LE TRAFIC DES DÉCORATIONS AU MINISTÈRE DE LA GUERRE
Un nouveau scandale. — Un général qui vend du ruban. — Les rabatteurs. — De la lumière!
Un correspondant dont la clairvoyance et la bonne foi sont au-dessus du soupçon, nous adresse une lettre étrange et navrante, dont nous détachons le passage suivant ;
Ce qui se passe rue Saint-Dominique,
« Si j’en crois certaines indiscrétions qu’une minutieuse enquête me permet malheureusement de croire exactes, il se passerait au ministère de la guerre des choses auprès desquelles l’affaire Aubanel (i) ne serait qu’une peccadille et un enfantillage.
Jm Légion cChonneur à l'encan.
Voici ce dont il s’agit :
« Un des plus gros bonnets du ministère de la guerre, un officier général porteur d'un nom historique, tiendrait boutique de décorations de la Légion d’honneur, dans les bureaux mêmes de la rue Saint-Dominique. Il y aurait une cote des rubans rouges, comme pour les valeurs de bourse, les laines en suint ou les pétroles de Chicago, variant, suivant les saisons, les demandes et surtout les ressources des récipiendaires, de 25,000 à 50,000 francs.
Toute une bande,
** Ce général — dont on m’a dit le nom — n’agirait pas seul. Il aurait de nombreux complices, des rabatteurs chargés de leur amener des clients... On cite notamment un baron
(1) Aubanel avait communiqué au Figaro, qui les avait publiés, les plans de mobilisation du 17* corps d’armée.
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prussien et une dame qui habite non loin de l’Arc de Triomphe. Il y aurait, au surplus, un certain nombre de gens compromis dans ces tripotages ; officiers, sénateurs, aventuriers cosmopolites, etc.
On frémit quand on songe que les plans de mobilisation sont dans de pareilles mains. Qui trafique des décorations peut aussi bien trafiquer des secrets de la défense nationale... Peutêtre, hélas I le forfait suprême est-il déjà accompli. »
Il faut que justice soit faîte.
Nous le répétons, le sang-froid et la véracité du signataire de cette lettre offrent toutes sortes de garanties... Mais n’est-il pas étonnant que pour une affaire aussi grave, qui intéresse l’honneur de l’armée et la sécurité nationale, le ministère de la guerre et la préfecture de police se laissent ainsi devancer ?
Voudrait-on iaire encore le silence et l’oubli sur ce nouveau scandale ?
Mais l’opinion publique est désormais saisie, elle exigera que la lumière soit faite — jusqu’au bout — pleine et entière.
Parce qu’il y aurait un sénateur dans l’affaire, ce n’est pas une raison pour la laisser tomber dans de Veau (i).
L’article parut dans le numéro du XIX® Siècle du 7 novembre, daté du 8. Dans l’après-midi, le général Caffarel était révoqué de ses fonctions de sous-chef d’étatmajor du ministère de la guerre. Le soir, il était arrêté.
A quoi tiennent les destinées des républiques ! Jamais auteur de féerie a-t-il prêté à aucun talisman un pouvoir égal à celui de ce porte-cartes en peau de Pranzini? M. Goron avait dit, pour se défendre, que « Pranzini avait fait assez de victimes de son vivant «. « Ne permettons pas, ajoutait-il, qu’il en fasse après sa mort (2)! » Et pour être sûr de ne pas être une de ces victimes posthumes, il
(1) Allusion au sénateur général d’Andlau, compromis dans l’affaire 3affarel, condamné à cinq ans de prison et mort depuis à Buenos-Ayres,
(2) XIX* Siècle du 23 septembre 1887.
divulgue, malgré le gouvernement, malgré ses chefs, l’affaire Caffarel, qu’il avait lui-même machinée, et cette divulgation a pour conséquence la révocation du préfet de police, M. Gragnon, la nomination à ce poste de M. Léon Bourgeois, la chute du ministère Rouvier, la démission de M. Jules Grévy, l’élection de M. Carnot, dont personne, sans l’affaire Wilson, n’aurait jamais songé à faire un président de la République, enfin, toute une série d’événements extraordinaires dont la série est loin d’être achevée. . .
Pour M. Henri Rochefort, l’affaire Caffarel était un coup monté par le ministère Rouvier, afin d’atteindre le général Boulanger (^). Pour M. Wilson, c’était un coup monté contre la République (^). M. Edouard Drumont, dans la Fin d'un monde (3), affirme très sérieusement que c’était un coup monté par Ferry et Bismarck. Personne ne se douta et personne ne pouvait se douter que c’était un coup monté par un haut fonctionnaire de la préfecture de police pour étouffer, sous une clameur plus grande, la clameur qu’avait excitée sa fantaisie de se faire confectionner un porte-cartes en peau d’assassin (4).
(1) Ce qui a fait dire cela à M. Rochefort, c’est sans doute que le géi éral Caffarel avait été nommé sous-chef d’état-major général au ministère de la guerre, par le général Boulanger, quand ce dernier était ministre de la guerre.
(2) Petite Francè, d’octobre et novembre 1887.
(4) Je fus entendu, le 14 novembre 1887, par la commission d’enquête parlementaire. Voici le passage du compte rendu concernant ma déposition :
En réponse à une question de M. Desmons, président de la commission, M. Portalis déclare qu’il ne peut pas indiquer la source des renseignements publiés par le XIX'‘ Siècle sur l’affaire Caffarel, parce que si les directeurs de journaux ne savaient pas garder le secret à ceux qui leur apportent des informations on ne leur en apporterait bientôt plus.
MM. DE LA Ferrière et Colfavru demandent si M. Portalis ne pourrait pas citer le nom du correspondant qui a donné, au X7X* Siècle^ les premiers renseignements sur l’affaire Caffarel.
M. Portalis répond que ce correspondant est libre de se nommer, s’il le juge à propos, mais que, quant à lui, il ne le découvrira pas
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Ainsi, môme dans l’affaire Wilson, il n’y avait, au moins de la part de celui qui l’avait créée et macliinée, aucune préoccupation de moralité et de justice. Elle était pour lui une diversion, comme l’ont été depuis, pour les divers ministères qui les ont ordonnés, tous les procès k tapage
Faisant allusion à l’élection Barodet qui, en 1873, avait amené la chute de M. Thiers, et à l’affaire Caffarel qui, en 1887, amena la chute de M. Jules Grévy, M. Hector Pessard a dit, dans ses Petits papiers : « Il n’y a pas en France un homme qui possède au même degré que M. Portalis l’art de détruire un gouvernement (^), » Ainsi se font les réputations ! La vérité est que la candidature de M. Barodet, maire révoqué de Lyon, était une protestation tout indiquée contre la suppression de la mairie centrale de la seconde ville de France, contre la politique réactionnaire qui venait d’être affirmée dans plusieurs harangues par M. Dufaure, enfin, contre la présence dans le ministère de MM. de Goulard et de Fourtou. Elle rép^Midait si bien au sentiment des républicains, que M. Gambetta, qui avait commencé par soutenir M. de Rémusat, ne tarda pas à faire volte-face et à prêter à la candidature de M. Barodet le concours de sa chaude élo quence. Au moment de l’élection de M. Barodet, le gouvernement était, en réalité, aux mains de la droite. Elle était toute-puissante. La chute de M. Thiers a été la fin d’une équivoque qui ne pouvait durer. Elle a rendu sa liberté d’action au parti républicain qui, se trouvant en face d’un gouvernement franchement réactionnaire et clérical, était assuré d’une prochaine et éclatante victoire.
