‹ Un grand rhétoriqueur poitevinChapitre 54 sur 67 · X. — CONJONCTIONS · texte numérisé non relu

X. — CONJONCTIONS

A CE QUE signifie afin que

Finablement au mestier on la mecl Par dame foy qui la charge en commet- A espérance, a ce qu'en face toyie.

1 Mur. VI, f'^ 20 b.

AINS sii^nilie mais

Le vieillard... a luy ne son proche

Ne veult bié faire, ains à la main plus croche

En ses vieilz ans que quand ieunesse auoit...

1 Mor. XIIII, fo 39 c.

396 JEAN BOUCnET

COMBIEN QUE signifie quoique ei se construit avec le subjonctif :

Il faut donner les présents envoyés aux prisonniers... combien Que telles gens ne vaillent vng tel bien.

2 Mov. V, fo 28 d.

Combièq sens ie n'aye...

Ep. fam. LXXXIX, fo 59 b.

COMME signifie parfois comment :

En disant fowmt' auray ie bon seruice?

2 Mor. I, fo 5 c.

lACOIT QUE signifie bien que iia soit que) :

lacoit que famé vu grand bruit en faisoit.

Ep. fam. LXXXIX, fo 59 d.

On trouve aussi iacoit ce que :

lucoit ce que l'aer fuct cler...

An)K d'Aq., f° XXII r».

lUSQUES A TANT QUE s\^n\ï\Q jusqu à ce que :

lusques a tant que de larmes foecondes Fust deschargé imon cœur).

Ep. fam. LXXVIII, fo 55 a.

Jean Bouchet emploie encore iusques da.ns le même sens :

... qu'il tienne en prison Adversité iusques ieladeliure.

Ep. /■«/«. XXXVII, fo 31 a.

MAIS QUE signifie pourvu que :

(Le gain)... ne luy chault, inais qu'il puisse fournir Pour se nourrir et pour s'entretenir Sa femme aussi, ses enfans et famille.

2 Mor. IX, fo 42 c.

PAR AUTANT QUE signifie vu que :

Et [\(iy (lultiiil nue sommes de mesme aage.

Ej). f,im. GXXVI, fo 83 a.

Dans ces remarques sur la syntaxe de Jean Bouchet, j'ai presque pas à pas suivi le beau livre de M. Edmond Jluguet, Etude sur la syntaxe de Rabelais, comparée à celle des autres prosateurs de i iâO à 1550. L'auteur au début s'exprime ainsi : « De tout temps les poètes ont pris avec la syntaxe des libertés interdites à la prose. Les exigences de la rime, de la mesure leur ont fait bien souvent négliger la grammaire, surtout au temps oii Malherbe n'avait pas encore discipline la poésie, et imposé à tous les écrivains les mêmes obligations. » (Introduction, p. 9 et 10.) On pourrait peut-être ne pas souscrire complètt-ment à ces lignes ; pour ce qui regarde Jean Bouchet, elles semblent n'être pas très exactes, et les observations que nous venons de faire sur la syntaxe du Traverseur des voyes périlleuses tendraient bien à le prouver. Je serais en outre assez porté à croire que la syntaxe des poètes n'est pas de 1450 à 1550 fort différente de celle des prosateurs. Et s'il fallait donner une raison de ce fait, on pourrait dire que la poésie n'est guère alors autre chose que de la prose rimée.

Page 1