‹ Un guet-apens judiciaireChapitre 10 sur 47 · AFFAIRE BLOCH. — LE MOUTON · texte numérisé non relu

AFFAIRE BLOCH. — LE MOUTON

M. le substitut Thomas, lui aussi, manifeste à sa manière sa reconnaissance à de Clercq pour le coup d’épaule qu’il vient de donner à la prévention; il reclame pour lui l’indulgence du tribunal :

^ Ils sont rares, dit-il, les cas où le juge doit se montrer inexorable et de Clercq est jeune, de Clercq était besogneux,

' livré dans Paris à toutes les tentations ; de Clercq, enfin, est j une victime de Portalis, qui l’a conduit au mal comme par la main, et l’a laissé une première fois sur les bancs de la police correctionnelle, où son agent a payé pour les autres et supporté tout le poids de la poursuite... Mais le m’arrête, j’allais oublier que de Clercq a pour défenseur M« Robert.

Son avocat n*a pas seulement de l’esprit et du meilleur que le sien, mais il a encore du cœur et il saura bien mieux que moi assurer à son client l’indulgence relative de ses juges, indulgence devant laquelle je me déclare dés à présent désarmé (’).

Au moment où le président lut le passage du jugement condamnant de Clercq à quinze mo^ de prison. M. le substitut Thomas se tourna ostensiblement vers lui avec un geste qui disait clairement : « Que voulez-vous? J ai fait ce que j’ai pu ! »

Mais de Clercq n’était i is content « Ah ! les canailles, disait-il en sortant de l’a ioiice à voix assez haute pour être entendu, c’est moi qu i organisé tout ce procès, c’est moi qui ai fourni toutes les indications, tous les rensei-

(1) Le tribunal, tout en condamnant de Clercq, a cru devoir justifier la mansuétude relative dont il usait à son égard, par le passage de son jugement, qui a dû bien étonner ceux de mes anciens collaborateurs qui ont connu de Clercq et qui ont été témoins de mes rapports avec lui.

Attendu què, malgré ses antécédents judiciaires, il y a lieu de tenir compte de la jeunesse de de Clercq et de l’influence néfaste de Portalis et de Girard qui l'ont dépravé^ ont tout au moins développé ses mauvais instincts en les mêlant «ux. agissements qui leur étaient habituels.

gnements et ils me condamnent à quinze mois(^) ! « Au fait, pourquoi Ta-t-on condamné? Le tribunal n’était donc pas dans la confidence des services qu’il avait rendus et des promesses qu’on avait dû lui faire? Dans les procès révolutionnaires, dont ces procès de chantage n’ont été, par plus d’un côté, que la honteuse reproduction, lorsque les moutons figuraient comme complices, les jurés étaient avertis et ils acquittaient les délateurs. Mais un jour il arriva que Fouquier-Tin ville, ayant oublié de donner le mot d’ordre au tribunal, deux moutons furent condamnés avec une trentaine de suspects. D’abord, ils ne s’inquiètent pas, supposant qu’on a voulu, en les condamnant, écarter tout soupçon, mais qu’on va, nonobstant le jugement, les mettre en liberté. Ramenés à la Conciergerie, ils s’aperçoivent que leur condamnation est sérieuse et qu’on s’apprête à les faire monter sur la charrette qui, pour M. le substitut Thomas, devait remplacer la balance comme emblème de la justice, au moins de la justice correctionnelle. Ils élèvent la voix, ils réclament avec énergie et envoient à l’accusateur public un message. Fouquier- Tinville rit beaucoup en apprenant leur mine piteuse. ‘‘ Fichtre, s’écria-t-il, c’est un oubli; qu’on y fasse attention désormais ! — Mais que décidez-vous ? Le temps presse, les charrettes vont partir ! — Bah ! dit Fouquier- Tinville, pour cette fois ça passera comme ça î « Et les deux moutons furent immolés.

De Clercq, cependant, n’avait rien négligé pour que le tribunal de la 11® chambre de police correctionnelle n’ignorât pas le vrai rôle qu’il avait joué dans ces poursuites et dans ce procès. Il avait d’abord déclaré que le tenancier du Cercle de l’Escrime, M. Isidore Bloch, le payait même en prison. Interrogé ensuite par M. le président Levrier sur

(1) Les quinze mois ont été réduits, en appel, à une année.

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