Pour l’article sur l’affaire Caffarel, j’ai fait, en le publiant, ce que tout directeur de journal indépendant
(1) Mes petits papiers, par Hector Pessard, deuxième série; p. 313.
eût fait à ma place. Aucun n’eût assurément refusé d’insérer une information aussi intéressante et aussi sensationnelle. J’ajoute que j’étais loin de prévoir ses extraordinaires conséquences. Je croyais seulement qu’elle allait créer au ministère un assez gros embarras, que peut-être elle amènerait sa chute, mais cette considération n’était pas pour me faire reculer. Renouvelant l’équivoque contre laquelle avait été faite l’élection Barodet, M. Rouviei’ venait d’arborer le drapeau de la concentration à droite, reprise depuis par M. Dupuy. En combattant le ministère -Rouvier, je restais donc fidèle à la politique que j’ai invariablement suivie depuis trente ans. Si, d’ailleurs, j’avais refusé de publier cette information, elle aurait aussitôt paru dans un autre journal. On m’en avait prévenu...
M. Goron, qui ne prévoyait sans doute pas tant de ricochets, avait pour son compte personnel calculé juste. La bombe policière de l’affaire Caffarel, qui devait causer bien d’autres dégâts que n’en causa jamais aucun engin anarchiste, fit enfin oublier la peau retentissante de l’assassin de Marie Régnault de Montilhe. M. Jules Grévy perdit sa place de président de la République ; M. Goron, au lieu de perdre la sienne, reçut de l’avancement. Le 14 novembre suivant, M. Gragnon le nommait chef de la sûreté en remplacement de M. Taylor. La presse de toutes nuances applaudissait à cette nomination qui fut bientôt confirmée par le nouveau préfet de police, M. Léon Bourgeois (i).
Par cet exemple — j’en pourrais citer bien d’autres — on voit ce que peut la police, pas même toute la police, mais un simple agent discrédité, sur le point d’être révoqué, agissant seul, dans son petit intérêt personnel,
(1) A l’instant où je venais d’écrire ces lignes, le hasard me fait tomber sous la main un numéro du journal le Matin du 9 décembre 1895. Deux articles seulement de ce numéro sont signés, l’un Émile Gautier, l’autre Goron. Us sont toujours collaborateurs.
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malgré le préfet de police, malgré le gouvernement, au mépris de la volonté des ministres formellement exprimée (^).
Quand il fut en ma présence, de Clercq me demanda la permission d’apporter de temps à autre des articles au
(1) Le Figaro^ du 8 décembre 1895, a raconté une histoire que personne n’a trouvée invraisemblable tellement on est habitué à voir la police agir de sa propre initiative, dans son propre intérêt, sans consulter personne :
Ce n’est pas M. Bourgeois, ministre de l’intérieur et président du conseil, parait-il, qui a fait arrêter Arton; ce n’est pas davantage M. Ricard, ministre de la justice ; et le gouvernement, qui a recueilli toute la gloire et tout le profit d’une action si belle et si mâle, n’en serait en rien l’auteur. . .
L’auteur, l’unique auteur de l’arrestation d’Arton, serait M. Lépine, préfet de police, préfet très parisien, très adroit et extraordinairement habile.
M. Lépine aurait même été, dans la circonstance, encore plus habile que jamais.
Or donc, certain jeudi soir, 14 novembre, le préfet de police acquit la certitude que son nom devait figurer dans le mouvement administratif, décidé en principe par le nouveau ministre de l’intérieur, M. Bourgeois; il voulut au moins que son dernier acte ne fût pas indigne du règne de la vertu dont on annonçait l’aurore, et qu’il facilitât au contraire l’accomplissement des besognes de salubrité dont il était tant question. Avec tome la discrétion et la prudence que lui imposaient ses délicates fonctions, il fit partir, le soir même,
imur Londres deux agents sûrs, dont la presse a donné les noms. Is avaient l’ordre de prendre le contact d’Arton, dont on venait précisément de lui fournir le signalement et la demeure, mais avant de procéder à une arrestation, ces agents devaient attendre les ordres suprêmes du préfet.
Dès le vendredi matin, les policiers étaient à Londres, et le vendredi soir ils étaient en mesure de faire coffrer leur homme au premier signal.
Le lendemain, précisément le samedi 16 novembre, à l’issue du conseil des ministres, M. Lépine recevait la confirmation quasi officielle de sa disgrâce. C’était l’heure de signer le testament qu’il avait rêvé ; l’inspecteur principal Orion reçut, par téléphone, l’ordre d’assurer l’arrestation du prétendu Newman et la saisie de ses papiers, et c’est ainsi qu’au moment de se mettre à table, le ministre de l’intérieur avait la joyeuse surprise de s’entendre dire ; « Monsieur le président, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, j’ai mis la main sur Arton ! »
L’histoire ne dit pas de quel appétit M. Bourgeois a dîné ce soir-là. Il s’empressa, bien entendu, de féliciter chaudement, et du meilleur cœur, l’habile préfet de police qui avait, avec le seul personnel et les seules ressources de son administration, réussi là où s’étaient brisés les efforts de sept ministères consécutifs, et il jugea juste et prudent de mettre au panier le décret qui frappait un fonctionnaire si adroit. L’opinion publique se serait, en effet, mal expliqué sans doute, quelque bonnes raisons qu’ait pu avoir précédemment le ministre pour déplacer M. Lépine, que ce déplacement suivît de trop près une arrestation dont les difficultés avaient causé de telles angoisses à tant de cabinets.
XIX^ Siècle. Son seul désir était, disait-il, de racheter sa faute. Il était en situation d’avoir des nouvelles extrêmement intéressantes, et il voulait en faire profiter le journal. Je lui demandai où il prendrait ces nouvelles. Alors il m’expliqua qu’il était depuis quelque temps attaché à la préfecture de police. M. Bertillon, chef du service anthropométrique, lui avait mis le marché à la main, le menaçant d’une expulsion immédiate (‘) s’il refusait. On ne lui demandait pas d’ailleurs de remplir le rôle odieux de mouchard, — il aurait, jurait-il, repoussé de telles propositions, — mais seulement de fournir des renseignements sur les cercles ouverts. Il avait cependant, disait-il, beaucoup hérité. Finalement, se trouvant avec sa petite fille sans travail, sans ressources, sans pain, il avait accepté ! Ses appointements étaient de 300 francs par mois.
En me faisant ce récit de la manière dont il était entré à la préfecture de police, de Clercq ne paraît pas avoir menti, au moins s’il faut en croire le Journal du 27 novembre 1894, qui affirme avoir eu entre les mains l’original de la lettre ci-après, écrite à de Clercq par le chef du service anthropométrique :
Mon cher de Clercq,
Avez-vous réfléchi à ce que je vous ai dit? Entrez donc dans la voie que je vous ai tracée... Vous ne compromettrez en rien votre dignité...
