfois avant le mot auquel il se rapporte, et dans ce cas il s'accorde avec lui :

... te nômer lumière Pictonicque Chascun te doit, reuz tes nobles escriptz Bien composez par tes nobles espritz.

Ep. fam. LX, f° 41 c

8» Accord du verbe.

Le verbe qui a plusieurs sujets coordonnés peut s'accorder soit avec le dernier, soit avec tous :

Vostre remords et scrupullc vous iucje Et jwjevonl dauant l'éternel juge.

2 Mor. IX, fo 42 d.

Avec un nom collectif comme sujet, le verbe peut se mettre au pluriel :

Mais ceste gent legiere et desloyalle Feirent leur Roy vn Estienne de bloys.

Ep. fnm. I, fo 1 b.

Parfois le verbe s'accorde non avec le mot qui est sujet, mais avec l'idée renfermée dans ce mot :

Si... n'escripuois a vostre seigneurie Qui exercez Testât d'Imprimerie...

2 Mor. XI, f» 47 c.

9° Régime du verbe.

Jean Bouchet dit : s'humilier a Dieu (2 Mor. III, f" 44 c); prier a Dieu (2 Mor. IIII, f" 1 8G) ; se combattre a [ibid.)\ empêcher a {Ep. fam. IV, f» 18 d); negotier a (2 Mor. IX, f°42b); s' allier de [Ann. dAq. cviir"); ils furent contraiucts entrer {ib., xcix v°); il entreprint faire guerre {ibid., cm v°); tendant faire {ibid., cvni r°) ; si leurs subjectz faillent les saluer [2 Mor. IIL f'ioc); vacquer pour es nourrir... (1 Mor. IV,fM8c); tamer contre moij [Ep. fam. XXII, f'' 23 a).

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