‹ Un guet-apens judiciaireChapitre 9 sur 47 · AFFAIRE BLOCH. LE MOUTON · texte numérisé non relu

AFFAIRE BLOCH. LE MOUTON

avions envoyé de Clercq est elle-înême invraisemblable; parce que tout le monde sait que c’est un mensonge, que je n’ai jamais confié ni à de Clercq ni à personne une nüs^ sion semblable, et que jusqu’au jour où il fut arrêté, en juin 1892, j’ignorais que de Clercq eût fait chanter M. Hemerdinger.

Le seul moyen d’empêcher que de Clercq fût convaincu de mensonge et que la vérité se fît jour, était de retarder sa déposition jusqu’au dernier moment, jusqu’à la dernière heure, jusqu’au 31 janvier.

Le 31 janvier, l’instruction est close. Depuis plusieurs jours déjà, le dossier a été transmis au parquet. Le réquisitoire définitif est rédigé, l’ordonnance de renvoi va être signée. Le jour du procès est fixé, c’est le 13 février. Il ne reste plus que le temps bien juste de faire connaître aux accusés les charges qui pèsent sur eux. On ne peut plus rien vérifier, rien contrôler, on ne peut plus entendre de témoins. C’est à ce moment, c’est le 31 janviei;*> que de Clercq fait sa déposition.

Que tout cela est bien machiné ! Mais que c’est inquiétant pour les pauvres hères qui peuvent avoir affaire aux tribunaux, autant dire tout le monde ; car qui oserait répondre au temps actuel de n’avoir jamais affaire à la justice? Le juge d’aujourd’hui luirmême est-il sûr de ne pas être le jugé de demain ou, d’après-demain ?

Cette dénonciation» qui à la dernière minute remet sur ses pieds l’affaire Bloch, explique la réponse de de Clercq au président, lui reprochant d’avoir, en octobre 1893, extorqué 500 francs àM. Isidore Bloch^

B Te ne lui ai pas plus extorqué les 500 francs qu’il m’a 1 alors que je ne lui ai extorqué l’argent qu’il m’a fait remettre hier 0.

Gazette des Tribunaux, du 15 f«^vrier 1895.

Hier y c’est-à-dire à la veille de l’audience, pour le récompenser de sa dénonciation du 31 janvier et pour qu’il la renouvelle à l’audience du 14 février.

Le Figaro (’) et la plupart des journaux reproduisent la réponse de de Clercq dans les mêmes termes que la Gazette des Tribunaux y et la font suivre de cette mention : [Mouvement.)

Le public qui remplissait la salle avait saisi toute la portée de la réponse de de Clercq. Il avait compris qu’une entente existait entre le policier et le tenancier.

Au moment où de Clercq faisait cette réponse, M. Isidore Bloch était à la barre. Tout le monde s’est tourné vers lui. Allait-il démentir? Non! Il s’est tu, confirmant par son silence la déclaration de de Clercq et avouant que la veille encore « il le payait ».

La déposition de de Clercq disant qu’il m’a remis 1,000 francs sur le chantage Hemerdinger explique aussi ce passage de la plaidoirie de M® Henri Robert, avocat de de Clercq :

Bloch, reconnaissant, promettait toutes sortes de faveurs à de Clercq : je ne pense pas qu’il comprenait dans la série la prison de Mazas où, grâce à lui, de Clercq est depuis deux mois.

Dans cette prison, Isidore Bloch vient en aide à mon client, il lui envoie des secours, il lui fournit d’exquises cigarettes du Cercle de l’Escrime que de Clercq est accusé d’avoir fait chanter (*) .

Est-ce que tout cela ne montre pas le coup monté et ne voit-on pas que le tenancier triche la justice comme il a l’habitude de tricher les clients de son cercle et de son casino?

(1) Figaro du 15 février 1895.

(2) Compte rendu sténographique de la plaidoirie de M* Henri Robert, publié par la Revue des procès célèbres, numéro de mars 1895.

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