Songez que la frontière est là. Signé : Bertillon.
De Clercq, dans l'espoir de me convaincre, répétait qu’il était à la source de toutes les informations ; il ajoutait que les innombrables dossiers de la préfecture étaient à sa disposition et qu’il y en avait sur tout le monde.
Tout ce qu’il me débitait me paraissait incroyable. Pour
(1) De Clercq est Belge et il est de rè2le que les étrangers qui ont subi une condamnation sont aussitôt expulsés.
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en avoir le cœur net, je finis par lui demander s’il pourrait me procurer quelques-uns de ces dossiers. A ma grande surprise, il me répondit sans hésiter : « Ceux que vous voudrez. »> Le nom de MM. Marinoni et Poidatz, qui, sous le couvert d’un homme de paille, me faisaient à ce moment même un monstrueux procès en police correctionnelle (^), me vinrent naturellement à l’esprit. Je les citai. De Clercq tira de sa poche un carnet ; il inscrivit les noms que j ’avais indiqués et me dit que dans deux ou trois jours, ces dossiers me seraient remis par un haut fonctionnaire de la préfecture de police.
Le 7 décembre 1893, je recevais de de Clercq la lettre suivante dont M. Clément, qui a fouillé toute la maison que j’habitais rue Alphonse de Neuville, n® 11, et qui a saisi tous mes papiers, même les plus insignifiants, jusqu’à des prospectus, a néghgé de s’emparer :
7 décembre 1893.
Cher monsieur Portalis,
M. Auger sera chez vous demain matin à 9 1/2 heures avec le dossier. Pour vous prouver que je ne vous blague pas, ce dossier porte le n^ 121182 et est recouvert d’un papier gris-bleu.
C’est celui de la l^e brigade des recherches. Il en existe un autre que M. Auger ne peut se procurer, mais il vous donnera les moyens d’arriver à le consulter...
La plus jolie fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a, et je suis loin d’être la plus jolie fille du monde.
Je suis la plus pauvre.
Groyeï-moi, etc.
DE Clercq.
M. Auger vint en effet très ouvertement, dans sa voiture, accompagné même, je crois, par de Clercq qui l’attendait dans la rue. Je le reçus dans une petite salle d’attente au
(1) Le procès Tournai, dont .i’ai parlé plus haut et que j’ai gagné le 31 décembre 18^3.
rez-de-chaussée. Il me remit les dossiers sans aucune façon, comme s’il eût fait la chose la plus naturelle du monde. Je feuilletai le dossier de M. Marinoni, directeur du Petit Journal. Je constatai qu’il n’y était question ni des inavouables brochures que le Petit Journal avait fait publier contre moi (^) ni de l’affaire Nordton, dont M. Marinoni avait été, on s’en souvient, le commanditaire (^), et comme c’étaient là les deux points qui m’intéressaient, je rendis aussitôt à M. Auger son dossier.
(1) Voir ci-dessus, p. 60.
(2) Toute l’affaire des cercles semble porter la même marque de fabrique que l’affaire Nordton. Même inconscience brutale, même cynisme enfantin, même mépris de la vraisemblance.
Dans la coulisse des deux affaires, on aperçoit les mêmes figures*. M. Charles Dupuy, les gens du Petit Journal, MM. Marinoni, Judet.
La fausse pièce, dite “ liste des subventions », lue à la tribune de la Chambre par M. Lucien Millevoye, dans la séance du 22 juin, était ainsi conçue :
Her E. Mis Embassy, Paris secret service Fund 1893-1894.
Temps (two thousand) fr. 2,000
Débats (two thousandl 2,000
Mr. Burdeau (two thousand) 2,000
Mr. Edward (twelve hundred) ........ 1,200
Mr. Maret (eight hundred) 800
Mr. Laurent (six hundred) 600
Total. . .fr. 8,600
Eight thousand six hundred pounds in currency notes in bag for memory.
Mr. Clemenceau, in London (twenty thousand) . fr. 20,000 Mr. Rochefort, in London (three thousand six hundred) 3,600
London, 10 J une 1893.
(Signé) T.-W. Lister.
Cette affaire des faux papiers Nordton n’a jamais été complètement tirée au clair. Tout ce que l’on en sait d’une façon positive, c’est que M. Charles Dupuy, président du conseil, ministre de l’intérieur, ainsi que M. Marinoni, directeur, et Judet, rédacteur politique du Petit Journal, y ont été activement mélés.
M. Édouard Ducret, dans son livre : Comment on fait de la politique, raconte que M. Dupuy, président du conseil et ministre do l’intérieur, l’avait encouragé à se servir de cette fausse pièce. « J’avoue
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Il me tendit alors le dossier de M. Poidatz, secrétaire général du Petit Journal^ qui ne contenait pas grand’chose non plus ; je le copiai cependant sous la dictée de M. Auger, afin d’avoir un spécimen de ces fameux dossiers de la préfecture de police, dont tant de gens parlent sans savoir ce qu’ils sont, quelles pièces ils contiennent et comment ils sont composés.
Pourquoi M. Auger m’avait-il apporté ces dossiers?
Je pensais, a-t-il dit dans une interview que tous les journaux ont reproduite, aider de Glercq à rentrer au XIX^ Siècle.,, Persuadé, de plus, qu’en agissant ainsi j’amènerais le directeur
moi, s’écria M. Dupuy, dans un grand mouvement de franchise (î), que je crois absolument à l’authenticité de tout cela... »
A l’appui de son récit, M. Édouard Ducret invoque le témoignage de M. Paul Deroulède, présent à l’entretien. Tout le monde connaît la loyauté de l’ancien président de la Ligue des Patriotes. Nul doute qu’il n’eùt démenti cette version si elle n’eùt pas été scrupuleusement exacte.
Poursuivi et arrêté, M. Ducret fut condamné à un an de prison. Par faveur exceptionnelle, on lui fit faire sa prison à Sainte-Pélagie et, quelques jours après sa condamnation, un émissaire de M. Dupuy venait lui offrir, pour son journal, une subvention sur les fonds secrets de 2,000 francs par mois, qui lui furent servis pendant quatre mois.
Quant aux gens du Petit Journal^ ils avaient promis à Nordton 100,000 francs et lui avaient versé un premier acompte de 10,000 francs.
Le groupe radical de la Chambre s’émut des révélations de M. Ducret. Il délégua trois de ses membres, MM. Camille Pelletan, Leydet et Mathé, auprès de M. Dupuy, alors président de la Chambre des députés, pour lui demander s’il était vrai, qu’étant ministre de l’intérieur, il ait donné à la Cocarde une subvention de 2,000 francs aussitôt après la condamnation de son directeur.
M. Dupuy reçut ces délégués, le 25 février 1894, au Palais Bourbon et se borna à leur répondre qu’il ne pouvait pas dévoiler le secret des fonds secrets. Le 3 mars suivant, M. Camille Pelletan porta la question à la tribune, en déposant un projet de résolution qui invitait le gouvernement à poursuivre contre qui de droit le recouvrement de la somme de 8,000 francs prélevés sur les fonds secrets pour être versés au journal de M. Ducret » .
En demandant l’urgence pour sa proposition, M. Pelletan rappela comment M. Dupuy avait encouragé M. Ducret à publier les faux
du XIX^ Siècle à cesser sa campagne contre la préfecture de police, je remis le dossier O)*.*
M. Auger ne me fit aucune condition, ne me demanda rien. Il se contenta de me recommander très chaudement de Clercq. « Un brave garçon, disait- il, très intelligent, très travailleur, très amusant; s’il avait commis la faute du chantage Hemerdinger, c’était dans un moment d’égarement ; il avait agi à l’instigation d’une femme dont alors il était fou; maintenant il se repentait; sa femme, l’autre, celle qui passait pour sa femme légitime, l’avait abandonné, il restait seul avec une petite fille; sa situation était intéressante; il était jeune, si on lui tendait tant soit peu la perche, il s’amenderait; il ne fallait pas lui tenir trop rigueur, etc., etc. «
En s’efforçant de m’apitoyer sur de Clercq, M. Auger me parlait aussi de sa propre situation à lui, Auger, de sa famille, de la correction, de la simplicité de sa vie. Il me racontait qu’il avait été sous-préfet. Il désirait vivement le redevenir, mais il voulait une première classe. Il avait l’air d’un très brave homme, très sincère. Je ne soupçonnais pas
papiers dans une édition spéciale de la Cocarde^ et il ajouta qu’on avait été fortement surpris de voir que le directeur d’un journal, grand ami de M. Dupuy (le Petit Journal)^ celui qui avait payé les coupables, celui dont les fonds secrets avaient été distribués avant ceux du gouvernement, n’avait pas été poursuivi.
M. Charles Dupuy, qui présidait la séance, resta vissé à son fauteuil et ne répondit rien.
L’urgence de la proposition de M. Camille Pelletan fut repoussée par 285 voix contre 126. Il y avait eu 50 abstentions.
A la suite de ce vote, M. Paschal Grousset déposait une autre motion enjoignant à M. le président Dupuy de donner sa démission, puisqu’il n’avait pu « • dénier une accusation qui le faisait le complice d’un faussaire n .
Cette proposition, qu’un très grand nombre de députés approuvaient certainement in peWo, fut écartée par la question préalable.
(1) Le Journal du 27 nov^^mbre 1894. Interview de M. Auger.
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en Técoutant que sa vérité et sa conversation cachaient un piège.
M. Auger ne se doutait pas, au moins je le suppose, qu’en venant chez moi il était filé (^) et que M. Poidatz avait été averti de sa visite.
M. Poidatz, à ce que lui-même déclare (2), fut « très indigné »».
« Il fit tout de suite, par M. le général Bovius, prévenir le président de la République, M. Carnot, qui se montra outré de semblables procédés. »»
« Ensuite, il alla trouver un de ses bons amis (un camarade de collège qu’il tutoie, M. Charles Dupuy), alors ministre, et le mit au courant de ce qui se passait. M. Dupuy ne pouvait y croire (^)... »
Une enquête eut lieu; M. Auger fut frappé d’abord
(1) « Un jour, a raconté M.’ Poidatz à un interviewer du Journal^ en décembre, je crois, de l’année dernière, je reçus ici (au Petit Journal) la visite d’une personne que je n’ai pas à nommer et qui m’a dit à peu près textuellement ceci : « Monsieur Poidatz, il va se passer demain quelque chose d’intéressant à la préfecture de police... et cela vous concerne...
« On va, continua, mon homme, livrer demain à M. Portalis votre dossier et celui de M, Marinoni. Au surplus, et si vous désirez contrôler mes indications, soyez-y ou envoyez quelqu'un à 7 heures, quai d’Orléans, devant la maison qu’habite M. Auger, chef de la brigade des jeux. Vous le verrez sortir en voiture avec de Clercq, et tous les deux se rendront chez le directeur du XIX° Siècle^ rue Alphonse de Neuville... »
La même personne revint me trouver un ou deux jours après et me dit •
« Vous savez, monsieur..., c’est faiti J’ai suivi la voiture. J’ai vu M. Auger et de Clercq monter chez M. Portalis Ils lui ont remis vos dossiers. Celui de M. Marinoni porte tel numéro, et contient telle et telle chose... Le vôtre cote n" ... renferme ceci. [Journal du 26 novem bre 1894, interview de M. Poidatz.)
(2) Ibid.
(3) L’étonnement de M. Charles Dupuy était-il sincère?
Ministre de l’intérieur, il n’ignorait pas que la police n’hésite jamais à se servir de ses dossiers et de ses rapports les plus confidentiels
d’une suspension de traitement de deux mois, puis, je crois, révoqué.
Cette affaire des dossiers ne devait cependant pas finir là. Il en fut question à la Chambre, dans la séance du 28 novembre, et M. Charles Dupuy, président du conseil et ministre de Fintérieur, déclara solennellement qu’à l’avenir les dossiers que la préfecture de police avait jusque-là formés sur tous les hommes politiques, sur tous les financiers, sur tous les habitués des cercles où l’on joue et sur beaucoup d’autres seraient supprimés, qu’on n’en ferait plus. Cette promesse était-elle sérieuse? M. Auger avait raison de dire que ces fameux dossiers, qui ont fait couler tant d’encre dans les journaux et dépenser à la Chambre tant de paroles, ne contenaient rien de bien grave. Pour dissiper l’incertitude et couper les ailes à la légende, je vais dire de quoi se composait celui de M. Henry Poidatz, secrétaire général du Petit Journal.
Les deux premières pièces sont des rapports de police à l’occasion d’une demande faite par M. Poidatz (demande
quand son intérêt est en jeu, ainsi que le prouve l’affaire Leymarie et bien d’autres.
Au mois d’avril 1894, M"* Leymarie avait été arrêtée par erreur par la police des mœurs, et le préfet de police a tenu en séance du conseil municipal à lui faire les excuses les plus complètes.
Le préfet de police reconnaissait que les faits étaient erronés, mais la veille, la police avait communiqué à la presse un rapport confidentiel qui présentait les faits comme vrais.
Le 28 avril 1894, une interpellation é .ait adressée au préfet de police par M. Paul Escudier, conseiller municipal, et le conseil votait l’ordre du jour suivant ;
Le conseil, protestant de la façon la plus énergique contre l’arrestation de M”* Leymarie, dont l’innocence est publiquement reconnue et contre les violences qu’elle a sublies, YAàme la publication du rapport diffamatoire et mensonger qui a été faite.
Prend acte de la déclaration faite par M. le préfet de police de réparer le dommage causé à M"* Leymarie, de sévir contre les coupables;
L'invite à interdire absolument la communication de tout rapport concernant une personne arrêtée.
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couronnée de succès) pour être nonuné chevalier de la Légion d’honneur.
Première pièce.
Cabinet.
1er bureau.
Poidatz, Henri, néà Sannois(Seine‘et-Marne),le29 mars 1854, attaché au Petit Journal depuis 1884.
Rapport du 27 janvier 1886.
A Fappui de la demande qu’il sollicite, M. Poidatz fait valoir l’impulsion qu'il a donnée au Petit Journal, tant au point de vue économique qu’au point de vue politique, l’appui qu’il n’a cessé de donner au cabinet actuel, enfin, le concours moral qu’il a prêté au gouvernement par la voie du même journal, au sujet du dernier emprunt fait par l’Ëtat.
Les renseignements recueillis sur le compte de M. Poidatz ne sont pas défavorables.
Il se trouve dans une belle situation de fortune et possède des relations très sérieuses.
Deuxième pièce.
Cabinet.
1er bureau.
Note 6980.
29 juin 1886.
Poidatz, Henri, etc., a demeuré rue de Labruyère, 53, et avant, rue Gay-Lussac, 51.
Avocat de 80 à 82, a collaboré ensuite à plusieurs journaux financiers, notamment au Capitaliste.
Engagé volontaire au 4® de ligne, libéré avec le grade de sergent-major.
Lieutenant au 3® territorial d’infanterie.
(Favorable à la politique du gouvernement actuel ou plutôt le Mj de Freycinet.)
La faveur dont il s’agit a été sollicitée par une autre personne que Poidatz qui, en cette circonstance, a l’appui de M. le ministre des finances, Sadi-Garnot, relativement au concours qu’a apporté M. Poidatz dans le dernier emprunt, de même qu’il serait en bonne cour près de M. Granet, ministre des postes.
Troisième pièce.
Poidatz, Henri, etc. Parmi les gens du monde des journaux ayant reçu de l’argent dans l’émission de Panama, il faut citer M. Poidatz.
Correspondance Nourrit du 24 novembre 1892.
Dossier Compagnie de Panama, n° 220002. Boîte 17.
M. Auger m’a proposé de me procurer ce dossier n® 220002, boîte 17, mais je ne voulais pas me servir des armes infâmes dont les gens du Petit Journal ont tant usé contre moi et j’ai refusé.
Quatrième pièce.
Rapport .
Paris, le 20 mai 1891 .
On connaît la campagne entreprise par M. Portalis contre le Petit Jommal. Pour se défendre, M. Poidatz, l’homme de M. Marinoni, a recruté dans les bas-fonds parisiens deux hommes, Henri Hugelmaim et Jules Morel, et les a chargés de rédiger une brochure contre Portalis, moyennant une somme de 1,.500 francs. Ils ont commandé ladite brochure chez Lambert, mais au moment de prendre livraison ils n’avaient plus le sou. L’imprimeur, qui connaît les gaillards, ne voulut pas livrera crédit. Il alla trouver M. Poidatz, qui fit la sourde oreille pour payer deux fois. Alors Lambert se rendit chez M. Portalis, 6, rue Juliette Lamber, et lui proposa les brochures au prix de 600 francs. Il accepta et les brochures lui
AFFAIRE BLOCH — LE SECRET DE l’aFFAIRE WILSON. 211
furent livrées. Voilà la raison pour laquelle les brochures en question, qui devaient faire grand bruit, ne parurent pas (i).
Si insignifiants qu’ils soient, j’aurais pu tirer quelque parti de ces dossiers dans mes polémiques, ne fût-ce que pour plaisanter le secrétaire général du Petit Journal sur ses titres à la décoration, qui me paraissent valoir ses titres à la qualité d’homme de lettres. Je ne l’ai pas fait. Ils n’ont donc eu pour moi qu’un intérêt de curiosité et n’ont, en fin de compte, été utiles qu’à de Clercq qui, à partir de ce moment, s’enhardit à envoyer de temps à autre de la copie au XIX^ Siècle, comme il en envoyait à plusieurs autres journaux. D’abord il la fit porter par un commissionnaire qu’il faisait demander dans un café voisin. Plus tard, il l’apporta lui-même et la remit à un garçon dans l’antichambre. Presque aussitôt après la visite de M. Auger, il avait dit très haut qu’il avait quitté la préfecture de police, où il n’était entré momentanément, sur les instances de M. Bertillon, que pour éviter l’expulsion. Peu à peu, il finit par se faufiler dans la rédaction, apitoyant les uns, faisant rire les autres, trouvant moyen de persuader à la plupart qu’il était à jamais corrigé.
Le coup des dossiers, la comédie jouée par M. Auger n’avaient d’autre but que de permettre à de Clercq de rentrer au XIX^ Siècle et d’y remplir son office de mouton , en vue de la vengeance que la police voulait absolument tirer du journal qui avait publié contre les tripots qu’elle protège les « Lettres d’un Vieux Ponte »» .
Trompé, comme beaucoup de mes collaborateurs, par ses protestations et ses apparences de repentir, j’eus la
(1) Le rapport de police commet sur ce dernier point une erreur. Les brochures dont il est question parurent et furent annonr-ées. co-nm^ l’ai dit au chapitre IV, dans le Pelü Journal par des annonces et par des articles.
faiblesse, le jour où la première fois j’aperçus de Clercq dans la rédaction, de ne pas le prendre par les épaules pour le mettre dehors. Qu’on me reproche cette faiblesse, soit! mais qu’on ne vienne pas me dire, comme n’a pas craint de le faire M. le substitut Thomas, qu’en faisant l’effort d’oublier le tour abominable qu’il m’avait joué, en lui permettant de gagner sa vie, de racheter ses fautes, de se réhabiliter, j’ai « excité de Clercq au mal «. Je ne le croyais, je l’avoue, ni assez perverti, ni assez fou pour ne pas comprendre l’immense intérêt qu’il avait à bien se conduire du moment surtout qu’il avait la chance de trouver quelqu’un ayant le courage de lui en faciliter les moyens. J’allais même jusqu’à supposer que si son instinct lui suggérait de nouveau l’idée de mal faire, le souvenir de mes bons procédés lui donnerait la force de résister. J’ai donc été surpris autant qu’indigné quand j’ai su quel rôle ignominieux il avait consenti à jouer depuis sa sortie de prison, en décembre 1892, jusqu’au jour du procès de février 1895 et même depuis.
Quelque coupable toutefois que soit de Clercq, il ne l’est pas autant que ceux qui ont dicté et payé ses dénonciations calomnieuses et ses mensonges...
Affaire Bertrand : 1® Première entrevue.
Il n’est pas volable. — Les feudataires de la police. — L’industrie des Bertrand. — Tenanciers contre tenanciers. — MM. Bloch (Isidore) et Grémieux(Josué) défendent la morale.
— Les frères Bertrand, seuls expulsés de leurs cercles. —
— Le XIX^ Siècle les défend. — Pourquoi M . Charles Bertrand a voulu me voir. — Pourquoi je l’ai vu. — Proposition d’alliance. — Les tripots du coin du Quai. — Le tenancier persécuté. — La vengeance de Marius. — ** Magistrats de tripots. »» — Un article de la Petite République, — Un discours de M. Millerand. — Le magistrat et le tenancier. — D’où venaient les renseignements du Vieux Ponte. — Le plumeau. — Les tribunaux et le prix de la ligue. — Un moyen commode de faire de la publicité gratis. — Pourquoi j’avais besoin d’argent. — A Mazas les faux témoins !
Le second témoin entendu à l’audience du 14 février 1895 dans l’affaire des cercles, est M. Charles Bertrand. Interrogé par le président sur son âge et sa profession, il répond : 43 ans, propriétaire. Il n’est donc pas tenancier ou il ne l’est plus.
Le fait Bertrand est le second prétexte de ma condamnation.
Je suis condamné pour extorsion de fonds au préjudice de l’ex* directeur du Washington. Le réquisitoire le qua-
lifie d* •* humble tenancier >♦ (i), d’ « âme simple, sinon candide »» (2). M. le substitut Thomas Tappelle aussi « ma pauvre victime >», « ma malheureuse victime « p). Mais tous ceux qui connaissent M. Charles Bertrand savent que c’est là un portrait de fantaisie. Il n’est pas de ceux auxquels on peut extorquer quoi que ce soit. On peut dire de lui comme d’Arpagon : il n’est pas volable.
Je n’ai jamais vu M. Isidore Bloch, je' n’ai jamais traité avec lui aucune affaire d’aucun genre : il a porté plainte. J’ai vu souvent M. Charles Bertrand, il m’a prêté de l’argent, il m’a escompté des billets et acheté des titres : il n’a pas porté plainte. Il a dit et répété à l’instruction : « Je ne me plains pas, je ne porte pas plainte (4). » Dans cette affaire comme dans toutes les autres pour lesquelles j’ai été poursuivi et condamné, le parquet a poursuivi d’office (5) ; et après avoir commencé les poursuites sans cause et sans raison même apparente, on a essayé de les étayer sur des témoignages extorqués par la menace et la contrainte à des « moutons « comme de Clercq ou à des feudataires de la police comme les tenanciers de cercles ouverts et de casinos.
Au mois d’octobre 1893, le XIX® Siècle avait eu, comme tous les autres journaux, à s’occuper des frères Bertrand d’abord, parce que c’était la plainte de l’un d’eux, Henry contre M. Schwob, qui avait remis sur le tapis la question des cercles ouverts, ensuite parce qu’ils avaient accaparé presque toute l’industrie du jeu. Henry Bertrand avait le Betting-Club, Charles le Washington, de toutes les
(1) Sténographie [du réquisitoire de M. le substitut Thomas, Revue des procès célèbres^ p. 224.
(2) lUd., p. 226.
(®) Réquisitoire définitif.
{*) Déposition de M. Charles Bertrand devant M. le Juge d’instruction Dopffer, cote.
(8) Sur les dénonciations de M. Isidore Bloch et de de Clercq .
AFFAIRE BEPvTRAND. — PREMlf:RE ENTREVUE. 21
maisons de jeu la mieux achalandée, Léon, le Clui) Anglais. Charles avait en outre le Casino de Cabourg, où il est conseiller municipal, et des intérêts dans nombre d’autres tripots. Les frères Bertrand sont, de plus, à la tête d’une véritable organisation de prêts d’argent, fonctionnant soit directement, soit sous des prête-noms très nombreux, ayant ses représentants appropriés à tous les mondes, ses rabatteurs, sa police pour être exactement renseignée sur la solvabilité des chercheurs d’argent de tout acabit, joueurs des cercles ouverts et fermés, fils de famille, négociants ou simples particuliers.
D’après le jugement, « V extorsion au 'préjudice de Bertrand est prouvée tant par la déposition de ce témoin {unique témoin) et par les documeyits versés par lui au débat que par ma fuite qui y coïncidant avec les révélations de Bertrand y est le plus explicite des aveux » .
J’ai dit que j’ai pris la fuite parce que j’étais innocent, parce que fuir était le seul moyen de faire ce que je fais aujourd’hui, de prouver mon innocence. Je ny reviens pas.
Les documents versés au débat par M. Charles Bertrand sont des billets et un chèque acquitté. Ils sont la preuve d’opérations en elles-mêmes, parfaitement licites : elles ne deviendraient délictueuses que si j’avais contraint M. Charles Bertrand à les conclure « à l’aide de la menace, écrite ou verbale, de révélations ou d’imputations diffamatoires ». (Article 400 du code pénal, § 2.)
L’accusation voit la menace écrite dans les articles publiés par le XIX^ Siècle y sous le titre de « Lettres d’un Vieux Ponte» . C’est pour obtenir la cessation de ces attaques que M. Charles Bertrand aurait voulu me voir. Me trouvant en face de lui, je l’aurais ensuite menacé verbalement de les renouveler s’il ne passait pas par où je voulais.
Ces deux affirmations sont deux erreurs.
UN GUET'APENS «TUDICiAlRE.
J’ai VU, pour la première fois, M. Charles Bertrand au commencement de l’année 1893. Dans ses dépositions, il dit successivement que c’est le 15, puis le 4. Je crois que c’est vers le 10 ou le 15.
M. Charles Bertrand, ex-tenancier du Cercle Washington, n’était plus à cette époque tenancier de cercle.
Il croyait avoir beaucoup à se plaindre de la magistrature, de la police et de ses anciens collègues. Un de ses frères, Henry Bertrand, arrêté le 17 octobre, était détenu préventivement à la prison de Mazas sous l’inculpation de faux, et son Cercle le Betting-Club, rue Mogador, qui lui rapportait plus de 500,000 francs par an (’), avait été fermé par la police. M. Charles Bertrand attribuait cette double catastrophe à la vengeance de M. Marins Sammarcelli, son prédécesseur au Cercle Washington, devenu ensuite tenancier du Casino de la Villa des Fleurs d’Aix-les-Bains, d’où Henry Bertrand avait essayé, par une guerre de procès restée légendaire en Savoie, de le déloger pour prendre sa place. Lui-même, Charles Bertrand, venait d’être expulsé de son Cercle le Washington, place de l’Opéra, ainsi que son autre frère, Léon Bertrand, du Cercle Anglais, rue de la Chaussée d’Antin. Il était convaincu que ses concurrents, M. Isidore Bloch, tenancier du Cercle d’Escrime, qu’il supposait très influent à la préfecture de police, et M. Josué Crémieux, tenancier du Cercle de la Presse, n’étaient pas étrangers à la mesure prise contre lui et ses frères.
Ce dont tout le monde pouvait faire la remarque, c’est que cette mesure était personnelle aux frères Bertrand. Elle n’avait frappé aucun des autres tenanciers des nombreux tripots du boulevard, de la rue Richelieu et de la rue Vivienne.
(1) Compte rendu du procès du 17 avril 1894 devant la 9' chambre, aftaire Henry Bertrand et Onv .^larcilly.
Pourquoi cette différence de traitement? La préfecture de police seule pourrait le dire.
M. Charles Bertrand lisait chaque matin la lettre que 1(3 « Vieux Ponte »» donnait quotidiennement au XIX^ Siècle sur la question du jeu à Paris et en province. Il avait remarqué ce passage (^) :
Si on met les Bertrand à la porte de leurs cercles, il n’y a pas de raison pour qu’on ne traite pas de même les Bloch et les Grémieux, tenanciers du Cercle de la Presse » et du ** Cercle de l’Escrime »».
Ne pas être traité autrement que les autres était Tidée fixe des frères Bertrand.
« Pourquoi, disait et répétait M® Deville, quand, au mois de mai suivant, il présentait, devant la 9® chambre, la défense de M. Henry Bertrand, poursuivi pour usure habituelle, pourquoi M. Bertrand serait-il traité autrement que les autres, pourquoi la défaveur publique Eatteindrait-elle plus que les administrateurs ou autres participants des ** Cercles similaires ?
Cette lettre du ** Vieux Ponte disant que si on mettait les Bertrand à la porte de leurs cercles, il n*y avait pas de raison pour qu’on ne traitât pas de même les autres tenanciers, a paru dans le XIX^ Siècle du 1®^ novembre, c’està-dire, le XIX^ Siècle étant antidaté, le 31 octobre. Elle a donc été écrite le 30. Je n’avais eu alors aucune entrevue avec M. Charles Bertrand, et l’idée que je pourrais le voir ne m’avait pas encore traversé l’esprit.
Avant l’article que je viens de citer, le 29 octobre, le XI X^ Siècle, numéro daté du 30^ avait publié la lettre suivante, qu’une indiscrétion avait fait tomber entre les mains du « Vieux Ponte >». \
(1) XlX^ Siècle du 3 mai 1801.
M. Isidore Blochy directeur du « Cercle de V Escrime »» , rue Taithout.
Paris, le 17 octobre 1893.
Mon cher ami,
Lisez l’article de la France sur le Scandale du jour. Le rédacteur, E. H. que j’ai vu ce matin, et auquel je n’ai pas manqué de faire remarquer qu’il fallait continuer par un mot favorable à tous les autres cercles qui, eux, n*ont rien de commun avec les tripotages des Bertrand, termine son article clans le sens que je lui ai indiqué et il va continuer à rétablir la vérité. Je lui donnerai demain des notes édifiantes.
J’irai vous dire un mot demain.
Bien à tout.
JosuÉ Grémieux,
directeur du ** Cercle de la Presse ».
P. •S, Serez-vous présent à quatre heures?
Le « Vieux Ponte »» reproduisait en même temps l’article de la France auquel M. Josué Grémieux faisait allusion dans sa lettre à M. Isidore Bloch :
Le scandale du jour.
L’arrestation de M. Bertrand met fin à la carrière de ces faiseurs qui écument la place de Paris et qui prennent toutes les affaires, quelque véreuses qu’elles soient.
On dira peut-être que cette histoire causera quelque tort aux cercles. Elle ne pourra en causer qu’à ceux qui se trouvent dans le même cas. Quant à ceux qui n’ont rien à se reprocher, ils n’ont qu’à redoubler de surveillance et à éliminer de leurs salons les Robert Macaire et les Bertrand du boulevard.
Le « Vieux Ponte », à la suite de cette lettre et de cet article, faisait cette réflexion :
Josué Grémieux, ancien tenancier du •« Gasino de Luchon », et Isidore Bloch, se posant en justiciers, et voulant faire fermer les tripots concurrents au nom de la morale, n’est-ce pas tout :e qu’il y a de plus drôle?
Ce n*est pas, hélas! seulement parmi les tenanciers que les choses se passent ainsi. Combien d’autres» dans la politique et dans la presse, ne font de la vertu que pour obtenir la fermeture de la boutique d’en faee !
Mais j’en reviens à M. Charles Bertrand.
Du jour où il n’avait plus été tenancier de cercle, le XIX^ Siècle^ n ayant plus aucune raison de s’en prendre à lui, et n’ayant, d’ailleurs, pas l’habitude de pourchasser les vaincus, avait entièrement cessé de l’attaquer. Il ne s’était pas contenté de cesser toute attaque. Le croyant victime d’une mesure qui, du moment où elle n’était pas appliquée à tous les autres tenanciers, avait une apparence de partialité suspecte et de criante injustice, il avait de lui-même protesté contre cette mesure et dévoilé les manœuvres de ses concurrents, ce qui était, en somme, prendre sa défense et lui rendre un signalé service.
Ce n’est pas, comme le prétendent le réquisitoire et le jugement, parce que le XIX^ Siècle l’attaquait et pour faire cesser ces attaques que M. Charles Bertrand a désiré avoir une entrevue avec le directeur du XIX^ Siècle; c’est parce que le XIX^ Sièclcy dont les articles sur la question des jeux faisaient alors autorité, était le seul journal qui eût protesté contre là mesure aussi arbitraire qu’exceptionnelle qui l’avait frappé, et c’est parce que seul, dans toute la presse, le XI X^ Siècle l’avait défendu contre les attaques de ses concurrents.
Les attaques antérieures du XlX^ Siècle^ dans lesquelles la prévention a voulu voir la menace écrite, n’ont donc pas été la cause déterminante de î’éntrevue. Reste a savoir si, dans dette entrevue, j’àl menacé M. Charles Bertrand.
Je dois, d’abord, rappeler que cette entrevue. Je ne l’ai pas sollicitée, je ne l’ai pas désirée; je n’y avais pas pensé.
Mais, quand elle me fut proposée par M. Heftler('), je fis ce que tout journaliste eût fait à ma place, à un moment où le public recherchait avidement tous les articles sur la question du jeu et des cercles ouverts. J’acceptai avec d’autant plus d’empressement que M. Charles Bertrand était, mieux que personne au monde, en situation de me donner des renseignements intéressants, s’il voulait parler, et connaissant les raisons qu’il avait d’être mécontent, j’étais sûr qu’il parlerait. Je ne m’étais pas trompé.
Deux personnes seulement peuvent dire ce qui s’est passé dans cette entrevue et dans les entrevues suivantes, M. Charles Bertrand et moi, car personne autre n’y assistait. Terrorisé par le juge d’instruction, tremblant de tous ses membres d’être arrêté et poursuivi comme l’avait été son frère Henry, Charles Bertrand, dans un premier interrogatoire du 19 novembre, a déclaré, ou on lui a fait déclarer, contrairement à la vérité, que s’étant rencontré avec moi le 15 novembre autant, a-t-il dit, qu’il pouvait s’en souvenir — chez M. Heftler, j’avais « d’abord exigé le versement immédiat de 50,000 francs, moyeimant quoi, les
(1) J’avais connu M. Heftler lorsqu’il était secrétaire du baron Raymond Seillière : son rôle s’est borné à me présenter M. Charles Bertrand, puis aussitôt il s’est retiré. Sa condamnation pour le fait Bertrand est inexplicable et injustifiable. Il parait, d’ailleurs, avoir été condamné pour des considérations tout à fait à côté. La partie du jugement qui le concerne débute par un attendu qu’on dirait écrit par Ponson du Terrail :
Attendu qu’Heftler, qui prenait sans droit le titre de baron, apparaît comme un chevalier d’industrie aux allures douteuses, ayant la souplesse des parasites, tour à tour hautain et rampant, préparé aux entremises suspectes et aux besognes interlopes; qu’installé avec quelque apparence de luxe dans un appartement loué au nom de sa femme, on le voit se livrer au jeu dans plusieurs cercles, et enfin, sous l’étreinte d’un véritable dénûment, engager des bijoux pour se procurer de suprêmes ressources;
Attendu qu’il résulte de l’ensemble des documents et faits de la cause que sa conduite a été en harmonie avec son caractère.
Tels sont les vrais motifs pour lesquels M. Heftler est déclaré coupable. En dehors de cela, il n’y a rien qu’un témoignage nié par lui du mouton de Clercq.
attaques cesseraient » (‘). Interrogé de nouveau le lendemain, 20 novembre, ot plus inquiet encore que la veille, il dépose ou du moins signe une déposition dans laquelle il dit :
Ce doit être vers le 4 novembre que le baron Heftler m’a lait avoir, chez lui, un rendez-vous avec Portalis.
J’ai cédé aux exigences de Portalis, afin d’arriver à obtenir la cessation des attaques dont mon frère Henry et nous étions l’objet. Mon Irère, à ce moment-là, avait la malheureuse affaire Schwob (2).
A l’audience, d’après la Gazette des Tribunaux (^), « le témoin hésite, répond tantôt oui, tantôt non^ et M. le président est obligé, à maintes reprises, de lui lire les réponses qu’il a faites à l’instruction » :
J’ai compris, dit-il, qu’il fallait donner de l'argent (^).
M. Charles Bertrand, on le voit, n’a rien précisé, n’est entré dans aucun détail. Ce qu’il n’a pas fait, je vais le faire. Le souci trop légitime de ma justification m’oblige, à mon grand regret, à dévoiler tous les dessous de ce honteux et scandaleux procès. Je vais donc raconter les choses exactement comme elles se sont passées et je ne serai pas démenti.
J’étais arrivé depuis une ou deux minutes chez Heftler, quand M. Charles Bertrand entra.
« Monsieur Portalis, me dit-il, j’ai voulu vous voir pour vous remercier des dernières lettres du « Vieux Ponte parues dans votre journal le X/X® Siècle, pour vous dire que je ne suis pas un méchant garçon, — j’ai beaucoup de bons
(1) Déposition Charles Bertrand, du 19 novembre, cote 20 du dossier.
(2) Déposition Charles Bertrand, du 20 novembre, cote 23 du dossier.
(3) Gazette des Tribunaux, du 15 février.
Ibid.
amis dans la presse et dans la politique (il m’en cita quel ques-uns) — et pour vous proposer une alliance. »»
Une alliance? le mot pa’étonna.
« Je sais bien, reprit M. Charles Bertrand, qu’il y a métiers plus nobles que celui de tenancier de tripot... Moi, je ne suis pas comme Bloch, je ne demande pas la Légion d’honneur... Mais tous les métiers peuvent être exercés plus ou moins honnêtement... »» — Et comme à ce mot « honnêtement » je ne pus m’empêci^^r de sourire, M. Charles Bertrand reprit : — « Ce que je veux diro, c’est que dans mon tripot du Washington les choses se passaient mieux qu’à la Presse, chez Crémieux, et à l’Escrime, chez Bloch. La Presse ! voilà une maison où on a volé de l’argent, où on a passé des séquesnes aux banquiers, où on a étoufîe des jetons ! C’est un scandale ! »» — En disant cela, M Charles Bertrand avait vraiment l’air indigné. ■ — « Et l’Escrime, voilà encore un coupe-gorge! Et ce sont ces gens-là que la police protège ! Ce sont eux qui nous font expulser de nos cercles! C’est trop fort. Tout ce qu’a dit le « Vieux Ponte « est l’exacte vérité, mais il n’a pas dit la millième partie de la vérité, il ne pouvait pas tout dire ; il ne savait pas; mais moi je sais tout, vous le pensez bien, je le mettrai au courant.
— Alors l’alliance que vous proposez, c’est contre les tripots qui ne sont pas au coin du Quai?
— Et contre ceux qui nous persécutent mes frères et moi. . . En échange des renseignements que je lui fournirai, je voudrais que le « Vieux Ponte »> ne se lassât pas de demander au préfet de police, comme il l’a fait déjà, par esprit de justice, sans me connaître, pourquoi il nous met à la porte de nos cercles plutôt que les autres tenanciers. Moi encore j’ai un peu d’argent de côté, pas tant qu’on le dit, tant s’en faut, juste de quoi vivre à la campagne avec ma famille... Mais mon frère Léon n’a pas encore fait son
affaire. Il a besoin de son cercle et, dame ! quand on n’est pas là, on a beau faire, on est toujours volé, la cagnotte ne rapporte plus, c’est un désastre. »
Ensuite, M. Charles Bertrand me parla de l’arrestation de son frère Henry et du procès qu’on lui faisait. « C’est une vengeance, me dit-il, du tenancier du Casino de la Villa des Fleurs d’Ai3£.-les-Bains, que j’ai remplacé comme tenancier au Washington. Ah! il avait laissé le cercle dans un joli état! C’était le rendez-vous de tous les « travailleurs »» (^) de Paris, de la France et de l’étranger. Ce qu’il a fallu donner un coup de balai et brûler du sucre!
— Mais pourquoi M. Marins Sammarcelli en veut-il à votre frère et comment a-t-il eu la puissance de le faire poursuivre et mettre en prison ?
— Voilà, mon frère Henry a voulu expulser M. Marius Sammarcelli de son Casino de la Villa des Fleurs pour prendre sa place. Il lui a fait une effroyable guerre de papier timbré. Je vous donnerai tous les détails pour le « Vieux Ponte « et, ceux que je ne pourrai pas vous donner, je vous indiquerai où vous pourrez les prendre. Mais Marius — le marquis de Sammarcelli, comme il se fait appeler à présent — n’est pas un ancien cocher comme moi ou un ancien cuisinier comme mon frère. Il est audessus de nous, il a de l’éducation, il a été le plus fort. Maintenant il se venge de la peur que mon frère lui a faite et des gros ennuis qu’il lui a causés.., »
Là-dessus, M. Charles Bertrand me parla des excellents rapports de M. Marius Sammarcelli avec les magistrats de Chambéry, qui, disait-il, « étaient les hôtes assidus du Casino de la Villa des Fleurs, qui y dînaient à prix très réduit, qui y faisaient la fête avec de belles petites, qui y
(1) En argot de jeu, on appelle les tricheurs, les grecs, des « travailleurs » .
jouaient, qui y perdaient et qui ne rougissaient pas d’accepter des services d’argent de M. Marins Sanunarcelli, un ancien replis de justice, dont il donnerait au Vieux Ponte le casier judiciaire... »♦
J’ai retrouvé depuis la plupart des renseignements que me fournit alors M. Charles Bertrand dans un article de la Petite République du 5 novembre 1894, et dans un discours de M. Millerand à la Chambre, du 29 novembre de la même année (^).
(1) Antérieurement, le 28 octobre, la Petite République avait publié l’article qui suit: